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Full text of "François Villon : sa vie et son temps"

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BIBLIOTHÈaUE DU XV'^ SIÈCLE 



TOME xxr 



FRANÇOIS VILLON 

SA VIE ET SON TEMPS 



BIBLIOTHÈQUE DU XV«^ SIÈCLE 



T. I. P. Champion, archiviste-paléographe. Guillaume de Flavy, capitaine de Compiègne. 
Contrihiiticu à l'histoire de Jeanne d'Arc et à l'étude de la vie militaire et privée au XV' siècle, 
190S, in-8, 3 planches hors texte. Couronné par l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. 
Prix BoRDiN. (Presque épuisé.) 10 fr. 

T. II. Le même. Cronique Martiniane. Edition critique d'une interpolation originale pour le 
règne de Charles VII, restituée à Jean Le Clerc. In-8, 1907. Honoré d'une souscription du 
Ministère de l'Instruction publique. — Mention au Concours des Antiquité nationales. 6 fr. 

T. III. Le même. Le Manuscrit autographe des poésies de Charles d'Orléans. In-8, 1907, 18 fac- 
similés. Honoré d'une souscription du Ministère de l'Instruction publique. — Mention au 
Concours des Antiquités nationales. 10 fr. 

T. IV. II. Châtelain, docteur ès-lettres. Recherches sur le vers français au XV' siècle. Rimes, 
mètres et strophes. In-8, 1907. 10 fr. 

T. V. P. Champion, Charles d'Orléans, joueur d'échecs, 1908. In-4 et planches. 3 fr. 

T. VI. E. Langlois, professeur à l'Université de Lille. Nouvelles françaises inédites du 
XV' siècle. In-8, 1909. Honoré d'une souscription du Ministère ce l'Instruction publique. 5 fr. 

T. VII. P. Champion. Le Prisonnier desconforté (du château de Loches), poème inédit du 
XV" siècle, avec une introduction, des notes, un glossaire et deux fac-similés. In-8, 1908. 
Honoré d'une souscription du Ministère de l'Instruction publique. 5 fr. 

T. VIII. G. DouTREPONT, professeur à l'Université de Louvain. La littérature française à la 
cour des dites de Bourgogne. In-8, 1909. Honoré d'une souscription du Ministère de l'Instruc- 
tion publique. 12 fr. 

T. IX. Ch. Petit-Dutaillis, recteur de l'Académie de Grenoble. Documents nouveaux sur les 
mœurs populaires et le droit de vengeance dans les Pays-Bas au XV' siècle. Lettres de rémission 
de Philippe le Bon. In-8, 1908. 6 fr. 

T. X. Caillet. Relations de Lyon avec la Bresse et le Maçonnais. 2 fr. 50 

T. XL P. Champion. La librairie de Charles d'Orléaus, 1910. In-8 et album de ^4 photo- 
typies. Honoré d'une souscription du Ministère de l'Instruction publique. 20 fr. 

T. XII. SÔDERHJELM. La nouvelle française au XV' siècle. Couronné par l'Académie française. 
Honoré d'une souscription du Ministère de l'Instruction publique, 1911. In-8. 7 fr. 50 

T. XIII. P. Champion. La Vie de Charles d'Orléans, in-8 et 16 phototypies, 1911. Couronné 
par l'Académie française (2"" prix Gobert). Honoré d'une souscription du Ministère de l'Ins- 
truction publique. 15 fr. 

T. XIV. Charles Oulmont. La poésie morale, politique et dramatique à la veille de la Renaissance. 
Pierre Gringore, in-8, 1911. Couronné par l'Académie française. 7 fr. 50 

T. XV. Le même. Etude sur la langue de Pierre Gringore, in-8. 1911. 4 fr. 

T. XVI. Mathilde Laigle. Le Livre des Trois Vertus de Christine de Pisan et son milieu histo- 
rique et littéraire, in-8 et planches. 7 fr. 50 

T. XVII. Arm. Ad. Messer. Le Codice aragonese. Etude générale. Publication du manuscrit de 
Paris. Contribution à l'histoire des Aragonnais de Naples. 1912, in-8, 2 fac-similés et 
7 gravures. 15 fr. 

T. XVIII. Léon Mirot. Une grande famille parlementaire aux xiv* et xv" siècles. — 
Les d'Orgemont. — Leur origine, leur fortune, le Boiteux d'Orgemont. — Avec un plan. — 
Couronné par l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. 7 fr. 50 

T. XIX. Quelques pièces relatives à la vie de Louis I, duc d'Orléans et de Valenline Visconti, sa 
femme, publiées par F. M. Graves. 7 fr. 50 






PIERRE CHAMPION 



FRANÇOIS VILLON 



SA VIE ET SON TEMPS 



TOME SECOND 



AVEC 25 PLANCHES HORS TEXTE 




PARIS 

LIBRAIRIE SPÉCIALE POUR L'HISTOIRE DE FRANCE 

HONORÉ CHAMPION, ÉDITEUR 

5, QUAI MALAQUAIS, 5 



I9I3 



VIK Dl- KKAN(.;( )IS VILLON 



PL XXV 




QiU ^tr mon fx lUt injCftitHé fmam 
h tîCiiéWttcut 4 nité^ UftïOi^ foiibt imfi 



^ 

*'^, 



Les victimes du Dieu d'Amour 

(Bibl. nat., ms. fr. 1654 fol. ISS'") 



FRANÇOIS VILLON 

SA VIE ET SON TEMPS 



CHAPITRE IX 



SES AMOURS ET LE MEURTRE DE PHILIPPE SERMOISE 



Avoir vingt-cinq ans ; être très pauvre ; éprouver qu'on a 
devant soi l'avenir que vous assurent la santé, la joie de 
vivre, de belles relations, un esprit vif, capable de désarmer 
l'homme le plus rigide, de faire réfléchir le plus sérieux, de 
surpasser en gaîté le plus joyeux; avoir le goût de la volupté 
décuplé par la pensée de la mort ; éprouver qu'il y a un plaisir 
dans chaque chose, dans une chanson, dans un beau rythme, 
dans une rime étincelante ; aimer l'aspect et le bruit du monde, 
le geste des hommes, comme on adore le tendre corps de la 
femme ; savoir traduire toutes ces impressions avec le sûr 
instinct de son oreille et de son cœur ; se trouver dans sa 
mauvaise fortune et dans ses amours semblable aux héros des 
livres qu'on vient de lire, à ceux de la Bible, de la Grèce et de 
Rome; rêver de posséder Didon, la reine de Carthage; rire du 
pédantisme et du fatras de l'Ecole ; être jeune enfin en ayant 
déjà beaucoup vécu, observé toutes sortes de conditions ; pou- 
voir haïr de toutes les forces de son âme ; se montrer bon ou 
mauvais, suivant l'heure ; se sentir à la fois d'église et séculier ; 
avoir jusqu'à ce jour éprouvé toutes les gâteries d'un brave 
homme de chapelain et la tendresse d'une pauvre femme de 

FRANÇOIS VILLON. — U. I 



i, FRAÎÎÇOIS VlLLOhf, SA VIE HT SON TEMPS 

mcrc : tel pouvait être alors, vraisemblablement, au moral, 
l'état de M'^ François Villon. 

Autant que nous pouvons le savoir c'était, au physique, un 
pauvre petit écolier, sec et noir, laid ; hardi en paroles, il se 
montrait peut-être assez timide avec les femmes puisqu'elles le 
rendirent très malheureux et qu'il s'accommoda trop bien des 
faciles caresses d'une grosse Margot. 

Sans doute M'^ François avait déjà connu des filles, depuis 
longtemps, parmi celles dont l'amour est rapide, et qui en 
veulent surtout à notre bourse ' : 

Je phiings le temps de ma jeunesse, 
Ouquel j'ay plus qu'autre galle ^... 

Oui, il avait aimé ! Mais de quelles déceptions ses amours 
avaient été suivies. Une de ces femmes, qu'il avait adorée 
vainement, s'était donnée depuis à tous, comme tant d'autres, 
hélas ' ! 

Toutesfois ceste amour se part : 
Car celle qui n'en amoit qu'un 
D'iceluy s'eslongne et despart. 
Et aime mieulx amer chascun ! 

N'accusons ici que la nature féminine, dira le pauvre Villon, 
dépité. Mais de répéter un proverbe équivoque, qui assure que 
« six ouvriers font plus que trois », ce n'est pas une conso- 
lation. Toute foi est violée en amour. Et François maudissait 
cette Catherine de Vausselles pour laquelle il avait été battu 
tout nu en présence de Noël Jolis, le confident de ses aven- 
tures ^. 

Ah ! si au début de leur liaison, elle lui avait fait connaître 
ses intentions, il aurait bien su échapper à ses filets ! Mais 
Catherine était une coquette toujours prête à écouter ce qu'on 

1. T., h. 49. 

2. T., h. 22. 

3. T., V. 605-608. 

4. T., h. 53, 54, V. 661-664. Voir ch. V, §m. 



SES AMOURS ET LE MEURTRE DE PHILIPPE SERMOISE 3 

lui voulait dire, sans rien accorder ni refuser non plus ; elle 
laissait M^ François s'approcher d'elle, et elle s'accoudait près de 

lui: 

Et me souffroit tout raconter ; 
Mais ce n'estoit qu'en m'abusant'. 

Car si Catherine de Vausselles vous eût affirmé n'importe 
quelle folie, vous l'eussiez crue sur le témoignage de ses yeux 
et de sa bouche menteuse, comme le fit le pauvre Villon ^ : 

Abusé m'a et fait entendre 

Tous] ours d'ung que ce fut ung aultre, 

De farine que ce fust cendre, 

D'ung mortier ung chappeau de faultre >, 

De viel mâchefer que fust peaultre 4, 

D'ambesars que ce fussent ternes s : 

Tousjours trompeur autruy enjaultre ^ 

Et vent vecies pour lanternes ; 

Du ciel une paelle d'arain, v 
Des nues une peau de veau. 
Du matin qu'estoit le serain, 
D'ung trongnon de chou ung naveau, 
D'orde cervoisevin nouveau, 
D'une truie ung molin a vent 
Et d'une hart ung escheveau s, 
D'ung gras abbé ung poursuyvant?. 



1. T., h. 55-56. 

2. T., V. 689-728. 

3. Du grand bonnet, que portaient par exemple les gens du Parlement, que ce fût le 
petit chapeau de feutre, à la mode en ce temps-là. 

4. Que la vieille ferraille était semblable à cette sorte de plomb très tendre dont on 
faisait alors de la mauvaise monnaie et des images saintes (Godefroy, ad. v. peautre). 

5. Que jeter deux as dans un coup de dés cela était la même chose qu'amener trois. 

6. Trompe. Cf. : 

Vous faites croire que de quines sont ternes — Et de quatcrnes que ce sont .-inibesars — De 
vecies que sont claires lanternes... — Menteries composent vostre proesme. 

(Reformation des dames de Paris, dans les Poésies gothiques françaises de Sylvestre). 

7. Une poêle ou chaudière d'airain. 

8. A hars, C hart ; les autres leçons donnent haye, adopté par A. Longnon. — Que 
la corde de la potence, c'était un écheveau de fil. 

9. Un maigre poursuivant d'armes, tel que ceux que l'on rencontrait sur les routes, 
portant les messages des princes. 



FRANÇOIS VILLON, SA VIE HT SON TEMPS 

Ainsi m'ont amours abusé 
Et pourmcnc de l'uys au pcslc '. 
Je croy qu'homme n'est si rusé, 
Fust fin comme argent de coepelle ^, 
Qui n'y laissast linge, drap, paelle 5, 
Mais qu'il fust ainsy manyé 
Comme moy, qui partout m'appelle 
« L'amant remys et regnyé. » 

Et, plus loin, le poète s'écriera avec emphase : 

Je regnic Amours et despite ; 

Je deffie a feu et a sang. 

Mort par elles me précipite, 

Et ne leur en chault pas d'ung blanc-t. 

Ma vïelle ay mys soubz le banc > ; 

Amans je ne suyvray jamais : 

Se jadis je fus de leur ranc. 

Je desclare que n'en suis mais. 

Car j'ay mis le plumail au vent ^ : 

Or le suyve qui a attente ; 

De ce me tais doresnavant. 

Car poursuivre vueil mon entente. 

Et s'aucun m'interroge ou tente 

Comment d'Amours j'ose mcsdire. 

Cette paroUe le contente : 

« Qui meurt a ses loix de tout dire. » 



1. Le pesle ou pêne de la porte, c'était le verrou. Villon fait allusion à ces dévotions 
que les amants martyrs rendaient au verrou de la porte de leur cruelle amie : ils l'em- 
brassaient, le caressaient, etc. (Cf. W. C. Byvanck, Le grant garde derrière, p. i8, 38). 
Il n'est nullement question de froid et de chaud, comme on l'a répété à la suite de Le 
Duchat. 

2. Argent épuré dans ce vase poreux qu'on nommait la copelle (Godefoy, Sup., 
ad. v. copelle). 

3. Poêle, petite casserole à longue queue. — Tout son pauvre ménage. 

4. La plus faible monnaie. 

5. Il ne faut pas prendre cette image à la lettre ; c'était une façon proverbiale de 
parler. Cf. t. I, p. 119, 310. 

6. Non pas le panache, mais la plume qu'emporte le vent, et qu'on ne suivra pas. Cf. 
Si vous n'aviez d'escuz ung plain chapeau — Il vauldroit niieulx mettre la plume au vent. 

(Débat de l'Aviant et de la Davie dans le Jardin de Plaisance) ; CoUerye a dit (éd. 
d'Héricauh, p. 218): 

La plume au vent je gecte à l'aventure. 



SES AMOURS ET LE MEURTRE DE PHILIPPE SERMOISE 5 

C'est tout ce que Villon nous a dit de Catherine de Vausselles. 
Sans doute elle habitait sur la montagne Sainte-Geneviève, 
près du collège de Navarre. Mais le nom de Vausselles, qui 
n'atteste pas une origine parisienne, se rencontre assez fréquem- 
ment à cette époque à Paris '.Tout ce qu'il importe de connaître, 
nous le savons cependant : Catherine était une coquette, donc 
une femme charmante, la plus propre à tourmenter un homme 
d'intelligence et de cœur. Elle était toute semblable à l'aînée de 
ces deux sœurs que surprit vers ce temps-là le poète Vaillant. 
Catherine aurait parlé comme l'une d'elles ^ : 

L'en doit faire chiere commune 

A ung chascun, soit froit ou chault. 

Et se monstrer ainsi com une 

A qui de tout bien fort lui chault... 

Et puis pensez quel plaisir c'est 
D'en avoir tousjours cinq ou six. 
Car l'ungou l'autre toujours est 
Auprès de vous, debout ou sis : 
L'ung se lieve, l'autre est rassis ; 
Quant l'ung s'en va, l'autre revient ; 
L'ung chante ou rit, l'autre est transis; 
Ainsi de dueil ne vous souvient. 

Tousjours vous font quelque beau conte ; 
L'ung ou l'autre vostre main serre. 
Ou l'autre sur le pié vous monte : 
L'ung est en paix et l'autre en guerre. 
Pour cuider vostre amour conquerre. 
Vous complaisent à qui mieulx mieulx, 
Et sont à genoulx ou à terre, 
Comme devant beau Sire Dieux ! 

Les ungs vous baisent en la joue. 
L'autre baise voz gens tetins, 
L'autre le coul, ainsi c'on joue, 
Ou l'autre baille les patins : 

1. Voir la notice à l'appendice. 

2. Cf. Montaiglon, Recueil de poésies françaises, IX, p. 92 et s. — J'ai suivi le texle 
du ms. fr. 2250, fol. 211 v^. 



6 FRANÇOIS VILLON, SA VIE HT SON TEMPS 

De ce vient martres et satins, 
Verges, tissus et cœuvrechiefz; 
Et vous servent tous les matins 
En vous faisant plaisans meschiefz.. . 

Or se vous estes à l'église, 
Hz s'en yront là parmener : 
Et si voient nul qui les avise, 
Lors leur verrez bien démener 
Fort la bouche et les yeulx mener 
Envers leur Dieu, qui est pour rire ; 
Puis les scavent bien ramener 
Soudainement où leur cueur tire ! 

Mais qu'est-ce qui détermina cette correction dont le sou- 
venir fut cuisant à Villon ? Qui lui valut d'être fustigé, comme 
ces toiles que les lavandières battent aux ruisseaux? Il semble, 
on l'a dit, que cette punition ait été légale, puisque plus tard 
François demandera au bourreau de Paris, M*^ Henry Cousin, 
de frapper à son tour de verges Noël Jolis, qui paraît bien 
mêlé à cette histoire '. L'expression être « battu tout nud » 
était d'ailleurs de style. On se rappelle, par exemple, que le 
page qui avait fait une chanson contre la femme de Pierre 
Guillemet, fut condamné par la Cour à être « battu nu » devant 
sa maison. Et le Parlement défendra aux pages de composer et 
de chanter de telles « chansons diffamatoires faisans mentions 
d'aucunes personnes particulières, sur peine de bannissement 
et d'estre pugniz corporellement^ ». Il est question de sembla- 
bles refrains dans l'œuvre de Villon ',qui fut mis en procès par 
Denise pour l'avoir « maudite » : la méchanceté ou la calomnie 
pouvait bien être son péché mignon. Mais M^ François, qui 
tient à se donner comme le martyr d'Amour, l'amoureux 
parfait, s'est sans doute gardé de nous faire savoir qu'après 
avoir soupiré humblement aux pieds de la coquette Catherine 
de Vausselles, il l'aura insultée publiquement ou chansonnée. 

1. Voir à l'appendice les notices sur Noël Jolis et M^ Henr)'. 

2. Bibl. Nat., Dupuy 250, 3 septembre 1484. 

3. Cf. ch. V, §ni. 



SES AMOURS ET LE MEURTRE DE PHILIPPE SERMOISE 7 

Il ne fut pas plus heureux avec cette autre demoiselle qu'il 
nomma par amour sa ce chère rose ' », mais qui de son vrai nom 
s'appelait Marthe ; personne qui joua un grand rôle dans sa 
vie puisque François parlera d'elle immédiatement après nous 
avoir entretenu de sa mère. Elle tourna mal, se donna par la 
suite à tous pour de l'argent, bien que le pauvre Villon n'eût 
jamais tiré d'elle une étincelle d'espérance. Comme il la mau- 
dira plus tard, en lui faisant adresser par un dégoûtant per- 
sonnage, l'ami Perrinet Marchand, avec bien des insultes, une 
ballade jadis composée en son honneur, et dans laquelle Fran- 
çois lui avait conseillé de profiter de sa jeunesse ^ ! 

Item, m'amour, ma chiere rose. 

Ne luy laisse ne cuer ne foye ; 

Elle ameroit mieulx autre chose, 

Combien qu'elle ait assez monnoye. 

Quoy ? une grant bource de soye, 

Plaine d'escuz, parfonde et large ; * 

Mais pendu soit il, que je soye. 

Qui luy lairraescu 5... ne targe. 

Car elle en a, sans moy, assez. 
Mais de cela il ne m'en chault ; 
Mes plus grans dueilz en sont passez, 
Plus n'en ay le croppion chault. 
Si m'en desmetz aux hoirs Michault, 
Qui fut nommé le Bon Fouterre ; 



1. Guillaume de Machault avait déjà nommé sa dame une « rose de mars » (Bibl. 
Nat., fr. 22546, fol. 69 vo) ; « Rose sans pair », « Passe rose », « Rose vermeille », 
lit-on dans k Jardin de Plaisance, éd. Vérard, fol. 69, 81 \'°; « Tendre rosée », 
« doulce rosée », « ma rosée », lit-on ailleurs (Vieux Testament, VI, v, 44730; Ancien 
tlKdlre français, II, p. 152; Collerye, p. 116). 

A mon tetin, m'amour, ma roze ! 
s'écrie aussile farceur (Le Roux de Lincy, Farce nouvelle a vj persoti nages, p. 16). Cette 
locution est de style jusqu'au inilieu du xvie siècle. Adieu via mye. Adieu ma rose est 
le tim'ore d'un Noël de Jehan Chapperou (éd. Picot, p. 37). 

2. T., h. 80-83. 

3. Ecu amène le calembour sur targe : c'était une façon de bouclier et aussi une 
monnaie des ducs de Bretagne, représentant précisément cette sorte d'écu. Mais Vil- 
lon doit faire là une plaisanterie libre dont le Tournoi amoureux nous rend compte 
(Fac-similé du manuscrit de Stockholm, fol. 68 ro). 



FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TExMPS 

Priez pour luy, faictcs ung sault : 
A Saint Saturgist, soubz Sancerre '. 

Ce non obstant, pour m'acquittcr 
Envers Amours, plus qu'envers elle, 
Car oncques n'y peuz acquester 
D'espoir une seule estincelle 
(Je ne sçay s'a tous si rebelle 
A esté, ce m'est grai)t esmoy ; 
Mais, par sainte Marie la belle ! 
Je n'y voy que rire pour moy), 

Geste ballade luy envoyé 
Qui se termine tout par R ^. 
Qui luy portera ? Que je voye. 
Ce sera Pernet de la Barre, 
Pourveu, s'il rencontre en son erre 
Ma damoiselle au nez tortu, 
Il luy dira, sans plus enquerre : 
« Orde paillarde, dont viens tu ? » 

BALLADE 

Faulse beauté qui tant me couste chier. 
Rude en effect, ypocrite doulceur. 
Amour dure plus que fer a maschier 5, 



1. Il est fait allusion à la lubricité de ce personnage dans Renart le Contrefait 
(2e version, v. 943-4) 

Oncques Michault qui en mourut — Si volentiers ouvrier n'en fut. 
A la façon dont Villon parle de ce légendaire personnage, il semble qu'il ait cru 
voir son tombeau lors de son passage à Saint-Satur (Cher). Voir plus loin ch. XIII. 

2. Equivoque sur la lettre r (erre) qui termine en effet chaque mot de la ballade. 
L'alphabet est un sujet sur lequel les poètes du moyen âge aimaient à s'exercer. 
Huon le Roi, de Cambrai, rima Li Aheces par Ekivoche dont M. Artur Langson a 
donné une excellente édition (Helsinki, 191 1), qui éclaire très heureusement une petite 
pièce joyeuse, Ballade de VABC, datant du xve siècle (Pierre Champion, Ballades et 
autres pièces joyeuses dans la Revue de Philologie Française, 1907, XXI, p. 196). Voici ce 
que Huon le Roi nous dit de la lettre R : 

R est une lettre qui graingne : — De félonie adès engraingne. — Sans R ne puet on nomer 
— Riche mauvais ne renomer — La mauvaistié de son vil los. — Qjiant li waildiaus vient 
ronger l'os — Et aultres ciens, vient pour prendre, — Sans R ne le puet défendre... 
Cf. ce Simple souhait, qu'on lit dans les Bons et très titilles enseigneviens : 
Sain et saulve c'est mon souhait : — Il est doulx, il n'y a point de R. — Toujours désire 
estre dehait — Sain et saulve [etc.] — S'aulcun homme ou femme me hait — C'est à tort, si 
je suis sur terre — Sain et saulve [etc.]. 

3. Amour plus dur que le fer ne l'est à mâcher. 



SES AMOURS ET LE MEURTRE DE PHILIPPE SERMOISE 9 

Nommer que puis de ma desfaçon seur ', 
Cherme félon, la mort d'ung povre cuer, 
Orgueil mussié ^ qui gens met au mourir, 
Yeulx sans pitié, ne veulx 5 droicte Rigueur, 
Sans empirer, ung povre secourir ? 

Mieulx m'eust valu avoir esté serchier 
Ailleurs secours : c'eust esté mon onneur ; 
Riens ne m'eust sceu hors de ce fait hachier. 
Trotter m'en fault en fuyte, a deshonneur. 
Haro, haro, le grant et le mineur 4 ! 
Et qu'est ce cy ? Mourray sans coup ferir? 
Ou Pitié veult, selon ceste teneur, 
Sans empirer, ung povre secourir ? 

Vng temps viendra qui feradessechier, 
launir, flestrir vostre espanye fleur ; 
le m'en risse, se tant peusse marchier 
Lors ; mais nennil, ce seroitdonc foleur : 
Las, viel seray ; vous, laide, sans couleur. 
Or beuvez fort, tant que ru peut courir > ; 
Ne donnez pas a tous ceste douleur, 
Sans empirer, ung povre secourir. 

Prince amoureux, des amans le greigneur^, 
Vostre mal gré ne vouldroye encourir, 
Mais tout franc cuer doit pour Nostre Seigneur, 
Sans empirer, ung povre secourir ! 

Tels étaient alors les pensers, le fade et mauvais langage, 
les soucis amoureux du jeune maître es arts : peines feintes 
ou réelles qu'il exaltait à la mode de son âge. Il aurait pu 
continuer longtemps, sur ce ton, à se désespérer de Catherine 

1. Toi que Je puis nommer sûrement l'auteur de ma fin. 

2. Orgueil dissimulé. 

3. F veulx ; Longnon veult. 

4. Cri d'appel, que l'on rencontre très fréquemment dans la bouche des héros des 
chansons de Geste. Il est question dans Monstrelet du grand haro proclamé par les 
habitants de Rouen contre le duc de Bourgogne, « lequel signifie l'oppression qu'ils 
ont des Anglois ». Mais cette expression était tombée dans le langage commun. 

5. Buvez autant que le ruisseau peut débiter d'eau courante. C'était là une façon 
proverbiale de parler. 

6. Le plus grand, le plus parfait des amants. 



10 FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 

et de Marthe. Il aurait eu toute la mièvrerie d'un Vaillant, 
la grâce d'un Alain Chartier, la tendresse, la douceur d'un 
Charles d'Orléans, et peut-être, de temps à autre, le tour 
d'esprit du gamin de Paris, gouailleur et lyrique, la mâle 
gravité qui était sa manière à lui : 

Ung temps viendra qui fera dessechier, 
Jaunir, flestrir vostrc espanyc fleur... 

Il y a parfois dans la vie un instant rapide dont les consé- 
quences se feront sentir sur tout le reste de notre existence ; 
une minute mystérieuse la domine, un accident en modifie 
toute la suite. Il est un destin qui nous ferme une route et en 
indique irrévocablement une autre : ainsi l'éprouva Villon 
quand il rencontra un prêtre amoureux et colérique. 

C'était le soir de la Fête-Dieu, le 5 juin de Tan 1455. Aux 
vêpres, suivant la coutume, on avait porté en procession, à tra- 
vers le quartier Saint-Benoît, le corps de Notre-Seigneur sous le 
dais, couronné d'un chapeau de roses vermeilles et enrubanné 
d'or. Une bonne fête pour tout le populaire de contempler ce 
triomphe, les ecclésiastiques, les marguilliers, les porteurs, cou- 
ronnés eux aussi de chapeaux de fleurs, de marjolaines, de 
violettes blanches et coiffés de bourrelets dorés, les mai- 
sons tendues de draps ! Le plus indifférent eût été gagné par 
cette fièvre légère qui accompagne toutes les réjouissances 
publiques '. 

Ce soir-là il faisait bon prendre du repos : et l'on devisait, 
suivant la coutume des Parisiens, sur le banc, devant sa maison. 

11 y avait encore dans l'air le parfum de l'encens et des roses. 
Le soir fraîchissait. M^ François, qui avait dû suivre la pro- 
cession, était assis sur un banc de pierre situé sous l'horloge 
de Saint-Benoît, dans la grand'rue Saint-Jacques : par crainte 



I. L'abbé Villain, Essai d" une histoire de la paroisse de Saint-Jacques de la Boucherie, 
1758, p. 140 et s. ; Dom Martène, De antiquis ecclesix ritihus, op. cit. 



VIE DE FRANÇOIS VILLON 



PI. XXVI 




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^ Il ex mi m(î Mit^ 'ttç; ' 

tJÇS%Vcn^y (auioiir ocCfCè i]uaitt]co)^ 

Scène de meurtre 

(Bibl. nat., fr. 127 fol. 33", Boccace) 



SES AMOURS ET LE MEURTRE DE PHILIPPE SERMOISE II 

du serein, il portait un petit manteau. Il y avait auprès de 
lui un prêtre, nommé Gilles, et une femme du nom d'Isa- 
beau '. On causait en paix : il pouvait être neuf heures du soir 
environ. 

Or tout à coup débouchent Philippe Sermoise, un autre 
prêtre, et maître Jean le Mardi. Dès qu'il a aperçu Villon, 
Philippe s'écrie : 

— Je renie Dieu ! Maître François, je vous ai trouvé : croyez 
que je vous courroucerai ! 

— Vous tiens-je tort? Que me voulez-vous? Je ne crois en 
rien vous avoir méfait. Beau frère, de quoi vous courroucez- 
vous ? 

Et François Villon de se lever pour céder la place au prêtre 
irrité. Philippe le repousse, déclinant cette politesse ; François 
se rassied. Mais Philippe, furieux, tire alors la dague qu'il 
portait sous sa robe et frappe Villon en plein visage, fendant et 
ensanglantant sa lèvre, douloureusement. 

Cette rencontre s'annonçait décidément mal : prudemment 
Gilles et Isabeau leur faussent compagnie. Restés seuls, Fran- 
çois et le prêtre descendent jusqu'à la porte du cloître. François 
bat en retraite, tenant une pierre dans sa main droite, et dans 
l'autre la dague qu'il a tirée de dessous son petit manteau : 
sa blessure est cruelle. M^ Jean le Mardi fait mine d'intervenir 
et tente de désarmer François de son arme : pour éviter la 
fureur du prêtre qui le poursuit toujours, l'injure et la menace 
à la bouche, Villon la lui plante profondément dans l'aine. 
Sermoise roule à terre, et François lui lance en outre au visage 
la pierre qu'il tenait à la main \ 

Sur quoi Villon laissa là son prêtre et se rendit chez un bar- 
bier, nommé Fouquet, pour se faire panser. Suivant les ordon- 



1. Cf. le dit du Mireur des Moines dans Moiitaiglon, Ane. poésies françaises, XII, 
p. 286 : 

Pour éviter 3. tclz diffames — Soiés en maintien plus rassis — Sans vous trouver avec ces 
femmes — Dessus un banc public assis. 

2. A. Longnon, Etude biographique, p. 133-136, 137-139. 



12 FRANÇOIS VILLON. SA VIE ET SON TEMPS 

nances de police, le barbier lui demanda son nom, et celui de sa 
victime. François répondit se nommer Michel Mouton et 
dénonça Philippe Sermoise pour le faire arrêter le lendemain. 

Ce n'était guère la peine. Des voisins avaient ramassé 
Sermoise dans le cloître Saint-Benoît, portant toujours sa 
dague dans l'aine. On le coucha dans cette maison du cloître 
qui servait de prison, non loin de la porte ouvrant sur la rue 
Saint-Jacques. On le soigna et un examinateur du Châtelet vint 
l'interroger. Et là cet homme, naguère furieux, aurait déclaré, 
ce qui demeure peu croyable, que, s'il mourait de ce coup, il 
ne voulait pas que ses amis poursuivissent sa vengeance ; 
qu'il pardonnait à son meurtrier, « pour certaines causes qui à 
ce le mouvaient ». Mais, ce qui est certain, c'est que le lende- 
main on transportait Sermoise à l'Hôtel-Dicu, où il trépassa le 
samedi suivant. 

Certes, Villon s'était trouvé dans un cas de légitime défense, 
et l'on ne saurait demander du sang-froid à qui vient d'avoir 
la lèvre fendue d'un coup de dague. Mais tout n'est pas aussi 
clair dans cette affaire. Nous ignorons l'offense qu'avait reçue 
Sermoise ; peut-être la petite Isabeau, qui s'était sauvée, la con- 
naissait ? Cependant Villon avait eu le tort de déclarer un faux 
nom au barbier, un nom réel au demeurant '. Et pourquoi 
surtout estima-t-il, par crainte de la justice, qu'il devait s'ab- 
senter? 

Il quitta aussitôt Paris et se cacha pendant sept mois. Alors, 
comme celui qui fut son maître en ballades, Villon aurait pu 
dire ^ : 

Adieu m'amour, adieu douces fillettes. 
Adieu Grant Pont, Haies, estuves, bains. 
Adieu pourpoins, chauces, vestures nectes. 
Adieu harnois, tant clouez comme plains. 
Adieu molz Hz, broderie et beaux seins, 
Adieu dances, adieu qui les hantez, 

1. On trouve un prisonnier pour dettes de ce nom à la Conciergerie, le 22 août 1450 
(Arch. Naî., X'» 8304, fol. 486). 

2. Eustache Deschamps, V, p. 51-52. 



SES AMOURS ET LE MEURTRE DE PHILIPPE SERMOISE I3 

Adieu connins, perdiz que je reclaims. 
Adieu Paris, adieu petiz pastez ! 

Adieu chapeaulx faiz de toutes fleurettes, 
Adieu bons vins, ypocras, doulx compains, 
Adieu poisson de mer, d'eaues doulcettes. 
Adieu moustiers ou l'en voit les doulz sains 
Dont pluseurs sont maintesfoiz chappellains ; 
Adieu déduit et dames qui chantez : 
En Languedoc m'en vois comme contrains ; 
Adieu Paris, adieu petiz pastez... ! 

Que devint-il dans ce premier exil volontaire ? Nous l'igno- 
rons. Mais il y a lieu de croire que Villon se terra non loin de 
la ville. Bourg-la-Reine, le gros village que l'on rencontrait au 
sortir du Paris universitaire, sur la route d'Orléans ', paraît assez 
désigné pour avoir été ce premier exil, à moins qu'on ne lui 
préfère le vallon broussailleux et les eaux dormantes de Port- 
Royal \ Car, en 1461, François Villon dira : ' 

Item, donne a Perrot Girart, 
Barbier juré du Bourg la Royne, 
Deux bacins et ung coquemart, 
Puis qu'a gaignier met telle paine. 
Des ans y a demie douzaine 
Qu'en son hostel de cochons gras 
M'apatella une sepmaine, 
Tesmoing l'abesse de Pourras, 

Or « Pourras » était le nom vulgaire de Port-Royal ^. Et c€ 
que nous savons de l'abbesse de ce temps, Huguette du Hamel, 
nous laisse croire qu'elle pouvait être témoin indulgente ou 
complice des « repues franches » dont François Villon vécut 
nécessairement alors. 

On la disait fille de l'abbé de Saint-Riquier, Hugues Cuilie- 
rel. Entrée en religion vers 1459, elle était devenue abbesse de 
Port-Royal à la mort de Michelle de Langres, en 1454 ou 1455. 

1. Lebeuf, éd. Bournon, III, p. 555. 

2. Ihid., p. 295-297. — 3. T., h. 105. 

4. A. Longnon, Etude biographique, p. 38. 



Î4 FRANÇOIS VILLON, SA VI lî liT SON TEMPS 

L'abbaye demeurait alors désertée et bien pauvre, puisque 
Huguette y trouva seulement une novice. La conduite de l'ab- 
besse n'avait pas été bonne. On la prétendait déjà entachée de la 
souillure du péché de chair; mais elle le commettait si secrè- 
tement que nul n'aurait pu s'en apercevoir. Devenue abbesse 
de Port-Royal, Huguette établit comme procureur de l'abbaye 
M'^ Bandes le Maistre, à qui elle confia les sceaux du couvent. 
Quand il demeurait à Port-Royal, M'^ Bandes couchait en toute 
familiarité dans la chambre de l'abbesse, A son épouse spiri- 
tuelle, l'abbaye, Huguette avait donc joint une façon de mari. 
Un jour Huguette et Bandes se baignèrent ensemble ; et l'ab- 
besse commanda à une jeune religieuse, nommée Alison, de 
prendre aussi un bain avec un jeune maître es arts, cousin de 
Bandes. Or Alison était prude; elle répondit que ce serait mal, 
qu'elle n'en ferait rien. Huguette la fit alors jeter dans le bain, 
toute chaussée et vêtue ; force lui fut bien de se dépouiller. Et 
depuis Huguette aurait vendu à son père naturel, l'abbé de 
Saint-Riquier, la prudente Alison. L'abbesse enfin se rendait 
aux fêtes et aux noces, se déguisait avec les galants, surtout la 
nuit, au point que les gens d'armes en firent le sujet d'une 
ballade. Et malgré les observations de l'abbé de Chaalis, de 
l'ordre de Cîteaux, elle n'éloignait son cher M^ Bandes que pour 
le reprendre quinze jours après. Elle allait le relancer et il lui 
prêtait son lit. Contrainte de chasser une bonne fois ce vilain 
personnage, elle engagea l'argent de l'église afin de lui recon- 
naître 418 livres ; et tous deux emportèrent les titres et les 
lettres de l'abbaye '. 

I. L'histoire de l'abbesse de Port-Roj'al peut nous sembler un peu extraordinaire. 
Elle n'est guère différente, cependant, l'aventure de l'abbesse de Saint-Cyr, dame 
Isabeau. Elle aussi, l'an 1465, par peur des guerres, s'était retirée dans Paris avec 
ses nonnains, rue Saint-Jacques. Le prieur de Saint-Denis-de-la-Châtre l'avait 
invitée à venir demeurer à son prieuré de Saint-Denis avec ses deux nonnains : mais 
là le prieur suborna la nonnain Antoinette ; son clerc se chargea de l'autre. Ici encore on 
voit le prieur chercher à induire l'abbesse à résigner son bénéfice de Saint-Cyr à l'ab- 
besse de Vaulxfond, une jeune fille. Ce que ne pouvant obtenir de l'évêque de Chartres, 
le prieur s'en empara par force, enlevant, à l'aide de « deux escumeurs de mer » de 
Normandie et de charbonniers, un nommé Frère Regnault. Au dire de l'avocat 



SES AMOURS ET LE MEURTRE DE PHILIPPE SERMOISE 15 

Tels sont les faits extraordinaires que nous révèle une pro- 
cédure de 1469 et 1470, alors que Huguette du Hamel avait une 
soixantaine d'années'. 

C'était là un bien singulier milieu clérical; Villon dut y 
trouver quelque adoucissement à son exil. Ce qui paraît certain 
du moins, c'est que ses amis de Paris, ses parents ne l'avaient 
pas abandonné. Ils durent agir en sa faveur auprès de la chan- 
cellerie. 

Au mois de janvier 1456 (n. st.) une lettre de rémission lui 
était accordée personnellement, comme cela avait lieu pour 
les fugitifs. Mais, ce n'est pas à l'honneur des usages de la 
chancellerie, pour le meurtre de Philippe Sermoise, elle lui 
faisait tenir, presque dans les mêmes termes, deux lettres de 
pardon : l'une au nom de François des Loges, dit de Villon, 
l'autre à celui de François de Monterbier (lisez Montcor- 
bier) \ Ses amis avaient dû arranger quelque peu le récit du 
meurtre de Sermoise ; peut-être l'avait-il fait lui-même ' ? Car le 
pardon du blessé à mort demeure toujours très singulier. On y 
alléguait aussi que notre maître es arts de vingt-six ans s'était 
ce bien et honorablement gouverné sans jamais avoir esté 
attaint, reprins, ne convaincu d'aucun autre villain cas, blasme 

Du Drac, il faut avouer que la conduite d'Isabeau était mauvaise ; et ce Frère Regnault, 
un ancien Cordelier, vivait avec elle comme son mari, depuis vingt-quatre ans. (Arch. 
Nat., X'a 8310, fol. I, février 1467 n. st.). — Sur la vie que l'on mène au couvent de 
Farmoutiers^au diocèse de Meaux, voir Arch. Nat, X"» 4836, fol. 225. L'abbesse va à 
la chasse et vit avec un certain Milet. Plusieurs évêques tentent en vain la réforme du 
couvent. 

1. A. Longnon, Elude biographique, p. 38-40, 175-188 (d'après Arch. Nat., X'» 
831 1, fol. i90et suiv.). 

2. Arch. Nat., JJ. 187, fol. 76 vo; JJ. 183, fol. 49 r", ap. A. Longnon, op. cit., 
p. 133-156, 137-139- 

3. « Nota que la difFerance de impetrer remission entre celui qui est prisonnier et 
celui qui est fugitif est telle : c'est assavoir, pour celui qui est prisonnier, est faicte la 
remission ou nom des parens et amis charnelz ; et celui qui est fugitif, on la fait vou- 
leniiers en son nom et à sa requeste. Et quand il est prisonnier, il ne fault point mètre 
que le roy lui quitte les bans, deffaulx et nppeaulx, sinon toutesvoies qu'il eust esté 
fuitif et absent, et qu'il n'eust pas esté tost pris après le cas advenu : car contre ceulx 
qui sont prisonniers on ne procède point à appeaulx ou detfaulx, mais par execucion de 
corps .))(Bibl. Nat., fr. 5909, fol. 89 v», Formulaire de chancellerie). 



ï6 FRANÇOIS VILLON. SA VIE ET SON TEMPS 

OU reprouche, comme à homme de bonne vie ». Sur quoi on 
le rendait à ses « bone famé et renommée et à ses biens non 
confisquez ». 

Voilà l'unique certificat de bonne conduite qu'obtint jamais 
François Villon. 

Doublement protégé par ces lettres enregistrées à la chancel- 
lerie, François ne tarda pas à rentrer dans Paris : il y retrouva 
sa petite chambre de Saint-Benoît, et ses protecteurs. 



VIE DE FRANÇOIS VILLON 



PI. XXVII 







sragot^ 



^ ^'^•^^ 



« 



Le Petit Testament intitulé le Lais 

(Blbl. de l'Arsenal, ms. 3523) 



CHAPITRE X 



LES LAIS 



C'est un soir de décembre, sur la Noël ; il fait sombre et 
froid. François Villon demeure dans sa chambre sans feu du 
cloître Saint-Benoît, assis devant la table sous laquelle le Roman 
du Pet au Diable est caché. Sur la tablette il y a un encrier : 
un cierge près de s'éteindre éclaire cette scène, et l'on entre- 
voit dans l'ombre les châlits d'une couchette '. 

Le pauvre écolier réfléchit, légèrement assoupi, à demi 
engourdi par le froid, saisi enfin par la solitude et le silence. 
Il est dans une heure de grande lucidité intérieure, très propice 
à l'inspiration. Il se sent à la fois recueilli et exalté, comme 
tout voyageur à la veille de se mettre en route : car M^ Fran- 
çois a résolu de quitter prochainement Paris, pour la seconde 
fois. Il y a aimé, il y a soufl'ert aussi ; il a vécu dans de riches 
et de très pauvres compagnies ; il a rencontré sur son chemin 
de bonnes et de mauvaises gens ; il est devenu criminel par 
hasard; il n'est plus honnête et dissimule. Et cependant 
François a consers'é tout le charme de sa jeunesse, de son 
esprit, de sa ver\'e d'écolier gouailleur, si proche de l'école. 
Il n'a guère encore que l'expérience désabusée et précoce d'un 
jeune enfant de Paris. Sa vie lui apparaît lumineuse et légère, 
comme dans une fresque. Des figures joyeuses d'amis y sur- 
gissent, celles des bons et brillants compagnons de sa jeu- 

I. L., h. 2, 20, 50, 39; T., h. 78. 

lR.\NÇOIS VILLON. — II. 2 



le FRANÇOIS VILLON. SA VIE ET SON TEMPS 

ncssc ; il y distingue aussi un visage de femme cruelle; des 
mauvais riches; des religieux pleins d'orgueil, ennemis de 
son cher Saint-Benoît. Il faut dire adieu à tout cela, prendre 
congé de toutes ces choses ! 

Non, il n'écrira pas un testament ' ; il n'est pas à l'article de 
la mort. Mais il saluera amis et ennemis. C'est un voyage que 
Villon va entreprendre : il n'est pas mauvais alors de mettre de 
l'ordre dans ses affaires. François laissera quelques cadeaux à 
ses connaissances ^ Et dans la pensée juvénile de lecolier, voici 
déjà un calembour comme titre à l'œuvre qui se précise dans 
son esprit, en cet instant : des lais, des poésies; des legs, des 
souvenirs qu'il distribuera avant son départ, des cadeaux bur- 
lesques, des riens. 

Le plus souvent François Villon parlera comme un jeune 
noble, un riche chevalier qui a suivi les camps et la guerre : lui, 
le pauvre clerc long vêtu, il dispensera des épées, des huques 
de soie, des gants, des chiens de chasse qui sont le privilège des 
nobles et des écuyers, le diamant qu'il porte en anneau au 
doigt, son miroir. En parlant de l'amour et de sa bonne amie, 
il usera de termes alambiqués, d'une vide phraséologie : jargon 
courtois dont Alain Chartier avait donné l'exemple dans ses 
poésies'. 

D'abord l'écolier commence par dater gravement cette œuvre 
légère, par la fortifier de l'autorité des anciens, de Végèce, 
dont le Livre de Chevalerie, traduit du latin en français par Jean 
de Meung, était alors si répandu dans les cercles chevale- 
resques. Ainsi débute cette facétie, à la manière des préfaces 
solennelles qui introduisaient le lecteur aux livres sérieux et 



1. T., h. 65. — Cf. « Depuis qu'ay fait mon testament et lays » (Le Testament Fin 
Ruhy, dans Montaiglon, Ane. poésies françaises, XIII, p. 9). Noter dans les Lais l'em- 
ploi de laisser ; dans le Testament, Villon dira surtout f ordonne. 

2. L., h. 7, 8. 

3. On doit beaucoup, pour en entendre l'esprit, à la très fine étude de 
W.-G.-C. Byvanck, Spécimen d'un essai critique sur les œuvres de François Villon. Le 
Petit Testament. Leyde, 1882. 



LES LAIS 19 

nobles d'alors, et qui toutes recommandaient de suivre la 
coutume des Anciens ' : 

L'an quatre cens cinquante six, 
Je, Françoys Villon, escollier, 
Considérant, de sens rassis, 
Le frainauxdens, franc au collier, 
Qu'on doit ses œuvres conseillier, 
Comme Vegece le raconte, 
Sage rommain, grant conseillier, 
Ou autrement on se mesconte... 

Or puisqu'il est nécessaire qu'il s'éloigne de Paris, lui si mal- 
heureux en amour; que le retour d'un voyage n'est jamais 
chose sûre; que 

Vivre aux humains est incertain, 

comme on le dit à peu près dans tous les testaments de ce 
temps-là \ François établira en prévision de sa mort les legs 
qui suivent. Ainsi que dans un vrai testament aussi, il com- 
mence par se signer ^ : 

Premièrement, ou nom du Père, 
Du Filz et du Saint Esperit, 
Et de sa glorieuse Mère 
Par qui grâce riens ne périt... 



1 . « Li ancien ont esté coustumier de mètre en escrît les choses qu'il pensoient 
qui fussent bones à savoir et en faisoient livres, puis si les offroient as princes. Car se 
li emperes ne les eûst avant veûs et confermés, il ne fussent pas receù ne mis en 
auctorité... Cy fine le livre de Vegece de T art de chevalerie que nobles princes Jehan 
conte d'Eu fist translater de latin en françois par maistre Jehan de Meun... » (Ulysse 
Robert, LArt de Chei-alerie, 1897, p. 4). 

2. « Considerans qu'il n'est aucune chose plus certaine de la mort ne plus incertaine 
de l'eure d'icelle » (A. Tuetey, Testaments enregistrés au Parlement de Paris, p. 141) ; ou 
bien, selon la formule latine : « timens mortis casus fortuites sciensque quod nichil 
certius est morte, nichil incertius hora mortis... » (U. Robert, Testaments de l'Officia- 
lilé de Besançon, p. 273). 

5. « Fist et ordonna son testament ou ordenance de dernière voulenté ou nom du 
Père et du Filz et du Saint Esperit, amen... en recommandant s'ame à Nostre Sei- 
gneur Jhesu Crist... à la très glorieuse et benoîte Vierge Marie, sa mère...» (A. Tuetey, 
op. cit. y p. 92). 



20 FRANÇOIS VILLON, SA VIL ET SON THMPS 

Sa première pensée est pour son protecteur, M*-^ Guil- 
laume de Villon: et François lui lègue son « bruit », c est-à- 
dire sa renommée, ou plutôt sa mauvaise réputation qui court 
le monde pour l'opprobre du chapelain '. Voilà un pauvre legs 
pour le bon protecteur qui eut et supportera encore tant d'autres 
ennuis par suite de la méchante conduite de son enfant adop- 
tif : il est vrai que Villon, comme un illustre chevalier, lui 
lègue aussi ses tentes, son pavillon, se souvenant sans doute 
qu'il fut abrité sous son toit. 

Après son protecteur, son plus que père, François nomme sa 
maîtresse, celle qui Ta si durement chassé ^ Il semble lui par- 
donner ; surpassant en finesse les plus lins de ce temps, il lui 
lègue ce précieux et irréel bijou ' : 

Je laisse mon cuer enchassié, 
Palle, piteux, mort et transy : 
Elle m'a ce mal pourchassié, 
Mais Dieu luy en face mercy ! 

La pensée de cette demoiselle est évidemment liée à celle de 
plusieurs riches compagnons de sa jeunesse. Car voici Ythier 
Marchand, le fils d'un riche conseiller au Parlement, qui l'a 
sans doute obligé ^ : toujours noble, François lui laissera une 
épée, son « branc d'assier » tranchant ; et, sans doute, il com- 
met ici un assez mauvais calembour, traditionnel parmi les 
écoliers ' : ce n'est pas le seul, et de ce goût, que nous rencon- 

I. L., h. 9. — 2. L., h. 10. 

3. Et vous laissay, en lieu de moy, 
Le gaige que plus chier j'amoye : 
C'estoit mon cueur, que j'ordonnoye 
Pour avecques vous demeurer... 

(Charles d'Orléans, éd. Guichard, p. 25). Marie de Clèves a porté un cœur pendant 
au bout d'une chaîne qui avait appartenu à Cliarles d'Orléans (Pierre Champion, Fie 
de Charles d'Orléans, p. 522). Cf. Byvanck, op. cit., p. 165 n. 

4. Cf. ch. VII, S I. 

5. Voir, I, p. 290 n. Cf. la ballade : Mùrque lolfiie, gauppe, vieille paillarde, v. 14 
(Marcel Schwob, Parnasse satyriqiie, p. 123). L'équivoque est encore justifiée par ce 
fait que, parlant plus tard d'un /'7ï7«c, Villon dit qu'il « se tait du fourreau ». Sur ce 
vilain sens du mot bran voir le fabliau de Porcelet (Recueil général de fabliaux, éd. 
Montaiglon et G. Raynaud, IV, p. 145). 



LES LAIS 21 

trerons. Ce branc d'acier, Jean le Cornu, un autre financier, 
pourra lobtenir ' ; mais il est juste que cet homme riche 
paie le gage pour lequel cette noble épée fut retenue : il 
acquittera donc Técot de huit sous que Villon doit à la taverne, 
évidemment. On y laissait en gage, en ce temps-là, dagues et 
ceintures \ 

Toujours dans le même milieu de gens riches lui apparaît 
Pierre de Saint-Amand, celui-là qui est clerc du Trésor'. Ces 
officiers de finance ont accoutumé de chevaucher dans Paris, 
montés sur de gros chevaux ou de belles mules, sur des rous- 
sins de Frise ou d'Allemagne ^. Suivant son goût d'équivo- 
quer sur les enseignes des rues, François Villon léguera à 
Saint-Amand celles de deux tavernes célèbres : le Cheval blanc 
et la Mule. Et le changeur Jean de Blarru ' aura son diamant 
ou bien VAne rayé, c'est-à-dire le zèbre, une autre enseigne très 
commune à Paris, au demeurant une monture des plus rétives : 
L'Asiie royé qui reculle^. 

Quant aux curés de Paris, ils recevront, pour la faire appli- 
quer, en dépit de la bulle pontificale accordée aux ordres men- 
diants, la Décrétale qui dit que les paroissiens devront se 
confesser à leur curé ". 

Contre M^ Robert Vallée, avocat, François Villon a des griefs 
particuliers ^ Ce n'est pas un « povre clerjotau Parlement » ; il 

1. Voir à l'appendice. 

2. A. Longnon, Pans pendant la doviiiiation anglaise, p. 56 et notre chap. V. 
5. Cf. ch. VII, § I. 

4. Cf. par exemple la complainte de Hugues Aubriot : 

Par P.iris aler tu souloies — Sur mule et frison d'Allemaigne — Gras coursiers, gros rous- 
sins avoies.... 

(Le Roux de Lincy, Recueil de chants historiques français, p. 265). — Je ne vois pas 
qu'il y ait ici une équivoque dans le goût de celle du rondeau de H. Baude (Marcel 
Schwob, Parnasse satyrique, p. 8). 

5. Voir à l'appendice. 

6. On a déjà noté qu'être « mis à l'asne rayé », c'était ne rien avoir (Faintises du 
monde, citées par Byvanck, 0/?, cit., p. 166 n.) Un cheval « qui recule » était quelque 
chose de proverbialement désagréable (Byvanck, op. cit., p. 167). 

7. Voir ch. VI, § 11. 

8. Voir à l'appendice le commentaire de ce passage difficile. 



22 FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 

est riche, possède du bien à Paris, et sans doute à la campagne, 
puisque Villon assure : 

QjLii ne tient ne mont ne vallée '. 

Qu'on lui donne donc vite ses braies, c'est-à-dire le petit cale- 
çon, presque une ceinture, que les hommes portaient sous la 
chemise ^ On les trouvera aux Trumclières, une taverne près 
des Halles, où elles ont été laissées en gage par le poète, qui 
risque encore ici un calembour : car les braies peuvent être dans 
ces hautes bottes qu'on appelait en ce temps-là « trumelières ». 
Qu'en fera-t-il ? Robert Vallée coiffera de ce vêtement mascu- 
lin sa bonne amie ou sa femme. Madame Jeanne de Milières, 
puisque cette personne jouit du commandement dans leur 
ménage, qu'elle mène cet enfant par le bout du nez : c'est 
un benêt, un homme que le Saint-Esprit devrait mieux ins- 
pirer, qui n'a pas plus de sens qu'une « au moire » : or bien 
qu'il soit fou, pense en soi Villon, je lui lègue encore cet 
ouvrage très ridicule, YArs memorativa ; il le retrouvera chez 
« Malpensée ». Et voici sans doute un calembour de plus. Mais 
Villon s'avise tout à coup qu'il a négligé d'assurer la vie de cet 
homme riche; il demandera donc à ses parents de mettre en 
vente son haubert de chevalier, c'est- à-dire son casque ; avec 
l'argent qu'on en trouvera, ils achèteront à ce « poupart » une 
de ces petites et misérables loges à écrivain que l'on rencontrait 
le long de Saint-Jacques de la Boucherie'. 

La pensée de Villon se porte maintenant sur l'ami Jacques 
Cardon, qui était un riche drapier '^. Il lui donne, selon la for- 
mule de style, « en pur don », ses gants et la huque de soie 
n'existant que dans son imagination. Pour cet homme, qui 
aime la richesse, François ajoute aussi le legs du gland « d'une 



1. L., V. 99. 

2. On a vu qu'on laissait en gage à la taverne ses habits parfois. On ne devait pas, 
à coup sur, y laisser ses braies, t. I, p. 73-74. 

3. L., h. 13-15. 

4. Voir à l'appendice. 



LES LAIS 23 

saulsoye », c'est-à-dire un revenu absolument nul. Et comme 
M^ Jacques se porte bien (il doit avoir un gros ventre), Villon, 
le maigre compagnon, lui ordonne pêle-mêle de manger tous 
les jours une oie grasse (le mets succulent par excellence), un 
chapon de haute graisse, de boire dix muids de vin diurétique, 
blanc comme de la craie. Mais il ajoute ce trait malicieux : 

Et deux procès, que trop n'engresse. 

Voici maintenant le tour des jeunes et nobles amis de Fran- 
çois. D'abord ce mauvais conseiller et compagnon, Régnier de 
Montigny ' : il recevra trois chiens de chasse \ Jean Raguier', 
qui appartient à la famille du riche trésorier et attend sans 
doute un bel héritage, aura la somme : 

De cent frans, prins sur tous mes biens. 
Mais quoy ? Je n'y comprens en riens 
Ce que je pourray acquérir : 
On ne doit trop prendre des siens 4. 

Quant à Philippe Brunel % seigneur de Grigny, autre person- 
nage non moins noble et non moins recommandable que les 
précédents, il obtiendra, comme on la donnait alors en récom- 
pense à ceux qui avaient bien servi, la « garde » de tours et de 

1. Voir ch. VII, XII. 

2. Aucun doute possible sur le sens de la plaisanterie du legs des chiens, à rapprocher 
de celle du legs d'oiseaux. Voici comment le « chevalier à la robe vermeille "> allait 
se présenter devant sa dame : 

Montez est sor son palefroi, — Ses espérons dorez chauciez, — Mes por le chaut ert des- 
chauciez — Et prist son esprevier mué, — Que il mesme ot mué, — Et malne .ij. cbienes 
petiz, — Qui estoient trestoz fetiz, — Pour faire aus chans saillir l'aloe. — Si, com fine amor 
veut et loe^ — S'est atornez... 

(Recueil général de fabliaux, éd. Montaiglon et Raynaud, III, p. 36) Cf. Le Roux 
de Lincy, Recueil de farces, 1 (Farce joyeuse du gentilhomme et de son page, p. 14- 
15). — M. W.-G.-C. Byvanck a d'ailleurs fait remarquer (Essai sur le Petit Testa- 
ment, p. 125, n. 4) que ces chiens peuvent appartenir « à la catégorie des chiens tels 
que la locution populaire les promet, tout comme les oiseaux. » (Cf. Le Roux de 
Lincy, Recueil de farces, lU, Les bâtards de Caulx, p. 12) : 

Et du reste de tous nos biens — Y m'a delaisé tous nos chiens, — Ma croche, mon toupin, 
ma quille ; — Et sy m'a laisé une estrille — Pour estriller une comere... 

3 . Voir à l'appendice. 

4. L., V. 151-135. 

5 . Voir à l'appendice. 



24 FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 

châteaux aux environs de Paris; seulement Villon lui laissera 
à garder des ruines comme la tour de Nigeon, Bicêtre, « chastel 
et donjon ' ». Au demeurant il héritera de six chiens de chasse 
de plus que Montigny, Et comme ce processif personnage de- 
vait plaider en ce temps-là contre un nommé Moutonnier, qu'il 
traite de « changon malotru ^ », Villon prend généreusement le 
parti de son ami et laisse à Moutonnier trois coups d'étrivière, 
un sommeil paisible en prison, les pieds pris dans les ceps \ 

Au bon buveur qu'est Jacques Raguier'^, Villon lègue l'Abreu- 
voir Popin, non loin de Saint-Germain- l'Auxerrois, sur la 
Seine, où l'on menait boire les chevaux; des pêches, des poires 
au Gros Figuier, une taverne sans doute ^ ; une autre encore, la 
Pomme de Pin de la rue de la Juiverie : 

Tousjours le chois d'ung bon loppin. 

Le trou de la Poniiiie de Pin, 

Clos et couvert 7, au feu la plante ^, 

Emmailloté en jacoppin 9 ; 

Et qui voudra planter, si plante ^°. 



1. Voir ch. VIII, §in. 

2. C'est-à-dire d'enfant substitué par un démon au fils des hommes (Du Cange, 
ad. V. cambio, cité par Byvanck, p. 174 n.). 

3. L., h. 18. — 4. Voir à l'appendice. — 5. Voir ch. VIII, § ni. 

6. Le vers 147 est douteux. 

7. C'est exactement la formule juridique pour désigner un locataire dans une mai- 
son en bon état (Cf. par exemple Arch. Nat., Y. 5232, 26 mars 1455) : « En la pré- 
sence de Jehan de Paris, requérant estre tenu cioz et couvert en un hostel assis à Paris, 
en la rue Galande, qui tient à louaigede Me Jehan Gencien... dit a esté que les deniers 
que ledit de Paris doit et peut devoir à cause du louage dudit hostel seront mis et 
convertis en réparations nécessaires dudit hostel pour le tenir cloz et couvert... » 
M. Byvanck avait conjecturé le do^ aux rais (correction de l'unique leçon B : le do^ 
aux rains) Cf. Parnasse satyrique, p. 286. 

8. Les pieds au feu. 

9. Certainement avec le sous-entendu que l'on trouve dans une lettre de rémission 
du mois de juillet 1456: « Que ledit suppléant estoit embeguiné, qui estoit à dire 
qu'il estoit yvre. » (Arch. Nat., JJ. 183, p. 145). L'explication de Marot « ne pou- 
vant cracher » est insoutenable. 

10. Le mot planter (fixer un végétal dans le sol, mettre avec une vilaine équivoque, 
etc.), est susceptible de prendre au xv^ siècle les sens les plus divers; il se retrouve 
dans le jargon (Byvanck, op. cit., 137, 176). Ici ce mot ne signifie pas autre chose que 
planter des honnies (Cf. Charles d'Orléans), dire des plaisanteries (Cf. V. Testament, 
V. 13320; Godefroy, Complément, ad. v. planter et planteur). 



LES LAIS 25 

La pensée de Mllon se tourne maintenant vers les gens du 
Châtelet. Il sait que l'examinateur Jean Mautaint et Pierre Basa- 
nier, clercs criminels, sont en froid avec le prévôt Robert d'Es- 
touteville, qui est un peu son protecteur : il leur lègue donc sa 
faveur'. Quant à Pierre Fournier, son procureur, puisqu'il fait si 
froid en cet instant, Villon, en homme pitoyable, lui laisse des 
bonnets courts et cette manière de bas ou de caleçons à semelles 
de cuir qu'on appelait chausses semelées. Il va sans dire que 
c'est là un costume à porter seulement quand il fait bien chaud, 
et qui paraît d'ailleurs peu convenable pour un avocat '. 

Quant au boucher Jean Trouvé, le valet de Pierre de La 
Dehors à la Grande-Boucherie, il aura comme legs une série 
d'enseignes en rapport avec sa profession : le Mouton (franc et 
tendre, comme disaient les ménagères du temps) %des lanières 
de cuir, un tacon-^, pour chasser les mouches du Bœuf cou- 
ronné (une maison qu'on allait mettre en vente), ou bien l'en- 
seigne de la Vache, une maison de la rue Troussevache, où 
l'on voyait représenté le vilain qui la troussait, c'est-à-dire qui 
l'emportait sur ses épaules. Cette plaisante image s'impose à 
l'esprit de Villon au point d'en oublier Jean Trouvé : il pour- 
suit, pensant au vilain qui emporte la vache, comme on le 
ferait d'un mouton ' : 

S'il ne la rent qu'on le puist pendre 
Ou estrangler d'ung bon licol ^ 

Le chevalier du guet, qui plaide alors pour faire reconnaître 
sa noblesse, sera du coup anobli par le pauvre Villon qui lui 
lègue le Heaume convenable au chevalier. Les sergents à pied 
qui l'accompagnent dans ses rondes auront de bonnes rixes et 
la Lanterne de la rue Pierre-au-Lait pour éclairer leur marche 

1 . Voir à l'appendice les notices sur ces personnages. 

2. Voir la notice à l'appendice et les frontispices des éditions anciennes de Patbe- 
liii. — 3. Voir ch. VIII, § in. 

4. Voir Godefroy, ml. v. tacon. — 5. L., v. 167-168. 

6. Pendre et étrangler, c'est là une formule courante de stvle : on la retrouvera plus 
loin, à propos de Villon lui-même. 



26 FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 

nocturne ; mais s'ils attrapent Villon et le mènent au Châtelet, en 
retour qu'on lui donne, pour qu'il y puisse dormir, la prison des 
trois lis (lits) '. Quant à Pierre Marchand \ le bâtard de la Barre, 
sergent du Châtelet, jouant aussi sur son nom, François Villon 
assure qu'il est bon marchand, sans doute de denrées d'amour, 
peut-être aussi parce qu'il se montra homme trop subtil ' ; l'éco- 
lier lui lègue une botte de paille pour étendre sur la terre quand 
il exercera le seul métier qu'il sache faire, celui d'amoureux''. 

A ces propres à tout et à rien, Jean le Loup et Cholet % offi- 
cieux personnages au service de la ville et du Châtelet, Villon 
qui avait peut-être été leur compagnon de « repues franches », 
laisse un canard pris dans les fossés de la ville quand la nuit 
tombe, un de ces longs manteaux qu'on nommait alors 
« tabart », descendant jusqu'aux pieds comme les robes des 
Cordeliers : voilà un vêtement bien commode pour dissimuler 
ce qu'on a pu voler ; il ajoute ceci : 

Busche, charbon... et pois au lart. 

Bûche et charbon peuvent faire allusion à la facilité avec 
laquelle ces personnages, qui étaient chargés (Je surveiller le 
port de Grève, s'appropriaient partie des marchandises qu'on y 
déchargeait : ce sont au surplus des matières nécessaires à pré- 
parer la cuisson d'un bon repas. Quant aux pois au lard, c'était 
un plat succulent par excellence, l'existence assurée, une façon 
d'ailleurs proverbiale de parler ^. Et Villon d'ajouter encore le 



I. Cf. ch. V, § III. On aurait pu citer la glose de Marot « une des chambres du 
Chastellet ». — 2. Voir à l'appendice. — 3. Byvanck, op. cit., p. 181. 

4. Les chambiettes des prostituées étaient jonchées de paille. 

5. Voir t. I, p. 189 et s., et la notice à l'appendice. 

6. Je suis, ce dis je, de no ville — Tout nourri de pois et de lart... 

(Mystère de la Passion, v. 4820). 

Oui a des pois en sa maison — Du pain festis et du bacon — 11 est bien fol si se gucrmente 
— De mieulx a'^ oir si n'a grant rente. 

(Bibl. de l'Arsenal. 3059, fol. de garde). Cf. Recueil ffcnéral de fabliaux, éd. A. de 
Montaiglon, I. p. 15 : 

Li bossus n'ert avez ne chiches, — Ainz assist bien ses compaignons : — Pois au lart orent 
et chapons... — One lard es pois n'eschut si bien. (Pathelin). 



LES LAIS 27 

don de ses vieilles bottes, qui n'ont plus d'empeignes, de ses 
« houseaulx sans avant-pieds », tels que ceux que Ion criait 
alors dans Paris : houseaulx vieux!' 

Il fliut être pitoyable dans la vie. La pensée du railleur se 
tourne donc vers « trois petis enfans tous nus '' » : 

Povres orphelins impourveus, 
Tous deschaussiez, tous despourveus, 
Et desnuez comme le ver ; 
J'ordonne qu'ilz soient pourveus, 
Au moins pour passer cest yver : 

Premièrement, Colin Laurens, 
Girart Gossouyn et Jehan Marceau, 
Despourveus de biens, de parens. 
Qui n'ont vaillant Tance d'ung seau, 
Chascun de mes biens ung fesseau. 
Ou quatre blans3, s'ilz l'ayment mieulx. 
Hz mengeront maint bon morceau, 
Les enfans, quant je seray vieulx ! 

Mais ces trois petits enfançons pitoyable^ sont trois riches et 
vieux usuriers, entre les plus riches de France ^ ! 

Ils demeurent associés dans son esprit, ces richards, à deux 
autres : 

Povres clercs de ceste cité, 

1. « Houseaulx vieux ! », en général les habits des défunts, comme les vieux habits 
d'aujourd'hui. Mais à considérer ces tristes personnages, il y a là une équivoque ou 
une plaisanterie que nous n'entendons pas. 

2. L. h., 25, 26. 

3. La plaisanterie consiste à léguer ici une somme très petite à trois richards. Le 
petit blanc valait 5 d. t. en 1452 (Ordonnances, 26 août). On se faisait faire la barbe 
pour deux blancs (^Procès de Guillaume Mariette dans Mathieu d'Escouchy, IH, p. 268), 

4. Voir à l'appendice. — M. A. Campaux a écrit : « Ces pauvres orphelins impour- 
veuz faisaient partie, j'imagine, de cette jeunesse un peu friande que l'auteur des 
Repues franches appelle les Suhjects François Villon. Ils composaient son école avec 
Guillaume Cotin et maistre Thibault de Vitry... » (François Villon, sa vie et ses œuvres, 
p. 93). Je ne donne ceci que pour montrer combien la plaisanterie de Villon prête à 
l'interprétation littérale et doit être entendue à contre-sens cependant. L'erreur de 
Théophile Gautier, un grand artiste, est plus forte encore : « Certainement Villon 
n'était pas né pour être un coupe-bourse ; il avait une belle âme, accessible à tous les 
bons sentiments... Il soutenait trois jeunes orphelins... Il leur recommande de travail- 
ler... » (France littéraire, 1834, p. 49-50). 



28 FRANÇOIS VILLON. SA VIE F.T SON TEMPS 

envers qui Charité et Nature incitent le poète à se montrer 
pitoyable : car eux aussi sont tout nus. Or ceux-là encore, Guil- 
laume Cotin et Thibaud de Vitry, sont deux vieux et riches 
chanoines de Notre-Dame que nous connaissons bien'. Et 
l'on a déjà expliqué comment, pour assurer leur existence, 
Villon leur laissa d'abord ce titre vide qu'est « sa nomina- 
tion de l'Université ^ ». Ce ne sont pas de paisibles entants, 
ces procéduriers; ils ne sont pas humbles; et si Villon 
assure qu'ils chantent bien au lutrin, c'est parce qu'ils devaient 
avoir la voix cassée quand ils venaient en station à l'église 
Saint-Benoît où, d'ailleurs, on ne chantait pas les offices. 
Comme ils possèdent beaucoup de biens, dans Paris et aux 
environs, François leur lègue le cens sur une maison ruineuse, 
celle de l'insolvable boucher, Guillaume Gueuldry. Puisque 
tout chanoine peut être candidat à l'épiscopat, il joint à ce 
don la Crosse\ une enseigne de la rue Saint-Antoine. Quant 
au billard qu'il y ajoute, c'est un bâton recourbé avec lequel 
on poussait les boules à terre : cadeau équivoque, et qui ne 
convient guère à des personnages vieux et de religion. Ils 
pourront prendre aussi tous les jours un pot plein d'eau de 
Seine. 

Sa pensée est décidément inclinée vers la charité. Comme 
dans les testaments véritables, François Villon se tourne vers 
les pauvres ^. Les prisonniers qui, tels des pigeons, sont enfer- 
més dans une cage obscure, recevront son beau miroir, la faveur 
de la geôlière qui leur sera bien utile, soit qu'elle se montre 
pitoyable envers eux, soit qu'elle agisse en mégère \ Et, 
comme on le faisait aussi dans la réalité, François lègue aux 



1. Voir ch. VI ch. ii. 

2. Voir ch. III. 

3. Cf. ch. VIII, § III. 

4. On voit par exemple que Denis de Mauroy, procureur général, demande en 141 1 
que l'on mette un « petit blanc en chascun bassin des prisonniers duChastellet et du 
Palais » (A. Tuetev, Testaments enregistrés au Parlement de Paris, p. 300 et passini). 

5. Voir ch. Vlli, § 11. 



LES LAIS 29 

hôpitaux son lit ' ; à ceux qui couchent sous les auvents des 
boutiques", un coup de poing sur l'œil, « une grongnée ' » qui 
les réveillera en sursaut; ils trembleront de tous leurs membres: 

Megres, velus et morfondus. 

Il est vrai que François ajoute à son legs des chausses courtes, 
c'est-à-dire une façon de chaussettes, et une robe rognée qui ne 
fera pas leur affaire pendant les froids vifs de cet hiver ^. 

Le tableau qu'il vient de tracer de ces misérables, qui 
portent le poil hirsute, comme tous les pauvres, rappelle à 
Villon qu'il a oublié son propre barbier, son tailleur et son 
cordonnier. L'un recevra la coupe de ses cheveux, l'autre ses 
vieux souliers, le troisième ses vieux habits : 

Pour moins qu'ilz me cousterent neufz 
Charitablement je leur laisse >. 

Et François Villon reprend la série de ses legs charitables en 
faveur des ordres mendiants, des Filles-Dieu, des Béguines de 
Paris ^ : 

Savoureux morceaulxet frians, 
Flaons, chappons et grasses gelines. 

Ils pourront encore annoncer les Qiiinze signes du Jugement 
final", thème dont ils abusaient; recueillir des deux mains 
le pain qu'ils quêtaient en errant à travers les rues : et si les 
« Carmes chevauchent noz voisines », qu'est-ce que cela peut 
nous faire ** ? 

Il semble que les legs devraient s'arrêter sur ces pieuses 
considérations, comme on le voit dans les testaments. Mais 



1 . (( Item, je lesse audit Hostel Dieu de Paris mon meilleur lit et ma meilleure 
chambre de sarge... » A. Tuetey, op. cit., p. 34 (Testament de Pierre du Chastel, 
maître des Comptes, ad a. 1394 etpassitii). 

2. Cf. ch. V, § III — 3. Godefroy, ml i'. groingnie. 
4. L., h. 30. — 5. L., V. 247-248. 

6. Voir ch. VI, § 11. Cf. le Testament d'Eustache Deschamps, VIII, p. 30. 

7. Cf. ch. VI, § II. 

8. Cf. Byvanck, op. cit., p. 1 91-192. 



30 FRANÇOIS VILLON, SA VlH ET SON TEMPS 

plusieurs personnages de sa connaissance ont été oubliés et 
reviennent à son esprit : d'abord Jean de la Garde, valet de 
chambre et épicier de la reine '. 11 recevra un Morlicr d'or, 
une enseigne fréquente chez les épiciers de Paris, qui ven- 
daient toutes sortes de condiments piles ; une potence de Saint- 
Maur, c'est-à-dire la béquille que les pèlerins allaient offrir au 
saint guérisseur de la goutte, lui servira comme pilon pour 
broyer sa moutarde. Qiiant à l'anonyme qui fit sur Villon de 
« griefs exploits », c'est-à-dire qui le mit en procès, il lui sou- 
haite le feu Saint-Antoine, que l'on nommait aussi mal des 
Ardents, l'érésypèle. Et voici enfin Pierre Merbeuf et Nicolas 
de Louviers, deux riches Parisiens^ : ils recevront l'écaillé d'un 
œuf' : 

Plaine de frans et d'cscus vieulx, 

ce qui ne les enrichira pas ; quant à Pierre de Rousseville •*, 
François l'instituera gardien de cette ruine qu'est Gouvieulx, 
charge qu'il exerçait déjà, mais sans profit'. Or Villon, tou- 
jours pitoyable, y ajoute: 

Pour le donner entendre mieulx 
Escuz tels que le Prince donne. 

Ces écus, Rousseville doit bien le comprendre, sont ceux que 
le Prince des Sots distribue ^ 

Il était neuf heures et la belle cloche de Sorbonne sonnait le 
couvre-feu universitaire. Villon est tiré un moment de son rêve 
et prie ' : 



I. Voira l'appendice. — 2. Voir à l'appendice. 

3. C'est là raffiner puisqu'on disait le prix d'un œuf, pour dire rien, ou à peu près 
{Recueil général de fabliaux, éd. Montaiglon et Raynaud, III, p. 202, 215, etc.). 

4. Voir à l'appendice. 

5. Cf. E. Deschamps, VIII, p. 31 : 

Et s'ai laissié pareillement — Au Roy le Louvre... -^ Le Lendit laisse à Saint Denis... 

6. L. h., 34. Voir à l'appendice. 

7. L., h. 35. 



LES LAlS 3Î 

Finablemeut, en escripvant, 
Ce soir, seulet, estant en bonne', 
Dictant ces laiz etdescripvant. 
J'ois la cloche de Serbonnc, 
Qui tousjours a neuf heures sonne 
Le Salut que l'Ange prédit ; 
Si suspendis et mis cy bonne ^ 
Pour prier comme le cuer dit. 

Mais quand meurent les derniers battements de la cloche, 
quand ses ondes sonores se sont perdues au loin, dans le froid 
et dans la nuit, le poète succombe à un nouvel assoupissement, 
comme un homme ivre. Dame Mémoire lui apparaît, semblable 
à l'une de ces roides figures allégoriques des tapisseries de ce 
temps ; elle range dans son armoire à livres tout le jargon de 
l'Ecole, les Espèces, le fatras du commentaire aristotélique', 

Et autres intellectualles. 

Le sens lui revient peu à peu. Mais l'encre a gelé dans son 
encrier ; le cierge, qui éclairait faiblement la chambrette, vient 
de s'éteindre sous le vent : trop tard maintenant pour aller cher- 
cher du feu chez un voisin et prolonger cette rêverie ! François 
Villon va s'endormir. Il ne le fera pas, du moins, avant d'avoir 
signé ses Lais : et de quelle magnifique et brève empreinte^ ! 

Fait au temps de ladite date 
Par le bien renommé Villon, 
Qjiii ne menjue ne figue ne date. 
Sec et noir comme escouvillon, 
Il n'a tente ne pavillon 
Qu'il n'ait laissié a ses amis. 
Et n'a mais qu'ung peu de billon 
Qui sera tantost afin mis. 

Tel est le sens de cette œuvre charmante, courte, légère et 
espiègle. Tel est ce testament d'un écolier de turbulente jeu- 
nesse. François Villon n'y parla guère que des amis de son 

I. En bonne humeur. — 2. Forme archaïque et courante de borne. 

3. Byvanck, ci/>. c//., p. 176-197». 

4. L., V. 40. 



32 FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 

âge, et il avait vingt-cinq ans! Œuvre pleine du souvenir de 
ses promenades dans Paris, du jeu des enseignes que jadis les 
étudiants de la ville mariaient, et dont maintenant François 
Villon fait de plaisants legs équivoques. Elle a la jeunesse des 
amours de M^ François et de ses amis. Proche de ses études, 
elle ûiit une fine satire du jargon scolastique et abonde en 
calembours d'écolier. Comme François Villon s'y montre 
plein de reconnaissance pour la communauté de Saint-Benoît 
dont il soutient la querelle ! Facétie malicieuse plus que mé- 
chante : la plus grande amertume de ce petit poème apparaît 
dans cette violente attaque contre les vieux chanoines enne- 
mis des religieux, ses protecteurs ; car l'on peut croire que les 
trois vieux usuriers gabeleurs étaient notoirement des person- 
nages fort décriés '. 

Et cependant ces trois cent vingt vers nous présentent 
quelque chose de fort nouveau. Ils ne rappellent en rien, 
sinon dans une donnée extrêmement générale, les congés lar- 
moyants et courtois qui furent de mode à Arras, où les trou- 
vères avaient transplanté le rameau fleuri de la poésie des 
troubadours ^ Ces huitains de Villon ont un accent de réalité, 
une impertinence juvénile, une rapidité qui fait contraste avec 
la prolixité niaise et courante de son temps: l'allégresse de 
leurs rimes nous surprend. On y entend vraiment parler le 
poète gouailleur, avec ses sous-entendus, ses incidences graves 
et comiques. Vers pleins de promesses, ils annoncent l'œuvre 
admirable que les épreuves de la vie, la misère et le mal 
mûriront âprement. 



1. Je dois m'excuser d'avoir présenté ici un commentaire continu des poésies de 
Villon dont les éléments sont dispersés dans le cours de cet ouvrage. Mais il semble 
qu'il y ait intérêt à suivre le développement des idées, leur association dans les 
poèmes de Villon. Ces derniers paraissent, malgré l'autorité de G. Paris, avoir été 
réalisés très vite ; cependant chaque élément, tout de circonstance, se trouve fort à sa 
place, sauf quelques rares exceptions. On le constatera mieux encore dans le Testament. 

2. Voir les congés de Jean Bodel, éd. G. Raynaud, dans Roinania, IX, p. 216-247 5 
ceux d'Adam de la Halle (Œuvres complètes, éd. E. de Coussemaker, 1872, p, 273 
279). 



LES LAIS 33 

Mais, il faut le dire aussi, ce petit poème est à la limite du 
bien. Car il y a lieu de douter de tant de beaux motifs amou- 
reux que Villon mit en avant pour justifier son départ de 

Paris ■ : 

En ce temps que j'ay dit devant. 
Sur le Noël, morte saison, 
due les loups se vivent de vent 
Et qu'on se tient en sa maison, 
Pour le frimas, près du tison. 
Me vint ung vouloir de brisier 
La très amoureuse prison 
Qui souloit mon cuer debrisier. 

Je le feis en telle façon, 

\'ovant Celle devant mes yeulx 

Consentant a ma desf;içon, 

Sans ce que ja luy en fust mieulx ; 

Dont je me dueil et plains auxcieulx, 

En requérant d'elle venjance 

A tous les dieux venerieux. 

Et du grief d'amours allejance ! 

Et se j'ay prins en ma faveur 

Ces doulx regars et beaux semblans 

De très décevante saveur 

Me trespersans jusques aux flans. 

Bien ilz ont vers moy les piez blans ^ 

Et me faillent au grant besoing. 

Planter 3 me fault autres complans 

Et frapper 4 en ung autre coing. 

I. L., h. 2-7. 

■}.. « Mon parrain, mon parrain, ne me faillez pas au besoin; ne faites pas comme 
le cheval au pied blanc », écrivait vers ce temps-là Louis XI, dauphin, au duc d'Alen- 
çon (De Beaucourt, Histoire de Charles Fil, YI, p. 50). C'était une locution courante 
dont Cotgravc rend parfaitement compte (tui. v. blanc : c'est le cheval aux quatre 
piedz blancs — Such a onc as fails his friend at a pincli). « Les pieds blancs étaient 
une expression dérivée de ce qu'un cheval avec quatre balzanes blanches ne payait pas 
de droits de péage » (Lettre deM. Schwob à M. J.-M. Bernard, Revue critique des idées 
et des livres, 1912, p. 435). — Cette image n'a rien à voir avec celle des pieds poudreux 
et des pieds gris, termes qui désignent les colporteurs, et plus tard les paysans qui 
marchent dans les cliamps, comme on ne cesse de le répéter dans les commentaires. 

3 M. Byvanck (op. cit., p, 137) a attiré l'attention sur la laide équivoque de ce 
mot (Parnasse satyrique, p. 146, 1. 7). 

4. Frapper forme également équivoque, surtout rapproché ainsi de coing (Byvanck, 

FRANÇOIS VILLON. — II. 3 



3-j FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 

Le regart de Celle m'a prins 
Qui m'a esté félonne et dure : 
Sans ce qu'en riens aye mesprins, 
Vcult et ordonne que j'endure 
La mort, et que plus je ne dure ; 
Si n'y voy secours que fouir. 
Rompre veult la vive souldure, 
Sans mes piteux regrets oïr ! 

Pour obvier a ces dangiers, 

Mon mieulx est, ce croy, de partir '. 

Adieu ! je m'en vois a Angiers, 

Puisqu'el ne me veult impartir 

Sa grâce, ne me la départir -. 

Par elle meurs, les membres sains ; 

Au fort, je suis amant martir 

Du nombre des amoureux sains. 

Combien que le départ me soit 
Dur, si faut il que je l'eslongne : 
Comme mon povre sens conçoit, 
Autre que moy est en quelongne 3, 
Dont oncques soret de Boulongne 
Ne fut plus altéré d'umeur4. 
C'est pour moy piteuse besongne : 
Dieu en vueille oïr ma clameur! 



Ainsi notre bel amoureux finit par un sarcasme ! Au demeu- 
rant, François n'avait pas la conscience tranquille : il était déjà 
sans doute un voleur. 



op. cit., p, 138 II.). Le frère Frappart de Marot a un nom dérivé de ce sens mauvais : ce 
joyeux compagnon figure déjà dans la Farce des Brus (Le Roux de Lincy, Recueil, II), 
et dans un document daté de 1473 (Arch. Nat., X'^ 4814, fol. 136 v») : « Dit que lad. 
appellant, à ung soir, sortit de sa chambre et trouva ung frcre frappart qui confessoit 
bien tart Alison... ». 

1. Suivant B F. Les autres sources donnent /o/i//', adopté par M. Longnon. 

2. B ne la me départir. Les autres sources // nie convient partir, adopté par M. Lon- 
gnon. Cf. T., V. 605 608. 

5. Si l'on regarde une imago représentant des fileuses, par exemple le petit bois 
qui figure sur l'édition originale de 1' « Evangile des quenouilles » (Claudin, Histoire 
de r Imprimerie, III, p 313), on comprendra ce que veut dire Villon. 

4. Car jamais un hareng saur de Boulogne ne fut plus avide d'eau que moi, etc. 
(Cf. Vie de saint Harcnc, ap. Montaiglon, Ane. pcès. françaises, II, 328). 



VIE DE FRANÇOIS VILLON 



PI. XXVIII 



E.NTHEE DU COCKOK. DK NaV>KRKE • 

iimfminiïïniimiiïïiii[iinnrinininiiitiinnimnTii,miiiiiiiiiiiJiiiiiiiii(i[ïïr[ïïinimiïniiniinnM 




Le Portail du Collège de Navarre 

lié^uilla, Histiiirc Je Paris T. III, p. i j„ 




Le Collège de Navarre 

l'Ijii de Truschet et Huyctu rerx ;.î5; 



l^%. 



CHAPITRE XI 



LE VOL DU COLLEGE DE NAVARRE 



Navarre était le plus riche et le plus vaste des collèges pari- 
siens'. Il s'étendait en haut de la montagne Sainte-Geneviève, 
dans le quartier des théologiens, près de l'enceinte de la ville, 
dans cette façon de polygone que dessinaient les rues de la 
Montagne-Sainte-Geneviève, Traversine, des Murs et Clopin\ 
Le portail du collège, orné des statues de Philippe le Bel et de 
Jeanne de Navarre, ouvrait sur la rue de la Montagne ; les trois 
grandes salles des artiens, des théologiens, des grammairiens 
régnaient le long de la rue Clopin ; la belle chapelle s'élevait au 
milieu de la cour et un cloître y était attenant ; des communs, 
des maisons louées à des particuliers, limitaient ailleurs le 
collège. 

Les collèges étaient toujours des fondations charitables, ana- 
logues aux hospices, que des personnes pieuses et lettrées 
avaient établies pour loger de pauvres étudiants, originaires 
d'un même pays. Leur nombre était très restreint, en général, 
et les donations assez maigres. Le plus ordinairement le fon- 
dateur laissait sa maison pour servir de collège, avec les reve- 
nus dont il avait joui pendant sa vie. Le directeur du collège 
se nommait le maître : il était assistéd'un chapelain qui disait 
la messe, d'habitude trois fois par semaine, d'un procureur. 
Les écoliers occupaient un certain nombre de chambres ; on 
louait celles qui demeuraient vides afin d'augmenter les reve- 

1. J. Launoi, Régit Navarrœ gymnasii parisiensis historia, Parisiis, 1677, in-40. 

2. G. Pinet, La grande salle de Navarre dans la Revue des Eludes Rabelaisiennes, 
19 10, p. 175 et suiv. 



36 FRANÇOIS VILLON. SA VIE ET SON TEMPS 

nus de la maison. Chaque semaine, 1 étudiant recevait une cer- 
taine somme destinée à sa nourriture, appelée bourse (de 2 s. p, 
à 8 s.) : on la prenait au coffre de la communauté, conservé la 
plupart du temps dans la chapelle, avec le sceau de la maison. 
Les règlements intérieurs étaient copiés à l'ordinaire sur la fon- 
dation de Robert de Sorbon '. 

La maison de Navarre tirait son importance du nombre 
de ses pensionnaires et de l'éclat de son enseignement. 
Le nom de Navarre lui venait de sa fondatrice, Jeanne, 
femme de Philippe le Bel, qui, par son testament de 1305, 
l'avait richement dotée sur la vente de son hôtel de la rue Saint- 
André-des-Arcs et sur les revenus de son douaire de Cham- 
pagne. Ce collège devait recevoir 70 pauvres écoliers dont 
20 écoliers enfants étudiaient la grammaire, 30 la logique et la 
philosophie, 20 la théologie. Le collège eut bientôt ses 
propres statuts ; et on y admit des externes, en grand nombre, 
pour profiter des leçons données aux boursiers*. Comme le 
collège de Sorbonne était ouvert à toute l'Europe, celui de 
Navarre le fut à toute la France '. 

L'étude de la théologie, mais surtout celle des belles-lettres, 
était très florissante dans cette maison ^. Pierre d'Ailly, l'aigle 
de France et le marteau de ceux qui erraient en la vérité, y fut 
grand maître et lui avait légué sa bibliothèque tout entière. 
Gerson fit de même. Et Nicolas de Clamenges, le bon huma- 
niste, y avait enseigné les élégances latines \ Il reposait alors 
au milieu du chœur, sous la lampe, le vénérable docteur en 
théologie : 

Qui laïupas fuit ccclesic suh lampada jacet ^ ! 

A 

1. D'après les statuts du collège de Cambrai, Arch. Nat., M. 109, n" 22. Cf. Thu- 
rot, De l'organisation de l'enseignement au moyen âge, p. 122 et suiv, 

2. J. Launoi, op. cit., p. 7 et s. 

3. Thurot, op. cit., p. 131. 

4. «Navarre... ou il y a trois sciences: de ars, de gramaire et de théologie. » 
(Guillebert de Metz, dans Paris et ses historiens, p. 119). 

5. A. Franklin, Les anciennes bibliothèques de Paris, t. I, p. 394 et suiv. ; Launoi, 
op. cit. 

6. Du Breul, op. cit. 



LE VOL DU COLLÈGE DE NAVARRE 37 

Ainsi que toutes les fondations de ce genre, le collège de 
Navarre avait eu à souftVir de la guerre. En 1418, comme on y 
professait les opinions armagnaques et loyalistes, les Bouchers 
l'avaient mis au pillage, détruisant en partie sa belle biblio- 
thèque '. Au temps de François Villon, il était assez déchu de 
sa grandeur : il demeurait cependant la première maison d'en- 
seignement. Quand le jeune Fernand de Cordoue, musicien, 
peintre, escrimeur, maître es arts, maître en médecine, docteur 
en lois, en décret, en théologie, et parlant toutes les langues, 
un puits de vaine science, passa à Paris en 1446, c'est encore 
au collège de Navarre qu'il argumenta avec les docteurs \ 

Quelques années plus tard les statuts de la reine étaient 
tombés en désuétude. Clercs et chapelains ne s'empressaient 
plus d'assurer fidèlement le service divin ; les maîtres des 
grammairiens et des artiens attiraient à leur volonté des élèves 
externes qui vivaient avec les boursiers, en plus grand nombre 
môme que la maison n'en pouvait contenir, et qui logeaient 
dans les demeures voisines du collège. On avait ouvert dans les 
murs de nouvelles issues et des portes pour leur passage. Tel 
était alors l'état de cette vénérable maison, qui avait produit 
tant d'hommes lettrés et fameux pour la plus grande gloire de 
la foi catholique et du royaume K 

Une enquête fut poursuivie sur ces faits. Elle amènera bien- 
tôt la grande réforme d'Elie de Tourettes, promulguée le 
12 avril 1460^ : en ce temps-là, Jean de Conflans, sous lequel 
étudia Mllon, dirigeait les théologiens ; Geoffroy le Normant, 
jadis pédagogue et curé de Saint-Benoît, les grammairiens \ 
Désormais, pour empêcher les écoliers de vagabonder, on n'usera 
plus que d'une seule porte à laquelle un portier sera attaché, le 

1. Juvénal des Ursins, p. 528 ; Launoi, op. cit., p. 126. 

2. Journal d'un bourgeois de Paris, p. 381. 

3. Lettre de Charles VII, du 31 octobre 1459, demandant la réforme du collège 
(Launoi, op. cit., p. 165 et s.; Arch. Nat., M. 180, no 10). 

4. Arch. Nat., M. 180; Launoi, op. cit., p. 170 et s. 

5. Arch. Nat., M. 180. — Sur Geoffroy le Normant, cf. Arch. Nat., S. i6i8, 
fol. 6 vo, 53 vo, 56. 



38 FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 

jour comme la nuit. La porte du haut, donnant sur la rue de 
Bordelles, ne sera plus ouverte que pour des causes raison- 
nables, pour les exercices des scolastiques, à la discrétion du 
maître du collège qui conservera les clefs de tous les huis 
donnant sur la rue, et par où on introduisait des victuailles. Si 
l'on doit s'en servir, il faudra les lui demander, comme c'était 
autrefois la coutume. Pour faire échec à cette multitude d'éco- 
liers non boursiers, qui avaient amené une si grande confusion, 
ruiné les mœurs, la science, et les bâtiments même du collège, 
on devra boucher l'ouverture que le maître des grammairiens 
avait fait ouvrir dans le mur, il y avait quelque vingt ans, afin 
que les non boursiers pussent passer et se rendre dans les mai- 
sons voisines qu'ils louaient. Défense absolue était faite, même 
au maître des grammairiens et des articns, d'introduire dans la 
maison aucun élève non boursier, aucun étranger, de recevoir 
à table un commensal plus de six jours. A l'avenir, chaque 
maître des artiens et des grammairiens payera pour le loge- 
ment d'un écolier non boursier 48 s. : 24 s. pour le collège où 
il demeurera ; 24 s. pour le collège de Navarre. Le maître des 
grammairiens, suivant les anciens statuts, couchera dans la 
maison collégiale près des enfants, les formera fidèlement aux 
bonnes mœurs et à la science, leur dispensera le boire et le 
manger, pourvoira décemment au matériel. Les écoliers devront 
entendre diligemment les leçons, recevoir une nourriture saine 
et suffisante ; avoir des écuelles et des verres ; toucher au moins 
deux fois par semaine des serviettes blanches et propres : car 
beaucoup étaient sordides et maculées. Les boursiers enten- 
dront la messe, les dimanches et les jours de fêtes : dans la 
chapelle du collège, des sièges et des chaises seront réservés aux 
grammairiens et aux artiens boursiers. Et afin que les édifices 
du cloître, les verrières de la chapelle ne souff'rent pas de dom- 
mages, pour éviter que l'étude soit désormais contrariée par 
le tumulte des jeux, les maîtres et sous-maîtres des grammai- 
riens et des artiens empêcheront que les écoliers ne jouent 
dans le cloître, proche de la chapelle, et dans le préau. Aux 



LE VOL DU COLLÈGE DE NAVARRE 39 

maîtres, on rappelait que les leçons et les disputes devaient 
avoir lieu régulièrement. Ils assisteront aux repas communs. 
On visitera les chambres des écoliers, afin de constater qu'ils 
n'errent pas à travers la ville, donnant au jeu le temps qu'il 
convient de consacrer à l'étude. Danses et mimes sont inter- 
dits, sauf à la fête des Rois, suivant l'antique usage. Mais 
après dix heures du soir, on ne pourra chanter ni danser à 
aucune fête. Les membres du collège, hors de la maison, ne 
porteront pas d'armes, afin d'éviter les dangers et scandale qui 
en résultaient, comme on avait pu le vérifier cette année-là. Les 
maîtres ne devront pas exiger plus de 2 s. pro prima figura ; à 
la fin de l'explication d'un livre, plus d'un écu ; aux fêtes des 
Nations, plus de 2 s. Le roi de la fève ne payera que de 2 écus. 
Défense, à certaines fêtes, d'élire un empereur. Les grammairiens 
demeureront avec les grammairiens, les artiens avec les artiens. 
Les théologiens ne mangeront plus dans leur chambre et sui- 
vront réellement le service divin : ils ne seront donc pas tenus 
pour présents ceux qui disputent à cette heure-là ou se gro- 
mènent en parlant dans la nef de la chapelle. On rappelait que 
les argumentations théologiques étaient obligatoires. Enfin 
clercs et chapelains devront assurer régulièrement les matines, 
les messes et les heures '. 

Il y avait quelqu'un qui connaissait le désordre de cette véné- 
rable demeure, le secret de ses portes ouvertes, le passage des 
maisons voisines au collège ; il n'ignorait pas non plus que 
dans la sacristie de la chapelle se trouvait un grand cofi're où la 
communauté déposait son argent \ Cet homme, si au courant 
des choses universitaires, c'était François Villon. En ce temps-là 
il avait de dangereuses relations : M^ Guy Tabary, clerc comme 
lui, un compagnon de ses farces de jadis, qui avait copié en 
grosses lettres le Roman du Pet au Diable ; un moine picard, 
damp Nicolas; Colin de Cayeux, fils d'un serrurier parisien, un 

1. Arch. Nat., M. i8o; Launoi, op. cit., p. 170-177. 

2. Du Breul, op. cit., p. 660. 



40 FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 

clerc de vie mauvaise et tricheur, un pipeur enfin qui avait été 
plusieurs fois déjà rendu à l'évêque par le Châtelet en 145 1, 
en 1452, en 1456 ; puis Petit Jehan. Ces deux derniers per- 
sonnages passaient pour de redoutables crocheteurs ; et Petit 
Jehan était encore plus habile, s'il se peut, que le fils du serru- 
rier à faire sauter les serrures des huis et des coffres '.Le pro- 
cédé qui consistait à user du rossignol (le mot est du temps), 
à introduire dans les garnitures une tige de fer recourbé pour 
ouvrir les serrures, remontait un peu plus haut : mais il se 
généralisait dans le monde des malfaiteurs". On n'entendait 
alors parler que de crocheteurs et de crocheteries \ Villon 
cependant devait servir seulement d'indicateur, diriger l'opé- 
ration que réalisèrent surtout Colin de Cayeux et Petit Jehan. 

A la Noël de 1456, François Villon avait rencontré l'ami 
Tabary et l'avait chargé d'aller acheter ce qu'il fallait pour 
dîner à la taverne de la Mule, devant Saint-Mathurin. Là ils 
soupèrent en compagnie de Colin de Cayeux, de damp Nicolas 
et de Petit Jehan. Or, après le repas, M^' François, Colin et damp 
Nicolas demandèrent à Tabary de les suivre, sans rien révéler 
de ce qu'il pourrait voir et entendre. Ils gagnent tous la mai- 
son où demeurait M'^ Robert de Saint-Simon : l'un après l'autre, 
ils y pénètrent en franchissant un petit mur. Là ils quittent 
leurs vêtements de dessus et leurs robes. Ils se dirigent ensuite 
vers le collège de Navarre. En appliquant contre le mur un 
râtelier qu'ils avaient pris dans la maison où ils s'étaient dévê- 
tus, ils franchissent le grand mur donnant sur la cour du 
collège. Tabary était resté dans la maison pour garder les vête- 
ments et faire le guet. 

Il pouvait être dix heures du soir quand les voleurs s'intro- 

1. A. Longnon, Etude hio^raphique sur François Villon, p. 139-150 (Arcli. Nat., 
M. 181). 

2. Pierre Champion, Notes sur les classes dangereuses, ap. Sainéan, Les sources de 
l'argot oficien, I, p. 379. 

3. Il a été question des vols à Saint-Jean-en-Grève et à la Sainte-Chapelle. Aux 
crochetages audacieux mentionnés dans le présent chapitre, on peut ajouter celui du 
comptoir de l'Hôtel de Ville (Arch. Nat., KK. 408, fol. 240, Compte de 1456-145 7). 



LE VOL DU COLLÈGE DE NAVARRE 4I 

duisirent dans le collège; ils firent retour dans la maison de 
Saint-Simon sur les minuit seulement. Tabary les vit rentrer; 
ils lui montrèrent un petit sac de grosse toile contenant les 
cinq cents écus d'or qu'ils avaient dérobés. Mais ils lui dirent 
avoir gagné cent écus seulement, le menaçant de le tuer s'il 
révélait jamais ce vol. Et afin qu'il tînt la chose plus secrète, 
ils lui donnèrent lo écus d'or. Les complices l'accompagnèrent 
alors, lui annonçant que deux bons écus étaient mis de côté 
pour dîner le lendemain. Après quoi les voleurs se partagèrent 
leur butin, et chacun reçut loo écus. Leur méfait resta ignoré 
un peu plus de deux mois. 

Du 9 au 10 mars 1457 (n. st.), une enquête était menée à 
Paris par Jean Mautaint et Jean du Four, examinateurs du roi au 
Châtelet de Paris, au sujet de ce vol. Ils agissaient à la requête 
de la Faculté de Théologie : car, sur les 500 écus d'or dérobés 
au collège, 100 écus appartenaient à feu M^ Rogier de Gaillon, 
en son vivant doyen de la Faculté de Théologie ; 60 écus i\ 
M*^ Laurens Poutrel, grand bedeau de la dite Faculté ; le reste à 
la communauté. 

Les examinateurs se rendirent donc dans la belle chapelle du 
collège. On y voyait, au portail, trois statues peintes d'or et 
d'azur : celle de saint Louis, la gloire des rois, celles de Phi- 
lippe le Bel et de son épouse Jeanne, fondatrice de la maison ; 
dans la chapelle, on apercevait un tableau représentant saint 
Louis, le cardinal d'Ailly avec une notice concernant sa vie et 
ses legs. Au milieu du chœur, sous la lampe, reposait Cla- 
menges ; et dans la nef, à main droite, pendait le tableau où 
se lisaient les vers latins consacrés à la louange de la belle et 
sage fondatrice de la maison '. 

C'est là que les examinateurs trouvèrent vénérables et 
discrètes personnes M^ Guillaume de Chasteaufort, principal, 



I. Du Breul, op. cit., p. 660. Cf. Troche, dans la Revue archéologique, 184^, 
ire partie, p. 192-200, et G. Prinet, Histoire de l'Ecole Polytechnique, 1887. — La belle 
chapelle servait il y a quelques années encore aux exercices d'escrime, de danse et 
de dessin, pour les élèves de l'Ecole Polytechnique. Elle a été sauvagement démolie. 



42 FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 

M*= Guillaume Evrard, M*^ Pierre Caros, M^ Alain Olivier, tous 
docteurs en théologie, et M"^ Laurens Poutrel, le bedeau de la 
Faculté. Les examinateurs visitèrent les coffres et le lieu du vol, 
afin de faire leur rapport écrit. Sur les sept heures du matin, 
ils donnèrent l'ordre de fermer toutes les portes et entrées du 
collège. Alors les maîtres conduisirent les examinateurs dans 
le revestiaire de la chapelle ; là, en présence d'Etienne Paquot, 
le proviseur, de plusieurs maîtres du collège, de Michault 
du Four, de Jean de Tournai, de Casin Poret, sergents à verge, 
ils firent visiter les coflfres par un serrurier. On ouvrit avec les 
clefs un grand coffre, barré de plusieurs bandes de fer, dans 
lequel se trouvait un autre petit coffre de noyer, fermant à 
trois serrures et à bandes de fer, enchaîné dans le grand coffre. 
Ce coffret fut également visité et on en tira un petit papier 
où étaient écrites les sommes déposées là pour les besoins de 
la Faculté de Théologie : on y voyait les signatures de Laurens 
Poutrel et des divers maîtres de la Faculté. On tira encore deux 
cédules en parchemin détaillant la quantité, les espèces de 
l'or mis en garde, signées également de leur main. Alors les 
maîtres de la Faculté, Laurens Poutrel et le proviseur du collège 
demandèrent à visiter les chambres de M^ Simon Germain, de 
M'^ Guillaume de Campanes et d'Etienne Guerroys, qui avaient 
la garde des clefs de la chapelle et du revestiaire : ce qui fut fait 
en présence de Pierre Caros, d'Alain Olivier, docteur, et des 
sergents. Aucune charge ne fut relevée contre eux. Dans la 
chambre de Guillaume de Campanes, on trouva seulement 
30 écus, tant d'or neuf comme de monnaie blanche de 8 d. p. 
pièce, somme qu'il avait répartie en deux coffres : car M^ Guil- 
laume de Campanes était prudent et n'entendait pas que de 
subtils voleurs prissent tout son argent d'un coup. Dans la 
chambre du proviseur on trouva 120 écus d'or neuf : 30 royaux 
venaient d'une somme qu'il avait reçue pour continuer de dire 
la messe de M'^ Guillaume Prenant, administrateur de l'Aumône 
de Tournai, il y avait environ quinze jours; 15 écus d'or de 
Robert de Roches, sur les 30 qu'il faisait de rente annuelle audit 



LE VOL DU COLLEGE DE NAVARRE 43 

collège ; de Colin Galet, épicier, demeurant en la rue Saint- 
Denis, il avait reçu, au nom de M'"^ de Bavière, 25 écus d'or. 
Un religieux Cèlestin lui avait donné deux nobles ; 28 florins 
d'or provenaient des revenus d'une chapelle que le proviseur 
avait àTrinquetailles, près d'Arles. Tout cela était fort correct. 

On s'ajourna donc à quatre heures pour poursuivre l'en- 
quête. Mais on estima alors qu'il y avait lieu de remettre cette 
séance au lendemain, car Jean Mautaint était absent, et les trois 
serruriers qui accompagnaient l'examinateur, semblaient insuf- 
fisants. 

Le proviseur de Navarre réclamait en effet une enquête appro- 
fondie, pour l'honneur des écoliers et des habitants du collège. 
Le lendemain 10 mars, à 3 heures, les examinateurs revinrent 
donc avec neuf serruriers jurés qui prêtèrent un serment solen- 
nel sur l'Evangile. On fit alors sortir tout le monde du reves- 
tiaire, maîtres, proviseur, bedeau et écoliers, et l'on ferma la 
porte. Les examinateurs demeurèrent seuls avec le sergent 
Michault et les neuf serruriers : savoir Laurens le Brasseur, 
demeurant en la grand'rue Saint-Jacques, Perrin Cousinot, 
établi au cimetière Saint-Jean, Guillaume de Galles, demeurant 
en la rue de la Juiverie, Almet Flament, demeurant rue Saint- 
Jacques-la-Boucherie, Jean Tustehen, à la Groix du Tirouer, 
Thomassin de Galles, en la rue des Anglais, Lambin Longue- 
Espée, en la rue Saint-Antoine, Gasin Poret, place Maubert, 
Loys l'Eschiquier, au Fossé Saint-Germain. 

Ils regardèrent les serrures des deux cofi"res, les quatre du 
grand et les trois du petit; puis ils les enlevèrent. Après délibé- 
ration commune, ils déclarèrent techniquement, par la bouche 
de Gousinot, que les serrures du grand coff"re avaient été croche- 
tées : les deux serrures de la porte du revestiaire avaient, elles 
aussi, été faussées, mais sans succès ; on avait dû les forcer par 
une pesée. Quant au petit coffre, il avait été crocheté égale- 
ment. Ils déclarèrent en outre que ceux qui avaient opéré ne 
leur semblaient pas de très subtils voleurs : ils devaient donc se 
trouver en rapport avec des gens du collège, ou s'être servi des 



44 FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 

clefs du revestiairc ; sans quoi il leur eût fallu beaucoup de 
temps pour faire tout cela. Ils avaient dû user de marteaux, 
de ciseaux, de turquoises. A leur avis, le vol pouvait remonter 
à plus de deux ou trois mois. 

Ce qui n'était pas mal raisonné. Mais les voleurs couraient 
toujours. Et qui sait s'ils auraient jamais été découverts sans les 
déclarations imprudentes de Guy Tabary à un compagnon de 
rencontre ? Cela Villon l'apprit par la suite. Et c'est pourquoi, 
bien ironiquement, il nommera plus tard ce confiant com- 
pagnon un « homme véritable », un homme qui dit la vérité ! 

Le 17 mai 1457, Pierre Marchand, curé-prieur de Paray, au 
diocèse de Chartres, se présentait en eifet au Châtelet. Là il 
déclarait à l'examinateur que, le samedi avant la Quasimodo, il 
était arrivé à Paris. Le dimanche ou le lundi suivant, il avait 
déjeuné à la taverne de la Chaise, au Petit-Pont, avec un nommé 
maître Guy, dont il ignorait le nom, et un autre qui se disait 
prêtre. Le bavard Tabary se prit à lui demander le récit de ses 
aventures et lui raconta ensuite les siennes, dont il n'avait 
cependant pas lieu de se vanter. Ainsi Guy lui rapporta qu'il 
avait été longtemps prisonnier dans les prisons de l'évêque de 
Paris ; qu'on l'avait accusé d'être un crocheteur. Pierre Mar- 
chand, sachant qu'on avait dérobé cinq à six cents écus en la 
chambre de frère Guillaume Coiffier, religieux des Augustins, 
dressa l'oreille. Il se prit à interroger M*^ Guy sur le fait des 
crochets et la manière de s'en servir : car il désirait de savoir 
s'il n'apprendrait pas ainsi quelque nouvelle du larcin commis 
en la chambre de l'Augustin. Il feignit donc de converser comme 
s'il voulait devenir l'un de ses complices et partager le profit 
d'un vol. Or Guy Tabary parla abondamment des crochets. Il en 
avait eu plusieurs entre les mains, dont lui et ses compagnons 
usaient pour ouvrir les serrures : par eux, point de fermeture, 
si forte soit-elle, qu'ils n'ouvrissent. Marchand demanda alors la 
grâce de contempler ces merveilleux crochets : ce que M^ Guy 
promit de faire, déclarant que récemment il en avait eu en sa 
possession ; mais il les avait jetés dans la Seine de crainte 



LE VOL DU COLLÈGE DE NAVARRE 45 

qu'on ne les trouvât sur lui. Et Guy raconta, en outre, qu'un 
orfèvre, nommé Thibaud, savait forger de tels crochets ; qu'il en 
faisait de diverses sortes. De plus, cet industrieux orfèvre fon- 
dait l'or et la vaisselle d'argent que les voleurs lui apportaient. 

Le lendemain, Pierre Marchand rencontra encore M*-' Guy : 
il le mena boire à la Pomme de Pin, en la rue de la Juiverie, se 
donnant toujours comme un complice éventuel afin de lui 
arracher ses secrets. Après boire, M*-' Guy le conduisit à Notre- 
Dame où quatre ou cinq jeunes compagnons qui s'étaient 
échappés des prisons de l'Officialité se tenaient en franchise. 
M^ Guy lui en désigna un : un petit homme, et jeune, dans les 
vingt-six ans, portant de longs cheveux par derrière. C'était, 
au dire de M^ Guy, le plus subtil de toute la compagnie, le 
plus habile des crocheteurs, à qui rien ne semblait impossible 
dans son art. M^ Guy s'approcha des compagnons en franchise 
et leur parla : il leur désigna Pierre Marchand qui désirait de 
devenir leur associé, leur complice. Sur quoi les compagnons 
firent bon accueil à Marchand, usant avec lui de beau laniîage, 
mais parlant en termes généraux, sans rien préciser de leur 
entreprise, ou de ce qu'ils avaient fait jadis. Après quoi Guy 
Tabary et Pierre Marchand sortirent de l'église. 

M*^ Guy n'avait pas la prudence des jeunes voleurs en fran- 
chise. Il s'ouvrit à Marchand des opérations particulières aux- 
quelles lui et ses complices se livreraient dès qu'ils pourraient 
sortir de Notre-Dame. Thibaud devait forger des crochets bien 
propres cà ouvrir la chambre et les cofTres de M'' Robert de la 
Porte, alors absent de Paris. C'était un riche religieux demeu- 
rant au couvent des Augustins, un amateur de beaux livres 
qui faisait des cadeaux au duc Charles d'Orléans. Les croche- 
teurs n'attendaient plus que l'arrivée d'un certain Augustin, 
cousin de Thibaud, qui avait promis de les recevoir dans sa 
chambre du couvent ; là il devait leur procurer des habits, les 
déguiser avec les robes des religieux. Et Guy de rapporter 
encore que lui-même venait de sortir des prisons de l'Offi- 
cialité ; que l'argent de frère Guillaume Coiffier avait bien aidé 



46 FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 

à sa délivrance. Le curieux Pierre Marchand l'interrogea sur 
ce vol ; or M^ Guy lui apprit qu'on avait enlevé cinq ou six 
cents écus à Coiffier, et que, pour sa part, il en avait eu huit. 
Thibaud, cet homme subtil, les lui avait fait passer dans les 
prisons de la Cour-l'Evêque : il les donna à son geôlier. 

Et M"-^ Guy lui confia encore qu'il y avait peu de temps, lui et 
ses complices avaient pris dans un coffre du collège de Navarre 
cinq à six cents écus ; mais un de leurs associés les avait 
empêchés de crocheter une armoire près du coffre, qui pouvait 
en contenir quatre ou cinq mille : ce dont ses compagnons le 
maudissaient. A l'église Saint-Mathurin, ils avaient tenté de 
voler ; mais là les chiens les avaient dénoncés. Depuis, en plein 
jour, ils avaient dépouillé frère Guillaume Coiffier. Un des 
complices avait emmené ce religieux dire pour lui une messe 
en l'église Saint-Mathurin tandis que les autres pillaient sa 
chambre ! Ainsi ils avaient pris un petit coffret contenant cinq 
ou six cents écus et emporté la vaisselle d'argent du trop 
crédule frère. Un autre jour Tabary, qui aimait décidément à 
faire partager ses fâcheuses relations, présenta à Pierre Mar- 
chand un jeune compagnon d'une trentaine d'années, un petit 
homme très habile, portant une barbe noire, et court vêtu. On 
l'appelait M^ Jehan. Tabary s'entretint avec lui. Ils donnèrent 
un rendez-vous pour le lundi, à Saint-Germain-des-Prés, à 
celui qu'ils tenaient pour un nouvel associé. Là ils devaient 
arrêter une opération, et Thibaud apporterait ses crochets. Mais 
le prudent Pierre Marchand leur faussa compagnie. Tabary 
vint à l'hôtellerie de ce dernier qui déclara avoir été ce jour-là 
occupé ailleurs. Marchand le retint à déjeuner en son auberge; 
M'^ Guy lui rapporta que lui et M^ Jehan s'étaient rendus à 
Saint-Germain-des-Prés surtout pour lui montrer les crochets : 
car le vol chez M^ Robert de la Porte ayant été quelque peu 
éventé, il valait mieux attendre avant d'entreprendre une autre 
opération. 

Et cet incorrigible bavard révéla à Pierre Marchand qu'ils 
avaient encore un autre complice, nommé M^ François Villon ; 



Le vol du collège de navarre 47 

que ce dernier s'était rendu à Angers, dans une abbaye où il 
avait un sien oncle, religieux. Il allait là pour savoir des nou- 
velles d'un autre vieux religieux d'Angers qui pouvait posséder 
de cinq à six cents écus. A son retour, selon le rapport que 
François Villon ferait à ses compagnons, ils se mettraient tous 
en route vers cette région pour le « desbourser », en sorte qu'un 
beau matin les complices se partageraient tout son avoir. Et 
M*^ Guy répéta encore que M*^ Jehan était aussi habile que 
Thibaud à faire des crochets, qu'ils devaient un jour apprêter 
toute leur « artillerie » pour détrousser quelque homme, et 
qu'ils n'attendaient autre chose que de trouver un bon « plant » 
pour frapper dessus. 

Cette déclaration était des plus graves. Elle signalait à la jus- 
tice l'existence à Paris d'une bande de crocheteurs que François 
MUon orientait, dans ce quartier universitaire qu'il connais- 
sait si bien. Elle dénonçait les voleurs du collège de Navarre 
qui ne pouvaient manquer d'être arrêtés maintenant. Elle 
révélait le véritable motif du départ de FrançoisVillon : un vol 
à organiser à Angers. 

Le 25 juin 1458, le bavard Tabary tombait aux mains de la 
justice. Le 5 juillet, il avouait, avec certaines réticences, la série 
des vols commis aux dépens du collège de Navarre, de Guil- 
laume Coiffier, de Robert de la Porte. On lui demanda s'il 
n'avait pas dit que M^" François Villon s'était rendu à Angers 
pour voir un certain ecclésiastique, fort riche, et que ses com- 
plices devaient aller voler, suivant son rapport : il le nia. Au 
sujet du vol chez les Augustins, Tabary donna un alibi, pré- 
tendit s'être trouvé à cette époque dans les prisons de l'évêque : 
tout au plus savait-il que Colin de Cayeux avait baillé quatre 
écus à Petit Thibaud sur ce qui lui revenait de cette opération. 
Tabary ne voulut rien dire de plus. C'est pourquoi on le recon- 
duisit dans sa prison en présence de M^ Guillaume Sohier, de 
Jean Rebours, de Denis le Comte, de François de la Vacquerie, 
de Jean Laurens, de Jean le Fourbeur et du notaire Cruisy. 

Le vendredi 7 juillet, Tabary était amené à l'endroit où se 



48 FRANÇOIS VILLON. SA VIlî ET SON TEMPS 

donnait la question ; il prêta serment sur les saints livaui^iles 
de dire la vérité et fut admonesté charitablement de révéler ce 
qu'il savait du vol du collège de Navarre. On lui demanda 
aussi s'il connaissait un certain Pierre Marchand, prieur-curé de 
Paray, au diocèse de Chartres. Il déclara ne l'avoir jamais vu. 
Interrogé s'il n'avait pas bu avec lui dans une taverne, à l'en- 
seigne de la Chaise, au Petit-Pont, il le nia. On lui demanda 
encore s'il ne lui avait jamais parlé, ni montré certains cro- 
chets : Tabary nia toujours et déclara s'en rapporter à Pierre 
Marchand. Peu après, il avouait cependant qu'un homme, qui 
se disait religieux de Saint-Augustin, lui avait dit que, s'il 
pouvait lui procurer certains crochets, il saurait bien dévaliser 
la chambre de M*^ Robert de la Porte ; à quoi Tabary aurait 
répondu qu'il connaissait un homme très habile à faire ces 
crochets : et il lui avait nommé Petit Thibaud. 

Alors on lut à Guy Tabary la déposition de Pierre Marchand, 
comme l'avait recueillie l'examinateur au Châtelet, Jean du 
Four. Cette déposition accablante, M'^ Guy dut bien convenir 
qu'elle était la vérité même. Interrogé alors comment furent 
ouvertes les serrures dans le collège de Navarre, après qu'il eut 
plusieurs fois varié, Tabary confessa avoir appris de M^" Fran- 
çois Villon qu'elles furent ouvertes avec des crochets. Mais il 
maintenait qu'il n'avait pas été présent au vol : il se tenait 
dans la maison de Saint-Simon pour garder les robes des com- 
plices. Comme butin, il n'avait reçu que 10 écus : car François 
Villon et les autres lui avaient déclaré que c'était bien suffisant, 
puisqu'il n'avait pas pris part à l'opération. 

Comme Tabary ne voulait rien avouer de plus, sur la déli- 
bération des assistants, il fut dépouillé de ses vêtements, mis 
en courte-pointe et posé sur le petit tréteau. Il n'ajouta rien à 
sa précédente déclaration. Il fut placé sur le grand tréteau et on 
lui demanda s'il n'avait pas été dans la confidence du vol 
commis aux Augustins, dans la chambre de Guillaume Coif- 
fier : il répondit oui, par le moyen de Petit Thibaud ; mais il 
n'avait pu y prendre part puisqu'il était alors prisonnier. 



LE VOL DU COLLÈGE DE NAVARRE 49 

Comme butin, il avait reçu les 4 écus qu'il remit pour sa déli- 
vrance au geôlier de l'official. 

Guy Tabary, qui n'en pouvait plus, demanda alors qu'on 
l'enlevât de la géhenne, assurant qu'il dirait toute la vérité. Sur 
quoi, on le reconduisit en prison en présence de vénérables 
personnes maîtres Etienne de Montigny et Robert Tuleu, 
docteurs en décret, de François Ferrebouc et de François de la 
Vacquerie, licenciés en droit canon, et de plusieurs autres. 

Pour la Faculté de Théologie, l'essentiel était de rentrer 
dans son argent '. Elle s'en inquiéta dès que le vol fut constaté. 
On voit par exemple la Faculté faire réparer de suite la serrure 
de son coffre déposé dans la chapelle de Navarre. Puis, sur des 
indices que nous ignorons, au mois de septembre 1457, Lau- 
rens Poutrel, le grand bedeau de la Faculté, se rendait à Lyon 
et à Montlhéry pour informer sur cette affaire, tandis que son 
neveu Henri allait à Caen. Les déclarations de Pierre Mar- 
chand, l'arrestation de Tabary au mois de juin 1458, simpli- 
fiaient beaucoup les recherches. Au mois d'août. Colin de 
Cayeux était également interrogé au sujet du vol du collège de 
Navarre. 

A la fin de l'année 1458, Guy Tabary parvint à arranger 
son affaire. La Faculté composa avec sa mère pour la somme 
de cinquante écus d'or payables en deux termes : Laurens 
Poutrel reçut donc 25 écus sur lesquels Roger de Gaillon et le 
bedeau en récupérèrent dix. La mère de Tabary, la pauvre mère 
de ce mauvais clerc, paya l'année suivante le complément de 
la somme moyennant promesse de laquelle son fils avait été 
mis en liberté! 

Laurens Poutrel était alors un vieil homme, et fort expéri- 
menté. Le i^'"" octobre 1428, on le dit déjà prêtre, curé de 
l'église paroissiale d'Arnouville, au diocèse de Rouen, et notaire 
apostolique^; en 1437, on le voit chapelain de Notre-Dame, 

1. Bibl. Nat., ms. lat. SÔ)^^, signalé par Marcel Schwob. Cf. Conséquences du vol 
au Colll'i^e de Navarre, dans François Villon, Rédactions et Notes, p. 1 09-11 6. 

2. Arch. Nat., M. 69». 

FRANÇOIS VILLON. — II. 4 



5ô ^kAYiCoia Villon, sa vit et son temps 

bedeau de l'Université, et il était autorisé à entrer dans la 
cathédrale, à la traverser pendant l'ofTice divin, sans porter 
ses habits ecclésiastiques, pour le service de l'Université ' ; en 
1449, on le trouve chapelain de Saint-Benoît \ Il demeurait à 
Paris, rue des Noyers, au cœur de l'Université, dans sa maison 
d l'enseigne de la Madeleine, qu'il léguera à la Faculté de 
Paris, et où les grands bedeaux habiteront désormais '. 

Villon devait bien le connaître; et Poutrel n'ignorait pas que 
ce jeune homme avait des protecteurs, une mère au moins 
aussi bonne que celle de Guy Tabary. Enfin Poutrel était à 
Saint-Benoît le confrère de Guillaume de Villon. Impossible 
donc à François de remettre les pieds dans Paris sans être 
immédiatement arrêté, sans être mis à rançon comme Tabary. 
Laurens Poutrel ne l'aurait pas souffert ; il aurait bien vite 
reconnu et dépisté M'^ François. 

Ainsi Villon fut condamné à mener sur les routes la plus 
misérable et la plus dangereuse des existences. 

Telles furent les conséquences déplorables de sa mauvaise 
action. 

1. Arch. Nat., LL. 114. 

2. Arch. Nat., LL. 116, p. 628. 

3. Arch. Nat., M. 69, fol. 7. 



CHAPITRE XI (fin) 

LE VOYAGE DE FRANÇOIS VILLON A ANGERS 

(Décembre I4j6-i4jy ?). 

Parti de Paris, les derniers jours de l'année 1456, Villon 
avait dirigé ses pas sur Angers ; dans les jours froids et 
courts de janvier, il dut arriver en cette bonne ville assise sur 
la Maine. 

Entrant par la porte Saint-Michel et les basses rues com- 
merçantes, le voyageur qui, arrivé de Paris, gagnait les bords 
de la rivière, apercevait, comme on les voit encore, parmi 
beaucoup d'autres clochers, les tours carrées de Saint-Maurice 
et la masse pesante et sombre de l'antique château. Car la ville 
était pleine d'églises, de couvents ; et on y entendait sonner 
les cloches du matin au soir. Aussi disait-on proverbialement : 
« Les sonneurs d'Angers », ou encore : « Angers, basse ville et 
hauts clochers, riches putains, pauvres écoliers '. » Le désir de 
voir un oncle, moine dans l'un des couvents de cette ville 
sonnante, sen'ait de prétexte à ce voyage : mais en réalité, on 
l'a vu, M^ François entendait obtenir de lui des renseignements 
sur un autre religieux, très riche, que ses associés pourraient 
dévaliser un jour ^ 

Villon retrouvait donc un parent dans cette ville, en plus 
des relations qu'il ne pouvait manquer de nouer rapidement 
avec les écoliers turbulents de la petite Université d'Angers'. 



1. Crapelet, Proi'eibes et dictons du xiiie siècle, p. 68 ; Bourdigné, Chroniques, éd. 
de Quatrebarbes, p. 21. 

2. A. Longnon, Elude biographique, p. 169. 

5. Bourdigné, op. cit., p. 21 ; II, p. 336 ; Arch. Nat., JJ. 199, p. 449. 



52 FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 

Car il y avait là, comme à Paris, bien des étudiants qui 
n'étaient que des ribleurs et faisaient grand bruit la nuit ; on 
y rencontrait de même des vagabonds, qui se donnaient pour 
des écoliers, sans faire partie de l'Université'. Et l'on aurait 
trouvé à Angers des gens capables de jouer des farces aux carre- 
fours, d'organiser de solennelles représentations de Mystères ou 
de la Passion de Notre Seigneur ^ 

La ville était alors animée de la présence du roi René qui 
était venu s'y fixer après la perte de son royaume de Naples; 
il y entretenait une cour composée de Provençaux, de Lorrains, 
d'Italiens, de seigneurs angevins, ses officiers \ 

Là René avait retrouvé ses petites chambres, ses petits 
retraits, ses petits jardins, ses galeries neuves, ses logis, ses 
pièces à huisseries et tendues de tapis. Or tout cela était posé 
comme la cage d'un oiseau sur les hautes courtines des grosses 
et noires tours du château, en partie du côté de la rivière, sur 
cette haute plate-forme d'où l'on voit surtout le ciel, les eaux 
si souvent débordées, la ville qui dévale, et dont les minus- 
cules maisons de pierre sont couvertes de leurs chapeaux 
d'ardoise bleutée. 

Le roi René était un homme de quarante-huit ans, dru 
et fort, grand amateur de tournois et de fêtes. A voir sa 

1. Délibération du conseil du roi de Sicile du 25 octobre 145 1 (Arch. Nat., 
P. 15345, fol. 24 V) : en conséquence les hôteliers devront dénoncer au capitaine de 
la ville les gens vagabonds et inconnus qui logeraient dans les hôtelleries plus de deux 
jours. — Dans la réformation de l'Université, en 1494, on déclare que, depuis six ou 
sept ans, à l'occasion surtout des élections universitaires, il y avait eu de grands 
meurtres, des rixes, des scandales. Les étudiants portaient des dagues, des épées et 
des bâtons, et plusieurs « gens de bien » du pays d'Anjou hésitaient à envoyer leurs 
enfants à Angers (Arch. du Maine-et-Loire D. 7). — En 1459, '^^ trouve des crocheteurs 
à Saumur ; Jean le Loup, né à Chinon, était le chef ou le grand Can des Coquil- 
lards ; Jean le Sourt, de Tours, un redoutable bandit. (Cf. Pierre Champion, Noies 
pour servir à Vhistoîre des classes dangereuses en France, ap. Sainéan, op. cit.). 

2. Célestin Port, Inventaire analytique des archives anciennes de la mairie d'Angers, 
1861, p. 347 et suiv. — On sait que Jean Miche!, qui rajeunit le célèbre Mystère de la 
Passion, après les Greban, était un scientifique docteur en médecine, régent de l'Uni- 
versité d'Angers (-j- 1495). 

3. Cf. Lecoy de la Marche, Le Roi René, II (Itinéraire); I, p. 496 et s. — 
M. V. Godard-Faultrier, Le château d'Angers au temps du roi René, Angers, 1866. 



LE VOYAGE DE FRANÇOIS VILLON A ANGERS 53 

figure paysanne, sa face large et rase avec un nez court et 
un gros menton \ on aurait eu quelque peine à imaginer 
qu'il pouvait être l'un des princes les plus cultivés et les plus 
artistes de son temps : mais il eût fallu prendre garde à ses 
yeux, petits et vifs, à ses lèvres gourmandes. René aima beau- 
coup les constructions, les chapelles, les bois ouvragés, les 
livres, les belles armes d'Orient, les grandes tapisseries, les 
petits jardins bien dessinés, toutes les femmes et même ses 
deux épouses. Il se plaisait au milieu de ses tableaux, de ses 
cartes, de ses toiles peintes, de ses livres parmi lesquels on 
distinguait Platon, Hérodote, Virgile, Tite-Live; Cicéron, 
Boèce, Dante, Boccace, et aussi un alphabet de toutes les 
langues, y compris la sarrasine. René aimait les horloges, les 
instruments de musique, les carquois de Turquie, les objets de 
cuir rouge et ceux de cuivre de l'Orient, les verres de Venise, 
les pupitres et les coffres de chez nous. Il composait des poésies 
fort précieuses, comme le faisait le duc Charles d'Orléans, son 
ami, son hôte et son correspondant ^ ; et René savait encore 
peindre de sa main sur des volets de bois, à la manière des 
Flamands '. 

On rimait, on écrivait autour de lui, comme il le faisait lui- 
même. Antoine de la Salle, le charmant auteur du Petit Saintré, 
avait été attaché à sa maison et avait fait l'éducation de son 
fils, Calabre. Louis de Beauvau, son chambellan, grand séné- 
chal d'Anjou et de Provence, avait mis en rimes pour lui une 
relation du Tournoi de Tarascon, donné en 1449, et traduit le 
Philostrate de Boccace : ainsi ce chevalier italianisé, admis dans 
le petit comptoir, derrière la chambre et près du retrait de son 
maître, à la lecture de ses livres et de ses romans, avait trouvé 
un soulagement aux chagrins d'amour qui le « séchaient alors 

1 . 11 y a beaucoup de portraits du roi René (Cf. Couderc, AUmiii de portraits). Voir 
surtout le petit volet du Louvre attribué à Nicolas Froment, le Buisson ardent de la 
cathédrale d'Aix, et la belle médaille de Fr. Laurana. 

2. Pierre Champion, Vie de Charles d'Orléans, p. 342-347, 611-612; voir Quatre- 
barbes, Œuvres complètes du roi René, Angers, 1845, 4 vol. in-40, 

3. Lecoy de la Marche, op. cit., II, p. 71. 



54 FRANÇOIS VILLON. SA VIE ET SON TEMPS 

sur pied ' ». Ce poète était capitaine de la ville d'Angers \ Ber- 
trand de Beauvau, qui sera également capitaine du château, 
puis grand maître de l'hôtel, avait la passion des chants et des 
beaux livres, pour lesquels il se ruinait. Et le jeune évêque de 
la ville, Jean de Beauvau, son fils, fut de même un lettré et 
un bibliophile ^ 

Mais ce que René aimait surtout, en ce pays d'Anjou, c'était 
de s'ébattre à la campagne, dans une de ses maisons des champs, 
comme la Reculée, sur la rive droite de la Maine, où il se plaisait 
à tendre le filet aux petits poissons, aux jolis gardons qu'il 
nourrissait ensuite dans ses viviers. Qui n'aurait partagé ce 
simple goût d'un roi, dans ce pays coupé de haies et d'eaux 
vives, en vérité un jardinet de France, avec ses tapis d'herbes 
semés de fleurettes, ses précieuses et petites cultures de vignes, 
où toute maison semble château, où la vie demeure si douce, 
dans cette région dévote à Saint-Maurille qui s'est fait lui 
même jardinier^ ? 

Quant au roi René, nous savons qu'en ce temps-là il était 
aussi fort occupé de poésie. La mièvre allégorie qu'il composa 
sous le titre du Livre du cuer d'amours espris est datée de 1457, 
et lut certainement écrite sous l'influence du duc Charles d'Or- 



1. Lecoy de la Marche, t. II, p. 177. 

2. Arch. com. de la ville d'Angers, CC 4, compte de 1455-1456; Quatrebarbes, 
Œuvres complètes du Roi René. II, p. 47. 

3. Troisième fils de Bertrand, baron de Précigné : dès l'adolescence il jouit de la 
dignité épiscopale (Bibl. Nat., lat. 8577, Lettre de Machet à Majoris, aâ. a. 1448) ; il 
pouvait avoir des attaches parisiennes, comme chanoine de Notre-Dame, dès 1445 
(Bibl. Nat., lat., 17740, fol. 223). Son ordination épiscopale, différée sans doute 
jusqu'à son entrée dans les ordres, n'eut lieu que le 30 décembre 1450, et sa réception 
solennelle à Angers, le 26 septembre 145 1 (Célestin Port, Dictionnaire historique de 
Maine-et-Loire, I, p. 275-276). On sait qu'en 1466 il fut débouté de l'évêché et 
supplanté par son ancien serviteur, enrichi à son service, le très subtil Jean Balue, 
alors grand favori de Louis XI (Cf. Arch. Nat., X'», 4809, 23 janvier 1466 n. st.). 
Beauvau recouvra son évêché, dix ans plus tard, et mourut en 1479. — ^ ^ traduit en 
français V Image du monde qu'il dédia à Louis XI (Bibl. Nat., fr. 612) et, d'après le latin 
de Philelphe, l'Histoire de Troie de Dion Chrysostome (Bibl. Nat., fr. 24442, fol. 3): 
un Saint Thomas, qui lui avait appartenu, fut légué par son neveu, Lenoncourt, au 
collège de Navarre (Bibl. de l'Arsenal, 441). 

4. Voir une belle tapisserie de ce temps à l'Evêché d'Angers. 



LE VOYAGE DE FRANÇOIS VILLON A ANGERS 55 

léans \ C'est entre l'année 1454 et cette date qu'il avait produit 
le meilleur, le plus charmant de ses poèmes, Regnaiilt et Jehan- 
neton\ René était alors tout aux amours de sa seconde femme, 
Madame Jeanne de Laval, qu'il avait imaginé, dans un doux 
et fol transport, de célébrer comme une bergère, a une berge- 
ronne », tandis que lui, roi de Sicile, se donnait pour Regnault 
le berger. 

Dans cette pastorale, on respirait comme l'odeur du prin- 
temps, de l'herbe fraîche et des buissons fleuris ; on y entendait 
chanter l'alouette et la grenouille ; il y avait des abeilles et des 
papillons qui voltigeaient sur des fleurs ; des prés mouillés 
remplis de violettes, où trottinaient les lapins ; un ruisseau 
transparent qui découvrait tous ses cailloux, tous ses poissons 
d'argent que péchait le martinet. Et l'on y voyait aussi des 
bœufs qui tiraient la charrue dans la terre grasse. Or Regnault 
était assis sur une souche, auprès de Jehanneton qui lui tendait 
un morceau de fromage tiré de sa panetière ; et ils se promet- 
taient de s'aimer toujours, en s'embrassant. Ils mangeaient 
dans leur écuelle de bois des oignons, leur petit fromage avec 
du sel, des noisettes, des pommes sauvages. Et Briquet, leur 
grand chien, achevait les reliefs de ce festin. Après quoi berger 
et bergeronne avaient contemplé les tourterelles amoureuses. 

Il serait bien étonnant que François Villon, habile à feindre 
et charmant, n'ait pas essayé d'entrer en relations avec des 
seigneurs aussi délicats, et qui pouvaient le protéger : en fait 
de poésie, il n'avait guère de rival à redouter parmi les rimeurs 
amateurs de la cour du roi de Sicile. Mais ce n'est là qu'une hypo- 
thèse ; tout ce que l'on peut aflirmer, c'est que le roi René se 
trouvait bien à Angers, avec toute sa cour, quand François 
Villon y séjourna dans les premiers mois de l'année 1457'. 
Et peut-être aussi notre fugitif entra-t-il alors en relations 

1. Œuvres complètes, éd. Quatrebarbes, III, p. 195. 

2. Ihid., II, p. 185-150. 

3. Lecoy de la Marche, op. cit., II, p. 457. 



56 FRANÇOIS VILLON. SA VIE ET SON TEMPS 

avec Louis de Beauvau, qui avait combattu jadis dans ce 
pas d'armes présidé par Madame Ambroise de Loré ". Un 
personnage, tout désigné pour avoir rempli ce rôle d'intermé- 
diaire ou d'introducteur, ne serait-il pas Andry Couraud, le 
procureur du roi René à Paris? Villon le connaissait bien, et 
comme conseiller du roi au Trésor, et aussi parcequ'il demeu- 
rait rue Saint-Jacques '. 

Or, plus tard, dans le Teslament, nous verrons que Villon 
léguera à M'^ Andry Couraud une contre-partie de ce tableau 
de la vie champêtre, une forte réponse à ce berger par excel- 
lence qu'était alors « Franc Gontier ^ » ; et comme François 
s'adresse à un homme de droit, il appellera cette réplique « les 
Contrediz Franc Gontier ». 

Franc Gontier, c'était le type de l'honnête et simple homme, 
qui gagne sa vie à travailler dans les champs. Une poésie 
célèbre de Philippe de Vitry avait rendu ce personnage prover- 
bialement connu : et l'on savait alors par cœur ce morceau du 
riche chanoine prébende, en qui Pétrarque avait salué le seul 
poète de la France de ce temps-là '^ : 

Soubz feuille vert, sur herbe delitable, 
Lez ru bruiant et prez clere fontaine, 
Trouvay fichée une borde portable. 
Ilec mangeoit Gontier o dame Helayne, 

1. Voir ch. VII, § ii. — Il est bien curieux de lire sur le ms. de Stockholm 
contenant les œuvres de Villon (fr. LUI, fol. 123 v») le nom de B. Beauvau, sous 
lequel irrévérencieusement on a écrit : Belle Vache. — Bertrand de Beauvau, seigneur 
de Précigné, 2^ fils de Jean, conseiller et grand maître d'hôtel du roi René, capitaine 
d'Angers et sénéchal d'Anjou, fut président de la Chambre des Comptes en 1462 : il 
mourut en 1474 (Bibl. Maz., notes de du Fourny). Cet homme très riche paraît avoir été 
fort jovial (Dom Béthencourt, Noms féodaux, 1826, I, 84) : marié quatre fois, de ses 
trois premières femmes il eut 17 enfants (Voir le très curieux procès qu'il eut contre 
Yde Chastellet, sa troisième femme, qu'il avait prise san5 le sou, et qui lui volait son 
argent. Arch. Nat., X"», 8310, fol. 162). Sur toute cette famille, voir la Chronique 
d'Anjou de Bourdigné et Célestin Port, Dictionnaire historique de Maine-et-Loire,- 1, 
p. 274-275. 

2. Voir à l'appendice. 

3. Voir à ce sujet une excellente note de A. de Montaiglon à la réimpression du 
Banquet du Boys (Rec. de poésies françaises, X, p. 193 et s.), 

4. A.. Piaget, àzns Romania , 1898, p. 64-65. 



LE VOYAGE DE FRANÇOIS VILLON A ANGERS 57 

Fromage frais, laict, burre, fromaigée, 
Craime, matton, pomme, nois, prune, poire, 
Aux et oignons, escaillongne froyée, 
Sur crouste bise, au gros sel, pour mieulx boire. 

Les oisillons harpaient pour réjouir les deux amis qui se 
baisaient sur la bouche et le nez. Après quoi Gontier entre 
dans la forêt pour abattre du bois. Il déclare qu'il n'a jamais 
vu des piliers de marbre, des murs revêtus de peinture ; mais 
aussi il ne craint ni la trahison, ni de boire du poison dans 
une coupe d'or : 

Je n'ay la teste nue 
Devant thirant, ne genoïl qui s'i ployé ! 

Pour le même motif, Franc Gontier demeure à l'abri de la verge 
des huissiers, de toute convoitise, de toute ambition. Son tra- 
vail est sa seule joie : 

Moult j'aime Helayne et elle sans moy faille. 
Et c'est assez. De tombel n'avons cure. 

Et Philippe de Vitry, le riche homme d'église, de conclure : 

Lors je dis : « Las ! serf de court ne vault maille, 
Mais Franc Gontier vault en or jame pure. » 

Tel était ce morceau célèbre, que développa plus tard Pierre 
d'Ailly, et qui fut controversé pendant tout le xv*" siècle. On 
était pour ou contre Franc Gontier, partisan ou ennemi de sa 
vie ' : les uns, comme le roi René, ne voyaient rien de plus beau 
que l'existence d'un berger ; d'autres, comme ce pauvre diable 
qui n'avait pas quatre deniers de rente, déclareront que l'essen- 
tiel est de se contenter de peu \ 

1. Le pain soubz l'cssclle — La belle bouteille — Fourmaige en foisselle. — Vie du Franc 
Gontier. 

(Martial d'Auvergne. Vigilles de Charles VII, éd. Coustelier, p. 85). 

2. J'ai meilleur temps que n'ot oncq Franc Gontier — Qui se pena à servir dame Hélène 
— D'entretenir ne Martin ne Gaultier — Il ne m'en chault : je n'ay pas ceste peine. — Qu'a 
passer temps d'aultres riens ne me peine. — Oncq ne plaidaj' ne n'y mis mon entente — Je 
n'ay pas soin de cueillir mon demaine — Et si n'ai pas quatre deniers de rente !... — Je chante 
et riz quand j'ay la teste plaine — Ne de mourir je n'ay jamais entente — Plus aise suis que 



58 FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 

Il est certain que François Villon savait par cœur la poésie 
fameuse de Philippe de Vitry : on retrouvera dans sa ballade 
le tableau de la douce vie de Franc Gontier et de dame Hélène, 
celui de leur festin d'oignons et de fromage. On y reconnaîtra 
aussi le « tirant séant en hault » à qui le libre paysan refuse 
son hommage. 

Mais il n'y a guère de danger qu'un pauvre homme comme 
Villon se risque à lutter contre un puissant. Il ne faut rien 
demander à de tels personnages : l'Ecclésiaste l'a dit : Non 
litiges cum homine patent e, ne forte incidas in manus illins... Non 
contendas cnm viro locuplete (VIII, 1-2), 

Et cependant, ce Gontier, il est pauvre tout comme lui, 
Villon ; ce n'est pas un seigneur tenant des hommes dans son 
fief : or il loue la pauvreté que François tient pour un 
malheur. Qui a tort de moi ou de Gontier, pense Villon? Et 
le poète compose sur ce beau sujet une admirable et sensuelle 
ballade dont tous les mots sont une volupté. Cyniquement il 
expose à Andry Couraud quel est, selon lui, l'idéal d'une vie 
qui n'a rien ci voir avec les travaux et la misère de l'honnête 
bûcheron : 

Item, a maistre Andry Courault, 

« Les Contredis Franc Gontier » mande ; 

Quant du tirant séant en hault, 

A cestuy la riens ne demande. 

Le Saige ne veult que contende 

Contre puissant povre homme Las, 

oncq ne fust Charlemaigne — Et si n'ay pas quatre deniers de rente !... — Prince, chascun ne 
dit pas ceste entaine — D'avoir argent aussi pas ne me vente, ■ — Mais aise suis plus qu'un 
brochet en Seine — Et si n'ay pas quatre deniers de rente ! 

(Ms. fr. LUI de Stockholm, fol. 6 v°). Voilà une antienne que ne récitera pas Villon ! 
— Les sources de cette querelle remontent sans doute au Roman de la JRose, à la des- 
cription de l'Age d'or, et on pourrait en suivre l'évolution jusqu'à Marot (Au bon vieux 
temps, un train d'amour rcgnoit... II, p. 194). Mais Villon a bien visé le poème de 
Ph. de Vitry et la réponse de Pierre d'Ailly, pièces très répandues parmi les clercs 
par la traduction latine de Nicolas de Clamcnges (On imprima ces trois pièces dès 
1490). — Je signalerai quelques pièces se rapportant à cette querelle : Bibl. Nat., fr. 
2264, fol. 48 : Par un matin aufre^ de la rousee..., le rondeau de Henri Baude (Bibl. 
Nat., fr., 12490, fol. 126 v" : J'aitne mieulx éire franc hergier..., \(t Dchat de Vomme 
mondain et du religieux (Montaiglon, XIII, p. 211). 



LE VOYAGE DE FRANÇOIS VILLON A ANGERS 59 

Affin que ses filiez ne tende 
Et que ne trébuche en ses las. 

Gontier n'est craint : il n'a nuls hommes 

Et mieulx que moy n'est hérité ; 

Mais en ce débat cy nous sommes, 

Car il loue sapovreté, 

Estre povre yver et esté, 

Et a félicité repute 

Ce que tiens a maleureté. 

Lequel a tort? Or en dispute. 

BALLADE ' 

Sur mol duvet assis, ung gras chanoine ^, 
Les ung brasier, en chambre bien nfttee3, 
A son costé gisant dame Sidoine 4, 
Blanche, tendre, polie et attintee, 
Boire ypocras, a jour et a nuytee, 
Rire, jouer, mignonner et baisier. 
Et nu a nu, pour mieulx des corps s'aisier. 
Les vy tous deux, par ung trou de mortaise : 
Lors je congneus que, pour dueil appaisier, 
Il n'est trésor que de vivre a son aise. 

Se Franc Gontier et sa compaigne Helaine 
Eussent ceste doulce vie hantée, 
D'ongnons, civotz, qui causent fort alaine, 
N'acontassent une bise tostee >. 
Tout leur mathon ^, ne toute leur potée. 
Ne prise ung ail, je le dy sans noysier. 
S'ilz se vantent couchier soubz le rosier, 
Lequel vault mieulx ? Lict costoyé de chaise. 
Qu'en dites vous ? Faut il a ce musier? 
Il n'est trésor que de vivre a son aise. 

1. Elle a été très heureusement imitée par Henri Baude : Les lamentations Bour- 
rien (Les vers de maîlre Henri Baude, p. p. J. Quicherat, 1856, p. 29 et s.). 

2. C'est le chanoine de la tradition ; Villon se souvient, entre autres, de l'avoir ren- 
contré chez Deschamps (Œuvres, VII, p. 140 : Aujourd'hui n'est vie que de chanoingne). 

3. Et ung natier, en vérité, — Vouldroit qu'il eust tous diz gelé, — Afin que nate b-is e 
hault — Ses chambrez pour avoir plus chault. 

(Bibl. de Stockholm, ms. fr. LUI, fol. 143 V : les Souhaits). 

4. Ce nom paraît être celui de l'amante de Pontus dont les aventures étaient popu- 
laires au xv« siècle (Cf. Claudin, Histoire de V Imprimerie, III, p. 392). 

5. Cf. Taillevent, p. 262. C'était le pain grillé, trempé parfois dans le vin, la nour- 
riture la plus commune. Valoir une tostéc se disait proverbialement pour valoir rien. 

6. Lait caillé. 



éo FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 

De gros pain bis vivent, d'orge, d'avoine, 

Et boivent eaue tout au long de l'anee. 

Tous les oyseaulx d'ici en Babiloine 

A tel escot une seule journée 

Ne me tiendroient, non une matinée. 

Or s'esbate, de par Dieu, Franc Gontier, 

Helaine o luy, soubz le bel esglantier : 

Se bien leur est, n'ay cause qu'il mepoise; 

Mais, quoy que soit du laboureux niestier. 

Il n'est trésor que de vivre a son aise. 

Prince, jugiez, pour tous nous accorder. 
Quant est a moy, mais qu'a nul n'en desplaisc, 
Petit enfant, j'ay oy recorder : 
Il n'est trésor que de vivre a son aise. 



Il reste à se demander pourquoi M^ Andry Couraud devint 
l'héritier de cet admirable morceau. 

On n'en peut douter : c'est bien une réponse à la pièce célèbre 
de Philippe de Vitry ; l'allusion au tyran, le mot même, ont 
été pris là, ou dans la très médiocre paraphrase du théologien 
Pierre d'Ailly '. Certes Andry Couraud a pu dire à Villon : Tra- 
vaillez M*^ François, au besoin travaillez de vos bras ; menez 
une vie simple et honnête, soyez sage. Mais on ne compren- 
drait toujours pas comment ce procureur citadin devint léga- 
taire de la parodie d'une bergerie. Si l'on pense qu'Andry 
Couraud était procureur à Paris du roi René, en relations 
journalières avec le Conseil d'Anjou, on commence à deviner, 
à induire, ce qui a pu se passer entre eux. Et cette hypothèse 
donne alors toute sa valeur de grâce et d'ironie à la belle bal- 
lade de Villon. 

Tandis qu'il partait pour Angers, Andry Couraud a pu 
adresser François Villon au cercle de sa clientèle ; il a dû le 
recommander au roi René ou à ses amis comme un homme 
d'esprit, un poète de ses connaissances. C'est ce que la bon- 
homie de cette époque autorise à penser. Mais, pour des rai- 

I. « Je n'ai la teste nue devant thirant : court de thirant riche nialeurtc » (A. Piaget, 
dans Roinania, 1898, p. 64-65). 



LE VOYAGE DE FRANÇOIS VILLON A ANGERS 6l 

sons que nous ignorons, Villon n'aura pas eu le succès qu'il 
espérait auprès du roi René : peut-être n'a-t-il pas approché le 
roi, le « tirant » comme on disait alors dans la langue du 
théâtre et des Mystères. Et qui nous assure qu'il était facile 
d'accès, ce chevaleresque et maniaque roi René, quand nous 
voyons son beau pays d'Anjou si fort pressuré ' ? Les officiers 
de ce troubadour attardé étaient du moins fort exigeants, ses 
coffres souvent vides. Dépité, François écrira que le pauvre 
doit se résigner, qu'il n'a rien à demander « à cestuy là ». Mais 
Villon dans son voyage a appris ce qui était un émerveillement 
pour tous les gens d'alors. Le bon Chastellain nous rapporte 
ainsi ce prodige ^ : 

J'ai un roi de Sicile 
Vu devenir berger, 
Et sa femme gentille 
Faire mesme niestier, 
Portant la pannetiere 
Et houlette et chapeau, 
Logeant sur la fougère 
Auprès de son troupeau. 

Bien ironiquement alors Villon composa les « Contrcdiz Franc 
Gontier » ; il les adressera en remerciment au procureur du roi 
berger, celui-là qui venait de se réprésenter avec sa bergeronne 
mangeant sur l'herbe des oignons et du fromage. Fi d'une telle 
haleine, fi d'une telle vie ! 

Les sentiments du roi sont gracieux et honnêtes : ils lui 
inspirent une médiocre poésie. Ceux de Villon sont mauvais : 
ils lui dictent une ballade d'un incomparable éclat. On n'y peut 
rien. Cette belle pièce, Villon la reprendra plus tard pour 
l'insérer, comme quelques autres, dans son Testament. 

1. En 1457, 1^ ^''11'^ d'Angers envove vers le roi de Sicile, à Lyon, pour lui faire 
connaître les « charges insupportables » qui pèsent sur le pays d'Anjou (Arch. Com., 
la ville d'Angers, CC. 4). Sur l'insurrection populaire des « pauvres gens de 
mestiers », les Tricoteurs, en 1461, voir Célestin Port, Diclioiinaire historique de 
Maine-et-Loire, I, p. 38. 

2. Rccollection des merveilles (Œuvres, éd. Kervyn de Lettenhove, VII, p. 200). 



62 FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 

Ayant quitté Paris pendant les derniers jours de l'année 1456, 
avec un si étrange dessein, Villon eut-il le temps de rentrer 
dans cette ville, avant son grand exil? C'est peu probable. Mais 
ce qui est certain, c'est qu'il n'aurait pu y rester que fort peu 
de temps. Dans tous les cas on a expliqué comment François 
Villon n'était plus à Paris au mois de mai 1457, date à laquelle 
Pierre Marchand dénonça aux examinateurs du Châtelet les 
voleurs du collège de Navarre. Car l'écolier, fort connu par son 
esprit, ses frasques, ses belles relations, eût été immédiatement 
arrêté dans son domicile du cloître Saint-Benoît. 

D'ailleurs François Villon, à ce qu'il nous semble, n'aurait 
pu séjourner à Paris en ce temps-là pour un autre motif. 

On se rappelle l'attitude d'amoureux transi que le poète 
a choisie délibérément à la fin de ses Lais. Elle ne doit pas 
faire illusion ; c'est là un rôle que Villon aimera tenir le 
reste de sa vie. Mais on aurait tort de le croire faux entiè- 
rement, comme on l'a dit jusqu'à ce jour. Un si rigoureux 
jugement ne tendrait qu'à rendre incompréhensible une grande 
partie du Testament. Certes Villon faisait ici de la littérature; il 
ne faut pas le suivre à la lettre; on doit se mettre en garde 
contre les petits mensonges qui coloreront sa vie mauvaise. 
Mais il est difficile d'admettre qu'il nous trompait absolument. 
A une raison inavouable de son existence errante, il substituait 
une raison excusable, mais que nous devons, semble-t-il, tenir 
pour réelle, d'un bannissement : 

Rigueur le transmit en exil, 

Et luy frappa au cul la pelle. 

Non obstant qu'il dit : « J'en appelle ! 5) 

Qui n'est pas terme trop subtil '. 

Or ces vers se lisent dans le Testament, au verset que doivent 
réciter les amants à son intention. Cette rigueur ambiguë, on 
pourrait donc la tenir pour la rigueur d'amour ; cet exil, pour 



I. T., V. 1899-1902. Cf. l'Epitre à ses amis, Poés. div. X, v. 4. En cest exil auquel 
je suis transmis. 



LE VOYAGE DE FRANÇOIS VILLON A ANGERS ^3 

la conséquence d'avoir été chassé « de ses amours hayneu- 
sement' ». N'empêche que cette correction, le fait d'avoir été 
fessé de la pelle de bois, nous remémore immédiatement la 
punition légale que M^ Henry lui administra, et où il fut battu 
comme le linge au ruisseau, précisément avec un battoir de 
bois. On se rappelle l'histoire du page Jean le Fèvre condamné, 
pour des libelles diffamatoires, à être battu tout nu de verges, 
et qui fut menacé en outre d'être banni ^ Pourquoi Villon 
n'aurait-il pas été banni en réalité à la suite d'une affaire avec 
une femme, lui qui a été corrigé comme le page diffamateur? 
L'expression de style : «J'en appelle », nous montre assez que 
tout cela eut un caractère juridique. Rigueur peut désigner 
aussi raisonnablement la justice de M"^ Henry que la rigueur 
d'Amour. 

Il semble donc que les amours de François Villon aient eu 
pour conclusion un exil légal. Mais du moins, le voyage qu'il 
entreprit à Angers n'avait pas pour unique raison des chagrins 
d'amour. Là est son mensonge. Et l'on sent que Villon se rat- 
tache à ce prétexte ; on a l'impression qu'il veut nous tromper 
sur ce point : mensonge touchant à sa façon, désaveu de la vie 
mauvaise qu'on lui connaît! Un pauvre petit écolier amoureux, 
cela fait une autre figure qu'un voleur, même sur les routes de 
France. Mais ce qui est certain, c'est que l'exil et l'appel dont 
il vient d'être question n'ont rien de commun avec l'appel et 
Texil que nous rencontrerons plus tard en 1463. 

Quoi qu'il en soit de notre induction, et de la double raison 
qui retenait Villon loin de Paris, la dénonciation du vol du 
collège de Navarre fut pour lui la retraite coupée, un inconnu 
redoutable, une menace d'arrestation toujours suspendue sur 
sa tête, la misère. Les routes de France s'ouvraient devant 
Villon sans qu'il pût entrevoir la fin de son dur pèlerinage. Il 
lui faudra marcher sans cesse. 



1. T., V. 2006. 

2. Voir plus bas. 



64 FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 

Qu'en cet instant, comme un mirage illusionne le voyageur 
exténué, l'idéal de la vie ait été pour lui d'habiter une chambre 
bien tiède, tendue de nattes, de boire du vin chaud et épicé, 
de tenir dans ses bras une douce et tendre fille, de la posséder 
dans un lit bordé de chaises, c'est ce dont nul n'aura le cœur 
de le blâmer rigoureusement '. 



I. On lira avec curiosité la glose de Clément Marot au morceau dont le commen- 
taire a fait l'objet de ce chapitre : Du temps de Villon (lecteurs) fut faicte une petite 
œuvre intitula' Les dictz de FrancGontier, la où la vie pastourale est estimée. Et pour y 
cou li'cdire fut faicte une autre œuvre intitulée Les Contredictz Franc Gontier, dont le 
subgect est pris sur nng tyrant, et auquel œuvre la vie de quelque grant seigneur d'icelluy 
temps est taxée : mais Villon, plus sagement, et sans parler des grans seigneurs, feit 
d'autres Contredictz de Franc Gontier, parlant seulement d'ung cljanovne, comme verre^ 
cy après. 



VIE DE FRANÇOIS VILLON 



Pi. XXIX 



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155-0 v^'V'^/' 



L'information dejean Rabustelau sujet des Coquillards, octobre- décembre 14=;=; 
(Archives Départementales de la Côte-d'Or, B. 360. VI) 



Crochet figurant sur le dernier feuillet de l'information 



CHAPITRE XII 



LI« COQ.U ILLARDS 



Qjuand François Villon quitta Paris, il y avait sur les routes 
de France les plus mauvais garçons qu'on pût rencontrer'. 

Le traité d'Arras de 1435, la trêve anglaise de 1444, l'or- 
ganisation des Compagnies d'ordonnance, n'avaient pas fait 
l'affaire des hommes d'armes qui, cassés aux gages, devinrent 
aussitôt larrons. Décimés en Alsace, en Bourgogne, les écor- 
cheurs, les bandes de mercenaires étrangers, Espagnols, Lom- 
bards et Ecossais, avaient laissé un peu partout des enfants 
perdus. Des gens d'armes, qui savaient ne pouvoir être admis 
dans les Compagnies régulières, se firent voleurs et épieurs 
de chemin. De mauvais ouvriers qui n'aimaient pas à tra- 
vailler, des désespérés lièrent connaissance avec eux. Des 
paresseux qui vivaient dans des maisons de fillettes, passaient 
leur temps à jouer, à faire de la dépense, et se montraient dans 
de riches habits ; de faux pèlerins de Saint-Jacques de Compos- 
telle arborant à leurs larges chapeaux des coquilles pour 
attester leur voyage supposé ; de faux quêteurs qui prome- 
naient à travers les campagnes et les villes des reliques tru- 

I. Je n'ai guère ici qu'à renvoyer à mes Notes pour servir à l'histoire des classes dan- 
gereuses en France, appendice à L. Sainéan. — Je rappelle qu'on doit à feu Joseph 
Garnier, archiviste de la Côte d'Or, d'avoir signalé, dès 1842, le document qui est la 
source principale de ce que nous savons sur les Coquillards (Les compagnons de la 
Coquille, chronique dijonnaise du xv= siule. Dijon, 1842, in-80) ; mais en réalité, c'est 
Marcel Schwob qui en a dit l'importance linguistique et littéraire, et l'a partiellement 
publié et commenté (Mùnoires de la Société de Lini;uistique, VII ; François Villon, 
rédactions et notis, p. 65-86). On en trouvera le texte complet et un commentaire nou- 
veau dans L. Sainéan, les Sources de l'ari^ot ancien, Paris, 191?. 

FRANÇOIS VILLON. — II. > 



é6 FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 

quées, parfois des indulgences, ces porteurs de « rogatons » ; 
des merciers qui allaient de foire en foire, vendant des 
denrées suspectes et des jeux de cartes usagées ; des clercs 
vagabonds en mal d'argent, tels furent les éléments douteux 
de la société de ce temps qui lièrent spontanément partie pour 
l'exploitation des simples. 

Ces gens se prirent à répandre de la fausse monnaie, des 
chaînes dorées que des orfèvres, leurs associés, fabriquaient ; à 
décevoir les nigauds dans les foires en jouant avec des dés 
plombés ou en trichant aux cartes : mais surtout ces malfai- 
teurs crochetèrent les portes des maisons et des coffres en 
employant une tige de fer recourbée, un crochet qu'ils nom- 
maient rossignol, et surtout tlaviet ou daviot. Ils s'attaquaient 
principalement aux églises où les particuliers déposaient 
parfois leur fortune dans des coffres ; ils y trouvaient aussi un 
butin très apprécié comme les calices qu'on pouvait fondre, 
les bréviaires qui se vendaient toujours un bon prix. Ces 
malfaiteurs n'agissaient jamais isolément. Il y avait parmi eux 
des indicateurs, des gens qui avaient la pratique des crochets, 
de nombreux receleurs. Paris venait d'éprouver l'audace de tels 
gens : des clercs dévoyés comme François Villon, Colin de 
Cayeux et Régnier de Montigny furent leurs adeptes. Et c'est 
pour préparer un mauvais coup de cette sorte que François 
Villon, après le vol du collège de Navarre, avait pris le chemin 
d'Angers. 

Or régnaient en ce temps-là dans la Bourgogne, en Cham- 
pagne, autour de Paris et d'Orléans, les membres d'une puis- 
sante bande de malfaiteurs qui se nommaient indifféremment 
CoquiUars ou Compaignons de la Coquille, et qui avaient pour chef 
un roy. Ils formaient une association pouvant comprendre de 
cinq cents à mille individus avec les indicateurs, les receleurs 
et les complices de tous genres. Car les uns étaient des cro- 
cheteurs de serrures et de coffres ; les autres répandaient de la 
fausse monnaie ; d'autres encore dérobaient les marchands, 
tandis qu'ils logeaient dans la môme chambre, et portaient 



LES COQ.UILLARDS éy 

plainte avec leur dupe ; d'autres enfin jouaient avec des dés 
avantagés ou trichaient aux cartes et aux marelles ; plusieurs 
n'étaient que des brigands de grand chemin. Mais tous 
menaient une vie dissolue, dépensant généreusement l'argent 
qui leur coûtait si peu. Ils apparaissaient dans une ville, dans 
une province, et s'éclipsaient presque aussitôt. 

On les avait vus, aux environs de 1453, se répandre à travers 
la Bourgogne, commettant de nombreux forfaits sur les routes, 
dans les foires et les bourgs où ils s'introduisaient déguisés 
en marchands. La ville de Dijon elle-même ne fut pas à l'abri 
des atteintes de ces bandits que le grand prévôt n'avait pas 
su détruire sur les chemins. Malgré la garde bourgeoise et la 
police municipale, ils venaient y opérer des vols audacieux ; et 
le soir, la cloche de Saint-Jean sonnée, nul n'osait plus s'aven- 
turer dans les rues. C'est pourquoi le procureur syndic, Jean 
Rabustel, reçut l'ordre d'informer sur ces délits et d'en tra- 
duire les coupables devant son tribunal. 

Ce procureur était un homme énergique et d'expérience; il 
pouvait adresser son rapport aux juges sur la situation, dès le 
mois de février 1455 (n. st.). 

Bien que depuis un an, disait-il, la commune de Dijon eût 
enjoint aux compagnons de métier de travailler les jours 
ouvriers, sous peine de prison, plusieurs d'entre eux vivaient 
comme des rufians, jouant aux dés et hasardant de grosses 
sommes. Ils disparaissaient pendant une semaine ou deux et 
rapportaient de l'argent à foison pour jouer comme devant. 
Les uns distribuaient de faux écus, les autres répandaient des 
chaînes de cuivre qu'ils donnaient comme d'or. Parmi eux se 
signalait un certain Christophe Turgis, né à Paris, tavernier, 
qui ne faisait que jouer dans les tavernes, la nuit et le jour; 
un certain Johannes; Antoine de Bonneval, tavernier picard, 
qui semait comme Turgis de la fausse monnaie. Mais quand 
ils se sentirent épiés, les filous s'absentèrent : dans la chambre 
de Turgis on découvrit seulement tout un matériel de faux- 
monnayeur. 



68 ' FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 

Au mois de juin 1455, une information était faite au sujet 
d'un nommé Mayot qui avait battu Etienne Rolin, chaussetier, 
dans la maison des filles communes. On le tenait pour un 
rufian, ne quittant guère la maison publique, toujours en 
compagnie d'un nommé Bar-sur-Aube, lui môme crocheteur : 
c'est ce que déclara une fille, appelée Colette. 

Il ne s'agissait plus pour Jean Rabustel que de cofi"rer les 
bandits, maintenant qu'il savait leur rendez-vous à la maison 
des fillettes, dont le tenancier, Jacot de la Mer, sergent de la 
Mairie, paraissait être leur associé. Rabustel ordonna, sous pré- 
texte de bruits de guerre, de doubler le guet qui reçut l'avis 
davoir à se trouver, à une heure de la nuit, aux environs de la 
rue des Grands-Champs. Au moment fixé, la troupe s'avance, 
investit la maison. Rabustel frappe à la porte : tout s'éteint. 
Le tenancier, au bout d'un instant, vient ouvrir l'huis, pensant 
que c'était la visite du guet : le procureur l'arrête et ordonne 
une perquisition générale. Elle amène la découverte d'un butin 
considérable, enfoui dans une cachette ; on trouve aussi douze 
individus de fort mauvaise mine qui s'étaient réfugiés dans les 
arches (coffres) garnissant la chambre : on conduit tout ce beau 
monde à la prison de la ville, rue des Singes. 

La Mairie, voulant faire un exemple capable d'intimider le 
reste de la bande, instruisit rapidement le procès des voleurs: 
mais la question et le cachot ne purent ébranler leur constance. 
Ils ne parlèrent pas. C'est pourquoi le tribunal décida de rendre 
à la liberté le plus jeune d'entre eux. Dimanche le Loup, s'il 
consentait à faire des révélations ; Perrenet le Fournier, barbier, 
les compléta. 

Ce sont ces deux dépositions qui forment le fond du rap- 
port que Jean Rabustel rédigea, entre le 3 octobre 1455 et le 
2 décembre : document que l'on désigne parfois sous le titre 
d' (( Enquête sur les Coquillards ' ». Elles lui permirent de 
dresser une liste de malfaiteurs affiliés à la Coquille, liste que 

I. Arch. dép. de la Côte-d'Or, B. 360, VI. 



LES COQ.U ILLARDS 69 

le zélé Rabustel annota et compléta par la suite, au fur et à 
mesure des renseignements qu'il recueillit sur ces bandits. 
Grâce à ce document surtout nous sommes renseignés sur le 
jargon que ces malfaiteurs parlaient entre eux. 

Car Perrenet le Fournier, barbier, connaissait bien les 
Coquillards qui venaient se faire raser et coiffer dans son 
ouvroir ; parfois il avait joué aux tables et aux dés avec eux. 
Le barbier était prévoyant ; il estimait bon de savoir le secret 
pour gagner aux dés et aux cartes, afin de n'être pas déçu là où 
la mauvaise semence était jetée. Et quand il eut remarqué, 
que l'un des tricheurs lui paraissait moins malicieux que les 
autres, il lui paya à boire, à manger, s'ouvrit à lui comme un 
initié : le Fournier avait su jadis quelques mots du jargon 
ancien. Alors deux des Coquillards lui apprirent les opérations 
de la bande. 

Perrenet révéla à son tour à la justice que les Coquillards 
usaient entre eux d'un « langage exquis » et secret : chacune 
de leurs opérations avait un nom dans cette langue inconnue 
du profane. Et le barbier dévoila les vols que les Compagnons 
de la Coquille avaient perpétrés en Lorraine. Il déclara que 
Regnault Dambourg, tailleur de pierres du duc de Bourgogne, 
était le « père conduiseur » des Coquillards; il dénonça Chris- 
tophe Turgis comme un redoutable faux-monnayeur. Il donna 
enfin au curieux Rabustel une liste de soixante-deux affiliés 
à la Coquille. 

Elle ressemble à quelque montre de gens de guerre de ce 
temps, à en juger par les noms de ces malfaiteurs qui 
attestent une origine étrangère au pays où ils opéraient, et par- 
fois même à notre nation ; parmi eux on rencontrait des 
ouvriers, des clercs dévoyés, des fils de bonne famille, un 
notable marchand, un orfèvre, un mercier, d'anciens hommes 
d'armes. Et Perrenet le Fournier révéla également les noms 
qu'ils se donnaient entre eux, quand ils se disputaient, et qui 
répondaient chacun à une spécialité des Compagnons de la 
Coquille : crocheleurs, veiidengeiirs, befjleurs, envoyeurs, desro- 



70 FRANÇOIS VILLON. SA VIE ET SON TEMPS 

cheurs, planteurs, fourbes, dessarqueurs, haiissetirs, deshochilJeurs, 
blancs coidons, baladeurs, pipeurs, gascatres, bretons, cstevcurs. Le 
barbier définit ces termes, en expliqua d'autres que le greffier 
de Dijon recueillit tout ébaubi. Quant à Dimanche le Loup, il 
éclaira surtout le juge sur ce qui était sa spécialité : les trompe- 
ries au jeu. 

On arrêta plusieurs de ces malfaiteurs, et parmi eux le car- 
rier Regnault Dambourg qui, le i6 janvier 1456 (n. st.), fut 
condamné à dix ans de bannissement hors de la ville de Dijon. 
Le 12 juillet 1457, Jacot de la Mer, tenancier de la maison 
publique, était arrêté à son tour comme leur complice. Le 
20 du même mois, la municipalité faisait bouillir dans une 
chaudière, au Morimont, Jacot, André de Durax, dit le Gascon, 
et Guillemin Maillot, bourrelier à Dijon, comme faux-mon- 
nayeurs : après quoi on les pendit. 

Cette exécution ne devait pas amener la fin des opérations 
des Coquillards. Il y eut pendant longtemps, en Bourgogne, 
des tricheurs, des voleurs d'églises, des crocheteurs. Au mois 
de juillet 1459, on dira seulement que la plupart des sacrilèges 
et des larrons se sont éloignés de la ville de Dijon : a et en y 
a eu des mis au darrenier supplice, et si en y a eu des bannis. » 

Ils se répandirent à travers la France, surtout dans le centre, 
région que parcourut alors François Villon. Ils étaient fort 
nombreux dans le Languedoc, où on les appelait surtout 
riifians ; dans l'Orléanais ; dans l'Ile-de-France ; à Paris, où 
eurent lieu de nombreuses exécutions ; à Saumur, où l'on prit 
le grant Caym de la crocheterie. En 1464, une bande de cro- 
cheteurs organisée ayant un roi, usant d'un jargon, et pouvant 
comprendre quatre cents personnes, reparut encore dans le 
midi de la France '. 

Tels étaient les compagnons qu'on pouvait, en ce temps-là, 
rencontrer sur les routes du royaume. François Villon a-t-il 
été l'un d'eux? Les a-t-il trouvés sur son chemin et fréquentés ? 

I. On trouvera toutes ces références dans mes Notes sur les classes dangereuses, 
op. cit. 



LES COQUILLARDS 71 

Sur la première de ces questions, il y a malheureusement 
contre Villon de graves présomptions. Son nom ne se ren- 
contre pas cependant sur la liste que Perrenet le Fournier 
dicta au jiige de Dijon. Mais le vol du collège de Navarre est 
bien un crochetage, analogue aux opérations des Coquillards 
dans les églises, et Villon y joua, comme ils auraient dit entre 
eux, le rôle d'un dessarqueur {c'est cellui qui vient le premier ou Ten 
veult mettre, i. plant et enquiert s'il est nouvelles^ ou d'un maisire 
{c'est celluy qui contrefait l'homme de bien'). Le voyage à Angers 
pour préparer un coup contre un parent religieux (un de ceux 
qu'ils nommaient un lieff?'e ou un ras), est tout à fait dans la 
manière des Coquillards. En outre, sur la liste de Dijon, nous 
trouvons le nom de Régnier de Montigny, le vieil ami de 
François ; et il se peut aussi que le Christophe Turgis, dit 
tavernier parisien, bouilli comme faux-monnayeur, ait quelque 
chose à voir avec les Turgis propriétaires de la Pomme de Pin, 
que Villon connaissait bien. Quant à Colin de Cayeux, com- 
plice de Villon dans le vol du collège de Navarre, son surnom 
de « l'Escalier » permet de croire qu'il fut, lui aussi, affilié à la 
bande de la Coquille. 

Nous avons rencontré déjà ce fils de bonne famille, Régnier 
de Montigny, un peu plus âgé que Villon qui partagea avec lui 
les distractions de sa turbulente et noble jeunesse. Nous l'avons 
vu rosser les sergents à l'huis de la Grosse Margot. C'est un 
fait qu'il fréquentait alors de mauvaises compagnies, qu'il se 
prit à jouer pour corriger l'injustice de la fortune à son 
égard '. A la fin de l'année 1455, Montigny était signalé à Dijon 
comme l'un des Coquillards'. Il se fit prendre à Paris vers le 
milieu de l'année 1457 : le 24 août, l'évêque de Paris le récla- 
mait comme clerc, avec un nommé Jacquet Le Grand, orfèvre, 
tous deux prisonniers au Châtelet ^ Cette fois, il ne s'agissait 
plus d'une lourde frasque, mais bien du vol sacrilège d'un 

1. Voir ch. V, § II; VII. 

2. Voir le fac-similé du rapport de Rabustel. 

3. A. Longnon, Etude biographique, p. 1 50-1 51 (d'après Arch. Nat., X»» 28). 



72 FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 

calice commis en l'église Saint-Jean en Grève, que Montigny 
avait crochetée. 

Montigny avait opéré avec Nicolas de Launay qui, lui, avait 
fracturé l'armoire renfermant le calice ; ils avaient en outre 
visité deux ou trois coffres où ils rencontrèrent un calice de 
laiton qu'ils n'emportèrent pas, une autre armoire contenant 
un livre d'Heures. 

Nicolas de Launay et Montigny s'en furent alors trouver 
jacquet Le Grand, l'orfèvre, qui leur acheta la burette et des 
morceaux du calice. Mais avant que le marchand eût tout 
fondu, le clerc de Saint-Jean en Grève était venu le prévenir 
qu'un calice avait été volé. L'orfèvre, estimant qu'il allait perdre 
son argent en révélant à la justice qu'il venait d'acquérir un 
calice en pièces, avait continué sa fonte. Sur quoi on le fit 
prisonnier, en raison aussi d'autres peccadilles, comme d'avoir 
surfait le prix d'un anneau de cuivre doré garni d'une pierre 
vermeille et la valeur de bagues en laiton'. 

Le procureur du roi, Barbin, chargea à fond ce mauvais fils 
qu'était Montigny. Par trois fois déjà, il avait été mis au Châ- 
telet et rendu à l'évêque de Paris sans qu'on le vît jamais 
s'amender. Il avait été emprisonné à Tours, à Rouen, à Bor- 
deaux. Le procureur le dénonçait comme un pipeur, c'est-à- 
dire un dangereux tricheur au jeu, un « goliard » tombé au 
plus profond du mal. Et Jacquet Le Grand, lui aussi, n'était 
qu'un receleur de pipeurs. 

La requête de l'évêque, en pareil cas, était formelle. Mon- 
tigny, répliqua l'avocat Luillier, était clerc, non marié, portant 
habit et tonsure. La connaissance de ses méfaits appartenait 
donc à l'évêque, malgré son lourd passé ; et même comme incor- 
rigible, il devait comparaître devant la juridiction ecclésias- 
tique. Mais le conseil décida que Montigny et Le Grand ne 

I. Arch. Nat., JJ. 189, p. 200 (Rémission pour Jacquet Le Grand du mois de 
septembre 1457); le ai, Eustache de la Fontaine, prêtre, s'opposait à l'entérinement de 
cette lettre de rémission délivrée à la requête de la femme et de la fille de Le Grand, 
qui allait se marier ; elles avaient promis à Saint-Jean un calice de 10 1. (Arch. Nat., 
X" 28). 



LES COQUILLARDS 73 

seraient pas rendus à 1 evêque : ils demeureront justiciables du 
tribunal laïc « pour leur fere leur procès et administrer bon et 
briet accomplissement de justice' ». Le 9 septembre, le Parle- 
ment confirmait la sentence du prévôt qui condamnait Monti- 
gny à être « pendu et étranglé ^ ». 

Quel scandale, quelle douleur pour la famille de ce « noble 
homme » ! Ses oncles de Canlers, ses cousins les Braque, les 
Breban, les Saint-Benoît, les Saint-Amand, les Danes, les 
Chartrain, les Claustre, les Montigny, ceux-là que nous avons 
trouvés dans des charges si honorables de l'administration des 
finances, de la justice, de l'église ! Sa sœur cadette, Jeanne, 
qui était enceinte, eut seule le courage d'élever la voix au nom 
des parents et amis de Montigny, « dont la plupart sont gens 
d'estat et nos officiers » dira la rémission royale qui intervint 
après l'arrêt de mort, le même jour : mais ils se gardaient bien 
de se nommer, en cette triste affaire. La bonne Jeanne allégua 
qu'elle mourrait sûrement de voir son frère exécuté ; qu'une 
autre de ses soeurs allait bientôt se marier. Elle demandait 
grâce, au nom de l'enfant qui allait naître, en faveur de cet 
enfant perdu, son frère'. Et les parents de Montigny témoi- 
gnaient de son repentir, assuraient qu'il se conduirait désor- 
mais à l'honneur de ses amis, « ainsi que ung enffant de bien, 
yssu de notable generacion doit faire ». La prison, la question 
qu'il avait endurées lui serviraient de leçon ; désormais on le 
verrait mener vie bonne et honnête, et ferme dans son propos 
de persévérer dans le bien. Sur ce, le roi lui accordait ses lettres 
de rémission, moyennant qu'il tiendrait étroite prison basse, 
par l'espace d'un an, au pain et à l'eau : après quoi il devra aller 
en pèlerinage à Saint-Jacques de Compostelle et rapporter un 
certificat du maîjre de l'église. Or, dans cette lettre de grâce, on 
énonçait le vol du calice de Saint-Jean en Grève ; Montigny y 
était déclaré complice d'un crochetage en l'église des Quinze- 
Vingts où deux burettes d'argent avaient été enlevées. A Poi- 

1. Bibl. Nat., Dupuy 250. 

2. Ibid. 



74 FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 

tiers, en compagnie de Jean le Sourt, Régnier était allé trouver 
un marchand drapier, comme s'il devait acheter chez lui pour 
20 écus de drap : les deux compagnons lui donnèrent une petite 
boîte dans laquelle ils firent semblant de mettre 20 nobles ; 
mais il n'y avait rien qui valût quelque chose dans cette 
cassette. A Paris, en l'hôtel de la Mouffle, Montigny avait joué 
au jeu de marelles et gagné, en trichant, jusqu'à 65 écus '. 

Le Parlement n'entendit pas entériner cette lettre de rémis- 
sion \ Simon, pour le procureur du roi, la déclarait subreptice, 
ne mentionnant pas le nombre de faux anneaux que Régnier 
avait forgés. Il n'y était pas question, non plus, des variations 
de Montigny devant la prévôté de Paris, où il n'avait confessé 
ses méfaits que sous l'application de la question. Le clerc 
s'était gardé aussi de parler du meurtre commis sur la personne 
de Thévenin Pensete, en l'hôtel du Mouton, au cimetière Saint- 
Jean, de toutes ses piperies. La rémission enfin était « incivile », 
puisqu'elle avait été obtenue après l'arrêt de la Cour. Et malgré 
que l'avocat Popaincourt alléguât l'antériorité, peu vraisem- 
blable, de la grâce, le Parlement confirma la sentence de mort, 
le 15 septembre 1457 ^ 

Ainsi finit ce noble homme, Régnier de Montigny, suspendu 
au gibet de Paris : et la septième partie de ses biens, des vignes 
et des terres autour de Vanves"^, fut mise en la main du roi : 

Montigny y fut par exemple 
Bien attaché au halle grup 
Et y jargonnast-il le tremple 
Dont l'amboureux luy rompt le suc > ! 

Quant à Colia de Cayeux, le fils du serrurier parisien, le 
complice de Villon dans le vol du collège de Navarre, c'était 

1. A. Longnon, Etude biographique, p. 152-155. 

2. Ibid., p. 156-160 (d'après Arch. Nat., X--> 28, 10 et 12 septembre). 

3. Bibl. Nat., Dupuy 250. — Le 16, on entérina par contre la rémission de Jacquet 
Le Grand (Ibid.). 

4. Arch. Nat., S. 1648, fol 66 vo. 

5. Jargon, bail. IL 



LES COQ.UILLARDS 7S 

un clerc incorrigible, un pipeur, un larron, crocheteur, pillard 
et sacrilège, maintes fois déjà rendu à la justice de l'éveque par 
le Châtelet de Paris. On le tenait aussi pour un « goliard, » fré- 
quentant tavernes et bourdeaux. Mais, malgré sa vie mauvaise, 
Colin n'avait eu garde de quitter son habit de clerc et de laisser 
disparaître sa précieuse tonsure. A Paris, outre le vol du collège 
de Navarre, il avait dérobé chez les Augustins cinq ou six cents 
écuset de la vaisselle d'argent. Dénoncé, comme le reste de sa 
bande, il dut se donner de l'air. Colin parcourut alors la Nor- 
mandie ' (c'est Là peut-être la raison du voyage qu'entreprit 
Laurens Poutrel dans cette région) : il s'évada des prisons de 
l'évoque de Bayeux, crocheta celles de l'Officialité de Rouen. 
Colin travailla avec les Coquillards autour de Montpipeau en 
Orléanais, à Rueil, non loin de Paris. Il devait bientôt se faire 
arrêter par le prévôt de Senlis dans l'église de Saint-Leu d'Es- 
serent, où il s'était réfugié. Or Colin de Cayeux le suivit 
volontiers, assuré qu'on le menait aux prisons de l'éveque de 
Senlis, une de ces geôles dont il avait la pratique, et d'où il 
espérait sortir facilement par quelque ruse connue de lui. 

Mais on le conduisit de suite à Paris, à la Conciergerie, 
pour lui faire son procès, tandis que les évêques de Senlis 
et de Beauvais le réclamaient comme clerc arrêté dans leur 
diocèse. Malgré ce que cette procédure pouvait avoir d'irré- 
gulier, l'affaire ne traîna pas : l'appel du clerc voleur ne fut 
pas admis. On dénia même le privilège de cléricature à Colin 
de Cayeux comme à un être incorrigible, tombé dans l'abîme 
du mal ■. Chargé de piperies et cTesteves (c'est-à-dire de vols dans 
le jargon des Coquillards), malgré la réclamation des deux 



1. Dans une lettre de rémission accordée au mois de mai 1459 ^ Colin Martin, 
praticien en cour laïque de Saint-Père du Chemin, en Poitou, on voit qu'il avait reçu 
l'ordre de prendre Hector Rousseau et ses complices, Jean Raillon, Guillaume Palma, 
Guillaume Ortault, Paulet et « ung autre nommé l'Escalier, pour nombreux vols et 
pillages », remontant au mois d'avril 1458 (Arch. Nat., JJ, 188, p. 89. Cf. p. 90, 93, 
94, 118, 119). 

2. A. Longnon, Etude biographique, p. 171-175 (d'après Arch. Nat., X^" 28, 
23 février 1460). 



yé FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 

évêques, Colin fut condamné à être « pendu et étranglé », le 
26 septembre 1460 '. 

Ainsi vécurent et finirent deux compagnons de François 
Villon. 

Il y a lieu de croire que l'existence de M*^ François ne différa 
guère de celle de ses tristes amis. C'est du moins cette dange- 
reuse société que fréquenta le poète après le meurtre de 
Philippe Sermoise, qui semble bien avoir mis fin à sa vie 
régulière. Et si l'on songe que Villon a connu le supplice de 
Montigny (septembre 1457), qu'il a mentionné celui de Colin 
de Cayeux dont il savait le détail (septembre 1460), on voit 
que, pendant trois ans au moins, il fut en relations avec des 
membres de la Coquille : et Villon ne pouvait rentrer à Paris 
durant ce temps ' : 

Coquillars, aruans a Ruel, 
Menys vous chante que gardez 
Que n'y laissez et corps et pel 
Com fist Colin L'Escailler. 
Devant la roe a babiller, 
Il babigna pour son salut ; 
Pas ne sçavoit oingnons peller, 
Dont l'amboureux luy rompt le suc. 

Mais il y a plus. Villon a usé de la langue secrète dont les 
associés de la Coquille se servaient entre eux\ 

Un fait des plus importants pour l'histoire de la linguis- 
tique, révélé par le procès des Coquillards, est l'existence d'un 

1. « Dit a esté qu'il ne sera rendu et ne joyra du privilège de clerc. Ht-le lendemain 
lut par les presidens condempné à estre pendu et estranglé » (Bibl. Nat., Dupuy, 250, 
25 septembre 1460). Le 22 novembre 1460, on voit que le roi mandait au bailli de 
Senlis de l'aire régler les frais de l'arrestation de Colin de Cayeux, qui avait été con- 
damné à mort par le Parlement pour ses démérites (Arch. Nat., X^» 30, fol. 16). 

2. Jargon, bail. II. — Coquillards, qui allez à Rueil, moi je vous avertis par mes 
chants que vous preniez garde de ne pas y laisser ^e corps et la peau, comme cela 
arriva à Colin de la Coquille. Devant la justice il parla pour son salut : il ne savait 
pas peler les oignons (tromper les juges par des pleurs simulés ?) : c'est pourquoi le 
bourreau lui a rompu le cou. 

3. C'est ce qu'a mis parfaitement en évidence Marcel Schwob (François Villon, 
rédactions et notes, p. 65-86). Cf. L. Sainéan, Z.(?5 Sources de l'argot ancien, op. cit. 



LES COQ.UILLARDS 77 

jargon à l'usage de cette bande de malfaiteurs. Il demeure le 
premier en date que nous connaissions (1435) : et telle était 
l'habitude des Coquillards de parler ce jargon qu'un des accusés 
ne put s'empêcher de « jargonner » dans son interrogatoire. Cet 
argot n'était pas une langue ; il ne comprenait guère que quel- 
ques mots secrets répondant aux besoins journaliers du métier 
des voleurs. Quelques-uns de ces termes avaient été laissés par 
les routiers du Midi ; d'autres appartenaient à un jargon plus 
ancien ; d'autres encore provenaient de la langue générale mais 
étaient employés métaphoriquement; plusieurs, en usage dans 
le bas langage, se retrouvent, par exemple, dans la bouche 
des bourreaux des Mystères ; d'autres enfin semblent des 
archaïsmes. 

Quand l'un des Coquillards parlait un peu plus qu'il ne 
fallait, là où des gens pouvaient l'entendre et le dénoncer, un 
compère crachait, à la façon d'un homme enrhumé qui ne peut 
avoir sa salive : les Compagnons de la Coquille se taisaient 
alors, ou usaient de leurs mots secrets. Mais tous n'étaient pas 
initiés. Villon l'était certainement ' : 

Jecongnois quand pipeur jargonne... 
Je congnois tout fors que moi mesme. 

Or, sous le titre de Jargon et Johelin, l'éditeur parisien, Pierre 
Levet, a publié en 1489, parmi les poésies de Villon, six 
pièces qui constituèrent longtemps le monument le plus ancien 
et le plus impénétrable de l'argot français \ Dès 1533, Clément 
Marot n'y entendait goutte et écrivait : « Touchant le jargon, 
je le laisse à corriger et exposer aux successeurs de Villon en 
l'art de la pinse et du croq ». Mais depuis que nous possédons 
l'enquête sur les Coquillards, nous ne sommes plus tenus aux 
mêmes réserves. 

La langue mystérieuse des six petits poèmes imprimés 

1. Poés. div., II, V. 13, 16. 

2. Cf. la notice que j'ai jointe aux ballades jargonnesques cip. Sainéan, Les Sources 
de l'argot ancien, p. 116-121. 



78 FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 

par Levct est le jargon même que Perrenet le Fournier révéla 
au juge de Dijon, Nous avons donc une clef pour lire ces vers, 
sinon pour entendre cinq autres ballades jargonnesqucs du 
manuscrit de Villon conservé à Stockholm, dont l'une, signée 
de son acrostiche, doit enrichir, si l'on peut dire, ce triste bagage 
de M'^ François. 

Ainsi, lorsque dans son jargon François Villon nous parle de 
diippe, il faut entendre l'homme simple qui ne connaît pas 
la science des Coquillards ; le hcffleur est celui qui amène les 
compagnons à jouer ; le vendengeuf, celui qui coupe les 
bourses. Les ances sont les oreilles que l'on rogne aux voleurs ; 
un sire, autant dire un homme sans défiance ; les arques, ce 
sont les dés à jouer; la roue désigne la justice ; l'àjarte, la prison ; 
piper, c'est tromper au jeu ; un long, c'est le compagnon bien 
subtil, et par antiphrase un imbécile ; du caire, de l'argent ; les 
quilles sont les jambes ; blanchir, c'est échapper à la justice ; 
feuilles ou feuillouse, ainsi nommaient-ils les bourses ; le fourbe 
est celui qui porte les faux lingots, joue le rôle d'un marchand, 
ou bien fait le receleur ; du rufjle, cela veut dire du feu ; David, 
c'est le daviet, le daviot, le crochet du Coquillard. 

Nous pouvons comprendre maintenant, à peu près, ballades 
et chansons jargonnesques où Villon a nommé Montigny et 
Colin de Cayeux. Le poète voleur y donne à ses compagnons de 
métier peut-être, de rencontre sûrement, des conseils pratiques. 
Il les avertit par exemple que dans Paris, la grand'ville joyeuse, 
cinq ou six Coquillards viennent d'être arrêtés par les sergents 
et pendus ; il leur dit d'éviter la prison, de marcher dans la 
campagne. Villon s'adressait aux Coquillards, alors autour de 
Rueil, et leur faisait connaître la fin de Colin de Cayeux qui 
parla devant la justice : changez souvent d'habits afin d'esquiver 
la prison ; redoutez le sort de Montigny qui fut pendu au gibet ; 
faites-vous raser chez les barbiers ; craignez d'être pris et 
pendus deux à deux par la main du bourreau, le marieur ' ; 

I. Cf. t. I, p. 320. 



LES COQUILLARDS 79 

trompez tout le monde et soyez sur vos gardes. Attention ! 
attention ! la Coquille va mal et les sergents courent après ' ! 

Telle est cette littérature, curieuse seulement, mais dont on 
ne peut négliger l'étude pour connaître la psychologie de notre 
poète, les tristes conditions de l'existence à laquelle son exil de 
Paris le condamna. 

Ce qui nous étonne, ce qui est à la fois admirable etincompré- 
hensible, c'est de voir comment, pendant cinq ans, sur les dou- 
teuses routes de France, tour à tour dormant dans les champs, 
abrité dans une demeure seigneuriale ou dans une prison, sans 
ressources, en relations, vraisemblablement, avec les plus dan- 
gereux des compagnons, François Villon a conservé dans son 
corps minable une âme si forte, si charmante, la plus joyeuse 
et la plus désolée, repentante et insolente à la fois ? Comment 
pouvait-il porter en lui l'œuvre la plus haute, la plus humaine, 
de la poésie de ce temps ? 

Possédait-il à ce point l'art de tromper ? Se trompait-il lui- 
même, tout simplement ? La première de ces hypothèses 
suppose une telle perversité d'esprit et de pensée qu'elle est 
insoutenable, à mon sens du moins. François Villon était 
faible, mais clairvoyant ; bon sans doute avec les bons, mauvais 
avec les pires. Sûrement il n'avait rien, absolument rien pour 
vivre. Mais pouvons-nous connaître cette âme sincère et rusée, 
inconstante surtout, perverse et repentante tout ensemble, et 
ne devons-nous pas lui pardonner pour toutes ses misères, pour 
tant de fatigues, de chemin sans but, de faim et de soif, pour 
les admirables vers enfin qu'il adressa lui, le clerc dévoyé, 
aux autres fils perdus? Qu'ils chassent de notre mémoire ses 
méchantes productions jargonnesques : 

Item, riens aux Enfans Trouvez ^ ; 
Mais les perdus faut que consolle. 

1. Il est question, le 21 avril 1449, (Arch.N., X^» 25) d'une chanson qui avait pour 
refrain : Garde:( vous Je Savary, au sujet d'un bandit qui se donnait pour un chevalier 
à qui les Sarrasins avaient coupé les pieds. 

2. De Paris. 



8o FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 

Si doivent estre retrouvez, 
Par droit, sur Marion l'Ydolle. 
Une leçon de mon escolic ' 
Leur liray, qui ne dure guère. 
Teste n'ayent dure ne folle ; 
Escoutent ! car c'est la dernière. 



« Beaulx cnfans, vous perdez la plus 

Belle rose de vo chappeau ^ ; 

Mes clers près prenans comme glus 5, 

Si vous allez a Montpipeau 4 

Ou a Rueil >, gardez la peau : 

Car, pour s'esbatreen ces deux lieux, 

Guidant que vaulsist le rappeau^, 

La perdit Colin de Cayeux. 

« Ce n'est pas ung jeu de trois mailles 7, 
Ou va corps, et peut estre l'ame ^. 
dui pert, riens n'y sont repentailles 
Qu'on n'en meure a honte et diffame ; 
Et qui gaigne n'a pas a femme 
Dido la royne de Cartage?. 

1. Il dit de son école, car cette Marion tenait aussi une autre école, qui était celle 
de l'amour. (Voir ch. V, § n). 

2. Cette jolie façon de parler était courante : « Et commença le roy à dire : « Haa ! 
Conte de Dampmartin, vous perdrés en moy la plus belle rose de vostre chappeau, 
car après ma mort vous aurez bien affaire... » (Chronique Martiniane, éd. P. Cham- 
pion, p. 112). 

3. On a vu qu'un clerc voleur se servait d'une ficelle enduite de glu pour tirer les 
offrandes du tronc de Notre-Dame. On disait de Paris que c'était l'endroit le plus 
gluant du monde (Marot, Dialogue nouveau. Œuvres, éd. Guiffrev, II, p. 120). 

Encore je croy, si j'en envoyois plus, — Qu'il le prendroit (le procureur) : car ils ont t.iiu 
de glus — Dedans leurs mains, ces faiseurs de pipée — Que toute chose où touchent est 
agrippée. 

(Ibid., Epitres, III, 984). 

4. Non loin de Meung : il y avait là, à l'orée des bois, un château dont le capitaine 
fut souvent redoutable aux paysans qu'il rançonnait (Cf. René de Witie, Uue vieille 
chdtellenie de l'Orléanais, 1099-1794, Monpipcau. Nice, 191 1). 

5. Près de Paris. 

6. Rappel : la formule complète est lectres de rapeau (Bibl. Nat., Dupuy 250, 
21 octobre 1461). 

7. Monnaie de peu de valeur. 

8. On a vu plus haut le sens de cette distinction théologique. Il ne faut pas surtout 
y chercher une déclaration de libre pensée. 

9. Elle passait au moven âge pour le type accompli de la beauté. 



LES cÔquillards 8i 

L'homme donc est fol et infâme 
Qjiii, pour si peu, couche ' tel gage. 

« Qju'ung chascun encore m'escoute ! 

On dit, et il est vérité, 

Que charretée ^ se boit toute, 

Au feu l'yver, au bois l'esté. 

S'argent avez, il n'est enté ; 

Mais le despendez tost et viste. 

Qui en voyez vous hérité ? 

Jamais mal acquest ne prouffite. » 

Il l'a éprouvé, le pauvre Villon ; il le sait cruellement. Où 
sont aujourd'hui les cent écus du collège de Navarre ? Mais 
plutôt M^ François va nous le dire joyeusement où sont allés 
ces écus, et tant d'autres. Moralement, gravement, vous l'en- 
tendrez conclure : 

Car ou soies porteur de bulles ', 
Pipeur4 ou hasardeur de dez, 
Tailleur de faulx coings, tu te brusles, 
Comme ceulx qui sont eschaudez >, 

1. Coucher, c'est liuéralement mettre au jeu. Cf. Eustachc Deschamps, t. X, glossaire. 

2. Tout ce que porte une cliarrette de viu soit bon ou mauvais (ajoute Marot dans sa 
glose). 

5. Les porteurs de bulles, de rogatons, avec les faux pèlerins, les porteurs de 
reliques, les quêteurs, ont formé une catégorie des classes dangereuses (Pierre Cham- 
pion, op. cit., ap. L. Sainéan, I, p. 372). Le 26 mars 1457 ("• st.j Charles VII avait 
fait rendre une ordonnance au sujet des abus commis par certains quêteurs sous 
prétexte d'indulgences. Ils publiaient de fausses lettres, rassemblaient le peuple sans 
autorisation, et levaient sur lui parfois beaucoup d'argent. Le roi déclare que pour 
quêter il faudra de nouvelles lettres délivrées par sa chancellerie et qu'on ne pourra 
plus user de vieilles indulgences. Parmi ces porteurs de vieilles bulles, on remarquait 
des gens mariés et même des étrangers. Ils sont dits aller de ville en ville, d'église en 
église, de château en château. Ils se servaient d'habits de religieux du 3'-Esprit, de la 
Trinité Notre-Dame, de la Merci, de S' Antoine. Et parfois aussi ils se faisaient faus- 
sement appeler maîtres es arts ou en théologie. Leurs discours n'étaient pas trop 
catholiques, et beaucoup avaient commis de grands crimes, abus, larcins et faussetés : 
en conséquence le roi ordonnait de prendre au corps les porteurs de bulles (Arch. Nat., 
P. 1534 5, fol. 209). 

4. « Ung pipeur c'est .1. joueur de dez et aultres jeux où il y a advantaige et 
déception », traduit l'enquête sur les Coquillards. 

5. Ce sont les faux-monnayeurs, tels que ceux qui furent en effet bouillis au Mori- 
mont de Dijon en 1457 5 '^ '7 décembre 1456 Christophe Turgis, le coquillard, 
avait été bouilli à Paris au Marché aux Pourceaux (Bibl. Nat., Dupuv 250). 

FRANÇOIS VILI.ON. ^— II. 6 



82 FRANÇOIS VILLON, SA ViE ET SON TEMPS 

Traistres parjurs, de foy vuydez ; 
Soies larron, ravis ou pilles, 
Ou en va l'acquest, que cuidez ? 
Tout aux tavernes et aux filles. 

Ryme, raille, cymballe, luttes, 

Comme fol, foinctif, eshontez ; 

Farce, broulle, joue des fleustes ; 

Fais, es villes et es citez, 

Farces, jeux et moralitez ; 

Gaigne au berlanc ', au glic ^, aux quilles. 

Aussi bien va, or escoutez ! 

Tout aux tavernes et aux filles. 

De tclz ordures te reculles. 
Laboure, fauche champs et prez, 
Sers et pense chevaux et mulles, 
S'aucunement tu n'es lettrez ; 
Assez auras, se prens en grez. 
Mais, se chanvre broyés ou tilles, 
Ne tens ton labour qu'as ouvrez 
Tout aux tavernes et aux filles 3 ? 

Chausses, pourpoins esguilletez, 
Robes, et toutes voz drappilles, 
Ains que vous fassiez pis, portez 
Tout aux tavernes et aux filles. 

A vous parle, compaings de galle, 
Mal des âmes et bien du corps. 
Gardez vous tous de ce mau hasle 
Qui noircist les gens quant sont mors 4 ; 
Eschcvez le, c'est ung mal mors ; 
Passez vous en mieulx que pourrez ; 
Et, pour Dieu, soiez tous recors 
Qu'une fois viendra que mourrez. 

1. Jeu de cartes. Cf., t. I, p. 8i et s. 

2. Jeu de cartes très fréquemment cité. 

3. La pensée de Villon change ici. D'où qu'il vienne, du travail ou du vol, l'argent 
ira toujours aux tavernes et aux filles. Le dernier membre de phrase Semble donc une 
question, ou une constatation amère, à laquelle l'envoi répond joyeusement. M.Jean- 
Marc Bernard tient pour ce premier sens. 

4. Allusion qui revient fréquemment chez Villon : il avait beaucoup regardé les 
pendus qui restaient exposés jusqu'au jour où ils tombaient à terre ; il savait la cou- 
leur que leurs figures prenaient à l'air, au soleil et à la pluie. 



VIE l)b FRANÇOIS VILLON 



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nuimcM» Mtv oiielce \x)j<» amvutuk 
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Les Pèlerins de Lt vie et la Fortune 

(Bibl. Royale de Munich, Cortex Gallicus 369, Boccace) 






CHAPITRE XIII 



LA VIE ERRANTE 



Au moyen âge on a beaucoup vagabondé sur les routes. La 
vie nomade n'avait pas ce caractère d'exception qu'elle a main- 
tenant chez nous '. C'était l'existence normale de tous les voya- 
geurs ; on les rencontrait fort nombreux à cette époque où, 
pour le moindre prétexte, on se mettait en route à travers le 
monde : 

On ne voit rien qui ne va hors ^. 

Il suffisait pour cela de revêtir un gros manteau, de prendre 
un bâton. Les femmes et les gens à leur aise montaient à mule ; 
les soldats, à cheval ; les princesses roulaient dans ces chariots 
suspendus qui constituaient alors un luxe fabuleux. 

On aurait tort de croire, surtout à l'époque où Villon se mit 
en marche, que les chemins appartenaient exclusivement aux 
routiers ou à leurs successeurs, les brigands des bois K Les 
relations étaient devenues assez fréquentes de ville à ville, 
surtout après la paix anglaise, et même depuis les trêves * ; si 
les fleuves continuaient à tenir lieu de grandes routes com- 
merciales, à servir au transport du blé et du vin, c'était autant 

1. C'est ce qu'a déjà noté M. J. J. Jusserand dans son bel ouvrage, La vie nomade 
et les roules d'Angleterre anxix^ siècle. Paris, 1884, in-12. 

2. Le Pèlerin passant (fin du règne de Louis XI) dans Leroux de Lincy, Recueil de 
Farces, III. 

3. Pierre Champion, Notes pour servir à Thistoire des classes dangereuses, ap. 
L. Sainéan. 

4. Mathieu d'Hscouchy, éd. de Beaucourt, I, p. 6. 



84 FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 

pour des raisons d'économie que de sécurité. D'ailleurs on 
marchait rarement seul ; on allait par groupes et en armes. 
Certes, on pouvait encore, surtout dans la traversée des bois, 
rencontrer de ces bandits, épieurs de grands chemins, qui déva- 
lisaient principalement les marchands, et portaient parfois des 
masques, de « faux visages » ; mais les voleurs ne risquaient 
plus volontiers de ces dangereuses opérations : les malfaiteurs 
étaient alors, comme on l'a vu, surtout des faux-monnayeurs 
et des crocheteurs. On pense bien qu'un homme comme Villon 
n'avait rien à redouter d'eux; il était de leurs amis, et léger 
d'argent : 

Qui porte argent porte sa mort '. 

On rencontrait donc en ce temps-là sur les routes de France 
beaucoup de monde : on y voyait parfois des seigneurs, des 
hérauts qui portaient leurs missives; de « maigres poursui- 
vants » ayant sur leur cotte le blason aux émaux de leur 
maître ; des juges enquêteurs ; on y croisait beaucoup de 
marchands, un très grand nombre de pèlerins chantant des 
cantiques pour écarter les larrons ■ et, parmi eux, de pauvres 
gens, des femmes, qui allaient surtout au Puy-en-Velay ; des 
religieux montrant des reliques, vraies ou fausses ; des quê- 
teurs qui promenaient des indulgences suspectes ; des con- 
damnés, libérés sous condition de leur prison, à qui on 
imposait un pèlerinage à Saint-Jacques ou à Notre-Dame de 
Liesse, portant un cierge à la main et récitant des prières pour 
le roi et la prospérité du royaume ' ; des charlatans qui ven- 
daient de la thériaque ; des merciers qui déballaient leur paco- 
tille et débitaient des écritoires, des chapelets, des dés à jouer, 
des cartes ; des ménétriers, et parmi eux des aveugles con- 

1 . Le Pèlerin passant, op. cit. 

2. Pèlerin qui chante 
Larron espouvante 

(Le Roux de Linc\-, Le Livre des Proverbes français, I, p. 26). 

3. Bibl. Nat., Dupuy 250. le-- août 1459. — Voilà ce qui serait arrivé à Régnier de 
Montignv si sa lettre de rémission avait été entérinée (Voir ch. xii). 



LA VIE ERRANTE 05 

servant encore quelques souvenirs des chansons de geste ; 
des étudiants qui se rendaient souvent dans des facultés loin- 
taines pour suivre les études spéciales qui y florissaient, comme 
le droit à Orléans ou la médecine à Montpellier' ; des men- 
diants, tels ces caymands qui volaient des petits enfants et leur 
crevaient les yeux avec des épingles pour les préparer à tendre 
eux-mêmes la main ; et d'autres qui savaient contrefaire des 
maladies caduques, des plaies sanglantes, des gales, avec du 
safran, de la farine et du sang : ceux-là, on les rencontrait sur- 
tout à la porte des églises et aux grands pèlerinages du 
royaume ; parfois aussi des Bohémiens tout noirs, avec des 
cheveux laineux, qui étaient surtout des voleurs de chevaux \ 

Les plus riches de ces voyageurs, comme les moins fortu- 
nés, couchaient le soir dans de très mauvaises auberges où les 
plus favorisés trouvaient un lit ; les autres étaient abrités dans 
une chambre commune, ou à l'écurie K Car il y avait toujours 
presse aux Eciis de France, d'Orléans, de CaJabre, à VEtoile, au 
Dauphin ou aux Trois Rois "^ ; encombrement de valets et de 
pages ; des chariots étaient arrêtés devant la porte. On y appré- 
ciait la, qualité du vin, la blancheur et la douceur des draps \ 
Dans les villes, les pauvres rencontraient des hospices qui 
existaient en grand nombre en France, les uns pour recevoir 
les hommes, les autres pour les femmes. 

Mais souvent aussi on campait la nuit dans les champs, en 
se groupant quand les gens d'armes rôdaient par le pays ^ ; et 
là on demeurait exposé à toutes les intempéries de la saison. 
Cela, paraît-il, faisait partie de l'éducation et formait le carac- 
tère, puisqu'un poète du xv^ siècle l'a dit " : 

1 . Voir à ce sujet les si curieux mémoires de Félix Flatter. 

2. Sur tous ces personnages voir Pierre Champion, dans l'appendice à L. Sainéan, 
op. cil. 

5. Cf. Francisque- Michel et Edouard Fournier, Histoire des hôtelleries, cabarets... 
Paris, 1851, in-8, p. 183 et suiv. 

4. Voir Le Pèlerin passant, op. cit. 

5. Eustache Deschamps, VII, p. 59 et passitii. 

6. Mémoires de Philippe de VicrncuUes, p. 8-9. 

7. Bibl. Nat., fr. 2575, fol. 51 \°. 



86 FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 

Qui n'a couche au vent et à la pluyc, 
Il n'est digne d'aller en compagnie. 

Et voici comment un autre poète errant, le pauvre Michault 
Taillevent, nous raconte sa « destrousse » par les gens d'armes 
dans le Beauvaisis '. Il est surpris par la nuit et il lui faut 
coucher sur le sol, car il n'y a là ni chambre ni porche : Michault 
considère alors son lit « tout fait en ung buisson » : 

Ainsi comme povre esgaré, 
Estrenné de dures estraines, 
Regarda lors son lit paré ; 
Duquel estoient les courtines 
Toutes de chardons et d'espines, 
Et la couche de terre dure, 
Le chevet de grosses racines, 
Et de ronces la couverture. 

Or, bien qu'aucun bruit ne vînt jusqu'à lui, Michault allon- 
geait son cou, comme la grue : 

Et avoit l'oreille tendue 

A tout lez pour la peur des loupz. 

Il écoutait s'il n'entendrait point sonner les cloches des villages 
voisins, ou le chant du coq au matin, ou les aboîments des 
chiens ; car ils étaient nombreux alors pour garder les maisons 
et les villages : c'est surtout pour se défendre d'eux que les 
voyageurs portaient des bâtons \ 

Ainsi, tout en transes, Michault attendait l'aurore pour se 
remettre en route avec ses compagnons d'infortune, des mar- 
chands et des charretiers que le poète assure grands et gros. 
Mais après cette mauvaise nuit, des brigands armés de fer et de 
vieux jaques devaient enlever tout le monde. 

Quant au petit Flatter % qui alla de Bâlc à Montpellier sur sa 

1. Bibl. de Stockholm, ms. fr. LUI, fol. 157 vo. 

2. Qui va par les champs sans baston 
Il est a la mercy des chiens 

(Dictons moraulx dans les Bons et très utiles ensnig/ieniens). 

3. Mémoires de F. Flatter, p. 35-36. 



LA VIE ERRANTE «7 

quinzième année, portant deux chemises dans sa toile cirée, 
quelques mouchoirs et quatre couronnes d'or cousues dans 
son pourpoint, il se rappela longtemps une certaine nuit passée 
au milieu d'un bois, dans une méchante auberge, à une longue 
table autour de laquelle des mendiants et des paysans savoyards 
étaient assis devant des châtaignes rôties, du pain noir et de la 
piquette : suspects personnages qui, après avoir inspecté les 
armes des voyageurs, se prirent heureusement à boire et 
allèrent, chancelants, s'endormir hors de la salle commune, 
devant un feu qui flambait en plein air. 

Mais le voyage n'offrait pas que des suprises désagréables. 
On y courait des aventures galantes, et c'était là le vrai moyen 
de s'instruire'. Une femme pouvait devenir votre compagne, 
déguisée en homme ^. Il y avait des jours de printemps, ni trop 
longs, ni trop courts, qui incitaient à cheminer en riant et en 
chantant ; de beaux jours d'été où le soleil vous réchauffait le 
cœur ; des nuits tièdes pleines de lune ; des couchers de 
soleil rougeoyants ; des matins lumineux qui annoncent le 
beau temps : 

Le rouge soir et blanc matin 
C'est la joye du Pèlerin 3. 



On n'a malheureusement encore que des renseignements 
très vagues sur la vie nomade que mena Villon pendant 
cinq ans. Il fut alors ce que pouvait être, ce qu'a toujours été, 
un pauvre homme errant sur les routes. Il devait ressembler 
beaucoup à ce jongleur de Sens •* : 



1. Eustâche Deschamps, VII, p. 69. 

2. Registre dn Chdtelet, II, p. 524. 

3. Le Pèlerin passant, op. cit., p. 7 ; Adages et proverbes communs dans les Bons et 
très niiles enseignemens : il y a une autre variante de ce dicton ; 

Rouge vespre et bLinc matin 
Rend joye au cœur des pèlerins. 

4. De Saint Pierre et du Jongleur dans le Recueil général des fabliaux, éd. de Mon- 
taiglon et G. Raynaud, V, p. 65 et suiv. 



88 FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 

Qui moult ert de povrc rivière, 
N'avoit pas sovent robe entière. 
Ne scai comment on l'apela, 
Mais sovent as dez se pela; 
Sovent estoit sanz sa viele, 
Et sanz chauces et sanz cotele, 
Si que au vent et à la bise 
Estoit sovent en chemise... 

Ses souliers étaient crevés et on y voyait de grands jours. 
Comme Villon, il hantait trop la taverne et la « puterie ». Il 
dépensait son argent au jeu de dés et aurait voulu que tous 
les jours fussent fériés ; car il n'aimait rien tant que le 
dimanche, la folle vie, les disputes et le péché. Et ce pauvre 
clerc qui avait abandonné Paris à cause de sa misère et rega- 
gnait son pays, sans avoir « gote d'argent », ressemblait à 
Villon comme un frère. Il marchait souvent sans manger ni 
boire. Bien des portes se fermaient à son passage ; et rares 
étaient les bourgeois qui l'hébergeaient pour entendre, tandis 
que cuisait le dîner, 

... une escriture 

O de chancon et d'aventure '. 

Mais on ne sait guère que le peu que Villon nous a dit à ce 
sujet. Le pays où il erra s'étendait depuis Angers, les marches 
de Bretagne et du Poitou, jusqu'en Dauphiné vraisemblable- 
ment. Et il résulte de ses confidences qu'il parcourut surtout 
la France centrale, en particulier le bassin de la Loire. 

Or cette région de la Loire a été par excellence le pays des 
écoliers, avec ses deux vieilles universités d'Orléans et d'An- 
gers; au temps même du voyage de Villon une troisième sera 
établie à Nantes (1460). Terre des Vierges miraculeuses ; pays 
élu des pèlerins, de ceux-là surtout qui se rendent à Saint- 
Jacques et jetteront au passage des ponts, suivant la coutume 
païenne, ces petites enseignes de ploiTib que l'on retrouve un 

I. Le povre clerc, dans le Recueil général des fabliaux, V, p. 192 et suiv. 



LA VIE ERRANTE 89 

peu partout dans les sables du fleuve ' ; pays des colporteurs ; 
paradis des organisateurs de représentations théâtrales : car 
frais de farces, de Mystères, de Passions sont consignés de façon 
ininterrompue dans les comptes des municipalités de cette 
région - : bon pays, bon peuple, belle noblesse enfin ' ! 

Angers était alors un des passages les plus fréquentés de 
France pour se rendre en Bretagne, et aussi pour gagner le 
Poitou. Les marchands bretons et poitevins se rendaient sou- 
vent dans cette cité, ainsi qu'à Tours. C'est vraisemblablement 
d'une de ces deux villes que Villon partit pour faire une pointe en 
Bretagne où il" nomma Saint-Julien de Vouvantes (Loire-Infé- 
rieure, arr. de Châteaubriant) : peut-être même a-t-il gagné 
Rennes, qui n'est pas très loin, où il y avait des colporteurs et 
des merciers ? Car Villon se dira lui-même un « povre mercerot 
de Rennes ». Sans qu'on puisse l'affirmer, il n'est pas impos- 
sible qu'il ait porté la balle en Bretagne. 

Or si les grands merciers ont formé à Paris, dans la rue 
QjLiincampoix, dans les galeries du Palais ^, une riche corpo- 
ration, il faut reconnaître que ceux-ci avaient peu de rapports 
avec les petits merciers errants qui portaient la balle et ven- 
daient surtout chausses et bonnets de laine K Toujours sur les 
grandes routes pour gagner les foires, ils devaient souvent 
rencontrer des vagabonds et des voleurs. Ils portaient un bâton 
pour se défendre contre les attaques des chiens, dérobaient de 
la volaille pour vivre, s'abritaient la nuit dans les carrières et 
dans les fours. Ils seront, au cours du siècle suivant, les grands 



1 . Musées d'Orléans, de Notre-Dame de Cléry. 

2. C'est ce qu'à noté très justement à ce sujet G. Cohen, Ret'iie des Etudes Rabe- 
laisiennes, 191 I, p. 4. 

3. Gilles le Bouvier, Le Livre de la description des pays, éd. E. T. Hamy, p. 50. 

4. Franklin, Dictionnaire historique des arts et métiers, ad. v. merciers et nouveautés. 

5. « Poulain dit que ledit appellant est povre marchant et a acoustumé vendre 
chausses et bonnetz de laine, ainsi que les petiz merciers ont acoustumé de fere parmy 
les villaiges. Dit que la foire en ceste année séant ou mois de décembre ou village de? 
près le Mans, après que le roy des merciers eust veu la marchandise dudit appellant il 
s'en ala à lad. foire oudit village » (Arch. Nat., X" 57, 20 mars 1487 n. st.). 



90 FRANÇOIS VILLON, SA Vit ET SON TEMPS 

propagateurs du jargon en France '. Mais, dès le temps de 
Villon, il y eut de mauvais merciers, des foticandetir s, que l'on 
dit « trompeurs et cabuseurs », et qui vendaient à Paris, 
malgré les défenses faites à ce sujet, « denrées de merceries », 
couteaux, anneaux, épices, peignes d'ivoire ^ On en voit 
d'autres devenir voleurs ' ; et parfois ils débitaient des mar- 
chandises très suspectes, comme des jeux de cartes usagées. Sur 
la liste des Coquillards on trouve deux merciers '^. Or tout ce 
monde n'était pas riche : l'un d'eux dira : 

Et ainsi nous mourrons de fain. 
Entre nous chetiz merciez > ! 

Quant au bon Charles d'Orléans, il riait de ces petits mer- 
ciers, portant paniers, qui déballaient leur marchandise au 
château de Blois, et à qui il achetait tablettes à écrire, écritoires 
de corne, images de saint Jacques, cordes pour sa harpe, 
patenôtres de verre, petits couteaux, signets d'ambre. L'un d'eux 
se nommait « Argent mi fault » ! 

Je gagne denier a denier 

C'est loing du trésor de Venise ^ ! 

Enfin, au temps de Villon, il y avait une corporation de 
merciers établie à Rennes^. Mais que François y ait exercé un 
temps ce petit métier, cela demeure une hypothèse. 

Dans le cas où Villon eût porté la balle dans cette région, 

1. Péchon de Ruby. 

2. Pierre Champion, dans l'appendice à L. Sainéan, op. cil., I, p. 389-590. 

3. Mercier voleur à Marmande, en 1457. Bertrand Ebraud autrement dit le Mer- 
cerot (Ibid.) 

4. Ibid. 

5. Farce de la Pippée dans les Poésies gothiques françaises de Sylvestre. 

6. P. Champion, Vie de Charles d'Orléans, p. 439-440. 

7. M. André Lesort, archiviste d'IUe-et-Vilaine, a bien voulu m'écrire : « Mes 
recherches dans la série E (confréries et corporations de Rennes) n'ont pas abouti ; 
mais j'ai trouvé à la série F (papiers de feu Paul de la Bigne-Villeneuve) une copie 
de fragments de statuts non datés de cette confrérie transcrits en tête d'un registre 
de lad. confrérie dont le feuillet de garde portait la mention : « L'an mil IIIJc XXXVIJ 
fut ce papier trcstout neuff fayt... » 



LA VIE ERRANT-E 9^ 

il aurait eu l'occasion d'errer en Poitou, où les foires de 
Niort étaient fréquentées par les marchands et par les colpor- 
teurs. En Poitou, François Villon a nommé Saint-Generoux 
(Deux-Sèvres, arr. de Parthenay). Il dit avoir connu dans cette 
localité, qu'il situe justement dans les marches de Bretagne et 
de Poitou, deux dames qui lui avaient appris un peu le « parler 
poitevin. » Il s'amusa à imiter ce langage, sans révéler propre- 
ment où elles passaient leurs jours ' : 

Elles sont très belles et gentes, 
Demourans a Saint Generou 
Près Saint Julien de Voventes, 
Marche de Bretaigne ou Poictou. 
Mais i lié di proprement ou 
Y quelles passent tous les jours ; 
M'arme ! i ne seu mie si fou, 
Car i vueil celer mes amours. 

Evidemment ces dames se cachaient, et lui aussi ; car ce 
spécimen de patois, François Villon nous le donna à la suite du 
legs qu'il fit de son droit d'échevin de Paris à Robin Turgis, 
tavernier, à qui M^ François avait négligé de payer le vin dû à 
son départ. Et il ajoutait* : 

Combien s'il treuve mon logis 
Plus fort sera que le devin. 

Il était d'usage alors de consulter le devin pour retrouver 
les objets perdus. Mais il se peut aussi que le parler poitevin 
soit l'équivalent de l'expression qu'on trouvera un peu plus 
tard : aller à Niort, c'est-à-dire nier \ Dans ce cas le clerc fugitif 
n'aurait pas reconnu sa dette envers Turgis. 

I. T., h. 94. — 2. T., V. 1056-1057. 

3. « Mais Eutrapel, comme fin et bien avisé, sceut bien repartir, prendre le 
chemin de Niort, et maintenir qu'il estoit d'un trop couart naturel » (Contes d'Eutra- 
pel, 1585, p. 117 vo). — Il y a quelque chose d'analogue dans Eloi d'Amerval, Graut 
Diablerie, c. 98) : 

Car ilz sont si faulx passans — Que quant il leur demanderont — Ht les termes venus 
seront — Ilz s'en iront, scez tu bien où ? — Au gentil pays de Poitou : — Dieu te doint bon 
jour à Nyort. 

Cf. une équivoque parallèle dans les Cent nouvelles nouvelles, LXXVIJ : « Elle estoyt 



92 FRANÇOIS VILLON, SA VIE HT SON TEMPS 

Nous en savons un peu plus long sur les rapports de Fran- 
çois Villon et de Charles d'Orléans, Mais le temps où ils se 
rencontrèrent demeure encore incertain '. Tout ce que l'on 
peut dire, c'est que notre vagabond vint au moins deux fois à 
Blois ; et, lors de son premier voyage, il fut momentanément 
attaché à la petite cour du prince poète et toucha à ce titre 
des gages. Il est certain aussi que Villon a bien connu le cercle 
des rimeurs qui enchantaient le vieux duc, qu'il lut au courant 
des jeux d'esprit formant leur subtile distraction : l'influence 
de ce milieu paraît assez visible dans l'œuvre du clerc parisien \ 

Le duc Charles d'Orléans était alors un homme de soixante- 
trois ans, tout grisonnant, un peu lourd et dur d'oreille. 11 
avait une bonne figure rasé, de gros traits, et portait ordi- 
nairement des robes de velours noir et fourrées. Sa vie avait 
été extrêmement malheureuse ; il s'était beaucoup ennuyé. On 
l'avait ramassé dans la boue d'Azincourt, tout frêle adolescent, 
enivré de gloire et d'amour. Il avait dû demeurer prisonnier 
des Anglais pendant vingt-cinq ans, moisissant dans leur pays 
humide, privé du soleil de France ; là, Charles d'Orléans avait 
connu un grand désespoir. Pour se distraire il s'était pris à 
rêver et à écrire des poésies, de fraîches ballades, de courtoises 



couchée, tant oppressée de mal qu'on cuydoit bien qu'elle allast à Mortaigne ». — 
« Tricherie est en Poitou » est aussi un vieux dicton que l'on trouve déjà développé 
dans le Songe d'Enfer de Raoul de Houdenc. 

1. Pierre Champion, Vie de Charles d'Orléans, p. 636-640. 

2. Il est toujours dangereux d'affirmer ces choses-là : car Charles d'Orléans devait 
aussi beaucoup à Alain Chartier qui inspira certainement les vers tendres et amou- 
reux de Villon. Cependant je note dans la manière de Charles d'Orléans le /«/célèbre : 
Mort f appelle de ta rigueur (on le retrouve entre autres parmi des pièces imitées de 
Charles d'Orléans dans le ms. fr. 17 19, fol. 71), et surtout les deux développements 
sur la Fortune, un thème très en honneur à Blois (la bergeronnette : Au retour de 
dure prison et la ballade Fortune fus par clers jadis nommée'). Enfin il est assez remar- 
quable de trouver dans Charles d'Orléans : 

Mais ma bouche fait semblant que je riç 
Quant maintes fois je sens mon cueur pleurer. 

(Ce que Villon saura dire beaucoup mieux : Je ri^ en pleurs) ; de voir que l'évocation 
des dames anciennes, faite par le bon duc à propos de la mort de sa femme, est 
comme la ballade des dames des temps jadis construite sur la précieuse rime aine. 



LA VIE ERRANTE 93 

chansons où il disait sa vie passée et présente, la douceur de sa 
jeunesse, le chagrin d'être séparé d'une femme qu'il aimait ; et 
pour représenter chacun des états de son âme, il avait inventé 
des allégories, des symboles : en sorte que, dans sa solitude, il 
vivait accompagné de Tristesse, de Désir, de Mélancolie et 
d'Amour. 

Rentré dans ses pays, Charles avait éprouvé que le monde 
était bien changé : l'esprit chevaleresque n'existait plus et la 
France demeurait serrée autour de son roi victorieux. Le duc 
d'Orléans n'avait plus qu'un ami, Philippe de Bourgogne ; et 
celui-ci, maintenant l'ennemi du roi de France, était le fils du 
duc Jean qui avait assassiné son père Louis ! 

Charles d'Orléans comprit alors qu'il n'avait plus grand'chose 
à faire ici-bas ; il avait épousé une jeune femme et n'en avait 
pas d'enfants. Il résolut d'arranger sa vie le mieux possible, 
en jouissant de tous les agréments que procurait le charmant 
séjour de Blois ; de vivre doucement, avec des amis qu'il 
aimait bien, dans ce grand château qui était aussi une campa- 
gne. Il lisait des livres, jouait aux tables et surtout aux échecs, 
et parfois il se promenait sur la rivière ou chassait. Mais le 
plaisir le plus vif et le plus secret dont il jouissait alors était de 
s'enfermer dans un petit retrait où se trouvait sa librairie. Le 
duc avait là une chaufferette, un pupitre de bois sur lequel on 
pouvait fixer des chandelles ; et, parmi ses livres, de gros 
ouvrages ennuyeux, de vieilles histoires latines et des Sommes 
de théologie, il possédait un tout petit volume de parchemin 
que nous avons conservé ' : des scribes de sa maison avaient 
commencé d'y transcrire ses premières productions. Le duc le 
reprenait souvent, y écrivait très calme, d'une main soigneuse, 
ses dernières inventions, et même celles de ses serviteurs ; car 
il était fort bon homme en vérité. La vie, qui lui avait été si 
dure, l'avait rendu parfaitement honnête ; et, malgré son âge, 
il restait très gai d'esprit, aimait les plaisanteries. Il savait aussi 

I. Bibl. Nat., nis. fr. 254)8. 



94 FRANÇOIS VILLON, SA VIE HT SON TEMPS 

être grave et décent; mais, s'il pensait à la mort, cela ne durait 
vraisemblablement que le temps de composer un charmant 
rondeau. 

Beaucoup de monde vivait autour de lui, car les existences 
princières de ce temps étaient grevées de l'entretien de presque 
toutes les autres. Pourvu qu'on eût de l'esprit, on devenait son 
ami, surtout si Ton entrait dans sa manie qui était de faire 
de tous ses serviteurs des poètes; rien ne le divertissait plus 
que ces sortes de parties poétiques où, sur un thème donné, 
chacun rivalisait de zèle plutôt que d'inspiration. Et non seule- 
ment il entretenait dans sa demeure des serviteurs, des gens 
qui administraient ses finances, son médecin qui s'ingéniait à 
le satisfaire, mais Charles d'Orléans avait encore hors de Blois 
des correspondants qui lui adressaient des épîtres en vers ; et il 
leur répondait. Les jeunes seigneurs qui étaient reçus dans sa 
maison étaient tenus d'écrire quelque morceau pour payer leur 
écot ; il n'y eut guère de poète en son temps qui n'ait été hébergé 
à Blois. Peut-être n'ignorait-il pas que ses propres poésies 
étaient supérieures à celles des autres? Quoique prince, c'était 
le premier poète de son époque : mais Charles n'en tirait vanité 
que pour envoyer quelques copies de ses productions à de 
nobles amis ou à des dames dont il désirait peut-être d'être 
aimé. Car bien qu'il restât fidèle aux vieilles modes et portât de 
larges chaperons noirs, il appréciait la jeunesse ; et Charles 
ne riait des jeunes seigneurs qui revêtaient des habits étroits 
et des toques à l'italienne, que parce qu'il ne pouvait les imiter, 
étant lui-même trop lourd et ancien. 

François Villon pouvait avoir alors vingt-six ans ; il était 
maigre et noirci, vieilli prématurément et très pauvre. Mais il 
avait un charmant esprit, de la verve, du génie, et savait se 
tenir dans le monde. Il connaissait aussi bien les riches que les 
pauvres', ayant beaucoup réfléchi sur la vie, et vu manier de 
l'argent autour de lui. Le voisinage de la grandeur ne le rendait 

I. T., V. 305 ; Pocs. div,, III. 



LA VIE ERRANTE 9$ 

pas emprunté : et d'ailleurs on menait à Blois, et en général 
chez les princes de ce temps-là, une existence toute familière et 
très chrétienne. 

Un des débats qui eurent le plus de succès à Blois fut celui 
des propositions contradictoires dont la première présentait 
l'image d'un homme mourant de soif auprès d'une fontaine. 
C'était là un jeu fort ancien pour dépeindre le trouble d'esprit 
d'un homme amoureux ; les troubadours comme les trouvères 
usèrent de ce procédé. Charles d'Orléans lui-même avait dit 
dans une ballade antérieure à 1451, mais très proche de cette 
date : 

Je meurs de soif en cousté la fontaine, 
Tremblant de froit ou feu des amoureux. 

Plus tard encore le duc d'Orléans, reprenant et modifiant ce 
thème, avait confessé son existence mêlée de bien et de mal : 

Je n'ay plus soif, tarie est la fontaine, 
Bien eschauffé sans le feu amoureux. 
Je vois bien clair, ja ne fault qu'on me maine, 
Folie et Sens me gouvernent tous deux... 

Or il y avait à Blois, comme dans toutes les résidences féo- 
dales, un puits qui devait d'abord servir en cas de siège à 
alimenter d'eau les défenseurs du château. Puits assez rudi- 
mentaire sans doute, puisque l'hôte du Lion d'argent fournis- 
sait en 1448 une corde pour tirer l'eau de ce puits, désigné 
comme celui de « l'ostel de Monseigneur ». Le 15 mars 1457, 
Jacob Landreni, menuisier, le visitait et établissait un devis 
« pour certain ouvrage de charpenterie que mondit seigneur 
veut faire » ; au mois de mai, ce charpentier recevait 4 1. 2 s. 
6 d. pour le salaire d'un travail de trois semaines et « pour 
visiter certain ouvrage et engin que ledit seigneur veut faire 
au puits du château de Blois pour tirer l'eau plus aisément. » 

Charles d'Orléans était curieux de mécanique et d'horloge- 
rie ; il s'intéressait donc en ce temps à un système faisant 



9é FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 

monter commodément l'eau de son puits. Contemplant cette 
eau qu'il était difficile d'atteindre, il aura pensé qu'elle offrait 
l'image de sa propre vie, pleine de désirs si peu satisfaits et 
apaisés. Ainsi une association d'idées lui avait remis dans la 
tête le thème autrefois développé : et c'est un fait qu'en ce 
temps-là, il fut repris parMontbeton et Robertet, par M'^ Bertaut 
de Villebresme, licencié en lois et conseiller du duc, par M'^ Jean 
Caillau, son médecin, par Gilles des Ormes, son jeune écuyer 
tranchant, par Simonnet Caillau et par cinq autres rimeurs 
dont nous n'avons plus les noms. Sur cette dispute, qui peut se 
placer entre 1458 et 1460, François Villon composa certaine- 
ment la meilleure des ballades. Comme il était fait lui-même 
de contradictions, il n'eut pas de peine à y mettre tout son 
cœur. C'est là qu'on lira les mots qui le peignent mieux que 
tout portrait : 

Je riz en pleurs ! 

Et, cette fois, il faut bien reconnaître que le bon Charles 
d'Orléans avait trouvé son maître en poésie ' : 

Je meurs de seuf au près de la fontaine, 
Chault comme feu, et tremble dent a dent ; 
En mon pais suis en terre loingtaine ^ ; 
Lez ung brasier frissonne tout ardent ; 
Nu comme ung ver, vestu en président 5 ; 
Je ris en pleurs et attens sans espoir ; 
Confort reprens en triste desespoir ; 
Je m'esjouys et n'ay plaisir aucun ; 
Puissant je suis sans force et sans povoir. 
Bien recueully, débouté de chascun. 

Rien ne m'est seur que la chose incertaine ; 
Obscur, fors ce qui est tout évident ; 
Douhte ne fais, fors en chose certaine ; 
Science tiens a soudain accident ; 
Je gaignc tout et demeure perdent ; 

1. Pierre Champion, Vie de Charles d'Orléans, p. 651-654. 

2. Allusion à son exil. 

3. C'est-à-dire portant une robe fourrée. 



LA VIE ERRANTE 97 

Au point du jour dis « Dieu vous doint bon soir ! » 
Gisant envers ', j'ay grant paour de cheoir ; 
J'ay bien de quoy et si n'en ay pas ung ^ ; 
Eschoitte attens 3 et d'omme ne suis hoir, 
Bien recueullv, débouté de chascun. 

De riens n'ay soing, si mectz toute ma paine 

D'acquérir biens et n'y suis prétendent ; 

Qui miculx me dit, c'est cil qui plus m'attaine4. 

Et qui plus vray, lors plus me va bourdent > ; 

Mon amy est, qui me fait entendent 

D'ung cigne blanc que c'est ung corbeau noir; 

Et qui me nuyst, croy qu'il m'ayde a povoir ; 

Bourde, verte, au jour d'uy m'est tout un ; 

Je retiens tout, rien ne sçay concepvoir. 

Bien recueully, débouté de chascun. 

Prince clément <^, or vous plaise sçavoir 
Que j'entens moult et n'ay sens ne sçavoir : 
Parcial suis, a toutes loys commun 7, 
Que sais je plus ? Quoy ? Les gaiges ravoir. 
Bien recueully, débouté de chascun. 

Les termes de l'envoi sont ici fort remarquables et permet- 
tent d'affirmer que cette ballade date du second séjour de Villon 
à Blois: car ce qu'il attendait du clément prince, c'est « ravoir » 
les gages qu'il avait obtenus une première fois. 

Est-ce le seul morceau qu'il ait composé à la cour de Charles 
d'Orléans ? Il semble bien qu'il faille restituer encore à Villon 
une ballade, qui suit celle des propositions contradictoires dans 
le manuscrit personnel du duc^ Cette petite pièce macaro- 
nique, bien rimée et spirituelle, nous montrerait François 

1 . Couché sur le dos. 

2. Sous-entendre par exemple un denier. 

3. J'attends un héritage. 

4. Celui qui me dit les meilleures paroles est celui-là qui me tourmente le plus. 

5. Celui qui me dit la vérité est celui-là qui se moque le plus de moi. 

6. Charles d'Orléans. 

7. Je suis en dehors de toutes les règles et cependant soumis à toutes les lois. 

H. C'est ce que M. W. lîyvanck a induit très ingénieusement (Pierre Champion, 
Vie de Charles d'Orlèatis, p. 639). 

KR.^NÇOIS VILLON. — H. 7 



98 FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 

Villon connaissant aussi les amis du duc, au courant des plai- 
santeries spéciales à leur cercle littéraire ; et François aurait 
feuilleté l'album même des poésies du « doulx seigneur » 
qu'il nomme plaisamment « ce saint livre ». Car la ballade 
c( Parfont conseil eximium », dirigée contre ceux qui abusent 
des plaisirs du mariage, n'a de sens que si on la rapproche des 
rondeaux où Fradet et le duc d'Orléans traitèrent cette ques- 
tion. Or il faut avouer que les plaisanteries sur « l'écusson 
de Vénus » et l'équivoque « bourdon » sont bien dans l'esprit 
de Villon '. 

On ne sait pas non plus exactement à quel moment placer 
le voyage que François Villon fit à Moulins. Mais il est certain 
que dans la requête qu'il adressa au duc de Bourbon, Villon 
fait allusion à la Beauce qu'il avait traversée antérieurement. 
Or ces campagnes plates, que hantèrent longtemps les gens 
d'armes pillards, comme le font aujourd'hui les corbeaux, ne 
sont que des labours sans fin. A travers ces plaines lisses de la 
grande Beauce, l'œil glisse jusqu'à l'horizon sans rien rencon- 
trer d'autre que la ligne du ciel qui semble encore agrandi. 
Les nuées s'y forment et s'y déforment du matin au soir, ces 
nuées auxquelles Jeanne imaginait plaisamment les Anglais 
accrochés ^ ; et leur ombre chemine doucement sur cette terre 
séculaire du grain. De loin en loin quelques villages craintifs, 
groupés autour de clochers carrés en façon de petites forte- 
resses ; des moulins à vent tournant furieusement quand 
l'aigre bise balaie l'étendue ; des meules à chapeau pointu. 



î. M. Jean-Marc Bernard, (Fr(7»ai/5 Villon à la cour de Blots, diin^ la Keviw d'his- 
toire littéraire de la France, 1908, p. 497-500), s'est demandé si l'on ne devait pas 
restituer à Villon une autre ballade sur le thème de la « Fontaine tarie n (éd. 
J. M. Guichard, p. 129-130). Gardons-nous de trouver des éléments de biographie 
dans une pièce faite de contradictions. Elle est l'œuvre d'un clerc : mais « l'une 
et l'autre bande >! ne désigne pas nécessairement les Coquillards : bande se disait de 
toute société. Quant à l'allusion au délai de payer l'amende, elle prouverait plutôt que 
Villon ne peut être l'auteur de cette ballade. C'est en 1462 seulement qu'il signa la 
promesse de rendre les écus volés au collège de Navarre. 

2. Procès, éd. J. Quicherat, III, p. 98. 



LA VIE ERRANTE 99 

Mais bien que les gens d'alors tinssent cette morne région pour 
un « bon pays », seulement trop foulé par la guerre \ Villon 
qui l'avait parcourue savait bien qu'autour de Patay, ce qu'on 
n'aurait su trouver, c'était une forêt, l'une de ces forêts de 
chênes dont les gens de son temps estimaient fort et le bois 
et le gland, ou bien des châtaigniers % si communs en Bour- 
bonnais et en Limousin où ils fournissent partie de la nourri- 
ture du peuple. 

Combien il en vit de petites villes serrées dans la ceinture de 
leurs murailles, à toits de tuiles rouges et à clochers d'ardoise ; 
de châteaux à tours rondes ou carrées portant sur leurs épis 
coqs, écus fleurdelisés, armes et oriflammes, avec poternes, 
hourdages et lices palissadées ; de fermes fortifiées qui sont 
les seigneuries des parvenus ; d'abbayes guerrières et de prieurés 
belliqueux ' ! Mais le pauvre poète cheminait alors sans croix 
ni pile ; et il était bien malheureux dans ce pays plaisant coupé 
d'étangs et de bois ^. Il contemplait avec mélancolie les calvaires 
qui jalonnaient sa longue route : O vos omnes qui transitis pcr 
viam attendite et videte si est dolor sicut dolor meus ! Il éprouvait 
une semblable douleur à marcher sans argent : à toutes les 
croix du Christ, il aurait préféré de contempler quelques écus 
marqués de la croix des monnayeurs. Aussi vit-il avec bonheur 
apparaître la bonne ville de Moulins, 

C'était une jolie petite cité, groupée autour du château des 
ducs de Bourbon, et dévalant jusqu'aux grèves de l'Allier. Les 
serviteurs des ducs y avaient élevé de nombreuses maisons de 
pierre avec des girouettes armoriées, comme de petits sei- 
gneurs \ 

Certes la joie de Villon fut grande, d'autant que le duc de 



î. Gilles le Bouvier, Le Livre de la description des pays, éd. E. T. Hamy, p. 50. 

2. Poésies div., IX, v. 17-18. 

3. Bibl. Nat., fr. 22297 (Arm. XIII. Registre d'armes de Guillaume Revel pour le 
roi Charles VII). 

4. J. Quicherat, Les vers de maître Henri Bande, p. 69. 

5. Pierre Champion, Vie de Charles d'Orléans, p. 622. 



100 FRANÇOIS VILLON. SA VIE ET SON TEMPS 

Bourbon, qui avait pour devise Espérance ', se montra géné- 
reux * : 

Combien qu'au plus fort de mes maulx, 

En cheminant sans croix ne pille, 

Dieu, qui les pèlerins d'Esmaus 

Conforta, ce dit l'Evangile', 

Me monstra une bonne ville 

Et pourveut du don d'Espérance ; 

Combien que le pécheur soit ville, 

Riens ne hayt que persévérance. 

Le duc de Bourbon était, depuis l'année 1436, Jean II, qui 
n'avait guère que trois ans de plus que François Villon \ Jeune 
homme, il fut bien souvent l'hôte de Charles d'Orléans, qui 
aimait à le plaisanter : il nourissait pour lui une vive affection 
et les maisons de Bourbon et d'Orléans avaient des intérêts 
communs que de communs malheurs créèrent'. Ce jeune 
prince, on le nommait Clermondois ; et Charles le disait le 
« droit héritier » de Bourbon et de la goutte paternelle ; or 
ce bon jeune homme était aussi affligé d'un « estomac de 
papier ». Clermondois composait des rondeaux langoureux et 
parfois il faisait le moraliste, ce dont s'amusait le vieux Charles 
d'Orléans : mais cela n'avait pas empêché le jeune homme de 
se conduire comme un héros à Formigny, où il avait provoqué 
la déroute des Anglais, ainsi qu'à Castillon. 

A la mort de Charles de Bourbon, son père (4 décembre 1456), 
Jean avait quitté la Guyenne, où il était lieutenant-général du 

1. La Mure, Histoire des ducs de Bourbon, 1868, II, p. 253. « Apres que le susdit 
prince conte de Foix eut fait ses xij coursses, vint sur les rencs monsieur de Clcr- 
mont... le quart [cheval housse] de velours cramoisy à grandes lectres grecques de 
fil d'or en escriteaulx de sa devise, c'est à savoir : Espérance de Bourbon Et en fai- 
sant ses douze venues rompit viij lances contre Monsieur de Saint Pol et messire Pierre 
de Braizé ». Description des fêtes de Nancy, en 1444, dans V Histoire de Gaston IV, 
éd. H. Courteault, I, p. 16. 

2. T., h. 13. 

3. Luc, ch. 24. 

4. Pierre Champion, Vie de Oiarles d'Orléans, p. 617-624. 

5. En 1412 Charles d'Orléans avait prêté au duc de Bourbon 12.000 écus ; l'année 
suivante 200 livres. On plaidait encore au sujet de ces créances le 28 avril 1477 
(Arch. Nat., X^^SiS, fol. 182). 



LA VIE ERRANTE 10 1 

roi, et vint visiter ses états. En 1457, une nouvelle tentative 
des Anglais en Guyenne le rappelait dans son gouvernement : 
mais, l'année suivante, il sera de retour à nouveau dans son 
Bourbonnais. 

Bourbon resta le rimeur qu'avait été Clermondois. Il se don- 
nait toujours pour inconsolable. Charles d'Orléans le réconfor- 
tait, et tous deux plaisantaient suivant les formes de l'hommage 
féodal ; enfin Jean de Bourbon, comme Charles d'Orléans, 
aimait les beaux livres et les rhétoriqueurs. Ainsi Moulins était 
devenu, comme Blois, un autre « séjour d'honneur » dont les 
lettrés apprirent le chemin. On y rencontrait Jean Robertet, 
secrétaire du duc de Bourbon, et son bailli d'Usson, qui avait 
plus de bonne volonté que de talent; Guillaume Cadier, clerc 
des comptes, qui devint gentilhomme ; Fraigne, un Bourbon- 
nais de mince noblesse, qui versifiait avec charme. On trouvait 
donc autour du duc de Bourbon une petite cour littéraire, un 
cercle où un homme comme maître François pouvait parler. 

D'ailleurs, en Bourbonnais, François Villon était en quelque 
sorte dans son pays, celui du moins d'où les Montcorbier 
avaient tiré leur origine. Dans la charmante requête qu'il 
adressa au duc Jean de Bourbon, il ne manqua pas de lui 
rappeler qu'il était « son seigneur ». Déjà le duc lui avait prêté 
six écus ; qu'il fasse encore un elîort en faveur du pauvre, prêt 
à s'obliger pour cette nouvelle dette devant toutes les juridic- 
tions que l'on voudra : le généreux duc n'y perdra seulement 
que « l'attente », suivant la formule même que les grands 
seigneurs employaient bien souvent quand ils délayaient de 
payer leurs serviteurs '. Mais il était impossible de se montrer 
plus fin, plus spirituel, plus courtois, que le fut Villon en 
cette circonstance envers un prince du lys ^ : 

1. Cf. à l'appendice la notice sur Andry Couraiid. — « L'argent scj-a seur et bon ; 
et n'y aura, Dieu aydant, que la pascience de l'attente » lit-on dans une lettre de 
Mathieu Beauvarlct à Jean Bourré (Bibl. nat., fr. 6602, p. 126). 

2. La fortune de cette ballade fut considérable, bien que nous ne la possédions 
plus que par la source I (dont P et R paraissent dérivées), et par un ms. poétique 
lyant appartenu au Cardinal de Rohan dont les variantes n'ont pas été relevées 



102 FRANÇOIS VILLON. SA VIE ET SON TEMPS 

Le mien seigneur et prince rcdoubté, 
Fleuron de lys, royalle geniture ', 
Françoys Villon, que Travail a dompté 
A coups orbes ^, par force de baturc, 
Vous supplie par cestc humble escripture 
Qiie lui faciez quelque gracieux prest. 
De s'obliger en toutes cours est prest, 
Si ne doubtez 3 que bien ne vous contente : 
Sans y avoir 4 dommaige n'interest, 
Vous n'y perdrez seulement que l'attente. 

A prince n'a ung denier emprunté. 
Fors a vous seul, vostre humble créature. 
De six escus que luy avez preste, 
Cela pieça il meist en nourriture. 
Tout se paiera ensemble, c'est droiture, 
Mais ce sera legierement > et prest ; 
Car, si du glan rencontre en la forest ^ 
D'entour Patay, et chastaignes ont vente 7, 

(Bibl. Nat., Rés. Ye 169, notice à la suite du Jardin de Plaisance.') Cf. l'épître de Crétin 
à François Jer (Œ;w;«, Paris, 1527, fol. 134V0): 

J.idis Villon gagna le jeu pour bon — En recevant par un duc de Bourbon — Certains 
escutz soubz asseurée entente — Ne debvoir riens perdre fors attente — Se la forest de Pas- 
tay rencontroit — Ht gland l'année en vente bonne entroit... — A ce propos si ce gentil 
Villon, etc. 
et la charmante imitation de Marot, épître 29e à un sien ami : 

Puis que le roi a désir de me faire 

A ce besoin quelque gracieux prest 

J'en suis content, car j'en ai bien affaire. 

Et de signer ne fuz oncques si prest. 

Pourquoi vous pri, scavoir de combien c'est 

Qu'il veut sedule, affin qu'il se contente : 

Je la feray tant seure (si Dieu plaist) 

Q.u'il ne perdra que l'argent et l'attente ! 

1. La maison de Bourbon tirait son origine de Robert, sixième fils de saint Louis; 
trois fleurs de lys figurent dans l'écu de Bourbon. 

2. Contusions, par opposition aux coups formant des « navrures », des plaies. 
Cette formule est de style et se rencontre fréquemment dans les lettres de rémission, 
entre autres. 

3. Se dotibte ave:;;^ (Variante du ms. du cardinal de Rohan). 

4. Ne d'y avoir. — 5. Vite. — 6. Car si de glan rencontre la forest. 

7, « Entour Patay n'y a aucune forest et n'y vend on chastaigne ». Glose de 
Marot. — Une plaisanterie analogue se trouve dans le legs à Jacques Cardon du 
gland d'une saussaie. Il y a lieu aussi d'en rapprocher l'expression « attendre le 
gland qui tombe » que l'on voit dans Eutrapel (Contes, 1585, p. 93) : « Eutrapel donc 
alla à la cour, où il vit bien du rosti et du bouilli : il y en avoit une douzaine de 
contens et bien à leur aise, le reste attendant le gland qui tombe ». 



LA VIE ERRANTE I03 

Paie serez sans delay ny arrest : 

Vous n'y perdrez seulement que l'attente. 

Se je peusse ' vendre de ma santé 
A ung Lombart, usurier par nature, 
Faulte d'argent ^ m'a si fort enchanté 3 
Qu'en prendroie, ce cuide, l'adventure 4. 
Argent ne pens a gippon n'a sainture 5 ; 
Beau sire Dieux ! je m'esbaïs que c'est, 
Car ^ devant moy croix ne se comparoist, 
Si non de bois ou pierre, que ne mente ' ; 
Mais s'une fois la vraye m'apparoist **, 
Vous n'y perdrez seulement que l'attente. 

Prince du lys, qui a tout bien complaist, 
Que cuidez vous 9 comment il me desplaist, 
Quant je ne puis venir a mon entente ? 
Bien entendez '° ; aidez moy, s'il vous plaist : 
Vous n'y perdrez seulement que l'attente. 

SUSCRIPTIOX DE L.\DICTE REQUESTE " 

Allez, lettres, faictes ung sault ; 
Combien que n'ayez pié ne langue i^, 
Remonstrez en vostre harangue 
Que faulte d'argent si m'assault. 

1 . Se je povoie. 

2. Faulte d'argent ! C'est là une plaisanterie ancienne qu'on trouve en germe chez 
Eustache Deschamps (V, 93) et qui fit fortune après Villon (Cf. une note de Marcel 
Schwob, Parnasse satyrique, p. 302-306). 

3. Rendu fou. — 4. Que feu prendroy, se croy bien, V aventure. 

5. On portait en effet son argent dans une aumônière suspendue à la ceinture. Les 
avares sont représentés en ce lemps-là, comme l'a indiqué Villon^ les mains sur leur 
ceinture. 

6. Je corrige que suivant la version inédite. 

7. Equivoque sur la croix frappée sur les monnaies et les croix si nombreuses que 
l'on voyait jadis sur les routes. 

8. Il n'est guère utile d'aller chercher là un trait d'esprit fort. C'est une allusion à 
l'apparition de la croix blanche à Bayonne en 1451, événement connu de tous, 
(Chartier, II, p. 320) et en particulier du duc de Bourbon qui avait fait cette cam- 
pagne. Ce miracle a été l'objet d'une épître latine d'Antonio d'Asti adressée à 
Charles VII (Bibl. de Grenoble, ms. 873). — Il est déjà question de la sainte croix 
(nous disons sainte galette) dans Eustache Deschamps, IX, p. 153. 

9. Que pansés vous. — 10. Bien m'entendes. — 11. Au dos de la lectre. 
12. Quoy que n'ayez ne pié ne langue. 



104 FRANÇOIS VILLON, SA Vlli ET SON TEMPS 

Sur l(j chemin qui l'amena vraisemblablement de Blois à 

Moulins, Villon a pu passer par Saint-Satur que dominait San- 

cerre, où il y avait sans doute un monument phallique qu'il 

remarqua' : 

Si m'en ilesnictz aux hoirs Michault ^, 
Qui fut nomme le Bon Fouterrc ; 
Priez pour luy, faictes ung sault : 
A Saint Satur gist, soubz Sanccrre 

Quant à la plus lointaine étape de son long voyage, ce fut 
Roussillon (Isère, arr. de Vienne), une enclave que possédait 
précisément la maison de Bourbon \ Parcourut-il le bassin 
tourmenté de la Loire, ou suivit-il le chemin plus fréquenté 
qui longeait la Saône, puis le cours du Rhône ? Impossible de 
le savoir. Il est certain du moins que le paysage qu'il eut 
alors sous les yeux devait surprendre assez un Parisien qui 
avait erré à travers l'Orléanais ou la Sologne. Il dut regarder 
avec quelque étonncment, sous cette lumière heureuse, qui 
est déjà celle de la Provence, les clochers carrés, les terres 
grises et blondes coupées de cultures et de vignes, le fleuve 
immense et rapide ouvrant son chemin vitreux à travers ces 
larges falaises que dominent les hautes et sombres montagnes 
du Vivarais. Mais nous savons surtout que François Villon 

1. Il y avait dans tous les cas des ruines romaines à Saint-Satur (Buhot de Kersers, 
Histoire et statistique nioiiuvientale du cUporteinent du Cher, Bourges, 1893, 27e iasc, 
p. 42 et suiv.). Là s'élevait l'antique Castrum Gordonis,où l'on apporta des reliques de 
saint Satire à la fin du vii^ siècle. On a retrouvé, tout près, des ruines, des mosaïques, 
des statuettes, à la Folie et à Saint-Thibaud. Villon a-f-il cru voir là le tombeau du 
Fouteor légendaire ? 11 y avait de ces cultes étranges, en Bourbonnais : S' Foutin au 
Veurdre (Cf. S* Foutard, dans Eustache Deschamps, IV, p. 280), S' Greluchon à 
Bourbon-l'Archambault (Cf. A. Dulaure, Histoire abrégée des divinités génératrices, 
2= éd. Paris, 1825, II, p. 270; E. Le 'Brun, Le Veurdre, 191 3, p. 24). Mais il y a lieu 
de remarquer aussi que le type du Fouteor était classique dans la littérature populaire 
(Recueil général de fabliaux, I, p. 304 et suiv.); que le « saut Michelet » désignait 
l'acte du bon « fouteor ». 

2. Il y avait une équivoque fréquente au xv^ siècle sur le saut Michel ou Michelet 
(Montaiglon, Ane. poésies françaises, III, p. 239, 242). 

3. Dans son testament, de décembre 1456, Charles duc de Bourbon avait laissé cette 
terre à son bâtard Louis (Arch. Nat., P. 1370', cote 1870). M. Jean-Marc Bernard a 
bien voulu m'écrire qu'il a fait « de vaines recherches dans les archives du château ». 



LA VIE ERRANTE I05 

laissa à de nombreux buissons et à beaucoup d'épines les 
morceaux de son pauvre habit; que ce pays, accidenté, présen- 
tait quelque chose d'hostile à un contemporain berrichon qui 
tenait ses habitants pour de « rudes gens, vestus de gros 
bureaulx, comme sont gens de toutes montaignes ' » : 

Tant que, d'icy a Roussillon, 
Brosse n'y a a ne brossillon 
Qui n'eust, ce dit il sans mentir, 
Ung lambeau de son cotillon. 
Quant de ce monde voult partir. 

Il est ainsi, et tellement, 

Quant mourut n'avoit qu'ung haillon ^... 

Nous ignorons pour quelle cause François Villon était dans 
les prisons d'Orléans, au cours de l'été de 1460. Mais on se 
rappelle qu'il y eut des voleurs en ce temps dans l'Orléanais : 
Colin de Cayeux, qui fut pendu au mois de septembre, avait 
opéré cà Montpipeau ; on y avait vu aussi rôder des bandes de 
« caymands. » Car ces vendeurs de chaînes dorées, ces pèlerins 
d'amour qui « baillent leurs coquilles », ces « coquins », ces 
« caymands », assimilés aux beaux yeux qui ravissent le cœur 
dans les poésies de Charles d'Orléans, semblent bien des figures 
inspirées par la réalité'. Tout ce que nous pouvons savoir, 
c'est que l'affaire de Villon était fort grave et qu'elle devait 
déterminer une sentence de morf*. 

Or il arriva que le 17 juillet 1460, le duc Charles, la duchesse 
et Mademoiselle Marie, leur fille, se rendirent à Orléans. La 
petite princesse avait trois ans et faisait sa première et joyeuse 
entrée en la ville. Cette « belle fille », alors la seule héritière du 
duc, attendue depuis si longtemps, on la fêta comme une jeune 

1 . Gilles le Bouvier, Le livre de la description des pays, O. E. T. Hamy, p. 39. 

2. T., 2007-2013. 

3. Pierre Champion, Fie de Charles d'Orléans, p. 651 ; l'appendice à L. Sainéan, 
op. cit., I, p. 348. 

4. Princesse, ce loz je vous porte — Que sans vous je ne feusse rien — Cy, devant Dieu» 
fais congnoissance — Que créature fusse morte... 



I06 FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 

reine. La cité lui faisait présenter i.ooo livres, afin que Mon- 
seigneur son père eût la ville d'Orléans pour recommandée, et 
sa gouvernante recevait lo écus pour qu'elle fût « plus encline 
à la servir ». On lui réserva une belle réception : les habitants 
allèrent au-devant de leur bon duc lui tirer la révérence ; les 
petits enfants crièrent : Noël ! et se partagèrent pour cela des 
poires; et les hauts ménestrels cornèrent à l'arrivée de ce 
brillant cortège. Le soir, au Châtelet, qui était la résidence 
ducale, un bal fut donné dans la cour jonchée de fleurs, et les 
dames orléanaises dansèrent avec Mademoiselle au son du 
tambourin '. 

Quelqu'un qui eut lieu de se réjouir de cette venue, ce fut 
François Villon, tiré miraculeusement de la prison et de la 
mort. S'il était enfermé, comme c'est vraisemblable, dans la 
prison municipale qui se trouvait au Marché à la Poulaille, 
derrière le Châtelet, entre Saint-Hilaire et Saint-Augustin, il 
n'eut qu'un saut à faire pour saluer sa bienfaitrice et participer 
à l'allégresse générale. 

Avec quelle joie il fit l'éloge de l'enfant, dans cette pièce 
ambiguë et prétentieuse ^ à laquelle il donna pour épigraphe 
le vers de la IV'^ églogue où Virgile annonçait au monde le 
retour de l'âge d'or : 

Jam nova progcnies cclo demittitur alto 5 



1. Pierre Champion, Vie de Charles d'Orléans, p. 552-554, 638-640. 

2. Poés. div., VIII. — Le titre de Dit lui a été imposé par son premier éditeur, 
l'abbé Prompsault, qui avait identifié la petite Marie avec la fille d'Isabelle de Bourbon 
et de Charles le Téméraire, née le 13 février 1457 (.^^ -^'"^ ^^ ^^ naissance Marie de 
Bourgogne, poënie inédit de maistre François Villon, extrait de ses œuvres... Paris, 1832). 
On a fiiit justice de cette opinion, depuis longtemps, et M. A. Longnon a introduit 
avec raison ce morceau parmi les œuvres authentiques du poète (éd. de 191 1). Les 
lapsus, et l'insertion saugrenue de la double ballade, prouvent que la transcription de 
cette pièce dans le ms. fr. 25458 n'est pas un autographe de Villon, comme on l'a dit. 
Mais il se peut qu'un secrétaire inattentif ait copié ses propres manuscrits en les 
brouillant (Cf. la graphie seufâvec le vers 729 du T., la manière de noter le participe 
présent : ent, lian pour lien, comme dans la rime du h. 136 du T., et quelques autres 
graphies.) 

3. Ed., IV, v. 7. 



LA VIE ERRANTE IO7 

Villon disait la petite Marie envoyée des cieux, le digne 
rejeton du noble lys, le don de Jésus au monde, la fontaine de 
pitié et de grâce, la paix des riches et le soutien des pauvres, 
conçue comme Marie « hors le péché originel ». A ce propos, 
M^ François n'oubliait pas de célébrer le bon Charles d'Orléans : 

Du doulx seigneur première et seule 
Fille, de son cler sang extraicte, 
Du dextre costé Clovis traicte. 

Et il la déclarait encore : 

Es nobles flans César conceue. 

Certes François Villon ne se faisait faute d'avouer haute- 
ment les raisons de son bonheur, à celle-là qui était venue au 

monde 

Pour les discordez ralier, 
Et aux enclos donner yssue, 
Leurs lians et fers délier. 

Il se montrait ingénieux dans sa flatterie. Les princes ont 
coutume de se souhaiter un hoir mâle. Tel avait pu être, pen- 
dant bien longtemps, le vœu du duc d'Orléans vieillissant : telle 
n'était pas, en cette circonstance, la pensée de Villon : 

Aucunes gens, qui bien peu sentent ', 
Nourris en simplesse et confis. 
Contre le vouloir Dieu attentent, 
Par ignorance desconfis, 
Desirans que faussiez ung fils ; 
Mais qu'ainsi soit, ainsi m'aist Dieu, 
Je croy que ce soit grans proufis. 
Raison : Dieu fiiit tout pour le mieulx. 

Du Psalmiste je prens les dis : 
Delcctasti me, Domine, 
In factura tua *, si dis : 
Noble enfant, de bonne heure né, 

1. Vir insipiens non cognoscet et stultus non inielliget hiec (Ps. 91, 7). 

2. Ps. 91. Bontim est confier i Domino : et psallere nomini tuo, Altissinie. Ad annun- 
t'uindum mane inisericordiam et veritatem tuam per noctem. In decachordo, psalterio, 
cum cantico in cithara. Quia ddectasti me, Domine, in factura tua : et in operibus via- 
ttuuni tuarum exsultabo. 



I08 FRANÇOIS VILLON, SA VIE HT SON TEMPS 

A toute doulceur destiné, 
Manne du Ciel, céleste don, 
De tous bienfais le guerdonné, 
Et de noz maulx le vray pardon ! 

D'un ton plus vif et plus joyeux que cet honnête fatras est 
la double ballade où se reconnaît le cri du poète. Non, malgré 
le dit de Caton ' qui nous enseigne à tenir pour ennemi celui 
qui fait notre éloge devant nous : 

lui mie II m putes, y a, 
Qui le preseiiteiii laiidabit, 

il ne peut plus se contenir ! Villon publiera l'éloge de la prin- 
cesse Marie, comme le Précurseur clama dans le désert la venue 
de l'Agneau divin : 

Envoiee de Jhesuschrist, 

Rappeliez ça jus par deçà 

Les povres que Rigueur proscript 

Et que Fortune betourna. 

Si sçay bien comment il m'en va : 

De Dieu, de vous, vie je tien. 

Benoist celle qui vous porta ! 

On doit dire du bien le bien. 

Cy, devant Dfeu, fais congnoissance 

Que créature feusse morte. 

Ne feust vostre doulce naissance, 

En charité puissant et forte. 

Qui ressuscite et reconforte 

Ce que Mort avoit prins pour sien. 

Vostre présence me conforte : 

On doit dire du bien le bien. 

Cy vous rans toute obeyssance. 
Ad ce faire raison m'exorte. 
De toute ma povre puissance ; 
Plus n'est deul qui me desconforte, 
N'aultre ennuy de quelconque sorte. 
Vostre je suis et non plus mien ; 
Ad ce, droit et devoir m'enhorte : 
On doit dire du bien le bien... 

I. Cato, Disticha de moribus. 



LA VIH ERRANTE IO9 

Princesse, ce loz je vous porte, 
Que sans vous je ne feusse rien. 

Et Villon semble alors avoir ajouté une manière de post- 
scriptum intéressé à l'éloge de la petite princesse. Voulant être 
aimable envers tous, François n'oubliait pas sa mère, la bonne 
et douce Marie de Clèves, qui était sensible à la poésie : 
De saige mère saige enfant. 

Mais, comme le pauvre homme faisait des efforts pour être 
gracieux et savant ! Car c'est vraiment une idée singulière de 
célébrer le « port assuré » d'une si petite fille, même quand 
elle est l'unique héritière d'un duché, danse à la fête avec les 
dames orléanaises et sera bientôt fiancée. La nommer sage Cas- 
sandre, belle Echo, digne Judith, chaste Lucrèce et noble Didon, 
n'est-ce pas étrange ? Il faut dire que M^ François avait un 
bien grand désir de devenir son domestique, de recouvrer les 
« gaiges » qu'il avait eus jadis dans la maison d'Orléans. Il 
n'est peut-être pas mauvais, pour cela, de montrer qu'on a de 
l'érudition et des lettres : enfin c'était la mode ! 

En priant Dieu, digne pucelle, 
Que vous doint longue et bonne vie ; 
Qui vous ayme, ma damoiselie, 
Ja ne coure sur luy envie. 
Entière dame et assouvie, 
J'espoir de vous servir ainçoys, 
Certes, se Dieu plaist, que dévie. 
Vostre povre escolier : Françoys ' 

I . A lire et à relire cette mauvaise poésie, comme je l'ai fait tant de fois, on se 
demande toujours avec anxiété si Villon a entendu célébrer la « douce naissance » de 
la petite Marie (19 décembre 1459), plutôt que sa joyeuse entrée à Orléans, comme l'a 
induit récemment Auguste Longnou. Evidemment Villon était assez poète pour dire 
en vers qu'il chantait l'entrée de Marie au lieu de louer sa naissance ; et les compa- 
raisons mythologiques dont il use paraissent presque aussi déplacées, qu'il s'agisse 
d'une enfant de quelques jours ou d'une petite fille de trois ans. N'empêche que dans 
l'éloge de la naissance de Marie, le vers 112 : Enfance en riens ne vons deniaine, est 
fort étrange, ainsi que le vœu d'entrer à son service. Ce qui me paraît le seul élément 
certain pour résoudre cette question, c'est que la délivrance de prisonniers avait 
toujours lieu à la suite des joyeuses entrées. Et l'on peut croire que l'idée d'une 
naissance, miraculeuse en quelque sorte, demeurait toujours associée à la petite 
personne de Marie, venue au monde après dix-huit ans de mariage. La double ballade 
est-elle antérieure au Dit ? 



IIO FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 

Mais il paraît bien que tant de louanges, tant de bonne vo- 
lonté se manifestèrent en vain. Le séjour de François Villon à 
Blois fut de peu de durée : c'est encore dans une geôle que 
Villon devait passer l'été suivant, â Meung-sur-Loire ! 

QjLiel nouveau délit le fit enfermer dans la dure prison épis- 
copale de Meung, cette « mauvaise et dure prison » où jadis 
Nicolas d'Orgemont avait si rapidement succombé' ? Nous 
l'ignorons encore. L'origine de la tradition d'après laquelle son 
arrestation fut motivée par le vol d'un calice à l'église de 
Baccon, n'a jamais été éclaircie' ; il se pourrait qu'elle fût sim- 
plement une conséquence du vol commis à Montpipeau par 
Colin de Cayeux, dont Villon aurait été l'associé : car Mont- 
pipeau, à trois lieues d'Orléans, dépendait en partie de Meung, 
où les évoques avaient justice et seigneurie '. 

Dans la solitude où jadis saint Liphard, juge et comte d'Or- 
léans, né de parents illustres, avait cultivé les marécages et 
mené sainte vie, une petite ville s'était formée, ceinte de 
murailles, autour d'une grande église, d'un pont de pierre et du 
château. Sur les hauteurs dominant les prairies, les îles et 
l'immense Loire, les évoques habitaient une grande demeure ; 
comme seigneurs féodaux, ils jouissaient de bons revenus 
sur les moulins banaux des Mauves, les pâturages, les herbages 

1. Juvénal des Ursins, p. 532. 

2. Prospcr Marchand, Dictionnaire ht s torique, La Haye, 1758, aâ. v. Villon, suppose 
que le crime dont Villon s'était rendu coupable était un vol de sacristie. « Et cela 
assez vraisemblablement, comme il me paroit, pour quelque vol d'église, de sacristie, 
ou quelque autre cas ecclésiastique, ou pour avoir dérobé les ferreviens de la messe et de 
les avoir musses soiihs la manche de la paroesce, ainsi que s'exprime plaisamment le sati- 
rique Rabelais (1. IV, ch. xvi). Plus heureux que sage, il fut délivré de cette nouvelle 
prison au bout d'environ trois mois, l'an 1461 (G. T., h. XI, Pasquier et autres) ». — 
L'abbé Patron, d'après un renseignement i\ lui fourni en 1859 P^"^ l'abbé Léveillé, a 
précisé ceci : « Le poète Villon, pour avoir volé l'église de Baccon, fut mis en prison 
à Meung... » (Recherches historiques sur l'Orléanais, 1871, I, p. 482. Cf. A. Longnon, 
Etude biographique, p. 87-88). Il y a lieu de remarquer que Baccon est bien sur l'ancien 
chemin de Paris à Blois. Mais l'abbé Patron était, à ce qu'il paraît, d'une religion facile 
à surprendre. 

3. Voir aux Arch. du Loiret, série G. 156, le mémoire sur cette terre (xviiie siècle). 
— Il y avait là un étang poissonneux, des vignes qui rapportaient le « meilleur vin du 

pays », de grosses fermes, de grands bois et des près. 



LA VIE ERRANTE ÎH 

des îles, les vignes qui étaient nombreuses, et des droits de 
pêche. Il semble bien que MUon fût enfermé dans un étage 
inférieur de la vieille tour en contre-bas, dite de Manassès', 
engagée dans le clocher carré de l'antique et spacieuse église 
dédiée au saint confesseur. Car le château de Févêque, can- 
tonné de grosses tours rondes entourées de douves, et qui se 
dresse un peu plus haut, ne paraît pas avoir servi de prison". 
Mais il est certain que Villon eut beaucoup à souffrir dans 
cette geôle, où les murs lui faisaient un « bandeau de pierre »; 
dans cette fosse, il s'estimait par trop à l'abri de l'orage et des 
éclairs. Il avait les dents bien longues : or l'évêque Thibaud 
d'Auxigny lui assignait, chichement, une petite miche de pain 
et un peu d'eau fraîche. Et pourtant, telle était sa force d'âme 
que, si près de la mort, Villon y trouvait encore les accents les 
plus forts, les traits les plus joyeux pour demander à ses amis, 
et aux nouveaux princes, des lettres de grâce qui le rendraient 
à la lumière' : 

Aiez pitié, aiez pitié de moy4, 
A tout le moins, si vous plaist, mes amis ! 
En fosse gis, non pas soubz houx ne may >, 
En cest exil ouquel je suis transmis 
Par Fortune, comme Dieu l'a permis. 
Filles, amans, jeunes gens et nouveaulx, 
Danceurs, saulteurs, faisans les piez de veaux ^, 
Vifz comme dars, agus comme aguillon, 

1. Dans un inventaire de 1790 il est question de « fermetures tant en hois qu'en 
fer des prisons » à l'article : Basse-court (Marcel Charrov, Etude historique sur le 
château de Meung-sur-Loire, Orléans, 1908, p. 115 et s.). Binet a mentionné au 
xvie siècle la « tour des prisons >> (Jbid.). 

2. On montre cependant une de ces tours comme étant la prison. Mais cette tra- 
dition paraît récente ; il semble que la pièce ait plutôt servi de cellier. 

3. Poésie div., X. 

4. Souvenir du Miserere met, Deus, miserere mei, chanté à l'office des morts (Ps. 56, 2). 

5. Je suis dans une basse-fosse et non pas couché sous l'épine fleurie ou le mai, 
comme les amants de toutes les pastorales, prés de leur bonne amie. Cf. la ballade du 
Franc Gontier, et la bergerie du nis. fr. 2264, fol. 48 : 

Par un matin au prez de la rousce — Ce moys de may en un lieu de plesance — Soubz 
un rousier je vi une ascmbléc — De pastoureaulx vestuz de toille blanche... 

6. C'éuùt une sorte de danse. Cf. Eutrapel, 1585, fol. 58 vo : « tandis que ce véné- 
rable bailleur de fèves à mycroist cabrioloit, faisoit le pied de veau et gambades » ; 



112 FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 

Gousiers tintans cler comme cascavcaux ', 
Le Icsserez la, le povrc Villon ? 

Chantres chantans a plaisance, sans loy, 
Galans, rians, plaisans en fais et dis, 
Courens, alans, francs de faulx or, d'aloy, 
Gens d'esperit, ung petit estourdis. 
Trop demourez, car il meurt entandis ^. 
Faiseurs de laiz, de motetz et rondeaux. 
Quant mort sera, vous lui ferez chaudeaux > ! 
Ou gist, il n'entre escler ne tourbillon : 
De murs espoix on lui a fait bandeaux. 
Le Icsserez la, le povre Villon ? 

Venez le veoir en ce piteux arroy. 
Nobles hommes, francs de quart et de dix 4, 
Qui ne tenez > d'empereur ne de roy, 
Mais seulement de Dieu de Paradis : 
Jeûner lui fault dimenches à mcrdis 6, 
Dont les dens a plus longues que ratteaux ; 
Après pain sec, non pas après gasteaux, 
En ses boyaulx verse eau a gros bouillon ; 
Bas en terre, table n'a ne tresteaulx. 
Le lesserez la, le povre Villon ? 



« dansant, cabriolant , et troussant le pied de veau élégamment tout autour » (ibid., 
fol. 179 v). Des poursuites avaient lieu, en 1483, contre Jean Jacot de Crency qui 
dans l'église, buvait à la bouteille durant les vêpres, « fiiisoit le pié de veau et dansoit » 
(Arch. de l'Aube, Officialité de Troyes, G. 4181). 

1. Gosiers qui sonnez clair conimes des clochettes (Prov., cascavel). 

2. Pendant ce temps-là. 

3. Vous lui présenterez ce bouillon chaud et réconfortant, comme celui que l'on 
porte aux époux le lendemain du mariage, ou aux accouchées (Cf. Taillevent). 

4. Vous qui êtes exempts de la dîme et du quartelage. Eusèbe de Laurière (Glos- 
saire du Droit) dit : « C'est un droit injuste, en vertu duquel les seigneurs voloient 
ou usurpoient la quatrième partie des blez ou des vins recueillis par leurs habitans ». 
Cf. Du Cange, ad. z'. : Quartagium. — Il va de soi que ces nobles hommes sont des 
gueux. 

5. Tenir des fiefs : c'est l'expression même du droit féodal. Cf. la ballade jargon- 
nesque ap. L. Sainéan, op. cit., p. 135. 

Vous qui tenez voz terres et voz fiêfs 

Du gentil roy, Davj^ot appelle (pince du crocheteur). 

6. Le ms. unique C donne la leçon : Diincnchcs et iiierdis, que j'ai corrigée. Il 
faut entendre tous les jours puisque, pour les personnes très religieuses et les ecclé- 
siastiques, la seconde partie de la semaine (depuis le mercredi) ne coniptait que des 
jours d'abstinence, et même de jeûne. 




H t 






O 

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Z 

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LA VIE ERRANTE 113 

Princes nommez, anciens, jouvenceaux, 
Impetrez moy grâces et royaulx seaux ', 
Et me montez en quelque corbillon ^. 
Ainsi se font, l'un a l'autre, pourceaux, 
Car, ou l'un brait, ils fuyent a monceaux'. 
Le lesserez la, le povre Villon ? 

Cet inflexible justicier qui tint Villon dans sa dure prison, 
c'était, on l'a dit, Thibaud d'Auxigny : le poète lui voua une 
haine atroce. 

Non, le prélat qui fait dans les rues le signe de la croix et bénit 
la foule, celui-là n'est pas son évêque : Villon n'est pas l'esclave, 
le serf de ce grand seigneur et propriétaire terrien"^; mais il 
n'est pas non plus sa biche, insinuant peut-être par là que 
Thibaud d'Auxigny avait de mauvaises mœurs, ou commet- 
tant un de ces jeux de mots qu'il aff'ectionnait. Il ne lui veut 
pas de mal : que Dieu le traite seulement comme l'évêque a 
traité Villon ! Et si François consent à faire pour lui une prière, 
il récitera le « verset escript le septiesme » du psaume Deiis 
laudem : Thibaud d'Auxigny, qui devait savoir sa Bible, y aura 
trouvé cette oraison : Fiant dies ejus pauci, et episcopatiim ejus 
accipiat alter > (que ses jours soient peu nombreux et qu'un 

1. Obtenez moi des lettres de grâce ou de rémission faites sous le sceau royal. 

2. Montez-moi dans la lumière à l'aide de quelque petite corbeille où je prendrai 
place. 

3. Ils accourent en bandes. 

4. Deschamps a signé une épître à Louis d'Orléans « Vostre serf Eustache » 
(Œuvres, VIH, p. 347). Voslre esdave ou serf ou que je soye, avait dit Charles d'Orléans 
à René d'Anjou (éd. M. J. Guichard, p. 260). 

5. Ps. 108, V. 8. M. A. Guérinot a publié la trouvaille « d'un ami lettré » déclarant 
que le verset 7 du Psaume est : Cuni judicotur exeat coideiiinatus et oratio ejus fat in 
peccatnm ; or celui que nous alléguons traditionnellement est le 8^ (Note sur une in- 
terprétiition erronée du Grant Testament dans la Rex'ue de Philologie, 1908). Villon s'est 
seulement trompé de numéro et a fait cette citation par cœur : car c'était là une 
plaisanterie courante parmi les clercs et les ecclésiastiques. Marot ne s')" est pas 
trompé. Cf. Bibl. Nat., fr. 10988, fol. 277 vo (Manuel de P. Amer, 1475-1479): 
Psaimo Deus laudem meam ne lacucris Fiant dies ejus pauci et episcopatum accipiat alter, 
MCCCC LXXVIIJ par les lettres du nombre dud. mètre...; « Ego non spero quod 
Papa erit tam stultus quod faciet. Si faciet, volumus per universum nostrum ordinem 
contra ipsum légère istum psalmum : Deus laudem » (Lyra Buntschuchmacherius 
ordinis pra;dicatorum Theol. Guillermo Hackineto etc., dans les Epislolxohscurorum 
viroruni, éd. 1557, fol. 8.) 

FRANÇOIS VILLON. — II. 8 



tî4 FRANÇOIS VILLON. SA VIE ET SON TEMPS 

autre recueille son évêché!) Plus loin encore, cet évoque 
Thibaud ', il le nommera Tacque Thibaud, du nom d'un favori 
du duc de Berry détesté du peuple, un valet faiseur de chausses, 
douteux personnage que le duc avait porté dans son cœur, 
mauvais garçon enrichi par lui de joyaux et de deux cent 
mille francs que les pauvres gens d'Auvergne et du Languedoc 
avaient payés en quatre tailles ^ : 

En l'an trcntiesmc de mon aage, 
Que toutes mes hontes j'eus beues, 
Ne du tout fol, ne du tout sage, 
Non obstant maintes peines eues, 
Lesquelles j'ay toutes receucs 
Soubz la main Thibault d'Aussigny... 
S'evesque il est, seignant 3 les rues, 
Qu'il soit le mien je le regny. 

Mon seigneur n'est ne mon evesque, 
Soubz luy ne tiens, s'il n'est en friche 4 ; 
Foy ne luy doy n'hommage avecque. 
Je ne suis son serf ne sa biche. 
Peu 5 m'a d'une petite miche 
Et de froide eau tout ung esté ; 
Large ou estroit ^, moult me fut chiche : 
Tel luy soit Dieu qu'il m'a esté ! 

Et s'aucun me vouloit reprendre 
Et dire que je le mauldis, 

1. Teobaldus epîscopus, etc., comme on lit dans ses actes. 

2. Froissart, éd. Kervyn de Lcttenhove, XIII, p. 313 ; XIV, p. 373. 

3. Bénissant. 

4. Je ne tiens sous lui (sous-entendu aucune terre), à moins qu'elle ne soit de 
nulle valeur : ce qui n'était pas le cas de la seigneurie de Thibaud, une des terres 
les plus riches de l'Orléanais. (Cf. l'inventaire du chartrier de l'évêché d'Orléans au 
mot : Meung. Arch. du Loiret, G. 6 ; Du Cange, cul. v., Frisctirtt, Fresdma, Fies- 
ceiiim : terre inculte propre seulement à paître les animaux). — Le sens d'évêque des 
champs faisant la bénédiction du pied (le mot se rencontre dans les Actes des Apostres, 
II, 43) est inacceptable. Evcqm en friche n'est pas évcqiie des champs ; il ne se rapporte 
pas à cvêquc. 

5. Il m'a nourri, repu. 

6. Généreux ou avare, et mieux, suivant une expression « le large contre l'cstroit » 
qui se rencontre dans les évaluations des comptes, dans son ensemble, conslaviment 
(Cf. Arch. Nat., KK. 408, p. 223). 



LA VIE ERRANTE US 

Non fais, se bien le scet comprendre ; 

En riens de luy je ne mesdis. 

Vecy tout le mal que j'en dis : 

S'il m'a esté misericors, 

Jhesus, le roy de Paradis, 

Tel luy soit a l'ame et au corps ! 

Et s'este m'a dur et cruel 

Trop plus que cy ne le raconte, 

Je vueil que le Dieu éternel 

Luy soit donc semblable ace compte... 

Et l'Eglise nous dit et compte 

Que prions pour noz ennemis ; 

Je vous diray : «. J'ay tort et honte, 

Qjaoi qu'il m'ait fait, a Dieu remis ! » 

Si prieray pour luy de bon cuer, 

Par l'ame du bon feu Cotart ! 

Mais quoy ? ce sera donc par cuer ', 

Car de lire je suis fetart^. 

Prière en feray de Picart 3 ; 

S'il ne la scet, voise 4 l'aprendre. 

S'il m'en croit, ains s qu'il soit plus tart, 

A Douai ou a l'Isle en Flandre ! 

Combien que s'il veult que l'on prie 
Pour luy, foy que doy mon baptesme ! 
Obstant qu'a chascun ne le crye, 
Je ne fauldrai pas a son esme (•. 



1 . Machinalement, sans y penser. Cf. Charles d'Orléans : 

Par cueur retiens ce que j'en ay appris 
Car pins ne scay lire ou livre de joye. 

et cet autre rondeau (éd. J. M. Guichard, p. 413) : 

Dedcns la maison de douleur — Où estoit très piteuse dance, — Soussy, Vieillesse et desplai- 
sance — Je vy dancer comme par cueur. 

2. Car je suis paresseux de lire. 

3. On nommait parfois Picards les hérétiques Vaudois qui rejetaient l'usage de la 
prière (Cf. Du Cange, ad. v. Picarda). Ces Picards parurent en Hongrie au 
xve siècle et furent exterminés par Jean Ziska, chef des Hussitcs (Note de P. Lacroix, 
Œuvres complètes de François Vtllon, 1854, p. 41-42). 

4. Qu'il aille. — 5. Avant. 

6. Je ne tromperai pas son espérance {Faillir à son esme est une vieille locution 
toute faite. Cf. Godefroy, ad. v. Esme). 



Il6 FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 

Ou Psaultier prcns, quant suis a mcsme, 
Qui n'est de beuf ne cordoen ', 
Le verselet escript septiesme 
Du psëaulmc Deiis laitdcin ! 

Thibaud d'Auxigny a-t-il été le mauvais homme que nous dit 
Villon ? Il est difficile de le savoir : mais il est certain que Thi- 
baud était un prélat noble % riche, avare, et d'une force de carac- 
tère peu commune. 

Ainsi nous le montre par exemple l'histoire de son élévation 
à l'évêché d'Orléans, où les chanoines l'avaient élu, en 1447, 
suivant les constitutions de la Pragmatique Sanction'. Or 
Charles VII avait un candidat à cette place, Pierre Bureau, 
jeune parent de Jean et de Gaspard, son maître des Requêtes 
et son grand maître de l'artillerie ; et Nicolas V n'avait pas 
tardé à expédier la bulle que le roi demandait pour son pro- 
tégé, nommé lui aussi évoque d'Orléans. Thibaud d'Auxigny 
montra en cette circonstance qu'il avait l'âme à la fois tenace 
et respectueuse d'un prêtre. Devant l'autorité du pape, du 
roi, et le crédit des Bureau, un autre se fût résigné ; fort de 
la légalité de son élection, Thibaud s'opposa à l'exécution des 
bulles pontificales, remit sa cause aux mains du Parlement, 
attendit l'issue du procès en conservant modestement le titre 
d'archidiacre de Sologne. Charles VII avait joint à la bulle du 
pape des lettres adressées aux procureurs de la ville, leur enjoi- 
gnant de reconnaître Pierre Bureau, tandis que le duc d'Orléans 

1. Les Psautiers, généralement assez volumineux, étaient le plus souvent couverts 
de cuir, et surtout de cuir de rouge (cordouan) (Cf. par exemple L. Delisle, 
Recherches sur la librairie de Charles V, II, nos j6 et suiv.). C'est donc une formule de 
style dont Villon se moque : un psautier habillé autrement n'existait pas, ou se ren- 
contrait rarement. 

2. On le dira, en 1472, « noble prélat et extrait de noble maison » (Arch. Nat., 
X'a 39, 21 août 1472). 11 était parent de Guy d'Auxigny, chevalier, seigneur de 
Trêves. 

3. Mlle A. de Foulques de Villaret, Election de Thibaut d'Aussigny au siège cpiscopal 
d'Orléans (1448-1450) dans les Mémoires de l'Orléanais, t. XIV, p. 65 et suiv. — Thi- 
baud était licencié en lois et chevecier de Jargeau en 1427 (Bibl. Nat., fr. ii99i,p. 180. 
Extrait du cartulaire de l'évêché d'Orléans) ; en 1428, il est dit archidiacre de Sologne 
(Bibl. Nat., P. orig. 150, Auxign^-). 



LA VIE ERRANTE IIJ 

protégeait plutôt Thibaud. Défense fut faite aux habitants de 
se réunir pour parler de cette affaire ; et le roi envoyait bientôt 
un commissaire en Parlement prendre possession de l'évêché 
en son nom. Rien ne fléchit Thibaud d'Auxigny dans sa lutte 
contre le soi-disant évêque. La sentence du Parlement fut, 
par déférence pour le roi et le pape, rendue au mois de sep- 
tembre 1450, au bout de trois ans de procédure. Bureau recevait 
la possession de l'évêché sous la forme temporaire d'un fidei- 
commis. Et seulement après 1452, quand Nicolas V eut tiré 
d'Orléans Bureau pour lui confier l'évêché de Béziers, Thibaud 
fut enfin appelé à occuper le siège où il avait été élu le 
8 novembre 1447. Il fit sa joyeuse entrée et reçut les présents 
d'usage : deux luz, quatre quarreaulx, douze grandes carpes, 
douze lamproies, douze anguilles. Cet homme rigide inaugura 
cependant son épiscopat en usant du privilège qui lui confé- 
rait le pouvoir de délivrer les criminels détenus dans les pri- 
sons d'Orléans. Car saint Aignan avait jadis, en prenant 
possession de son évêché, obtenu du gouverneur Agrippin 
licence de « donner issue » aux criminels : ce que le gouver- 
neur lui ayant contesté par la suite, Dieu permit qu'une grosse 
pierre lui tombât sur la tête du faîte d'une maison ; il fut porté 
chez lui tout sanglant et comme mort; mais saint Aignan ayant 
fait le signe de la croix sur sa plaie, il arrêta le sang et guérit 
miraculeusement le dur gouverneur qui s'empressa d'accorder 
aux prisonniers la liberté qu'il leur avait refusée \ 

Or, tout ce que nous savons de la vie de l'évêque l'hibaud 
ne dément pas ce début difficile. Il ne fut pas un grand évêque, 
mais un bon administrateur, entendant user de tous ses droits, 
et même de celui de clémence. Thibaud fut l'homme de la 
discipline. Une des premières mesures qu'il prit, un mois après 
son entrée à Orléans, fut rigoureuse à ces chanoines qui 
venaient précisément de l'élire : il interdit l'entrée du chœur de 
Sainte-Croix à ceux d'entre eux qui ne revêtaient pas les marques 

I. r/Vrf^5rtj«/^/^«a«, dans le Bréviaire d'Orléans. Cf. Arch. du Loiret G. 22. Geôle 
d'Orléans (17 février 1723). 



Il8 FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 

de leur dignité ; car ils les faisaient alors porter par leurs 
domestiques en s'excusant de les avoir oubliées'. Thibaud 
défendit encore aux prêtres de son diocèse de mettre des sou- 
liers pointus à la poulaine \ Il réglementait tout minutieu- 
sement, fixant, par exemple, avec exactitude la forme des vête- 
ments du clergé, la coiffure, la nourriture' ; et on le vit, dans 
la cathédrale, établir un buiïet d'orgue, restaurer la musique 
du chœur, donner des règlements pour la bibliothèque du 
chapitre, alors placée dans le cloître, et dont les livres les plus 
précieux étaient enchaînés'*. 

Pendant les vingt-cinq ans qu'il administra son diocèse, 
Thibaud d'Auxigny réforma les monastères, fonda des con- 
fréries ; il construisit l'église et ce couvent des Cordeliers de 
Meung où il choisit sa sépulture : car il était dévot à saint 
Françoise C'est lui qui accorda, le 4 mai 1452, cent jours de 
pardon à ceux qui assisteraient au service et à la procession en 
l'honneur de la levée du grand siège d'Orléans ; sous son pon- 
tificat aussi eut lieu l'enquête pour la révision du procès de 
Jeanne d'Arc ^. N'empêche que cet ancien licencié en lois était 
procédurier ^ et notoirement avare ^ Ses sujets le détestaient 



1. Lottin, Recherches sur la ville d'Orléans, I, p. 305. 

2. Ibid., p. 311. 

3. Ibid., p. 324. 

4. Ibid., p. 310, 324. — On lit la signature de Thibaud d'Auxigny sur un ms. 
de Sénèque que Jean Caillau donna à Ciiarles d'Orléans (Bibl. Nat., lat. 7796. Cf. 
Pierre Champion, La librairie de Charles d'Orléans, p. loi). 

5. Lottin, op. cit., I, p. 326. 

6. Procès de Jeanne d'Arc, éd. J. Quichcrat, V, p. 302. 

7. Bibl. Nat., fr. 5300 fol. 60 v" ; Arch. Nat., X'» 8305, fol. 63 vo, 1452 ; Arch. 
Nat., X'îi 39, 21 août 1472. — Pierre Couraud était son procureur au Parlement 
(Arch. Nat., X?» i, 22 février 1458, n. st.) 

8. Le ler septembre 1462 (Arch. Nat., Xs» 3), il est condamné à payer au chapitre de 
Saint-Liphard de Meung les arrérages de 40 1. p. de rente dûs depuis qu'il a joui paisi- 
blement de l'évêché d'Orléans. Lors d'un procès en 1466 (Arch. Nat., X'» 4809, fol. 
269 vo), on le dit très malade. Le roi lui aurait envoyé son chirurgien pour le soi- 
gner : car il ne pouvait, assure son avocat Simon, ester en justice. A quoi Popaincourt, 
avocat de la partie adverse, répliqua : « A ce qu'il n'a argent etc., dit qu'il n'est à 
croire, car il est evesque, et seul, et allègue sa turpitude, et ne demande delay sinon 
pour éviter cestui Parlement ». 



LA VIE ERRANTE 119 

et l'accuseront d'avoir voulu introduire les Bourguignons dans 
sa ville, bien qu'il fût fidèle au roi ' ; et de même, les chanoines 
de Sainte-Croix, mécontents de la discipline qu'il avait rétablie 
parmi eux, firent saisir et déraciner les vignes de ce prélat tandis 
qu'il se refusait à payer les sommes qu'il leur devait : sur quoi 
Thibaud ouvrit sa bourse si bien fermée ^ 

C'était en somme un esprit rigide et sérieux, ayant le goût 
des études, des livres ; et on ne peut savoir s'il faut donner un 
grand crédit aux vers vengeurs de Villon qui assurèrent sa 
renommée '. Il n'est pas sûr qu'il ait été vicieux; mais il avait 
certainement un caractère indomptable : et l'on peut observer 
souvent dans la vie qu'il y a un esprit d'ordre et de disci- 
pline plus cruel que la cruauté elle-même. Pour un tel homme, 
une prison sera toujours une fosse obscure ; le pain de douleur 
et l'eau d'angoisse dévolus aux clercs prisonniers demeureront 
toujours et littéralement du pain sec et de l'eau; un prisonnier 
ne peut être qu'un homme « enferré ». 

Mais l'évêque Thibaud n'est pas le seul personnage que Villon 
poursuive de sa haine. Il n'épargne pas les officiers de sa jus- 
tice épiscopale. Dieu les aime, assure le poète, comme il aime le 
lombard, l'usurier damné et maudit du peuple'^ : 

Dieu mercy et Tacque Thibault, 
Qui tant d'eau froide m'a fait boire, 
Mis en bas lieu, non pas en hault, 
Mengier d'angoisse mainte poire 5, 

1. Arch. Nat,, X" 39, 21 août 1472. 

2. Lottin, op. cit., p. 319. 

3 . Mlle de Villaret parle de Thibaud d'Auxigny comme d'un « grand évêque » et note 
« la paternelle administration dont le diocèse tout entier goûta les fruits pendant le 
cours des années qu'il le gouverna » (Op. cit., p. 93). MUe de Villaret est ici l'écho 
du vieil historien d'Orléans, Symphorien Guyon {Histoire d'Orléans, p. 274, 294) : 
« La mémoire de ses vertus, gravée dans l'histoire, demeurera plus forte que la pierre, 
le marbre et les plus magnifiques monuments ! » C'est exactement le contraire qui est 
arrivé puisque Thibaud doit sa célébrité à la dureté dont il usa envers Villon. — ■ Thibaud 
d'Auxigny mourut en 1473 et son corps fut inhumé dans l'église des CordeHers de 
Meung (Lemaire, Histoire et vies des cvesqiies d'Orléans, p. 80-81 ; Lottin, op. cit., p. 326). 

4. T., h. 63-64. 

5 . Equivoque extrêmement fréquente au xv^ siècle sur une espèce de poire célèbre 
qui tirait son nom du village d'Angoisse (Dordogne). Tdler des poires (Mystère de la 



120 FRANÇOIS VILLON, SA VIH ET SON TEMPS 

Enferre... Qiiant j'en ay mémoire, 
Je prie pour luy et relitjua. 
Que Dieu luy doint, et voire, voire ! 
• Ce que je pense... et cetera. 

Toutesfois, je n'y pense mal 
Pour luy, ne pour son lieutenant, 
Aussi pour son officiai, 
Qui est plaisant et avenant ; 
Que faire n'ay du remenant. 
Mais du petit maistre Robert?... 
Je les ayme, tout d'ung tenant, 
Ainsi que fait Dieu le Lombart, 

Mais pourquoi Villon trouve-t-il l'official « plaisant... et ave- 
nant » ' ? C'est que l'official devait être en ce temps-là M'^ Etienne 
Plaisance, chanoine de Saint-Aignan, docteur en lois et en dé- 
cret % que l'on trouvera plus tard archidiacre de Beaugency, 
doyen du chapitre de Troyes et exécuteur testamentaire de 
Thibaud d'Auxigny. Or nous avons de bonnes raisons de 
croire qu'il n'était pas tendre. Ainsi un nommé Cirot Rose, 
sergent de la ville d'Orléans, lieutenant du guet et geôlier des 
prisons, se trouvait détenu quand le roi vint dans cette ville où 

Passion, v. 20201), cela voulait dire recevoir des coups (Comparez l'expression : vid- 
cher ou croquer des groseilles). Manger des poires d'angoisse se disait aussi au moral et 
signifiait éprouver du chagrin, de l'angoisse. L'équivoque paraît sans rapport avec la 
façon d'administrer la question. (Cf. par exemple Montaiglon, Rec. de poésies françaises, 
I, p. 278; VioUet le Duc, Ane. théâtre français, II, p. 314; F'icot,} Recueil de farces, 
p. 164; Guillaume Alecis, II, p. 18; Jean Molinet, Les Failiet Dits, 1537, fol. 115). 

1. L'ung est plaisant, l'autre avenant (Collerye, p. 70). 

2. Etienne Plaisance, chanoine de Saint-Aignan d'Orléans en 1440, doyen de Saint- 
Avit en 1444 ; il est dit docteur en lois et en décret et recteur de l'Université d'Or- 
léans en 145 1 (Arch. Nat., X'» 8304, fol. 499), et représente Thibaud d'Auxigny 
au Concile de Sens, en 1460 (Chanoine Hubert, Histoire du pays orli'anais, Bibl. de la 
ville d'Orléans, M 436, II, fol. 107 ; Cuissard, Les chanoines et les dignitaires de la 
cathédrale d'Orh'ans d'apris les nécrologes, p. 142 ; Arch. d'Orléans, G. 169). En 1465 il 
est toujours recteur de l'Université d'Orléans (Arch. Nat., X"> 4809, fol. 72) ; en 1468, 
archidiacre de Beaugency ; en 1473, on le trouve grand vicaire et chargé de la juri- 
diction volontaire de l'évêché : il fijt l'exécuteur testamentaire de Thibaud d'Auxigny, 
avec Guillaume Compaing, l'avocat fiscal du duc d'Orléans (Bibl. Nat., fr. 20342). 
Le 7 mars 1476 n. st., il est dit oftîcial du nouvel évêque d'Orléans tandis que Jean 
Cotereau était son promoteur (Arch. Nat., X'» 4817, fol. 126 vo). Il mourut en 1479 
et est qualifié de docteur in utroque jure. 



LA VI K ERRANTE 121 

il délivra tous les prisonniers : Cirot, ayant omis de prendre une 
lettre de rémission en règle, fut arrêté de nouveau et 1 evêque le 
réclama comme son clerc. Le prévôt le rendit et il fut mené 
devant l'official qui lui déclara qu'il avait occasionné à l'évêque 
une dépense de plus de 50 francs. Cirot allégua qu'il n'était pas 
son sujet; mais l'official le fit mettre par trois fois à la géhenne 
de la poulie, tellement qu'il rendait le sang : il avait l'intention 
de le faire questionner une quatrième fois si l'un des sergents 
n'était intervenu. Sur quoi Cirot se voua à saint Liénard et 
lui adressa sa prière ; grâce à l'intervention du saint libérateur 
il trouva les portes de sa prison ouvertes. Mais l'official ne 
paraît pas avoir partagé la foi du prisonnier ; il le fit à nouveau 
citer devant lui et le déclara, de plus, excommunié '. 

Quant au petit M^ Robert, il a vraisemblablement quelque 
chose à voir avec M^ Pierre Robert, exécuteur de la haute justice 
du duc d'Orléans, que l'on trouve mentionné dans un acte du 
14 octobre 1420 ^ ; et l'on sait que les bourreaux se succédaient 
de père en fils '. 

Il semble que le cri pitoyable et joyeux poussé par ^'illon 
dans la prison de Meung ait eu la valeur d'une prophétie. 
Un prince nouveau venait de succéder au « grant Charles » : 
c'était le roi Louis XL Bientôt las des fêtes de Paris, et défiant 
de nature, il désirait de gagner son cher pays de Touraine. Louis 



1. Arch. Nat., X^» 41, 26 mars 1476. n. st. 

2. « Andry Marchant, chevalier, conseiller et chambellan du roy nostre sire, gou- 
verneur du duchié d'Orliens, à Jehan le Barbier, commis à recevoir les exploits de la 
prevosté d'Orliens, salut. Nous vous mandons que des deniers de vostre recepte vous 
paiez et baillez à Maistre Pierre Robert, exécuteur de la haulte justice de Monsei- 
gneur le duc d'Orliens, la somme de cinq sols parisis que deue lui est pour ung 
exploit de haulte justice fait en la personne de Jehan du Bourc qui, pour ses desme- 
rites, a esté par nous nagueres condempné a estre pendu ; laquelle sentence ledit 
M' Pierre a mise à exécution... Donné soubz le contreseel du bailliage d'Orliens le 
xiiije jour d'octobre l'an mil CCCC et vint. » (Arch. du Loiret, A. 2165). Dans un 
compte de la Prévôté de 1434-143 5, il est encore question d'une exécution faite par 
Pierre Robert (/7'/c/., A 2010). 

3. Toutefois en 1439 1^ bourreau d'Orléans se nommait Jean Gouldry ; en 1441» 
Gilet de Faverolles. {Ihu].) 



122 FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 

chemina avec le vieux duc d'Orléans ; et le roi entra dans la 
capitale de son duché, le 30 septembre 1461 '. 

La route qui menait à Tours passait par Meung \ Comme le 
voulait la coutume, en signe de joyeux avènement, lors de la 
première entrée d'un souverain dans une ville, on rendit les 
prisonniers à la liberté. La chose était de droit, et il y avait 
dans le protocole de la chancellerie de cette époque une formule 
prévue pour ce genre de délivrance. On donnait au prisonnier 
un brevet, et il jouissait d'un délai déterminé pour obtenir ses 
lettres de rémission. Pendant ce temps, défense était faite à 
tous les juges de l'inquiéter, soit dans son corps, soit dans ses 
biens'. 

Avec quelle joie Villon se vit hors de la fosse de Meung, 
rendu à la lumière du jour, en cette tiède saison d'automne, 
là-haut, sur cette plate-forme d'où il est si doux encore de 
regarder le ciel, les prairies, la rivière et ses moulins, le fleuve 
et ses grèves, le vieux et robuste clocher ! L'entrée de l'église 
est à deux pas : bien sincèrement il dut y dire sa prière 
pour le roi Louis, « le bon roi de France », un titre qui n'a pas 
été donné souvent à ce prince si dur à lui-même et aux autres ! 

Car François lui souhaitait de vivre autant que Mathusalem, 
mort dans sa 969^ année, de procréer immédiatement douze 
beaux enfants tous mâles, ce qui commence à compter -^ : 

Si prie au benoist fils de Dieu, 
Qu'a tous mes besoings je reclame. 
Que ma povre prière ait lieu 
Vers luy, de qui tiens corps et ame, 
Qui m'a préservé de maint blasme 
Et franchy > de ville puissance. 

1. Pierre Champion, Vie de Charles d'Orléans, p. 558-560. 

2. Le 2 octobre 1461 Louis XI séjourna dans cette ville (Itinéraire par J. Vaesen et 
B. de Mandrot, au T. XI de la Correspondance). 

3. Bibl. Nat., fr. 5909, fol. 350 yo (Brevet pour ung prisonnier). — On lit par 
exemple sur le registre de la justice de Saint-Germain des Près, le 31 août 1461, à l'oc- 
casion de l'entrée de Louis XI à Paris « Et délivra ce jour et mit hors de prison plu- 
sieurs et grant quantité de prisonniers » (Arcli. Nat., Z^ 3267). 

4. T., h. 7-11. 

5. Délivré. 



VIE DR FRANÇOIS VILLON 



PI. XXXIII 




Mcung-sur-Loire 

La Tiiur Je Afaïussés li;colcl cl le clocher Je S. IJphjrd 



LA VIE ERRANTE 123 

Loué soit il, et Nostre Dame, 
Et Loys, le bon roy de France ! 

Auquel doint Dieu l'eur de Jacob ' 
Et de Salmon l'onneur et gloire ; 
Quant de proesse, il en a trop, 
De force ^ aussi, par m'ame ! voire ; 
En ce monde cy transitoire. 
Tant qu'il a de long et de lé 3, 
Affin que de luy soit mémoire, 
Vivre autant que Mathusalé ! 

Et douze beaux enfans, tous masles, 
Voire de son chier sang royal, 
Aussi preux que fut le grant Charles 4, 
Conceus en ventre nupcial, 
Bons comme fut sainct Marcial > ! 
Ainsi en preigne au feu Dauphin ^ ! 
Je ne luy souhaitte autre mal. 
Et puis Paradis a la fin "... 

Escript l'ay l'an soixante et ung. 
Que le bon roy me délivra 

1. A qui Dieu donne le bonheur de Jacob. 

2. Louis XI était grand chasseur et il demeurait le jeune chef victorieux qui 
avait conduit la campagne de Bâle. Comparez ce qu'un rimeur lui disait en 1444 
(Bibl. de Stockholm, ms. fr. LUI, fol. 151 ro), Elhimologie de Lois propre nom de très 
hauU et très puissant prince Monseigneur le Daulphin de Viennois conquérant les Alle- 
inaignes Van mil iiij' xliiij : 

Lys odorant, jeunesse souveraine 
Entre les preux en vertu florissant... 

3. Autant qu'il a de longueur et de largeur. 

4. Charlemagne. 

5. Valeureux comme fut saint Martial de Limoges. On équivoquait sans doute sur 
le nom de ce saint évêque, qui n'eut rien d'un soldat. 

6. C'est-à-dire au nouveau roi, 

7. Formule courante de la conversation d'alors : « Mon très honoré seigneur, je prie 
nostre Seigneur qu'il vous doint bonne vie et longue et â la fin sa gloire de Paradis. 
Escript à Paris le xxe de may de la main de vostre très humble servante Gilleite 
Mannequin ». (Lettre à Bourré pour demander un office de clerc pour son cousin. 
Bibl. Nat., fr. 20429, fol. 15), Cf. le rondeau du Jardin de Plaisance : 

Bonjour, bon an, bonne sepmaine — Honneur, santé, joye prochaine, — Persévérer de bien 
en mieulx — Et joyes d'amours vous doint Dieux — Ce jour présent en bonne estraine — 
Dame belle trop plus que Helcine. — Tousjours d'argent la bourse plaine — Vivre long- 
temps sans estre vieulx... — Apres cestc vie mondaine — Avoir la joye souveraine — de 
Paradis, lassus aux cieulx... 



124 FRANÇOIS VILLON. SA VIE ET SON TEMPS 

De la dure prison de Mehun, 

Et que vie me recouvra, 

Dont suis, tant que mon cucr vivra, 

Tenu vers luy m'humilier, 

Ce que feray tant qu'il mouvra : 

Bienfait ne se doit oublier. 



Après quelques formalités d'usage, au terme de cinq ans 
d'exil, Villon pouvait enfin rentrer à Paris. 

François était bien changé, vraisemblablement. Le séjour en 
prison l'avait fait réfléchir. Et nous devons connaître cet état 
d'âme d'un prisonnier, si nous voulons comprendre les médi- 
tations qui s'imposèrent à son esprit : elle demeurent très visibles 
dans le Testament qu'il écrira bientôt. 

Il faut se représenter une de ces rigoureuses prisons du 
xv^ siècle, par exemple celle des prisonniers d'Etat à Loches, 
où nous pouvons lire encore un certain nombre de graffites 
de ce temps, pour imaginer ce qu'a pu être l'affreuse situation 
de François Villon. Les Lamentations d'un « Prisonnier 
Desconforté », que l'ennui rendit rimeur, nous sont pré- 
cieuses pour cela. Enfermé dans une demi-obscurité, enferré, 
mis au pain et à l'eau, dévoré par la vermine, les membres 
déformés par l'humidité des sous-sols et des murs énormes, 
les excès du froid et du chaud amenaient pour lui préma- 
turément la vieillesse et la mort. Et ceux qui, exerçant l'œuvre 
de miséricorde, visitaient dans leurs liens les prisonniers, les 
voyaient roides de froid, enragés de faim, hennissant de soif, 
pourris de vermine, basanés, boufRs ou chétifs, n'ayant que le 
bec et les ongles '. 

Les prisonniers qui pouvaient le faire obtenaient parfois de 
lire leurs Heures, d'entendre la messe, de se confesser. La 
lecture la plus répandue était celle des Psaumes dont les 
versets se rencontrent surtout dans les graffites des prisons : 

I. Pierre Champion, Le Prisonnier Desconjorté du château de Loches, poème inédit 
du XV* siècle... Paris, 1909, introduction. 



LA VIE ERRANTE ' 125 

hi omnibus trihiiJationem patimiir , sed non angustiamtir . . . Dejicimur 
sed non perimtis (Il Cor. iv, 8-9) ; Dixit insipiens in corde suo : non 
est Deus (Ps. XIII, i) ; Initium sapientie timor Dei (Ps. CX, 10); 
Gamavi ad Domimim cum trihdarer (Ps. CXIX, i); Midtum 
incola fuit anima ///<'<7 (Ps. CXIX, 6). Le « Prisonnier Descon- 
forté » citera saint Paul, Pierre, Jean et Mathieu ; il com- 
mentera de la sienne la désolation de David ; il se récitera les 
Prières des Morts. 

De cette misère naquit une littérature, sinon un art, et l'on 
pourrait dire, presque sans exagération, qu'en ce temps la 
prison fit des poètes. 

N'est-ce pas par excellence l'industrie secrète du pri- 
sonnier que cet enchâssement ingénieux des mots dans un 
nombre et une harmonie ? cette combinaison syllabique, l'art 
suprême de patience qui, calmant et exaltant tour à tour, fiiit 
paraître plus courtes des heures éternelles ? Le malheur incli- 
nait des fronts trop fiers, affinait des corps toujours prompts 
à l'action, disciplinait les âmes révoltées, provoquait chez 
tous ce retour sur soi, source de la poésie. Dans une telle 
extrémité, la vie, si proche de la mort, apparaissait elle-même 
sous l'aspect d'un poème : car la lecture d'un livre d'Heures, 
la visite d'un confesseur, l'audition de la messe, formaient toute 
la récréation d'une existence monotone. Dans cette solitude 
le battement du cœur s'entend mieux et s'achève en rythme. 
Le soliloque, le dialogue d'une âme et d'un cœur, la prière et 
l'imprécation en étaient les formes les plus naturelles. Ici des 
mains durcies s'usèrent contre des murs à graver des sentences ; 
là, des rêves de délivrance, le vœu d'être meilleur, furent 
vécus. Un Charles d'Orléans doit peut-être à sa prison l'atten- 
drissement de sa poésie, un Villon, la véhémence de la 
sienne, un Philippe de Commynes,sans doute, la gravité de son 
jugement. 

C'est dans la prison, à coup sûr, que les images et les idées 
du Psautier se sont imposées à l'esprit de Villon, comme à 
celui du Prisonnier Desconforté. Comme lui, il s'est érigé en 



126 FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 

maître en théologie, il a eu l'idée d'une façon de colloque 
avec son cœur et Dieu. Comme lui, il se tournera vers Celui 
qui a pardonné à Marie-Madeleine, au bon larron, au clerc 
Théophile ; il s'en remettra à la miséricorde de Celui qui ne 
veut pas la mort du pécheur. L'excès de son malheur lui a fait 
retrouver Dieu et le chemin mystique de la grâce '. 

C'est là le miracle ordinaire de Charité, peut-être le résultat 
d'un enseignement que les curés devaient répéter bien souvent 
à leurs simples ouailles, et qu'elles tenaient pour la vérité 
même. L'amour de Dieu se manifeste dans la personne qui 
« prent en gré et pacience tous maulx, adversités, paines, 
angoisses et tribulacions qui leur surviennent et que l'on lui 
fait... » : effusions de larmes, oraisons, tribulations et maladies, 
tels étaient alors les remèdes les plus propres à purger l'homme 
du péché ^ Une doctrine toute semblable se rencontrait déjà 
chez Christine de Pisan, qui écrivit cependant pour de riches 
amateurs. La bonne et douce veuve exhortait les pauvres à 
la patience, leur montrant la couronne qui leur est promise. 
Elle les réputait bien heureux, suivant la sentence de l'Evan- 
gile, ceux-là qui attendaient de posséder le ciel par le mérite 
d'une pauvreté doucement supportée. Elle leur disait : Vous 
avez reçu la promesse de joie qui n'a pas été faite aux rois, aux 
princes et aux riches, s'ils ne sont pas de votre rang en esprit, 
à savoir pauvres de volonté, très chers amis de Dieu ! Vous 
souffrez la faim, la soif, le froid, de mauvais abris, une affreuse 
vieillesse, la maladie sans réconfort, le mépris du monde, 
comme si vous étiez une autre espèce de gens, et non pas des 
chrétiens! Ne perdez pas du moins par impatience les trésors 
qui vous sont promis ! — Le pauvre nu était vêtu de la robe du 
Roi des Rois : accroupi sur un petit fumier, il attendait le logis 
béni du Paradis K 



î. Le Prisonnier Descoiifortc, op. cit., p. iv, V. 

2. Doctrinal des simples gens (Bibl. Nat., ms. fr. 17088, fol. 12 yo). 

5. Le Li\'re des Trois Vertus (Bibl. Nat., ms. fr. 1177, fol. 205 V). 



LA VIE ERRANTE 1^7 

Ecoutons encore le pathétique début du « truand spirituel » 
parlant à son âme, dans ce beau Secret parlement contemplatij 
que l'on rencontre souvent sous le nom de Jean Gerson : 

« Ma pauvre, ma malade, ma chartriere ', ma misérable ame, hors mise 
en hostage loing de son pays ! Tu, qui n'as riens, et par ton labeur ne 
pœulz et ne scez quelque chose acquérir, croiz mon conseil. Aprens le 
mestier de mendier et de truander, et que ton pourchas soit en lieu de 
rentes. Pourquoy morroyes tu de faim, de soif et de froidure ? A blâmer 
seroit une telle honte et paresse. 

Rcsponse de Va me descoufortée. 

Homme, mon hostellain, qui avec moy es jette hors de ton premier pays, 
et sommes ensemble en la chartre * obscure et douloureuse de ce 
présent exil, je congnois bien, hélas, que je suis povre, malade, emprisonnée, 
blecée et navrée, nue, sans vesture, et si n'ay riens... Puisque j'ay doncques 
mon droit mestier perdu, doresnavant que feray-je ? que laboureray-je ? 
à quoy gaigneray-je ? Mais tu me dis que je mendie et pourchasse ma vie : 
c'est bien dit. Mais ou vray, je qui suiz emprisonnée et enlassée dedens 
l'ospital de ton corps, en la grande prison de ce monde mortel ? Comme 
eschaper ou eslongier et eslever me porroie à demander ayde ? qui me orroit 
aussi ? qui me regarderoit ou secourroit ? Tu vois, partout ou nous sommes, 
nous sommes en indigence et povreté, et n'a celluy qui puist aider soy 
meismes. De quoy feroient ilz bien à autrui ou que donront ceulx qui n'ont 
riens ? Si ne me semble outre ma fortune, fors de soy désespérer et en déses- 
pérant finer... 

[Vhomtm], 

Désespérer ! Que dis tu ame de désespérer ? Non feras, voir ! Point ne te 
desespereraz, ains croiras mon conseil. Je te monstreray ung lieu plein de 
charité et de miséricorde, ou touz les povres sont secouruz qui la vont 
demander : car la sont les piteux et larges aumosniers de Dieu à très grant 
habondance. Ce lieu est l'église de Paradis : les aumosnes sont les saints et 
les saintes ; illec est la tresoriere de grâce, la royne de miséricorde, la mère 
des povres et des orphenins ; et, qui plus est, la est trouvé le rédempteur de 
l'humain lignage, nostre sauveur Jhesus Crist3... » 

N'est-ce pas malgré tout un problème étonnant que, 
parmi tant d'aventures, dans une existence précaire et si 

1. Prisonnière. 

2. Prison. 

3. Bibl. Nat., ms. fr. 190, ici. i-j. 



128 FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TExMPS 

triste, Villon ait pu porter en lui la grande oeuvre poétique 
qu'il allait produire tout à coup? Comment, au milieu de sa 
triste vie, et des pires relations, a-t-il su être courtois dans les 
milieux raffinés où il passa ? car il a conservé envers lui-môme, 
sinon une conscience nette, du moins un jugement lucide et 
très juste de ses actions, bonnes ou mauvaises. 

A Blois, par exemple, on a dit que Villon avait pu connaître 
un débat sur le sujet de la Fortune, qui fut l'une des dernières 
méditations du duc d'Orléans : autour du noble et vieux duc, 
comme lui, on la maudissait, on la trouvait ennemie et amère. 
Au milieu de son chemin, alors qu'il pouvait travailler de 
ses mains et coucher dans les carrières à plâtre, cette même 
Fortune était présente à l'esprit de Villon. Le pauvre malheu- 
reux se consolait ainsi doucement, en pensant à tant de rois 
morts: lui, qui n'était qu'un « souillon », il se sentait, puisqu'il 
jouissait encore de la vie, de pair avec les vaillants hommes de 
jadis, plus heureux même que tous les plus grands héros de la 
Bible et de l'Antiquité. La Fortune lui conseillait de se rési- 
gner, de prendre tout en gré, comme les humbles et les pauvres 
gens de ce temps-là devaient le répéter ' : 

(( Fortune fus par clers jadis nommée. 

Que toy, Françoys, crie et nomme murtriere -, 

Qui n'es homme d'aucune renommée. 

Meilleur que toy fais user en plastriere, 

Par povreté, et fouyr en carrière ; 

S'a honte vis, te dois tu doncques plaindre ? 

Tu n'es pas seul ; si iie te dois complaindre. 

Regarde et voy de mes fais de jadis, 

Mains vaillans homs par moy mors et roidis ; 

Et n'es, ce sçais, envers eulx ung souillon. 

Appaise toy, et mets fin en tes dis. 

Par mon conseil prcns tout en gré, Villon ! 

Contre grans roys me suis bien anymce. 
Le temps qui est passé ça en arrière : 

1. Eustache Deschamps, Michault Taillevent, Jeanne d'Arc. Voir t. I, p. 310. 

2. Les savants m'ont nommée la Fortune, c'est-à-dire l'heureuse divinité qui dis- 
tribue le bonheur, et toi, François, tu m'accuses et me nommes meurtrière, etc. 



VIE DE FRANÇOIS VILLON 



PI. XXXIV 




iv coïncncc Ccfcaxt 

,<knac œntcpCatif 
à fût} 4imc éi: Se ù%vic a 



Le truand parlant à son âme 

(Bibl. nat., fr. 190 fol. 1.) 



LA VIE ERRANTE 129 

Priam occis et toute son armée, 

Ne luy valut tour, donjon, ne barrière ; 

Et Hannibal demoura il derrière ? 

En Cartaige ' par Mort le feis attaindre ; 

Et Scypion l'Affriquan feis estaindre ; 

Julles César au sénat je vendis ; 

En Egipte Pompée je perdis ; 

En mer noyé Jason en ung bouillon ^ ; 

Et, un£ fois, Romme et Rommains ardis 5. 

Par mon conseil prens tout en gré, Villon ! 

Alixandre, qui tant feist de hemee 4, 
Qui voulut veoir l'estoille pouciniere >, 
Sa personne par moy fut envlimee ^ ; 
Alphasar rov, en champ, sur sa baniere ', 
Rué jus mort, cela est ma manière ; 



Holofernes, l'ydolastre mauldis, 
Qu'occist Judith (et dormoit entandis !) 
De son poignart, dedens son pavillon ; 
Absalon, quoy ? en fuyant le pendis. 
Par mon conseil prens tout en gré, Villon ! 

Pour ce, Françovs, escoute que te dis : 
Se riens peusse sans Dieu de Paradis, 
A toy n'autre ne demourroit haillon. 
Car, pour ung mal, lors j'en ferove dix. 
Par mon conseil prens tout en gré, Villon ! » 

Enfin, il date encore de ce temps, cet examen de conscience 
d'un homme aussi mauvais que bon, mais surtout très faible, 
que Villon intitula le « Débat du Cueur et du Corps », suivant 
un thème que l'on rencontre développé par d'autres poètes 



1. En réalité, à la cour de Prusias en Bithynie. 

2. Dans un tournant d'eau. 

3. Et d'un seul coup j'ai détruit par le feu Rome et les Romains. 

4. Qui livra tant de batailles. 

5. Les Pléiades. 

6. Envenimée. On sait qu'Alexandre mourut d'une fièvre intermittente. 

7. Sans doute Arphaxad II, roi des Mèdes, défait par Nabuchodonosor (Hist , 
Judith, ch. i). — 8. C donne ici deux vers grossièrement refaits. 

FRANÇOIS VILLON'. — II. 9 



1^0 FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 

avant lui '. Il y a là vraiment un cœur mis à nu, et l'on ne sau- 
rait trouver rien au monde de plus émotionnant. Chacun a 
son faix dans la vie : l'influence de Saturne % qui était tenue 
pour mauvaise, avait chargé celle de Villon d'un lourd fardeau : 

Qu'est ce que j'oy ? — Ce suis je. — Qui ? — Ton cucr, 

Qui ne tient mais qu'a ung petit filet : 

Force n'ay plus, substance ne liqueur. 

Quant je te voy retraict ainsi seulet, 

Com povre chien tappy en reculet 3. — 

Pour quoy est ce ? — Pour ta folle plaisance. — 

Que t'en chault il ? — J'en ay la desplaisance. — 

Laisse m'en paix ! — Pour quoy ? ■ — ■ J'y penscray. — 



1. Roiiiania, 1892, avril. — II y a un Débat de la tête et du corps par Deschamps, 
V, p. 344 ; du corps et de l'âme, dans VioUet le Duc, Ancien théâtre, III, p. 325 
(xvie siècle) ; un développement analogue par Charles d'Orléans sur la Qiierelle des 
yeux et du cœur (éd. J. M. Guichard, p. 16). Cf. des imitations du mouvement de 
la pièce de Villon dans Campaux, op. cit., p. 361, 363. 

2. Cf. le Calendrier des Bergers, le Propriétaire des choses, et les considérations phy- 
siologiques qui précèdent tous les livres d'Heures. — Martin Le Franc, dans son Estrif 
de Fortune et de Vertu, venait de discuter l'influence des planètes sur le cours de la vie 
humaine (Bibl. Nat,, fr. 11 53, fol. 26) : 

Vertu... Mais ainçois que ce pas actaignons, s'il vous plaist, nous verrons comme 
les fortunes se changent par le regard des diverses planètes. Fortune. Ainsi soit. V. 
Ne tenez qu'en sa nativité homme prent commancement de bonne ou de maie fortune 
et que la planète dominant le beneist ou mauldit ? F. Et puis ? V. Ung an après ou deux 
ou troys ou vingt, peut elle estre muée par une autre estoille de contraire impres- 
sion ? F. Pourquoy non ? V. Trop contrediriés aux astrologiens qui les destinées 
bonnes ou maies prennent dès la nativité et veulent que homme soit appelé bien ou 
mal fortuné selon que la planète le regardoit naissant et venant en ce monde ; ce non 
maintenir conviendroit qu'il eust en sa vie C^I continuelles destinées : car plus de 
C'^ estoilles le regardoient sur terre, etc. 

Fol. 27 v°. V. Item se voulenté humaine est subjecte aux planètes, je demande com- 
ment on peut vouloir et non vouloir, et si c'est par une planète ou diverses ? Par une 
estre ne peut : car toute chose naturelle est déterminée à propre effect. Se par diverses, 
interer tault que ce que l'une fait est empeschié par l'autre. Ainsi ne estât ne fermeté 
n'y a. Item se les planètes, ou seules ou ensemble, saulvent ou destruisent les hommes, 
je demande pourquov ung aura VI"» ans vescu sens nulle maie adventure, et neant- 
moins aura passé soubz très maie influence ? Les choses projjres et naturelles toujours 
empraignent leur povoir quand est en elles. Que se les planètes sont choses actives, 
propres et nécessaires, comme l'en cuide, pourquoy n'ont esté traistres et homicides 
et tuez comme Alixandre tous ceulx qui depuis ont vescu soubz le point de celle 
influence ? Que se on respond que chascun n'est Alixandre, ne Antipater, ne Thes- 
salus, donc en ce cas convient assigner autre cause... etc. » 

3. Dans un petit coin. 



LA VIE ERRANTE 1?! 

Quant sera ce ? — Quant seray hors d'enfance. — 
Plus ne t'en dis. — Et je m'en passeray. — 

Que penses tu ? — Estre homme de valeur. — 
Tu as trente ans. — C'est l'aage d'ung mullet '. — 
Est ce enfance ? — Nennil. — C'est donc folleur 
Qui te saisist ? — Par ou ? — Par le collet ; 
Riens ne congnois. — Si fais : mouches en let ; 
L'ung est blanc, l'autre noir, c'est la distance ^. — • 
Est ce donc tout ? — Que veulx tu que je tance ? 
Se n'est assez, je recommenceray. — 
Tu es perdu ! — J'y mettray résistance. — 
Plus ne t'en dis. — Et je m'en passeray. — 

J'en ay le dueil ; toy, le mal et douleur. 

Se feusses ung povre ydiot et folet, 

Encore eusses de t'excuser couleur : 

Se n'as tu soing, tout t'est ung, bel ou let. 

Ou la teste as plus dure qu'ung jalet >, 

Ou mieulx te plaist qu'onneur ceste meschance ! 

Que respondras a ceste conséquence ? — 

J'en seray hors quant je trespasseray. — 

Dieu, quel confort ! — Quelle sage éloquence ! 

Plus ne t'en dis. — Et je m'en passeray. — 

Dont vient ce mal ? — Il vient de mon maleur. 

Quant Saturne me feist mon fardelet, 

Ces maulx y meist, je le croy. — C'est foleur : 

Son seigneur es, et te tiens son varlet. 

Voy que Salmon escript en son rolet : 

« Homme sage, ce dit il, a puissance 

Sur planètes et sur leur influence. » 4 — 

Je n'en croy riens ; tel qu'ilz m'ont fait seray. — 

Que dis-tu ? — Dea ! certes, c'est ma créance. — 

Plus ne t'en dis. — Et je m'en passeray. 

1. La pièce date donc de 1461. — Voir les considérations sur la trentaine dans 
Christine de Pisan et le calendrier des livres d'Heures surtout. On disait, dans la 
langue populaire, un singe de trente ans, pour désigner un vieux rusé : « Vidistis ne 
ces escornifleux de botta dies qui sunt ita innocentes sicut simia triginta annorutn ». 
(Michel Menot, Sermones, 1530, fol. g6 ro. Il parle des accapareurs). 

2. Cette pièce est vraisemblablement postérieure à la Ballade des menus propos : 
Je congnois bien motiscbes en let. 

3. Galet. 

4. Cf. Sap. 7, 19. 



132 FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 

Veulx tu vivre ? — Dieu m'en doint la puissance ! — 
Il te fault... — Quoy ? — Reniors de conscience ; 
Lire sans fin. — -En quoy? — Lire en science ; 
Laisser les folz ! — Bien j'y adviseray. — 
Or le retien ! — J'en ay bien souvenance. — 
N'atens pas tant que viengne a desplaisance. 
Plus ne t'en dis. — Et je m'en passeray. 

C'est dans une telle disposition d'esprit, sur la voie du bien 
et du remords, désespéré et joyeux, que François Villon 
chemina vers son cher Paris. 




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CHAPITRE XIV 



LE TESTAMENT 



Bien qu'il y ait quelque audace, de l'impiété aussi, à tra- 
duire en prose la plus pathétique des poésies, il faut cependant 
le tenter si nous voulons jouir pleinement de la beauté du 
Testament, ou profiter des leçons que nous dispense l'art de 
Villon. 

Il a trente ans ; il a bu toutes ses hontes, et vient de rentrer 
à Paris où il se cache encore. Sa santé n'est plus bonne : le poète 
a échappé plusieurs fois à la mort dont la méditation l'obsède 
sans répit. François est au lit, quelque part ; il se trouve dans 
un instant de très grande lucidité par rapport à son passé et 
il voit clairement dans sa conscience. Frémin l'étourdi, son 
clerc, l'écoute, assis près de lui ; il écrit rapidement sous sa 
dictée. Le cœur de François s'affaiblit et sa voix tombe '. C'est 
une heure grave et lyrique dans laquelle la vérité seulement a 
une valeur : il n'y a pas ici de mensonge, le poète n'a rien à 
farder : 

Qui meurt a ses loix de tout dire ^. 

Ses premiers mots sont vengeurs : Villon maudit de façon 
implacable l'évêque d'Orléans, Thibaud d'Auxigny, qui la si 
durement traité, et demande à Dieu sa mort\ Mais il souhaite 
vie, santé, bonheur au « feu dauphin », à Louis le bon roi de 

1. T., h. I, 67, 68,69. 

2. T., h. 1-6. 



134 FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 

France, dont le passage à Mcung l'a tiré de sa dure prison : 
François priera toute sa vie pour lui '. Or, comme il se sent 
faible, surtout de biens, Villon a résolu cette fois de faire son 
testament, qu'il date de l'année 146 1 \ 

Car il est le fils de la douleur et de l'expérience ; et le « tra- 
vail », c'est-à-dire la peine, l'a plus instruit que tous les com- 
mentaires d'Averroès sur Aristote '. Sur quoi François donne 
un regret à cette bonne ville de Moulins, où le duc de Bourbon 
l'a secouru. Vagabond, il n'a pas su y demeurer '^ : 

Je suys pécheur, je le sçay bien ; 
Pourtant ne veult pas Dieu ma mort 5, 
Mais convertisse et vive en bien, 
Mieulx tout autre qu'en pechié mort. 
Combien qu'en pechié soye mort. 
Dieu vit, et sa miséricorde. 
Se conscience me remort, 
Par sa grâce pardon m'accorde. 

Pour son excuse, Villon citera de mémoire le début du Tes- 
tament de M*^ Jean de Meung qu'il tient pour le commencement 
du Roman de la Rose ^ : 

Et, comme le noble Roinmant 

De la Rose dit et confesse 

En son premier commencement 

Qu'on doit jeune cuer en jeunesse. 

Quant on le voit viel en viellessc. 

Excuser, helas ! il dit voir ; 

Ceulx donc qui me font telle oppresse 

En meurté ne me vouldroient veoir. 

Si la chose publique devait y gagner, Villon s'estimerait bien 
digne de mourir comme un homme inique ; mais quelle 

I. T., h. 7-9. Cf. ch. xni. — 2. T., h. 11. — 3. T., h. 12. Cf. ch. m. Icy commence 
Villon à entrer en matière pleine d'érudition et de bon sçavoir (Marot). 

4. T., h. 13. Cf. ch. xin. 

5. T., h. 14. — Vivo ego, dicit Dominns Deus : nolo mortem impii, sed ut couver tatnr 
impiiis a via sua et vivat (EzQch., 33, 10). Cf. Le Prisonnier Desconfortè, h. 176. 

6. T., h. 15. Cf. t. I, p. 158 n. 3. 

Il y a au commencement du Roman de la Rose un développement sur la jeunesse et la 
vieillesse qui a pu faciliter cette confusion. 



LE TESTAMENT 135 

importance cela a-t-il quand il s'agit d'un misérable tel que 
lui? 

Les mons ne bougent de leurs lieux ', 

Pour ung povre, n'avant n'arriére. 

Au fond, ce qui lui a manqué dans la vie, c'est de n'avoir 
pas rencontré un homme pitoyable et magnanime, un de ces 
héros dont la largesse était proverbiale, tel Alexandre le 
Grande le type par excellence du seigneur féodal qui n'amasse 
point pour lui, mais distribue libéralement à ses hommes terres 
et richesses ; et Villon nous conte l'historiette de ce pirate 
nommé Diomède, que l'on amena devant Alexandre, les pou- 
cettes aux mains, pour être condamné à mort ' : 

L'empereur si l'araisonna : 

« Pourquoi es tu larron en mer ? » 

L'autre responce luy donna : 

« Pourquoi larron me faiz nommer ? 

Pour ce qu'on me voit escumer 

En une petiote fuste 4 ? 

Se comme toy me peusse armer, 

Comme toy empereur je feusse ! 

« Mais que veux-tu ? De ma fortune. 
Contre qui ne puis bonnement, 
Qui si faulcement me fortune. 
Me vient tout ce gouvernement. 
Excuse moy aucunement 
Et saiche qu'en grant povreté, 
Ce mot dit on communément, 
Ne gist pas trop grant loyauté. » 

Or, quand l'empereur eut écouté le discours de Diomède, il 
déclara : « Je changerai ta mauvaise fortune en bonne » ; et 
depuis, le pirate ne fit plus de mal à personnel 

1. T., h. i6. Cf. les passages bien connus du Psautier (113) qui se cbantent à 
vêpres : Montes exidlavenitit tit arieles, et colles, etc. 

2. Cf. Paul Meyer, Alexandre le Grand dans la littérature française du moyen âge, 
1886, II, p. 373 et s. 

3. T., h. 18, 19. — 4. Dans une petite galère de bois. 
5. T., h. 20. 



1^6 FRANÇOIS VILLON, SA VIH HT SON TEMPS 

Tel est l'exemple qu'à titre d'excuse, Villon alléguera d'après 
Valère Maxime. Mais, là encore, le poète cite de mémoire ; car 
cette historiette, il a dû la lire dans le Policratictis de Jean de 
Salisbury, ou bien dans la traduction française par Jean de 
Vignay du Liher scacorum de Jacques de Cessoles, qui l'emprunta 
lui-même à la Cité de Dieu de saint Augustin ' : 

Se Dieu m'eust donné rencontrer 
Ung autre piteux Alixandre 
Qui m'eust fait en bon eur entrer, 
Et lors qui m'eust veu condescendre 
A mal, estre ars et mis en cendre 
Jugié me feusse de ma voix. 
Nécessité fait gens mesprendre 
Et faim saillir le loup du bois ^. 

Et Villon jette ici un regard très mélancolique sur sa jeunesse 
flétrie, sa misère, l'abandon où ses parents l'ont laissé ' : 

Je plaings le temps de ma jeunesse, 
Ouquel j'ay plus qu'autre galle 4 
Jusques a l'entrée de viellessè 
Qui son parlement m'a celé. 
Il ne s'en est a pic allé 
N'a cheval : helas ! comment don ? 
Soudainement s'en est voilé 
Et ne m'a laissié quelque don. 

Allé s'en est, et je demeure, 
Povre de sens et de savoir, 
Triste, failly, plus noir que meure, 
Qui n'ay n'escus, rente, n'avoir ; 
Des miens le mendre, je dis voir, 
De me desavouer s'avance. 
Oubliant naturel devoir 
Par faulte d'ung peu de chevance. 

Ce ton grave ne durera pas ; c'est bien parce qu'il a dépensé 
le peu qu'il possédait % 

1. Sur ces faits, voir L. Thuasne, Villon et Rabelais, appendice I, p. 418-430. 

2. T., h. 21. Notei ceste hystoire bien appropriée (Marot). 

3. T., h. 22-23. — 4. Fait la noce. — 5. T., h. 24. 



LE TESTAMENT 137 

Par friander et par leschicr, 
Par trop amer ... 

que Villon assure ironiquement ne l'avoir pas fait ; ses amis 
du moins ne doivent pas le lui reprocher. Ils en ont usé 
comme lui ; et son plaisir, au demeurant, ne leur a pas coûté 
très cher. C'est vrai qu'il a aimé : mais avoir faim et le cœur 
triste ne sont pas des conditions favorables à l'amour ' : 

Car la dance vient de la pance ! 

A la plaisanterie que contient ce trait final, succède un cou- 
plet du plus touchant repentir ' : 

Hé ! Dieu, se j'eusse estudié 
Ou temps de ma jeunesse folle, 
Et a bonnes meurs dédié. 
J'eusse maison et couche molle. 
Mais quoy ? je fuyoie l'escolle, 
Comme fait le mauvais enfant. 
En escripvant ceste parolle, 
A peu que le cuer ne me fent. 

Vraiment, son destin était de rire au milieu de ses larmes ! 

Entendons aussitôt François justifier son inconduite par les 

paroles de l'Ecclésiaste ^ : 

Le dit du Saige trop le feiz 
Favorable, bien n'en puis mais. 
Qui dit : « Esjoys toy, mon filz. 
En ton adolescence... » 

C'est encore à la Bible, au livre de Job '^, que Villon emprun- 
tera l'image de la rapidité des jours comparée à la toile 
coupée par le tisserand. Il ne craint plus rien, tout s'apaise à 
la mort. 

1. T., h. 25. — Cf. une pièce de Louis d'Orléans dans les Cent Ballades, éd. 
G. Raynaud, p. 205. 

2. T., h. 26. Notei jeunes gens (Marot). — Cf. Eustache Deschamps, VL p. 37 : 

Plourons, chetis, iiostre folle jeunesse. 

5. T., h. 27. Cf. t. L p. 31- 

4. Job, VU, 6. Très belle comparaison (Marot). — Cf. Bristish Muséum, ms. 
Lansdowne, 380 : 

Ma vie est trop plustot coppée 
Que la toille du tissérant. 



158 FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 

Et François se demande où sont les gracieux compagnons de 
sa jeunesse : les uns sont morts, d'autres sont devenus de 
grands seigneurs et « des maîtres » ' ; il y en a qui mendient 
tandis que d'autres sont entrés dans les riches couvents des 
Célestins et des Chartreux. Au sujet des « grands maîtres » 
Villon n'a rien à dire : ils vivront toujours en paix et en repos ; 
mais, à un misérable comme lui, le mieux est que Dieu accorde 
le don de patience. Les religieux au surplus ne manquent 
vraiment de rien : ici le pauvre au ventre affamé renifle bons 
vins et bonnes viandes ^ 

Au tond cette digression ne le concerne pas ' : Villon n'est 
pas leur juge, lui, le plus imparfait de tous ; passons à un autre 
sujet, et comme on disait alors proverbialement : 

Laissons le moustier ou il est 4. 

Car la parole du pauvre ne saurait être qu'amertume ; et 
Villon nous l'affirme : 

Povre je suis de ma jeunesse ! 

Mais François entend aussitôt la voix de son cœur qui le 
réconforte : « Tu n'as pas la fortune proverbiale de l'argentier et 
banquier du roi, Jacques Cœur ^ ; mais il vaut mieux vivre sous 
de gros habits de bure que de pourrir sous un riche tombeau, 
ou avoir été seigneur ». Cette pensée lui remet en mémoire les 
paroles du Psalmiste ^ : « L'homme, ses jours sont comme 
l'herbe ; il fleurit comme la fleur des champs. Lorsqu'un vent 



1. Cf. Cent Nouvelles, l, 52 : « or sont venuz maistre Pierre, maistre Jehan, 
maistre cy, maistre là... » 

2. T., h. 29-32. Cf. ch. VI (fin). — 3. T., h. 33. 

4. T., h. 34. Cf. ch. XIV (suite). 

5. Mathieu d'Escouchy assure qu'il gagnait dans un an « plus que ne faisoient 
ensemble tous les autres marchands du royaume ». Il ne fut pas plus heureux pour 
cela. Mis en procès en 1450, condamné en 1453, Jacques Cœur s'évada du couvent 
de Beaucaire; il mourut en 1456, comme un preux, devant Chio, combattant l'infi- 
dèle et au service du pape. 

6. Ps. Cil, 15, 16. 



LE TESTAMENT 139 

passe sur elle, elle meurt. Et le lieu qu'elle occupait ne la 
reconnaît plus... » 

Quant du surplus je m'en desmetz ' : 
Il n'appartient a moy, pécheur ; 
Aux théologiens le remetz 
Car c'est office de prescheur. 

Alors les Frères prêcheurs, les Dominicains, en raison de leurs 
fonctions d'inquisiteurs, touchaient, en effet, des receveurs du 
roi des gages annuels pour leur « office » \ 

Non, François Villon n'est pas le fils immortel d'un ange ou 
d'une étoile : son père est mort, sa mère mourra ' : 

Et le scet bien la povre femme, 
Et le fils pas ne demourra. 

Or le poète évoque, de la plus poignante manière, une sorte de 
danse macabre où la mort entraîne à sa suite pauvres et riches, 
prêtres et laïques, nobles et vilains, et les dames aussi. Il dit, 
comme on ne l'a jamais fait, la douleur et le spectacle terrible 
de la mort : il se demande, de la plus mélodieuse façon, où sont 
les belles et nobles dames de jadis, les seigneurs d'autrefois, 
ceux d'hier que la mort venait de faucher ? Et pour donner 
encore plus de saveur archaïque à cette précieuse évocation, 
le poète use de vieux langage pour rappeler ces disparus 
d'antan, vêtus comme des prêtres et dorés comme les images 
des tombeaux^. Mais Villon, qui n'entendait guère mieux que 
nos écoliers la grammaire de l'ancien français, dira /f pour le, 
ajoutera partout 1'^ final qui distinguait jadis le cas sujet du 
cas régime '\ 

Lui, pauvre mercier de Rennes ^\ il se console ainsi en 
pensant à tant d'illustres disparus, papes, rois et fils de roi : une 

I.T., h. 37. 

2. Voir par exemple une quittance de frère Barthélémy Moreau, Dominicain, doc- 
teur en théologie et inquisiteur, à Colin Martin, receveur des finances en Saintonge, 
25 novembre 145 1 (Bibl. Nat., Clair. 220, p. 62). 

3. T., h. 38. — 4. Cf. ch. XIV (suite). — 5. G. Paris, François Villon, p. 100. 
6. T., h. 42. — Cf. ch. xni. 



140 FRANÇOIS VJLLON, SA VIH ET SON THMPS 

mort honnête ne lui déplaît pas, pourvu qu'il ait fait ses « es- 
trencs ' ». Ce monde ne dure pour personne; et Villon exhorte 
le pauvre vieux désespéré à trouver un réconfort dans cette 
idée \ Qu'elles se consolent aussi ces misérables vieilles 
femmes, dont les griefs sont si justes et les regrets si amers 
que Dieu même ne saurait alléger leur douleur, ni réfuter leurs 
plaintes. Alors François nous rapporte l'admirable monologue 
de la « belle qui fut heaulmière », au temps du roi Charles VI ; 
et il adresse cette lamentation, en manière de leçon, aux belles 
filles et aux belles marchandes de son temps : qu'elles profitent 
donc de leur jeunesse ' ! 

Sa vie amoureuse lui apparaît lointaine. Le poète voit bien le 
grand danger qui menace l'homme qui aime, celui auquel il n'a 
pas échappé. Mais, comme il n'a peut-être pas le cœur de se le 
dire à lui-même, il suppose un interlocuteur qui le moralise : 
« Ecoute, Villon, ce sont des femmes mauvaises ; elles n'en 
veulent qu'à ton argent ; elles aiment tout le monde, et vite ; 
elles rient lorsque ta bourse pleure ; aime donc là où est le 
bien ^ !» A ce sage discours, François répondra par des plai- 
santeries. Les femmes qu'il aima furent d'honnêtes dames. A 
leur début seulement elles prirent chacune un ami secret pour 
éteindre des flammes plus chaudes que le feu Saint Antoine : 
elles se conformèrent en cela au décret de Gratien : « La 
faute est plus excusable si elle se cache >' ». Mais dans la suite 
ellespartagerentleuramour.il le sait bien, lui : il a éprouvé 
que celle qui n'en aimait qu'un l'a quitté (c'était lui !) et cette 
mauvaise femme aime tous les hommes aujourd'hui ! Qui 
pousse les femmes à se conduire ainsi? Nature féminine. Et 



1. L'abbé Prompsault entend « pourvu que j'aie été et reu né comme le marchand qui 
vend la première pièce de ses marchandises ». — Le sens est pourvu que j'ai bien joui 

"de la vie, locution en usage dans le vocabulaire amoureux. Cf. un passage des Arrêts 
d'amours de Martial d'Auvergne, XXII : « Cy devant gist le corps d'un vaillant amou- 
reux, jadis bien renommé, qui fut piteusement estraintié de sa dame et qui reçut, elle, 
si bonnes est rainnes, qu'il en est piteusement mort xv jours après... ». 

2. T., h. 45. — 3. T., V. 445-568. Cf. ch. V, §2.-4. T., h. 48, 49. 
5. Secunda pars, causa XXXII. Cf. t. I, p. 44 n. 



LE TESTAMENT I4I 

M^ François citera à l'appui de cette opinion, en équivoquant, 
le proverbe qui assure que six ouvriers font plus que trois'. 
Il en va de même dans une partie de paume : les amoureux ont 
le bond de la balle, les dames la volée, qu'elles prennent sou- 
vent aussi '. C'est la récompense de l'amour : toute foi y est 
violée, malgré les baisers et les caresses. Chacun le dit, suivant 
la chanson ancienne : 

De chiens, d'oyseaulx, d'armes, d'amours 
Pour ung plaisir mille douleurs 5. 

Comme il venait de tirer sa consolation de l'idée de la mort, 
en pensant aux illustres disparus, Villon songe maintenant à 
tous ces personnages de la légende et de l'histoire qui souf- 
frirent de folles amours : Salomon, Samson, Narcisse, Sarda- 
napale, David, Ammon, saint Jean-Baptiste. Avec une humi- 
lité, qui peut sembler n'être pas exempte d'orgueil, François 
marque sa place dans la suite de ce cortège. 

Il parlera de lui, le pauvre Villon qui fut battu tout nu : ainsi 
les lavandières frappent leur linge au ruisseau. Qui lui valut 
cette correction ? qui lui fit, comme il l'écrit, « mâcher 
ces groseilles » ? Catherine de Vausselles, cette volage amie. 
Noël Jolis, qui fut le « tiers », le confident de ses amours, 
attrapa en cette circonstance quelques « mitaines de noces », 
c'est-à-dire des coups de poing ^. C'est égal, il est bien heureux 
celui que n'atteint pas le fol amour ! 

Et le pauvre poète nous décrit tous les manèges de la 
coquette qu'il a si tendrement aimée, le pouvoir qu'elle avait de 
lui faire croire tout ce qu'elle voulait. De ce temps-là il a con- 
servé un surnom cruel : L'amant reinys et renyé K Aujourd'hui, 
M^ François maudit l'amour et renonce à suivre les amants: il 

I. T., h. 50, 51, 52, 53. Cf. ch. V, § 2. — 2. Cf. ch. v, § i. 

3. Cf. Bibl. Nat., fr. 2375, fol. 130 v». — Ce refrain a été fort célèbre au xv^ siècle. 
Voir Les sept tiiarchans de Xaples dans Montaiglon, Auc. poésies françaises, II, p. i lo-i 1 1 . 

4. Voir à l'appendice la notice sur Noël Jolis et les ch. v, § 3, ix. L'explication de 
Marot « arrière de là » est à rejeter. 

5. T., h. 55-59. Cf. ch. IX. 



14^ FRANÇOIS VILLON. SA VIE ET SON TEMPS 

a déposé sa vielle sous le banc, comme on disait ; il a aban- 
donné au vent la plume qu'il ne suivra pas '. D'ailleurs comme 
il est changé ! Il tousse, il crache, il a l'apparence et la voix 
d'un vieillard ; Jeanneton, ou telle autre, ne le prendrait plus 
pour un jeune garçon, un « valeton ^ », mais plutôt pour un 
vieux cheval fourbu, un « roquart ' » : 

De vieil porte voix et le ton. 

Et ne suys qu'ung jeune coquart4. 

Il faut qu'il ait beaucoup souffert, puisque le souvenir de 
l'évêque Thibaud, qui lui a fait boire tant d'eau froide et man- 
ger, comme on disait en équivoquant, de si nombreuses « poires 
d'angoisse » \ s'impose de nouveau à son esprit ; Villon maudit 
aussi son officiai et le petit M*^ Robert, qui paraît avoir été son 
tourmenteur ^ 

Il lui souvient qu'avant son départ, en 1456, il avait fait 
certains legs que, sans son consentement, on nomma Testament : 
tel a été le plaisir de ses amis, mais non pas le sien ^ 

Loin de lui l'intention de les révoquer, même si toute la 
terre dont il se prétend le seigneur était imposée! Ainsi il 
prend encore en pitié le sergent du Châtelet, Perrinet Mar- 
chand, le bâtard de La Barre : aux trois bottes de paille qu'il 
lui a laissées, il ajoute ses vieilles nattes, c'est-à-dire la paille 
tressée dont on tendait alors les murs et le plancher; et 
François assure que cela fera à ce débauché personnage une 
bonne ceinture pour le redresser sur ses jambes'. Si quelqu'un 



1. T., h. 60-61. Cf. ch. IX. 

2. T., h. 62. ■ — Peut-être ironiquement, dans le sens où on trouve ce mot si 
souvent dans les chansons de geste, opposé à chevalier (N'iert mie chivaler, ert encore 
valletu». Wace). 

3. Voir Godefroy, ad. v. Roquart. — Cotgrave définit ainsi ce mot « Un vieux cheval 
fourbu qui ne peut ni hennir ni remuer la queue ». Un vieux qui ne peut plus agiter 
la langue, dit Duez (1559). 

4. Cf. ch. xiii. — 5. T., h. 63-64. Cf. ch. xni. — 6. T., h. 65. 
7. T., h. 66. Cf. Molinet, Dialogue du gendarme et de V amoureux ; 

A grant pciiic je me soubstien — Sur mes pattes pour moy estendre : — La basse notte 
doulcc et tendre — Est hors de mon commandement. 



LE TESTAMENT 143 

même n'avait pas reçu ses legs, il pourra les réclamer à ses 
héritiers : Villon nomme Robin Turgis le tavernier, Provins 
le pâtissier, et Moreau le rôtisseur, trois personnages à qui le 
poète devait sans doute de l'argent ' puisqu'il assure qu'ils ont 
eu quelque chose de lui, alors même qu'il gisait dans son lit. 
N'est-il pas vrai qu'avec du rôti, du vin et des gâteaux on peut 
composer un succulent repas, divin à qui n'est pas toujours 
rassasié au tiers, voire même une franche repue ^ ? 

François demande à son clerc d'écouter avec attention : au 
début de cette œuvre de vengeance, il déclarera ne détester 
personne ! 

Frémin, qui s'est assis auprès de son lit, écrit rapidement'. 

François Villon se signe et invoque les trois personnes de la 
Trinité, comme il était d'usage au début des testaments réels '^. 
Il rappelle que Dieu a sauvé les hommes perdus par la 
suite du péché d'Adam ; qu'il a donné pour ornement au ciel 
l'homme voué auparavant à la damnation. Car, depuis le 
péché de notre premier père, tous les hommes étaient censés 
avoir habité en commun, après leur mort, un triste séjour 
souterrain, jusqu'au jour où le Christ descendit parmi eux et 
ouvrit aux justes les portes du ciel. Celui qui tient pour ferme 
cette croyance, savoir que depuis l'ascension du Christ, les morts 
vertueux ont pu devenir des saints (Villon les nomme de petits 
dieux), celui-là sera bien payé de retour. Donc, avant le Christ 
les morts étaient damnés, leurs corps pourrissaient en terre et 
leurs âmes brûlaient dans les feux de l'enfer. Cependant, sui- 
vant Villon, une exception a dû être faite en faveur des patri- 
arches et des prophètes : comme le poète le dira vivement : 

Oncques n'eurent grant chault aux fesses. 

Ils ne furent pas brûlés, mais bien recueillis dans le sein 
d'Abraham ^ Si un interlocuteur demandait pourquoi, lui, 

I. T., h. 67. — 2. Cf. ch. XVI. — 3. T., h. 68-69. 

4. T., h. 70. Cf. ch. XIV (suite). 

5. T., h. 71. — Une image et un texte du Miroir iVImiiuUne salvation, un livre 



144 FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 

maître es arts, qui n'a pas fait ses études de théologie, sou- 
tient cette opinion, il répondra: c'est en m'appuyant sur 
la parabole de Jésus concernant le mauvais riche et le pauvre 
Lazare. Le mauvais riche fut enseveli dans le feu souterrain 
de l'enfer, tandis que le pauvre ladre fut porté par les anges 
dans le sein d'Abraham, au ciel '. 

Elle était bien populaire alors l'histoire rapportée par Luc 
au sujet de ce Lazare \ patron des pauvres, des mendiants, 
de tous ceux qui souffrent d'ulcères ; elle est bien signi- 
ficative, au début d'une œuvre qui poursuivra surtout les 
mauvais riches, ceux qui ont été durs à cet autre Lazare, à ce 
pauvre homme que fut François Villon : mais il a foi dans le 
« doulx Jésus Christ » et, à cause de sa patience et de sa rési- 
gnation, peut-être jouira-t-il de la récompense éternelle. Si le 
doigt du ladre avait brûlé comme le corps du mauvais riche, 
ce dernier n'aurait pas demandé, en grâce, au père Abraham 
que Lazare trempât dans l'eau le bout de son doigt pour lui 
tendre la goutte d'eau qui eût rafraîchi sa langue (sa mâchoire, 
dira Villon). En cet enfer, les bons buveurs, les « pions », qui 
jouent comme lui pourpoints et chemises, feront triste figure, 



très populaire au xve siècle (je cite l'exemplaire qui a dû être exécuté pour Charles 
d'Orléans, Bibl. Nat., fr. i88, fol. 33 vo), fixent bien le sens de la pensée de Villon. On 
y voit quatre enfers superposés, dont trois seulement sont remplis de flammes. L'en- 
fer inférieur, « le quart enfer », est le lieu des damnés ; au-dessus est figuré « le tiers 
enfer », qui est « le limbe des enfans » ; au-dessus encore le « second enfer », qui est 
le purgatoire ; enfin, sans flammes, est « le premier enfer [qui] est le limbe des 
perez ». Autour du Christ sont les « saints ». Sur deux banderolles on lit : Tu 
es venu très désiré, puis : Tu es celui que ateudismes : « Encores au dessus de ce 
infer purgatoire est l'enfer ou le lieu des saints pères, qui s'apelle par aultre nom les 
cours d'Abraham, ou s'apelle le limbe. Et en se infer entrèrent devant l'avènement 
de Nostre Saulveur Jhesucris tous les saints qui lors estoient ou morroicnt. Ce fut 
l'infer ouquel nostre Saulveur entra et dcscendi. Et, tous ceulx qui dedens estoient, 
il tira et mist dehors, et les deliura et mena puissamment avecq lu\^ ». 

1. T., h. 72-73. 

2. Luc, XVI, 19-31. On trouvera cette parabole dialoguéc dans les sermons popu- 
laires du cordelier Michel Menot (Paris, 1530, fol. 114 et s.). Les conclusions de 
Menot sont à retenir « Quid fiet de vobis, qui habetis boua defunctorum... vos doniiui, qui 
habelis boua per cavilhtiones, qui exheredastis pauperem, le bon homme, posuistis Jilios 
suos ad panevi querenduiu ! Doiuiui de justicia qui teuetis honiines à l'aboy, etc. ». 



LE TESTAxMENT 145 

puisque la boisson y coûte si cher. Elle y est à un prix inac- 
cessible, surtout au mauvais riche, puisque Abraham répondit 
à ce dernier qu'un grand abîme, et infranchissable, séparait le 
ciel de l'enfer. Plaisanterie à part. Dieu nous garde de ce triste 
séjour' ! 

Telle est tout simplement dans sa foi, et dans son irrévé- 
rence plutôt formelle, la pensée de François Villon ; notre 
écolier se montre ici l'écho de discussions théologiques fort en 
honneur en son temps. 

François ajoute maintenant une invocation à la Vierge : puis 
il commence de tester. 

Sa pauvre âme, il la laisse à la « benoîte » Trinité, ce qui 
convient bien à un enfant adoptif de Saint-Benoît, église qui 
était sous le titre de la Trinité ; mais Villon la recommande 
encore à Notre-Dame en priant toute la hiérarchie angélique, 
qui comprend neuf ordres, de la porter devant le trône précieux 
de Dieu ^ Son corps, il Tabandonne ' : 

A nostre grant niere la terre 4 ; 
Les vers n'y trouveront grant gresse, 
Trop luy a fait fain dure guerre. 
Or luy soit délivré grant erre > : 
De terre vint, en terre tourne ; 
Toute chose, se par trop n'erre, 
Voulcntiers en son lieu retourne. 

Or, avant même qu'il vienne à parler de sa mère, François 
inscrit parmi ses héritiers M'-' Guillaume de Villon ^ qui l'a 
élevé, et se montre encore aujourd'hui si triste, des aventures 
de son protégé : 

Si luy requier a gcnouillon 
Qu'il m'en laisse toute la joye. 



I. T., h. 74. — 2. T., h. 75. — 3. T., h. 76. 

4. Ce beau vers n'est ccpL-ndam qu'un lieu commun : Deucalion dit dans le Roman 
de la Rose : 

Notre grant nicre, c'est la terre. 

5. Rapidement. — 6. T., 77. 

FRANÇOIS VILI.OX. — II. lO 



146 FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 

A cet homme sérieux, il laissera ses livres ' ; et parmi eux ce 
(( Rommant du Pet au Deable », qui ne doit pas être du goût 
du pieux chapelain. Quant à sa mère, la pauvre femme c]ui souf- 
frit tant de douleurs à cause de lui, elle recevra, puisqu'elle est 
si pieuse, une prière à la Vierge sous la forme d'une ballade \ 

Immédiatement après ces deux personnages, Villon nom- 
mera sa bonne amie, sa « rose » comme on disait. Elle tint donc 
une place importante dans sa vie, cette Marthe sans cœur et 
sans foi, la sœur en cruauté de Catherine de Vausselles, la rusée 
qui ne tenait qu'à l'argent. François ne l'aime plus; et c'est bien 
pour remplir tout son devoir envers Amour qu'il lui adresse, 
pour la maudire, une ballade se terminant tout en R (en erre, 
c'est-à-dire en errant, en se trompant), suivant une équivoque 
assez commune sur les lettres de l'alphabet. Mais le grossier 
et amoureux sergent, Pierre Marchand, saura bien la retrouver 
et l'insultera Cet amour lui revient à l'esprit évidemment 
associé au souvenir d'un compagnon de sa jeunesse: le riche 
Ythier Marchand, à qui Villon a laissé jadis une épée. Sans 
doute ils avaient chanté ensemble des chansons amoureuses : 
il lui lègue maintenant un lai de dix vers et un De profiindis 
pour ses amours anciennes, à chanter au lutrin M Et François 
rivalisait ici de courtoisie avec Alain Chartier et Charles 
d'Orléans ^ : 

Mort, j'appelle de ta rigueur, 
Qui m'as ma maistresse ravie, 
Et n'es pas encore assouvie 
Se tu ne me tiens en langueur : 
One puis n'eus force ne vigueur ; 
Mais que te nuysoit elle en vie. 
Mort ? 

I. T., 78. — 2. T., 79. Voir ch. n. — Le titre Ballade que Villon feit à la rcqtiestc 
de sa mire pour plier Nostre Dame est do l'invention de Marot. 

3. T., 80-83, V. 942-969.- Ballade de Villon à s\viiye dit Marot. Cf. ch. ix et, à 
l'appendice, la note sur Perrinet Marchand. 

4. T., 84. Cf. cil. V (suite), vu, et la note sur Vthier Marchand à l'appendice. 

5. T., V. 978-989. Cf. Charles d'Orléans, éd. J. M. Guichard, p. 66 ; Chartier, éd. 
Duchesne, p. 795 et passim. — Mon ami, M. W. G. C. Byvanck a bien voulu me 
faire savoir qu'un ms. de La Haye donne ce rondeau avec quelques variantes. 



LE TESTAMENT 147 

Deux estions et n'avions qu'ung cucr ; 
S'il est mort, force est que dévie, 
Voire, ou que vive sans vie 
Comme les images, par cuer, 
Mort ! 

Ythicr Marchand, on l'a dit, était clerc des finances. C'est dans 
ce cercle, où François vécut, que se fixe maintenant la pensée 
du testateur. Car Jean le Cornu fut également secrétaire du roi 
et homme de finance ' : puisqu'il n'a pas secouru son pauvre 
ami, il aura ce litigieux et ruineux jardin de Pierre Baubignon, 
s'il veut bien y faire établir une porte \ Là Villon allait parfois 
coucher le soir ; et il y avait mis un douteux crochet pour 
enseigne ' . Toujours dans ce milieu de financiers, voici Pierre de 
Saint-Amand, clerc du Trésor^, dont la femme a traité le pauvre 
Villon comme un mendiant. Jadis il a donné à cet homme riche, 
pour chevaucher dans la rue pompeusement, un cheval blanc 
et une mule (François équivoque ici sur des enseignes de 
tavernes bien connues) : au tranquille cheval blanc, il entend 
substituer aujourd'hui une jument amoureuse et, à la mule, un 
âne enragé, un « âne rouge » comme on disait. Quant à l'élu de 
Paris, Denis Hesselin, un autre financier 5, il recevra quatorze 
muids de vin d'Aunis qui seront pris aux dépens de Villon chez 
Turgis le tavernier^ ! Voilà un legs qui ne se réalisera pas, 
certes, ou bien nous devons tenir Turgis pour un vrai nigaud \ 

François a dû avoir une affaire dans laquelle Guillaume 
Charruau fut son avocat et Fournier, son procureur ^ Les gens 
de lois sont rapaces. Charruau recevra un équivoque réau pris 
aux changes de cet endroit de Paris où poussent seulement 



1. Cf. ch. VII, et la notice à l'appendice. 

2. Voir la notice à l'appendice. 

3. T., h. 85-86. Cf. ch. XVI. 

4. T., h. 87. Cf. ch. VII, et la notice à l'appendice. 

5. Cf. ch. VII. Voir la notice à l'appendice. 

6. Voir la notice à l'appendice. 

7. T., h. 88. 

8. T., h. 89-90. 



T48 FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 

quelques légumes, la Couture du Temple; Fournier mettra de 
même dans sa bourse quatre « havées » équivoques'. 

Quant à Jacques Raguier, l'ivrogne \ il recevra le Grand 
Godet de Grève (Villon joue ici sur le nom d'une taverne de 
Paris), à condition de payer quatre plaques, c'est-à-dire une 
très petite somme de cette monnaie flamande, décriée depuis 
1436 et toujours en baisse ^ Il est bien étonnant que pour cela 
Raguier, qui appartient à une riche famille, doive vendre ses 
braies et sa chemise! Et Villon d'ajouter: qu'il aille sans 
chausses, en escarpins, s'il se rend, pour boire sans moi, à la 
taverne de la Pomiiie de Pin ! 

Et il lui souvient de Merbeuf et de Nicolas de Louviers, qui 
font métier de drapiers et veulent suivre les façons des nobles. 
C'est vrai qu'ils sont gens à porter l'épervier à la chasse : mais 
seulement pour prendre le gibier mis en vente chez la Mache- 
cou, marchande de volailles près du Châtelef^. 

De cette chambre, où il demeure encore caché, Villon songe 
aux dettes qu'il a faites chez Robert Turgis, le propriétaire de la 
Pomme de Pin. — Je lui payerai son vin s'il trouve mon logis, 



I. Voir sur CCS deux personnages les notices à l'appendice. — Il y a vraisembla- 
blement ici un calembour sur le sens de lum'c qui signifie la poignée, la pincée de 
marchandise que les collecteurs d'impôts prenaient, et le mot latin ave, salul. (Cf. 
à la table, Ave, Saltis ; et le legs d'un bonjour'). 
1. T., h. 91. Voir à l'appendice. 

3. Chartier, I, p. 219 ; Joiirihil (Vim bourgeois de Paris, p. 206 et note, — Les plai- 
santeries sur la monnaie sont fréquentes chez Villon : il a beaucoup pensé à l'argent 
qu'il n'avait pas (Voir plus loin, p. 224 n.). Or on lit dans !c ms. fr. 2365 fol. 150 \'° 
(Equivoques sur les monnaies) : 

l-'Iacques voit 011 sur jambes fort roiigncuscs. 
Cette équivoque nous explique l'association d'idées de Villon : 
Deust il vendre, quoy qu'il luy griefve. 
Ce dont 1 cueuvre mol et grève. 

(Cf. Parnasse satyrique, p. 175). 

Voir aussi le Ijgs du Testament de Pallidin : 

A tous cliopincurs et ivrognes — Noter vucil, que je leur Liissc — Toutes goûtes, crampes 
et rognes — Au poing, au costé, à la fesse. 
(A la suite de la Farce, éd. Coustjllier, p. 141). 

4. T., h. 92. — Voir à l'appendice les notices sur Nicolas de Louviers et Pierre 
Merbeuf. 



Lli TESTAMENT 149 

pensc-t-il ; et je lui donne encore, à lui Parisien, ce droit vide, 
qu'ont tous les Parisiens, de pouvoir être élu échevin. Je le fais 
comme enfant de Paris : mais en enfant de Paris qui a erré sur 
bien des routes, retenu bien des patois. Car Villon, qui a peut- 
être l'intention de nier la dette de Turgis, et vit alors si mysté- 
rieusement, donnera un échantillon de sa connaissance du 
langage poitevin que deux dames lui enseignèrent discrètement 
sur les marches de Bretagne et de Poitou '. 

La pensée du poète se tourne ensuite vers une juridiction 
avec laquelle il a eu affaire sans doute, et où il connaît tant 
de monde : le Chdtelet de Paris ^ Voici Jean Raguier, un 
des douze sergents attachés à la personne du prévôt. C'est un 
glouton, qui mange salement et bave : il recevra donc un de 
ces soufflés au fromage (une talmouse), pris à la table de 
Jean de Bailly, le greffier du Trésor, et bien propre à cacher 
son museau. Comme les Raguier boivent ferme, Jean n'aura, 
pour faire sa digestion, qu'à descendre arroser sa gorge à la fon- 
taine Maubué, au coin de la rue Saint-Denis, proche la maison 
de Bailly (et l'on peut croire qu'il n'appréciait pas une telle 
boisson) \ Guillaume Gueroust, qui est alors le Prince des Sots 
et organise pour le compte de la ville les divertissements de 
son office, pourra prendre, comme fou supplémentaire, cet 
autre sergent du Chdtelet, Michault du Four, un imbécile qui 
fait des jeux de mots stupides et chante des niaiseries. 
Gueroust recevra avec cela le bonjour : ce qui est peu. — 
C'est là, ajoute Villon, un fou de tout repos : mais que cet 
organisateur de la gaîté officielle soit plaisant, je le conteste '^. 

Quant aux deux cent vingt sergents de la Prévôté, ces douces 
gens qui sont de bonnes brutes, Denis Richier et Jean 
Valette, ils recevront ce qu'ils portaient déjà, suivant la mode 
d'alors : la grande cornette d'un chaperon pour l'accrocher à 

1. T., 1-1.93-94. Voir pour l'explication de ce legs le ch. xiii. 

2. Cf. ch. viii (suite). 

3. T., h. 95. — Cf. ch. VII, VIII, § 2, et les notices à l'appendice. 

4. T., h. 96. — Voir à l'appendice les notices sur Pierre de Rousseville et Michault 
du Four. 



150 FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 

leur chapeau de feutre '. Car on ne la laissait plus pendre dans 
le dos, comme la queue d'un diable : on l'enroulait autour de la 
tête, à la façon d'un turban % ou bien on la laissait tomber sur 
l'épaule. Mais cornette surtout fait équivoque \ et Villon dési- 
gnera ainsi toute la police "* : 

Cornette court, nul planteur ne s'y joue. 

Naturellement François ne s'intéresse qu'aux sergents à pied 
qui opèrent dans Paris, et avec qui il avait affaire. Il pense 
encore à Pierre Marchand, l'un des douze sergents, ce dégoû- 
tant personnage ^ Dans son écu, au lieu de la barre de bâtar- 
dise, il portera trois dés plombés ^ comme ceux dont usent les 
tricheurs, et un joli jeu de cartes. Mais qu'on entende vesser ce 
« beau filz et net », Villon ajoutera à son legs les fièvres 
quartes que l'on souhaitait par manière de malédiction. 

Se rattachant encore au milieu du Châtelet, voici Casin 
Cholet, l'officieux propre à rien et bon à tout, présenté ici 
comme exerçant la profession de tonnelier : qu'il aille échanger 
ses outils contre une épée lyonnaise', en gardant seulement 
le maillet de son métier qu'on nommait hutinei (et Villon équi- 
voque sur le mot butin, signifiant querelle, car ce personnage 
aime évidemment le bruit et la dispute) ^ Jean le Loup% 
qui fut aussi sergent, ne vaut pas mieux : c'est un mauvais 
homme et un voleur (homme de bien et bon marchand, dira 

1. T., h. 97. — Voir ch. vu (suite). Les archers du roi portaient la cornette sur 
leur salade (Mathieu d'Escouchy, cité par V. Gay, Glossaire, p. 432). 

2. ff Or doiz encore porter la cornecte de veloux dessus l'espaule et au chappeau le 
beau cordon... et en ceste manière t'en viens deviser avec les dames » (René d'An- 
jou, VAbu::^é en court, 1473, éd. Quatrebarbes, IV, p. 109). Dans ces cornettes on met- 
tait parfois son argent (Arch. Nat., JJ. 201, p. 85). 

3. Avec la cornette de chanvre, qui est la corde de la potence, voir t. L p. 300 n. 
Cf. Les souhait^ des hommes, dans Montaiglon, Ane. poésies françaises, III, p. 145. Cf. 
Le Testament de Fin Rtihy (Jbid., XIII, p. 7) ; une autre équivoque du Grant Testament 
de Taste vin, dans Montaiglon, Ane. poésies françaises, III, p. 80. 

4. Jargon, Bail., VII, 5. — 5. T., h. 98. — Voir la notice à l'appendice. 

6. Cf. Le Grant Testament de Taste vin dans Montaiglon, Ane. poésies françaises, III, 
p. 80. 

7. Les épées de Lyon étaient célèbres. — 8. T., h. 99. — Voir ch. vu (suite) et 
la notice i l'appendice. — 9. T., h. 100. — Cf. t. I, p. 189-190 



LE TESTAMENT 15' 

Villon) ' : or le poète, qui a peut-être partagé avec lui quelque 
franche repue, lui laissera un petit chien couchant pour chasser 
les poules qu'il rencontrera sur son chemin (Cholet cherche 
si mal), et un long manteau pour dissimuler ses rapines. 

Quant à l'Orfèvre de bois, c'est Jean Mahé, l'exécuteur. 
Comme il frappe de verges les gens tout nus, une image 
erotique passé dans l'esprit du poète: Villon lui lègue des 
condiments, des clous de gingembre, non pas pour remplir ses 
boîtes, mais pour réunir « culz et coetes », coudre d'équivoques 
jambons à d'autres équivoques andouilles ^ 

Il demeure aussi à la disposition du prévôt ce capitaine 
des archers parisiens, Jean Riou, qui commande une sorte de 
petite garde nationale '^. Puisqu'il est fourreur de son métier, 
Villon lui lègue six hures de loups, dont on préparait parfois la 
peau. Ce n'est pas là une viande de rebut, une viande pour les 
porchers, arrachée à ces gros chiens qui gardent les bouche- 
ries : cuites avec du vinaigre, voilà un morceau délicat pour 
lequel on ferait des folies : ainsi l'assure l'espiègle Villon ^ 
N'empêche que la chair du loup était tenue alors pour 
immonde. François s'amuse de cette idée et il insiste: voilà une 
viande aussi légère que la plume et le duvet. Oh ! excellente 
en vérité pour des soldats affamés. Mais si ces loups étaient 
pris au piège et que les chiens de Riou n'eussent pas l'habitude 
de courre à la chasse (Riou n'était pas noble pour les mener 
chasser ainsi), moi, qui suis son médecin (et Villon joue ici 
sur le mot ordonner signifiant aussi laisser par testament), 
j'ordonne à ce fourreur de se faire un manteau doublé de ces 
peaux de loups, convenables seulement pouréloigner les puces. 

1. Le Journal d'un bourgeois de Paris nomme des fripons « gens d'honneur », p. yr. 
Le 9 décembre 1479 ^^ '^'^ ironiquement d'une jeune fille, Agnès, « qu'elle s'estoit 
esbatue à de gens de bien de ceste ville de Paris qui lui avoient donné une robe » 
(Arch. Nat., X" 45). 

2. Mal cherchant, qui ne scet rien chercher et desrober (Marot). 

3. T., h. ICI. — Cf. la notice à l'appendice. 

4. T., h. 102. — Cf. la notice à l'appendice. — 5. Note^ que friandise incite à mal 
faire, note Marot, qui n'a pas compris ce legs. 



152 FRANÇOIS VILLON, SA VIH HT SON TEMPS 

La pensée de Villon laisse là les gens du Châtelet. Elle se 
porte sur Robinet Trascaille, clerc du Trésor'. Il est, comme 
Pierre de Saint-Amand, un de ces gros personnages, enrichis 
dans leur office, qui ne marchent pas à pied dans les gluantes 
rues de Paris, mais montent de gros et beaux chevaux, ou 
de douces mules. Or, suivant M^' François, Trascaille use d'un 
gros rouan, une pauvre bête, peu appréciée, à la robe mêlée, 
qu'un maquignon a remise en forme. Que manque-t-il donc à 
sa riche maison ? Une jatte, l'humble vase de terre ou de bois 
que les plus pauvres possèdent, et que Trascaille n'ose emprunter 
au malheureux Villon ! (ce qui donne à croire que Trascaille 
a éconduit le poète) ; mais ce dernier est généreux : il com- 
plétera par le don d'une jatte la maison d'un clerc du Trésor. 

Ce ménage, cette jatte, lui remettent en mémoire deux bas- 
sins et un coquemart (une marmite), que François va léguer à 
un barbier de Bourg-la-Reine, Perrot Girart\ Les deux bassins 
ne font pas mal, puisqu'ils sont les enseignes parlantes du 
barbier ^ ; le coquemart est un témoignage de reconnaissance : 
car il y a une douzaine d'années, Perrot a nourri Villon, 
pendant une semaine, de cochons gras, aux dépens, et peut-être 
en compagnie de l'étonnante abbesse de Port-Royal, madame 
Huguette du Hamel. 

Cochons gras, religieuse en goguette, sont aussi associés à 
ces farceurs de religieux Mendiants que les curés de Paris et les 
Parisiens honnissent"^ ! Le monde clérical que Villon a trop connu 
se présente maintenant à son esprit : les frères Mendiants et les 
Béguines, ceux de Paris et d'Orléans qui se nourrissent de ces 
« grasses soupes », que l'on appelait irrévérencieusement /«ro- 
hines : àt telles soupes, voilà le legs que leur fera Villon, avec 
des flans (des tartes à la crème) : 

1. T., h. 104. — Cf. ch. VII et la notice à l'appendice. 

2. T., h. 105. — Cf. ch. IX. 

3. Tel peut à son huis le bassin 
Q.ui ne s.iuroit traire une chievre. 

(Faiiitises du Monde). 

4. T., h. 106-110. Voir ch. vi (fin). Cf. Eastache Deschamps, VIII, p. 30 



LE THSTAMENT 153 



Et puis après, souhz les courtines, 
Parler de... contemplation. 



Ce n'est pas lui qui donnerait jamais rien à ces quêteurs, 
bien qu'ils soient, comme l'on disait ironiquement, les mères, 
ou plutôt les pères de tous les enfants de Paris : Dieu les 
récompense ainsi, puisqu'ils souffrent en son nom beaucoup 
d'amertumes. Si notamment ceux de Paris font tant de plaisir 
à nos commères, c'est leur façon de leur montrer l'amour qu'ils 
ressentent pour leurs époux ! Rien à faire contre ces Mendiants. 
Jadis, le docteur de l'Université, Jean de PouUieu, les a com- 
battus : il a été contraint d'en faire publiquement amende hono- 
rable. Jean de Meung, dans son Roman de la Rose, s'est moqué 
d'eux ; le bigame Matheolus fit de même dans le Liber Lamen- 
tiomim. Après quoi Villon déclare gravement qu'il convient 
de respecter ce que l'église de Dieu a honoré. Moi, leur ser- 
viteur, ajoute-t-il avec ironie, je me soumets à eux ; je veux les 
révérer et leur obéir. C'est fou de médire de tels personnages, 
à part soi ou dans les prêches : car ils sont gens à tirer de vous 
une éclatante réparation. Et l'opinion publique de ce temps-là 
tenait en effet les Mendiants pour très capables de se venger, 
ou par eux-mêmes ou par leurs protecteurs, des violentes 
attaques dirigées contre eux. 

Toutefois, avant de quitter cet édifiant sujet, Villon nous fera 
l'étonnant portrait de ce vieux Carme, amoureux comme un 
diable, qui est bien vraisemblablement frère Baude de la Mare : 
il lui léguera deux pièces d'armes, un casque et une pique équi- 
voque à deux tranchants ^ Ainsi ce vieillard, à la face hardie, 
pourra défendre son plaisir, cette jeune amie que Villon, 
jouant sur le nom d'une mauvaise maison du quartier, nomme 
sa Caige vert ' . 



1. Meiiditiiis sont getis pour eiilx reiwiger (glose de Marot). 

2. Cf. le proverbe recueilli encore par Sauvai : « La Parisienne n'ayme armes que 
la picque » (Bibl. Nat., ms. Baluze, 213). Cf. Pannisse salyrique, p. 177. 

3. Cf. ch. VIII, § I, 



154 FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 

La pensée du poète se porte maintenant sur une affaire qu'il 
eut, et que nous ignorons, devant l'Officialité de Paris. Il mau- 
dit d'abord le scelleur de l'Evêché qui a mâché tant oc d'étrongs 
de mouches ' » (ainsi François Villon nomme la cire jaune dont 
on scellait les actes à l'Officialité) : il lui laissera son sceau 
encore plus couvert de crachats qu'il n'est lorsque le scelleur 
l'applique sur la cire chaude, et il lui souhaite aussi d'avoir le 
pouce écrasé (ce qui doit être fort gênant lorsqu'on a pour 
fonction d'empreindre le sceau sur la cire molle ''). 

Le souvenir de cette affaire malheureuse lui en remémore 
alors une autre qu'il eut devant les auditeurs des Comptes. 
Là un juge provincial, Macé d'Orléans, un homme bavard et 
procédurier dont Villon parle pour cela comme d'une femme, et 
qu'il nomme la petite Macée, le mit en procès : il eut sa cein- 
ture, ou plutôt ce qu'on portait dedans, le peu qu'il y avait, son 
argent. Que messeigneurs les auditeurs infligent à ce Macé, 
lui « taxent » à son tour une lourde amende ^ ! Et comme il 
pleut dans l'ancienne salle où ils jugent"*, François leur sou- 
haite une de ces chambres à plafond de bois, à lambris, qui 
sont la gloire des constructeurs du temps, et ornent en parti- 
culier les auditoires de justice : pour ces vieilles gens, au lieu 
des bancs durs et antiques qu'on supprime alors partout, 
une chaise percée ne sera pas mal non plus. 

Mais Villon revient bien vite à cette Officialité de Notre- 
Dame, dont il fut justiciable comme clerc parisien, et contre 
laquelle il nourrissait bien des haines \ 

François de la Vacquerie ^ le promoteur des procès, aura de 
sa part un « hault gorgerin d'escossoys » sans orfèvrerie : c'est, 
sans aucun doute, la corde qu'on passait alors au cou des Ecossais 
pillards. Pourquoi ce don ? Le promoteur est un personnage 

1. Estront de niousche, de la cire (Glose de Marot). 

2. T., h. III. Cf. ch. VIII § 2. — Sur quelques-unes de ces pratiques de la chan- 
cellerie voir O. Morel, La Grande Chancellerie royale, Paris, 1900. 

3. T., h. 112. — Cf. ch. VIII § 2. 

4. Cf. ch. VIII § 2. — 5. Cf. ch. VI (fin), viii § 2. 
6. Voir la notice à l'appendice. 



LE TESTAMENT 155 

détesté des clercs qu'il met en procès ; on le rosse quand on 
l'attrape dans un coin. Pris par quelques vauriens, et corrigé, 
cet homme d'église s'est mis à jurer par saint Georges, comme 
le faisaient les pillards d'Ecosse. Qui ne s'en est amusé à Paris ? 
Et l'on trouve encore à l'Officialité ce vieil ivrogne, Jean 
Laurens', également promoteur, celui-là qui instruisit l'affaire 
du vol du collège de Navarre. Pour essuyer les yeux si rouges ^ 
qu'il doit au péché d'ivrognerie de ses parents (ce n'est donc pas 
sa faute), François Villon lui laisse charitablement le fond de 
ses bouges, c'est-à-dire de ce sac de cuir où s'entassait tout ce 
qu'un voyageur emportait : Dieu sait ce qu'on pouvait trouver 
au fond ! Ce n'est pas là une matière aussi douce que le soyeux 
et coûteux cendal pour se frotter les yeux : mais aussi Jean Lau- 
rens n'est pas archevêque de Bourges, comme ce magnifique et 
jeune prélat, Jean Cœur, le fils de l'argentier du roi Charles VII 
qui, lui, peut bien se vêtir de cendal. Et l'on rencontre encore 
à l'Officialité celui qui fut le procureur de François, le bon Jean 
Cotard% à qui il avait négligé de payer ce qu'il lui devait, un 
patard, quand Denise lefitcc chicaner» devantcette juridiction. Le 
pauvre ivrogne vient de mourir (9 janvier 146 1, n. st.). François, 
sous forme de prière, adjurera donc tous les bons buveurs de la 
Bible et de l'Evangile d'intercéder en faveur de son âme auprès 
du Très-Haut ! 

Villon s'est donné jadis pour un chevalier : il va parler 
maintenant comme un riche changeur du Pont ^. Certes il 
n'exerce pas personnellement : il délègue quelqu'un à sa place, 
pour « gouverner son change », tenir l'échoppe, comme le fait 
par exemple Jacques Cœur. Son garçon sera le jeune Marie, 
avec qui François a pu faire la fête, jadis K Voici les conditions 
de son change : pour trois écus Marie donnera trois équivoques 



1. Voir la notice à l'appendice. 

2. Cf. Parnasse satyrique, p. 142 ; Ane. théâtre fiwiçais, II, p. 198-199. 

3. Voir la notice à l'appendice. 

4. T., h. 116. 

5. Voir la notice à l'appendice. 



156 FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 

targes bretonnes (des pièces de monnaie et aussi des pièces du 
tournoi d'amour... '), et pour un grand ange (monnaie d'or), 
deux de ces petits fromages qu'on vend dans les rues de Paris, 
les angelots \ Voilà qui fera bientôt la fortune du riche fils 
de Marie : 

Amans si doivent cstrc larges ! 

La pensée du riche Marie amène Villon à parler de trois autres 
richards, qu'il se garde de nommer autrement que ses trois 
pauvres orphelins : Jean Marcel, Gossouyn et Colin Laurens \ 
Il a su de leurs nouvelles en arrivant à Paris, sans doute : 
car François constate d'abord que ces pauvres enfants, qui sont 
déjà des hommes âgés, ont encore quelques années de plus 
sur les épaules. Oh ! ils apprennent bien, ils n'ont pas la tète 
dure"^ : de Paris jusqu'à Salins^ (c'est là un joli trait s'adres- 
sant à de vieux usuriers qui spéculent sur le sel), personne ne 
connaît mieux qu'eux leur tour d'école. Par l'ordre des Mathu- 
rins (ces fols Mathelineux, comme on disait''), ils sont bien 
sages! Qu'ils aillent étudier chez Pierre Richer le pédagogue '. 
Le douai, toutefois, est trop difficile pour ces vieux avares, (et 
Villon équivoque ici sur le titre de la grammaire latine que 
l'on mettait alors entre les mains des jeunes enfants, dont 
l'auteur était ^Elius Donatus, le Douai ou Donet, et le verbe 
donner)^ : ils préfèrent épeler ^w sains tibi decus (je vous salue, 

1. Targes, esciis sont che^ les fourhisseurs (Bibl. Nat., fr. 2375), les équivoques fottr- 
hisseurs de harnois (Parnasse satyrique, p. 156). Cf. Le tournoi amoureux du ms. fr. 
LUI de Stockholm. 

2. Parnasse satyrique, p. 156. — 3. T., h. 1 18-120. Cf. les notices à l'appendice. 

4. « Testes de belins », têtes de moutons ironiquement. Les diables s'appellent 
souvent ainsi (Eloi d'Amerval, 1- I, ch. 23). 

5. On tirait des eaux de Salins, qu'on faisait évaporer dans des chaudières de fer, de 
grandes quantités de sel. Cf. Le Dialogue de Micliault Taillevent sur son vovage à 
Saint-Claude (Bibl. de Stockholm, ms, fr. LUI, fol. 159) : 

De Salins, de Salins, quel pars 
As tu point veu la saunerie ? 

6. Cf. ch. VIII, § I. — 7. Voira l'appendice la notice sur ce personnage. 

8. On disait proverbialement : Douât est mort, et restaurât dort (Cf. Le Roux de 
Lincv, Proverbes français, II, p. 33). 



LE TESTAMENT 157 

bons saluts d'or ; à toi la gloire, les écus) '. Ils s'arrêteront 
à ces rudiments ; Villon ne veut pas qu'ils aillent plus avant : ce 
serait trop dur pour eux de savoir le grant Credo ^ (ces vieux 
usuriers ne donnaient rien en effet à long crédit). Mais puis- 
que la jeunesse est gourmande, comme un autre saint Martin, 
le pauvre poète, qui a eu à souffrir de ces richards, coupera 
en deux son long manteau et il en vendra la moitié : ce 
sera pour leur acheter des flans, c'est-à-dire des tartes à la 
crème (Villon équivoque sur le mot « flaon », qui dési- 
gnait aussi le disque de métal servant à frapper la monnaie) \ Et 
François demandait encore, comme les parents le faisaientinsérer 
dans les contrats qu'ils passaient avec les pédagogues, que ces 
pauvres enfants fussent bien formés aux bonnes mœurs ^, au 
besoin par les coups ; qu'ils missent des « chaperons enfor- 
més ♦ », c'est-à-dire encapuchonnés, tels que les portaient les 
plus pauvres gens, les jours de froid et de pluie ; ils tiendront 
sagement leurs pouces sur la ceinture, comme on représentait 
les avares désirant empêcher leur argent de s'envoler ^ ; ils se 

1. Et les sahili aux piedz des nobles princes (Parnasse satyrique, p. 156). 

2. « Ou se je l'ay eu a credo » (Moralité de Tout le Monde dans Le Roux de Lincy, 
Recueil de Farces, III, p. 11). Cf. Collerye, p. 258 : 

Prendre .1 credo les marchaiis font un groing — Mesgre et plus sec qu'ung vici boyteau de 
foing — S'argent content on ne leur donne ou baille. 

On rencontre déjà cette vieille plaisanterie dans Rutebeuf, éd. Jubinal, p. 4. 

3. C'était une pièce de métal propre à monnayer, coupée de la grandeur du dia- 
mètre, et à peu près de l'épaisseur des pièces à fabriquer. (Arch. Nat., JJ. 110, p. 215, 
ad. a. 1376 :, Ord., IX, 88, ad. a. 1405 ; X, 406, ad. a. 1487 ; Arch. Nat., Z'* 30, 
14 mai 1480). Aujourd'hui à la Monnaie on découpe à l'emporte-pièce les flans 
d'argent ou disques destinés à être convertis en francs. 

4. 'Voir à l'appendice la notice sur Pierre Richer. 

5. Cf. Godefroy ad. v. Enfermer; V. Gay, Glossaire archéologique, p. 276. 

6. Voir la Danse macabre dans Paris et ses historiens, p. 306 : 
Las, preste l'on plus à usure ? — Ç.à, de l'argent. Prens ma ceinture. 

(Le grup de Clément Marot, éd. Guiffrey, II, p. 442). Cette lourde ceinture, pour 
qu'elle ne pressât pas le ventre, on la portait parfois sur les fesses. Cf. Eloi 
d'.\merval, Grant Deablerie, 1. II, ch. 53 : 

Plus le regarde et plus me fâche — Q.ui porte ses mains sur son cul — Et ne prend en luy 
plaisir nul — N'esbatement ne joyjï aucune — Que de songer à sa pécune... 
et plus loin, ch. 38 : 

Il n'est bruit que de tel gent — Sont bien garnis d'or et d'argent — Et pour mieulx voir 
leur pomperie — Ne vont portant par fringucric — Leurs gibessieres sur leur cul — Toutes 
plaines de beaux cscus... 



158 FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 

montreront, eux qui étaient orgueilleux de leur fortune, hum- 
bles envers tous. Ils diront « Hein ? Q.uoy ? Il n'en est rien ! », 
comme les gens qui nient toujours lorsqu'il faut acquitter 
leurs dettes ' : et tout le monde pensera alors : « voici des 
enfants de lieu de bien », c'est-à-dire des coquins M 

Ce sont évidemment trois personnages détestés de Villon, 
détestés de son temps : le poète qui les a flagellés dans ses 
Lais \ d'où la haine est absente, sait ici les frapper de nouveau ^. 

Et nous retrouvons encore, comme en pendant, les deux 
chanoines exécrés de Notre-Dame qui reviennent aussi sans être 
nommés, eux non plus, par Villon : Thibaud de Vitry et Guil- 
laume Cotin K 

Car François les désigne seulement comme de pauvres cler- 
geons, auxquels il a laissé autrefois ses titres vides, sa nomi- 
nation de l'Université. Ils sont alors vieux et tout courbés ces 
pauvres enfants que Villon a peints jadis droits comme joncs, et 
à qui il a assigné un cens à percevoir sur un personnage insol- 
vable, Gueuldry Guillaume (une rente, un cens sûr comme si on 
l'avait en main). Bien qu'ils soient jeunes (et les chanoines de 
Notre-Dame sont alors très vieux), Villon affirme qu'ils seront 
tout autres dans trente ou quarante ans (hélas ! ils seront 
sous terre) : ces gentils enfants, ne les battez pas ! Cette fois il 
donne à ces richards les bourses de ce pauvre collège des Dix- 
huit Clercs où ils délivrent d'ailleurs eux-mêmes des bourses. 
Or, cà l'office, ils doivent dormir comme des loirs, puisque 
Villon affirme le contraire : il développe à leur sujet une 
sentence du Tesiameni moral de Jean de Meung ^ Et François 

1. Tel cuide bien ravoir son gaige — A qui on dit : « Je vous le nye » 
(Faintises du Monde, v. 547) et surtout ce passage des Menus Propos : 

J'o très bien quant on me dit : tien — Mais au preste je n'y o goutte. 

2. Voir ce qui a été dit plus haut au sujet de Casin Cholet. 

3. L., h. 25, 26. Voir plus haut, p. 27-28. ■ — 4. Voir ch. xiv (fiu). 

5. T., h. 121-124 ; Marcel Schwob, François Villon, Notes et rédactions, p. 95-108. 
Cf. ch. VI (fin), vin, § 2, X. 

6. T., h. 125. 

Bien doit estre excusez jeunes cuers en jeunesse — Quant Dieux li donne aage d'estre vieil 
en vieillesse — Mais moult est grant vertu et très grande hautesse — Quant cueurs en jeune 
aage a meurté s'adresse. 



LE TESTAMENT 159 

déclare encore que pour assurer à ces pauvres clergeons de tels 
bénéfices, il va écrire au collateur. Mais pourquoi s'intéresse- 
t-il à ce point à ces enfants ? Voilà qui est curieux en effet, 
puisqu'il n'a jamais vu leurs mères, ces mères toujours si 
empressées à recommander leurs fils : mais les pauvres femmes 
étaient mortes sans doute avant la naissance de François 
Villon. 

A Michel Culdoe et à sire Chariot Taranne, qui sont de 
gros bourgeois parisiens et appartiennent tous deux à des 
familles de changeurs \ Villon léguera de l'argent. De l'argent 
à ces riches ! D'où viendra-t-il ? Du ciel, comme la manne. 
D'où qu'il tombe, d'ailleurs, il sera le bienvenu. Mais le rusé 
garçon ajoutera à ces cent sous une paire de bottes en basane, 
un cuir mince et jaune \ comme celles que l'on enfile pour 
parader ou chevaucher galamment % ou bien une de ces vieilles 
bottes que l'on crie dans les rues de Paris ^. Les voilà bien 
équipés, dans les deux cas, pour aller saluer « Jehanne », ou 
telle autre (il doit y avoir autant de Jeanne que de filles) ; et, 
sans doute, bien empêchés aussi de le faire '. 

Or il lui souvient de Philippe Brunel ^\ ce pauvre seigneur 

1. Cf. les notices à l'appendice. 

2. Les « fauves bottes » dont il est si souvent parlé dans la littérature amoureuse 
du xve siècle (Martial d'Auvergne, Arresls d'amours, IV). C'est une question de savoir 
si les cordonniers parisiens pouvaient fabriquer des semelles en basane ? Cf. Arch. 
Nat., X'a 4814, fol. 208 et s. 

3. Je soloie estre un ramborcux de bas — Housseur de cuyr, fourbisseur de cuirasses — Je 
me toulloye avec vieux cabas... — Reposons nous entre nous amoureux. 

(Parnasse satyrique, p. 143). Ci. Jardin de Plaisance, fol. 71 : 
Querrez ailleurs paille ou estrain — Garde n'avez que je vous housse... 

Collerye, p. 114 (Sermon pour une noce) : 

Tout soudain chaussa ses houseaux — Puis après monta à cheval. 

4. Q.uant la femme vieille sera — Et qu'on n'en soit plus amoureux — Q.uc dira le mary ? 
Le Sot. — lîousseaulx vieux! 

(Farce des Cris de Paris dans Ancien théâtre français, II, p. 310). 

5. Cf. Tailleveut, Le Passe Temps Michanlt (Bibl. de Stockholm, ms. fr. LUI, fol. 
244 vo) : 

En viellesse qui voir retrait — Vieux homes n'a plus cure de jeux — Il est tout mouillé et 
retrait — Et s'a tout vendu son vert jus. — Pour monter, n'aler sus ne jus, — Ne rompcra 
jamais la chausse... — Son beau cuir lui devient basane. 

6. Voir la notice à l'appendice et le ch. viii, § 3. 



l6o FRANÇOIS VILLON, SA VIE TT SON TEMPS 

de Grigny, auquel jadis Villon a laissé la ruine de Bicêtre. Cette 
fois il lui léguera la ruineuse tour de Billy, précisément dans 
le quartier où Philippe habite; mais Brunel prendra les répa- 
rations à sa charge, ce qui doit être pénible à un homme à 
court d'argent, comme il l'était. C'est encore une autre vieille 
connaissance de Villon que Jean de la Garde, riche épicier de 
Paris, qui appartient à une famille de notaires et de secrétaires 
du roi '. Si Villon l'appelle Thibaud, ce n'est pas qu'il ignore 
son prénom de Jean ; mais Thibaud ou Jean c'est tout un : car 
saint Thibaud, avec saint Arnoul, était le patron des maris 
trompés, que l'on nommait aussi des « Jehan » ou des « Jen- 
nin » ^ Jadis, en raison de son métier, Villon avait laissé à 
l'épicier le Mortier d'or ; mais, cette année, M'^ François est bien 
pauvre : il a tant perdu ! Une idée lui vient cependant tout à 
coup : il lui léguera le Barillet, une enseigne de taverne du 
quartier Saint-Martin (équivoque facile à entendre puisqu'il 
s'agit d'un buveur ^ et qui se trouve suggérée peut-être par le 
fait que Jean de la Garde est paroissien de Saint-Merry). Mais 
si Thibaud se console de ses malheurs conjugaux en buvant 
(il ne sera ni le premier ni le dernier à le faire), Villon pense 
tout à coup à un autre ivrogne : Genevoys, le vieux procureur 
au Châtelet, qui a, comme on disait, « un plus beau nez », 
un nez plus rouge encore pour boire dans ce baril \ 

1. T., h. 127. — Voir la notice à l'appendice. 

2. Pourrait il ostre vray ou fainte. — Que ma femme m'ayt faict Jenin ? 

(Viollet le Duc, Ancien tbédire français, I, p. 132); cf. Montaiglon, Ane. poésies 
françaises, X, p. 138. — Sur saint Thibaud, voir Eustache Deschamps, VIII, p. 176 
[C'est une femme trompée, et qui se vengera, qui parle] : 

Prince, puisque mon mari fauh — Et que mon chatel m'emble et fault — Et autre pertuis 
en cstouppe — Oultre mon gré, il ne m'en chault : — Par saint Arnoul et saint Thiebault — 
Je luy feray d'autel pain souppe. 

Un passage des Présomptions des femmes est péremptoire (Montaiglon, Ane. poésies 
françaises, III, p. 242) : 

Peut estre qu'elle a nom Denise — Et son niary Jean ou Thibaut... 

3. Cf. Rabelais, Pantagruel, 1. II, ch. i : « Et de ceulx la sont venuz les géans, et 
par eulx Pantagruel... Qui engendra Offot, lequel eut terriblement beau nez à boire 
au baril... » 

4. Sur la variante Angcnoidx, donnée uniquement par I, et déjà corrigée par Marot, 
voir à l'appendice. 

5. Nous avons là un exemple, entre beaucoup d'autres, de l'antique courtoisie qui 



LE TESTAMENT l6l 

Cette image du procureur ramène Villon au Châtelet, où 
il a mentionné seulement des personnages subalternes. 

A Pierre Basanier', le notaire et greffier criminel, François 
laissera un panier de girofle, c'est-à-dire de ces épices que l'on 
acquittait aux juges : épices qui seront levées d'ailleurs aux 
frais de Jean de Rueil, lui-même auditeur au Châtelet, et 
riche, dont le frère était un grand épicier. Jean Mautaint et 
Nicolas Rosnel % examinateurs au Châtelet, partageront ce 
même don de girofle : mais ces derniers, qui avaient des 
difficultés que nous ignorons avec leur seigneur et maître, 
Robert d'Estouteville, devront de plus servir gracieusement le 
prévôt de Paris, dévot à saint Christophe'. 

A ce prévôt, qui a conquis sa dame au pas d'armes que tint 
René, roi de Sicile, et où il parut comme un Hector ou un 
Troïlus, Villon donne une ballade courtoise ; en acrostiche, 
on y lit le nom de sa gracieuse épouse, Ambroise de Loré '^. 
Le prévôt a donc obligé le poète : ce que ne firent pas les deux 
légataires qui suivent \ 

Car il faut bien que ces riches Perdrier, qu'il a connus dans 
sa jeunesse, Jean et François, lui aient refusé de l'argent, puisque 
Villon assure qu'ils ont voulu l'aider tous les jours et le rendre 
« confrère » de leurs biens ; mais le poète en veut surtout à 
François, qui fut son ami particulier et a sans doute exercé 
l'office, recherché par un jeune homme, d'écuyer de cuisine. Or 
François Perdrier s'est montré très désobligeant vis-à-vis de son 



régnait entre les bons et sérieux buveurs. Cf. à ce sujet le Seniion de h Choppinerie 
(Bibl. Nat., fr. 4518) : 

Je desniens et vueil regnier — Ceux qui tenoicnt M.irtiu premier. — Il est double priorité ; 
— Teniporis prioritatc — Martin est premier et plus viculx ; — Car, par priorité d'oniieur, — 
Colin est premier choppineur... 

1. T., 128. Voir sur ce personnage, ch. VII (suite) et la notice à l'appendice. 

2. Sur tous ces personnages, le ch. VII (suite) et les notices particulières à l'appendice. 

3. Voir t. I, p. 230. 

4. T., 129, V. 1 375-1405. Cf. ch. VII (suite). — La rubrique Ballade que Villon 
donna à ting gentil homme nouvellement marié pour l'envoyer à son espouse par hiy con- 
quise A Vespée est de l'invention de Marot. 

5. T., h. 1 30-1 31. — Cf. la notice à l'appendice. 

FRANÇOIS VILLON. — H. II 



lél FRANÇOIS VILLOM, SA VIE Et SON tEMPS 

ami : au lieu de le recommander, il Fa desservi auprès du riche 
archevêque de Bourges, le jeune Jean Cœur, due pourrait-il 
bien lui léguer? François Villon ouvre alors ce livre de cuisine 
qui jouissait d'une grande autorité : le « Viandier » de Guil- 
laume Tirel, premier écuyer de cuisine du roi Charles VI, dit 
communément le TaiUevent \ Villon a parcouru tout le chapitre 
qui traite des fricassées ; il n'y a rien trouvé à son goût. Mais 
Macquaire, un mauvais et légendaire cuisinier ^ qui faisait 
rôtir le diable avec tout son poil, donna à Villon une recette 
que celui-ci s'empresse de transmettre à son compère François : 
suit une ballade, rappelant la forme des imprécations antiques, 
où Perdrier trouvera un recipe pour faire frire les langues 
envieuses, avec tous les corrosifs et toutes les ordures que 
l'imagination féconde du poète lui fournit K 

Quant à M^ Andry Couraud, le procureur à Paris du roi 
René, le voisin de François Villon ^, lui non plus n'a pas été 
bon pour le poète, ou bien sa recommandation ne lui a pas 
servi auprès de son patron; car François fait à son propos 
des réflexions assez amères : il traduit les paroles de l'Ecclé- 
siaste recommandant au pauvre de ne pas entrer en conflit 
avec l'homme puissante Mais Villon ne peut estimer sa pau- 
vreté; il ne saurait non plus s'accommoder du rôle de héros 
pastoral que joue en ce moment le roi René : à cette vie de 
Franc Gontier, il oppose sa propre conception du bonheur, et il 
envoie ce « Contreditz » à M*-' Andry, procureur du roi berger. 

Villon se rappelle encore cette vieille veuve parisienne, 
Mademoiselle de Bruyères^, qui possédait l'hôtel du Pet-au- 

1. Ce traité célèbre de cuisine a été imprimé dans le cours du xve siècle (G. Bru- 
net, La France littéraire, p. 196-197). Cf. l'édition de J. Pichon et G. Vicaire, 1892. 

2. Déjà raillé par Geoffroy de Paris, Martire de S. Bacus, p. 217-218 (il parle du 
Keii Macaire, qui toiisjoiirs œvre par contraire') Cf. Remania, XXX, p. 380, note de 
G. Paris. Mais il se pourrait aussi que Villon fît confusion avec S. Macaire dont 
Jacques de Voragine assure qu'il était « puissant sur les démons » (Légende dorée). 

3. Cf. ch. XW (suite). 

4. T., h. 132, 133, V. 1473-1506. Cf. ch. XI (/in) et la notice à l'appendice. 
$. EccL, VIII, 112. 

6. T., h. 134, V. 1515-1542. Cf. ch. VIII, § 3. 
i 



Le tESTAMEÎ<t 1^3 

Diable, et dont le souvenir est lié à ses plus anciennes frasques. 
Elle est fort pieuse, doit avoir la langue bien pendue, et cherche 
à ramener dans le droit chemin les filles égarées. Inutile à cette 
dame de prêcher au cimetière des Innocents, où les filles sont 
nombreuses : qu'elle se rende au marché de la lingerie, aux 
Halles, et adresse ses remontrances à ces gracieuses et légères 
marchandes qui ont la répartie si prompte ! Ce sera évidem- 
ment une belle lutte ; et François fait, à cette occasion, l'éloge 
du vif langage des Dames de Paris. 

Sa pensée se tourne maintenant vers ce sujet qu'il connaissait 
si bien. Villon décrit les charmantes Parisiennes que l'on voit à 
l'église, et cite très irrévérencieusement à leur propos un passage 
de Macrobe'. Ces femmes lui en remettent d'autres en tête, 
particulièrement les dames de l'abbaye de Montmartre, couvent 
où l'on s'amusait et où les hommes entraient parfaitement ^ 
Mais il pense aussi à ces chambrières de grandes maisons, avec 
lesquelles on soupe sans bruit tandis que dorment leurs 
maîtres, et à qui jadis François enseigna le jeu d'amour, « le 
jeu d'asne » '. Aux honnêtes filles de famille, Villon ne saurait 
rien donner puisqu'il a tout laissé aux ser\^antes. Il faut donc 
qu'elles se contentent de peu : et cependant elles seraient bien 
soulagées, les pauvres filles gracieuses, si elles avaient tous ces 
bons morceaux qui se perdent chez les Jacobins "♦. Or c'est vrai 
que les Célestins et les Chartreux étaient trop riches de ce qui 
manquait aux pauvres filles ! Et Villon cite Jacqueline, Perrette 
et Isabeau qui jurent par a enné », comme les filles le faisaient 
alors; elles pourraient bien l'attester» ! Puisqu'elles sont forcées 



1. T., h. I3>. Cf. t. I, p. 44 n. 

2. T., h. 136. Cf. ch. VIII, §3. 

3. T., h. 137. Voir t. I, p. 100. Cf. sur les chambrières le Parnasse satyrique, 
p. 115, et notre ch. V (suite). 

4. T., h. 138. Cf. ch. VIII, S I. — Cf. Droits nouveaux sur les femmes dans Mon- 
taiglon, Ane. poésies françaises, II, p. 125 : 

Voire mais vont aux Jacobins — Q.ui sont très dévotes personnes — Hz y menguent da 
bons lopins — Et pensez qu'ilz en font de bonnes. 

5. « Enne est un juron des files ». Glose de Clément Marot. 



164 FRANÇOIS VJLLON, SA VIE ET SON TEMPS 

d'endurer ces privations, il me paraît difficile qu'elles soient 
damnées avec moi, déclare Villon. 

François connaît aussi, parmi elles, cette Grosse Margot, 
dont le nom, très répandu parmi les filles, était tenu pour 
synonyme de ribaude, et servait parfois d'enseigne à des mai- 
sons mal famées. Mais la Grosse Margot était une personne, 
sans aucun doute, bien vivante et fort en chair ; si Villon la 
nomme « pourtraicture », c'est probablement parce qu'elle avait 
la face enluminée, peut-être aussi à cause de son goût très vif 
pour équivoquer sur les enseignes'. Et l'on trouve encore 
parmi les filles cette Marion l'Idole, qui, elle aussi, a bien existé ; 
une certaine « Jehanne de Bretaigne » à qui le poète laissera 
le droit de tenir des écoles d'amour. Or il ajoute amèrement : 
ce commerce se tient partout dans le monde, sauf dans la pri- 
son de Meung ; mais comme il faut bien mépriser ce dont on ne 
peut jouir, François Villon s'écriera : « Fy de l'enseigne ^ ! » 

On ne peut douter que l'image de la dure Catherine de Vaus- 
selles ne soit désormais liée au souvenir de ces filles. Elle aura 
mal tourné. Noël Jolis, cà qui Villon laissa une poignée d'osier 
cueillie dans son jardin et deux cents coups administrés par la 
main de Henry Cousin, bourreau de Paris (M^ Henry, comme 
on disait), n'est autre que Noël, le « tiers » de ses malheureuses 
amours, l'ami à qui Villon aura peut-être confié sa Catherine 
suivant l'usage admis quand on partait en voyage. Noël a vu 
Villon battu tout nu ; qu'il soit à son tour roué de coups ' ! 

C'était l'habitude, à la fin des testaments réels, de faire des 
legs aux établissements de charité, aux hôpitaux'^. 

A l'Hôtel-Dieu Villon ne sait que donner : ce n'est pas ici le lieu 
de faire des plaisanteries ; et les pauvres gens sont assez malheu- 

I..T., h. 140, V. 1 591-1627. Cf. ch. V (suite), XIV (suite). 

2. T., h. 141. Cf. ch. V (suite). — Satan raconte qu'un mari ayant demandé à un 
apothicaire une drogue pour être plus dispos, celui-ci lui donna une pilule purgative : 

Lucifer. — Et fy, de par le diable, fy — Sathan, je dy fy de l'enseigne ! 
(Eloi d'Amerv.il, Grant Dcahlerie, ch. 114). 

3. T., h. 142. — Cf. ch. V, S 3. 

4. Cf. le ch. XIV (suite). 



LE TESTAxMENT 165 

reux. Les riches ont coutume de leur envoyer ce qui reste sur 
leur table, les reliefs, les « os », les carcasses des volailles '. Au 
fait, les frères Mendiants ont eu « mon oye », pense François 
qui leur a légué de grasses « souppes jacobines » et aussi de 
<c grasses gelines » : les hôpitaux en auront les « os », la car- 
casse. Et il conclut : « à menue gent, menue monnoye », 
équivoquant sur ce don d'une oie et la « monnoie » dont les 
riches Mendiants ne manquaient pas, en effet ^ 

Mais François a oublié de laisser quelque chose à Colin Ga- 
lerne, son barbier, qui demeurait non loin de l'Hôtel-Dieu, rue 
de l'Herberie : jouant encore sur son nom de « galerne », qui 
désignait le vent froid de la glace, Villon lui laisse un gros 
glaçon qu'il devra conserver comme emplâtre sur l'estomac, 
tout un hiver : l'été suivant Galerne n'aura plus à souffrir de la 
chaleur. En effet il sera mort, entre temps, d'une fluxion de 
poitrine \ Après cette incidence, François revient à ses legs aux 
pieuses communautés. 

Parmi elles, les « Enfants Trouvés » n'auront rien ; Villon 
ne s'intéresse qu'aux enfants perdus, comme lui^. On les re- 
trouvera facilement d'ailleurs dans Tune de ces écoles d'amour 
que tient la fille Marion l'Idole. Qu'on leur lise tout de même 
cette leçon : et Villon leur adresse des conseils, où il évoque 
la triste fin de Colin de Cayeux. 

L'enfer se présente certainement à son esprit, car François se 
dit sagement : ce n'est pas un petit enjeu (un jeu où l'on 

1. Aux Mendiens qui ne prennent monnoye — Mais pain et vin, aussi leur en donnoye... 
— Qu'on leur baille la grandie de mon oye. 

{Testament fin Riiby, dans Montaiglon, Ane. poésies françaises, XIII, p. 8). 

2. T., h. 143. — G. Paris (Roniania, XXX, p. 392) a adopté le point de vue de 
Marcel Schwob qui trouvait dans ce legs un souvenir du trait bien connu de Pathelin 
(antérieur dans ce cas à 1461) : Et si niangere^ de mon oye (y. 300). J'avoue ne pas 
partager cette opinion. Faire wii «o-^r defoeest ailleurs employé par l'auteur de Prt//;^/»;, 
corame une façon proverbiale de dire : berner quelqu'un (Ed. Schneegans, v. 1577. 
Cf. Les oisons mainent les oes paistre,\'. 1587). Et il y a par contre dans le Pathelin 
des souvenirs du Testament (v. 367, 747). L'admirable farce paraît bien dater de la 
seconde partie du règne de Louis XI et n'a rien à voir avec Villon. 

3. T., h. 144. — Cf. ch. VIII (suite) et la notice i l'appendice. 

4. T., h. 145, V. 1667-1691. Cf. ch. XI, XII. 



l66 FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 

engage trois mailles) que de risquer de mettre son corps dans 
les flammes, et peut-être son âme '. Le repentir alors ne sert à 
rien ; il n'empêche pas de mourir ignominieusement. Celui 
qui gagne, qui a toutes les joies de la terre, ne possède pas pour 
cela la reine de Carthage, la beauté elle-même \ En somme on 
perd toujours à ce jeu. Il faut être fou et infâme pour risquer sa 
damnation contre des joies si illusoires. Mais on dit que tout 
le chargement du charretier qui transporte des tonneaux de 
vin doit se boire, l'hiver au coin du feu, Tété dans la campagne, 
au bois : c'est vrai. Si vous avez de l'argent, il n'est pas fixé pour 
toujours; vous le dépenserez : or, s'il est mal acquis, où va-t-il ^ ? 

Tout aux tavernes et aux filles. 

Compagnons de plaisir, méditez bien cela ; évitez aussi d'être 
exposés à ce mauvais air qui rend les pendus tout noirs ! 

Sur quoi François revient à ses legs aux hôpitaux '^. Aux 
Quinze-Vingts aveugles, il laissera ses lunettes ^ Comme ils ont 
le privilège de se tenir au cimetière des Innocents, pour y faire 
la quête, les jours de fête, ces non-voyants auront loisir d'en 
user afin de reconnaître, parmi les défunts, les bons des mauvais ! 
Que de têtes dans ces charniers, combien de morts tombent en 
poussière ! Que Dieu les absolve tous : tel est le legs que Villon 
fait aux pauvres trépassés. Or François le fera connaître à 
toutes les juridictions du royaume (cours, sièges, palais), à 
tous ces juges qu'il assure, ironiquement, abhorrer l'avarice et 

!. On a vu là un trait d'esprit fort ! Villon n'est cependant que l'écho de la doctrine 
de tous les théologiens, depuis saint Thomas jusqu'aux pères du Concile de Trente 
{Somme, III, question 59, art. 5). A l'heure de la mort, Dieu juge seulement l'âme. 
Au jour du jugement final, le corps sera jugé aussi (Cf. E. Mâle, L'art de la Un du 
moyen âge, p. 477). 

2. Dido la royne de Carthage, 

En beauhé et en bien heureuse, 

a dit Martin le Franc, dans son Champion des Dames (fol. 173 vo). Il cite comme une 
façon de proverbe : « Impossible d'épouser Didon ». 

3. T., V. 1692-1719. Cf. ch. VIII, § 3, XII. — Mais il semble aussi à l'inconstant 
Villon que l'argent procuré par le travail doive prendre le même chemin. 

4. T., h. 147-151. — 5. Cf. ch. VIII, § 3. — Cf. le Testament de fin Ruhy, dans 
Montaiglon, Ane. poésies françaises, XIII, p. 7. 



LE TESTAMENT 167 

devenir tout secs pour le bien de la chose publique. Oui, qu'ils 
soient absous de Dieu quand ils seront morts ! Mais c'est là en 
quelque sorte, pense Villon, une absolution secondaire, celle 
de Dieu : le plus important, n'est-ce pas d'obtenir celle des fils 
de saint Dominique, de ces chiens du Seigneur qui fourrent 
leur nez partout ' ? 

Nous étions au cimetière, entre l'enfer et le ciel ; nous voici 
tout à coup sur la terre de l'amour et des chansons. 

Ainsi, à cet honorable et gras drapier, Jacques Cardon % «pour 
qui il n'a rien d'honnête », Villon léguera une bergeronnette 
ou une bergerette, une sorte de rondeau : car ensemble ils 
ont chanté jadis des refrains à la mode, comme ce chant 
« Marionnette » composé au sujet de Marion la Peautarde, ou 
celui d' « Ouvrez vostre huys, Guillemette ». 

Et grâce au pouvoir qu'il tient de la fée qui l'a mis au monde, 
Villon laissera à maître Lomer', sans doute Pierre Lomer 
d'Airaines, le religieux, le don d'être bien aimé : mais qu'il n'ait 
jamais la tête échauffée à l'idée d'aimer filles ou femmes 
portant coiffes (comme toutes les femmes portent de telles 
coiffes, on se demande à qui s'adressera l'amour de M^ Lomer ?) ; 
que cela non plus ne lui coûte rien, pas même une noix'^ (ce 
qui est magnifique, puisque Villon assure que tout l'argent va 
aux filles, que les femmes n'en veulent qu'à notre bourse). A 
ces conditions, M^ Lomer aura le loisir de faire cent fois la 
a faffée », c'est-à-dire l'acte d'amour \ la folie, en dépit du 
valeureux Ogier le Danois ^ ! 



1. Voir ce qui a été dit plus haut de 1' « office de prêcheur ». Marot, en publiant la 
leçon « Cerchent bien les os et les corps », a fait un contresens. 

2. T., h. 153, V. 1784-1795. — Cf. ch. V (fin) et la notice à l'appendice. 

3. T., 154. — Voir la notice à l'appendice. 

4. On disait alors, dans le même sens, une prune, un oignon, un ail, une tostée, etc. 

5. Cf. Romania, t. XVI, p. 423-424 n. 

6. La suite féerique d'Ogier le Danois a été publiée par Antoine Vérard en 1498 
(Bibl. Nat., Vélins 1125). C'est une grande folie, en vérité. On y voit, entre autres, 
Ogier soutenir la querelle de la belle Gloriande, fille de l'amiral ; car, dira-t-il, « pour 
les dames, je ne fuz onques las d'abandonner mon corps pour leur faire honnorable 
service ». Or, Ogier n'avait pas son pareil en vaillance. Il passe la nuit près d'elle, 



l68 FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 

Aux pauvres amants infirmes, comme ceux de VHôpital 
d' amour \ Villon laisse le lai de M^" Alain Chartier, qui peut être 
le Lai de Plaisance, mieux encore le Livre de la belle dame sans 
mercy que quelques manuscrits intitulent lai \ Au chevet de 
leur lit, ces tristes amants auront un bénitier rempli de pleurs 
et de larmes ; un petit brin d'églantier leur servira de goupillon : 
cela, à charge de dire un psautier pour l'âme du poète. 

Toujours dans le même ordre de plaisanteries amoureuses, 
M*^ Jacques James ', le fils du maître des œuvres de la ville de 
Paris, qui vient d'hériter de son père de nombreuses maisons, 
entre autres de celle de la rue aux Truies et d'une maison à 
étuves qui n'est peut-être pas bien famée, recevra la permission 
de se fiancer avec autant de femmes qu'il voudra, mais de n'en 
épouser aucune : or il y a là-dessus un proverbe : « tel fiance qui 
n'épouse point ». Sans doute Jacques James ne cherche guère à 
se marier. Pour qui amasse-t-il donc ? Pour les siens. Mais il 
ne regrette que ce qu'il mange. Et Villon de conclure, en équi- 
voquant vraisemblablement sur la maison qu'il possédait : ce 
qui a été aux truies doit revenir aux pourceaux ; ce qui vous 
est venu par la débauche doit y retourner. 

François pense au « Sénéchal » qui paya un jour ses dettes 
et qui maintenant s'ennuie bien "". Pour le distraire, Villon lui 
adresse ses sornettes ^ c'est-à-dire ses dernières compositions. 
Si elles ne lui plaisent pas, il pourra en allumer son feu, en 
faire des allumettes. Or ce sénéchal, que Villon crée maré- 

« la resconfortoit tousjours de toute sa puissance. Si passa cette nuyt le plus joyeuse- 
ment que ilz peurent jusques au matin ». A la fin du roman, la fée Morgue lui dit: 
« Et vous ai laissé longuement faire voz vaillances en guerre et faire voz soûlas avec 
les dames... » — Ct. Eloi d'Amerval, La Grant Deahîeiie, ch. 49 : 

Car ilz {les dames) ont la belle frontière — De velours noir nouveau prise — Q.ue je loue 
beaucoup et prise — Cela fait tant bien la fafée, — que Madame semble une fée. 

1. T., h. 155. 

2. Alain Chartier y avait dit : 

Je laisse aux amoureulx malades — Q.ui ont espoir d'allégement — Faire chansons, dits et 
ballades, — Chascun en son entendement... 
(Ed. A. Duchesne, p. 503). Cf. Piaget, Rotiiiwia, 1892, p. 430. 

3. T., h. 156. Cf. ch. VIII (suite) et la notice à l'appendice. 

4. T., h. 157. — Cf. la notice à l'appendice. — 5. Ce présent livre (Marot). 



LE TESTAMENT 169 

chai, un maréchal-ferrant qui mettra des fers aux pieds des 
oies et des canards, suivant une plaisanterie très courante, 
et qui s'ennuie si fort à chanter comme un oiseau dans sa 
cage, est bien vraisemblablement un poète, un grand seigneur : 
Pierre de Brézé, grand sénéchal de Normandie, serviteur dévoué 
de Charles VII, que Louis XI vient de faire enfermer à Loches '. 
Peut-être cette idée d'un prisonnier raméne-t-elle encore une 
fois la pensée de Villon vers le Châtelet ? Toujours est-il qu'au 
chevalier du guet, Jean de Harlay% François donne deux petits 
pages, un certain Philibert et le gros Marquet, qui ont très mal 
servi le prévôt des maréchaux, Tristan l'Hermite, et qui viennent 
d'être cassés aux gages K Quant à Chappelain '^, ce ne doit pas 
être un personnage ecclésiastique, mais bien un sergent de 
la douzaine du Châtelet ; seulement en raison de son nom 
Villon lui laissera « sa chapelle à simple tonsure », c'est-à-dire 
un bénéfice destiné à des clercs étudiants, et qu'il ne possède 
d'ailleurs pas, à charge d'expédier une messe sèche (une de ces 
messes où le prêtre ne consacrait pas, mais disait en hâte 
quelques oraisons, et que les conciles avaient interdites comme 
de simples simulacres de messes : on les réservait pour les 
défunts ; on les tolérait parfois dans des cas exceptionnels, 
en mer par exemple ^). Volontiers Villon lui eût laissé sa cure, 
qui a la même valeur que sa chapelle ; mais Chappelain 
n'entend pas avoir charge d'âmes, c'est-à-dire la juridiction du 
for intérieur : il ne se soucie pas de confesser d'autres personnes 
que les chambrières et les dames. 



1. Cf. la notice à l'appendice. 

2. T., h. 158. Cf. ch. V(^«). 

3. Sur ces personnages, voir ch. V (suite), VII (suite). 

4. T., h. 159. Cf. ch. VII (suite). — Il est question, le 3 septembre 1488, (Arch. 
Nat., Y. 5266) d'un Bernard Chapelain, prêtre, demeurant au presbytère de Saint- 
Jean en Grève, fait prisonnier à la requête de Pierre Mallesart « pour ce que ledit 
messire Benard fortroit sa femme et luy bailla en mariage, disant par ledit messire 
Benard que c'estoit sa messe ; et ladicte Jehanne, laquelle ne bouge ordinairement 
d'avecques icelluy messire Benard ; et fut trouvé en son hostel les habillemens et 
sainctures de ladicte Jehanne. » 

5. Du Cange acJ. v. Missa sicca. 



lyO FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 

Comme il peut y avoir quelques difficultés au sujet de 
l'interprétation de son testament, François Villon laissera le 
soin de le gloser à Jean de Calais ', qui ne devait guère le 
connaître : mais c'était bien le notaire du Châtelet chargé de 
l'interprétation des testaments. 

Il ne reste plus qu'à régler la question de sa sépulture et de 
ses funérailles \ Villon demande à reposer à Sainte-Avoye, 
parmi les vieilles filles de ce couvent de quinquagénaires, rue 
du Temple. Si cela ne coûte pas trop cher, que l'on trace son 
portrait à l'encre. De monument funèbre, au fait, il n'a guère 
besoin, puisque la chapelle Sainte-Avoye se trouve au pre- 
mier étage, a au solier » ; cela chargerait trop le plancher : 
et voici, entre plusieurs autres assez plaisantes ^ la raison qui 
l'a déterminé à choisir sa sépulture à Sainte-Avoye ^. Autour 
de sa fosse on écrira seulement, en assez grosses lettres, avec 
du charbon ou de la pierre noire, mais sans entamer le plâtre, 
l'épitaphe plaisante du bon « follastre », du pauvre petit écolier 
qui parodie alors le requiem œternam ^ : 

Il fut rez, chief, barbe et sourcil <^. 

François désire maintenant arrêter le détail de la sonnerie 
de son service ^ 



I. T., h. 160-2. Cf. ch. XIV (suite). — 2. T., h. 163. 

3. La chapelle Saincie Avoye estait lors et de nostre temps eslevée d'un estaige (Marot). 
— Cf. Eustache Deschamps, IV, p. 279 ; VEvangille des Quenouilles, p. 24. G. Alecis 
(éd. Picot, I, p. 358) a dit : 

Me transportay gorrier vers Sainte Avoye. 

4. Voir t. I., p 290-292. Le sens de la plaisanterie n'est pas douteux. Et sans 
doute Villon s'est souvenu du Testament de Deschamps (VIII. p. 29) : 

J'ay esleu ma bière — En l'air pour double de périr. 

5. T., V. 1892. Cf. Le grant Testament de Taste Vin, iXzns M.orA3À^on, Ane. poésies 
françaises, III, p. 78. 

6. On a expliqué ce vers en disant que la misère et une vieillesse prématurée avaient 
amené la perte de ses cheveux, etc. Mais il pourrait peut-être s'agir d'un châtiment 
légal, tel que celui qui était infligé aux clercs bigames, à ceux qui usaient de tonsures 
contre le droit, aux indignes, etc. Cf. Registre du Chdtelet, I, p. 152, p. 204; II, 
p. 303. L'expression dans tous les cas est de style « Rez tout jus comme, etc. ». 

7. T., h. 166-7. 



LE TESTAMENT 17^ 

C'était alors un dicton commun qu'on ne sonnait pas les 
cloches pour les pauvres'. On sonnera pour Villon le gros 
beffroi de la tour de Notre-Dame ; et, pour leur peine, les 
carillonneurs recevront quatre ou six miches, ce que donnaient 
alors les riches : mais les miches de Villon seront celles qu'à 
Paris on nomme miches de saint Etienne, c'est-à-dire des 
cailloux ronds en forme de petits pains, tout semblables à ceux 
dont le diacre fut lapidé ^ Et nous savons encore qu'en ce 
temps-là, il y avait eu un assez grand désordre dans les sonne- 
ries de Notre-Dame ; que des misérables faisaient le travail 
qu'auraient dû assurer les gras et riches marguilliers '. Ces gens 
de rien que sont alors les sonneurs, Villon les choisira parmi 
les personnages les plus fortunés et les plus considérables 
de Paris : et il nomme Guillaume Volant, un puissant mar- 
chand, et Jean de la Garde, le très riche épicier'^. Des avares, 
évidemment, que les moralistes de ce temps représentent tou- 
jours lapidés, comme le diacre, mais dans l'enfer \ 

Il lui reste maintenant à déterminer les exécuteurs respon- 
sables de son testament ^. Ceux que Villon va nommer 
posséderont « bien de quoi » : ses légataires auront lieu d'être 
satisfaits. François en désignera six : trois sont de très puissants 
personnages, trois autres, des fripons ou des gens de rien. Or 
Frémin, le clerc, écrit les noms de Martin de Bellefaye, lieute- 
nant criminel du Châtelet, du puissant et riche sire Guillaume 
Colombel, de Michel Jouvenel, le receveur des Aides, un 
homme très fortuné'. Ces trois-là, François les charge d'agir 
au nom de tous : ils en ont bien les moyens. Toutefois Villon 

1 . « Pour pauvre personne guères on ne sonne « (Gabr. Meurier, Trésor des sentences 
dans Le Roux de Lincy, Proverbes français, \, p. 35). 

2. T., h. 167. — Il va, au musée de Cluny, une charmante statuette de saint 
Etienne qui commente parfaitement ce passage. (Salle des Emaux, xiV siècle) Marot 
en avait la tradition « Miches de Saint Estienne, des pierres. » 

3.Cf. ch. VIII, §2. 

4. Voir les notices à l'appendice. 

5. Voir A. Claudin, Histoire de l'imprimerie, t. III, p. 184 {Le procès de Belial à 
rencontre de Jhesus). 

6. T., h. 168. — 7. Voir les notices à l'appendice. 



172 FRANÇOIS VILLON, SA VIE liT SON TEMPS 

insinue malicieusement qu'ils pourraient peut-être redouter les 
premiers frais de l'exécution de son testament, et se récuser : 
dans ce cas-là, il institue pour exécuteurs ces gens de bien, Phi- 
lippe Brunel, le noble écuyer, M*^ Jacques Raguier, qui ne vaut 
pas mieux que lui, et M'^ Jacques James, qui n'est qu'un débau- 
ché '. Ce sont des personnages très soucieux de sauver leurs 
âmes (on pense si c'était le fait d'un Philippe Brunel qui 
fut poursuivi pour n'avoir pas reçu la communion) ; et je sais, 
ajoute Villon, qu'ils mettraient du leur plutôt que de ne pas 
accomplir mes volontés. Ceux-là n'ont pas besoin non plus 
d'être contrôlés : 

A leur bon seul plaisir en taillent ^. 

Ce qui fut rigoureusement vrai de Philippe Brunel, un tyran 
de village, n'entendant rendre des comptes à personne ^ 

Villon a déjà désigné le notaire du Châtelet chargé d'exa- 
miner les testaments des laïques ; mais, comme écolier, et 
pourvu d'une lettre universitaire de nomination, il a, on se 
le rappelle, un caractère religieux. François pense à tout. Puisque 
le côté comique de cette partie du Testament est précisément de 
parodier les formes d'un acte réel, Villon nommera donc le 
maître des testaments, qui était le juge ecclésiastique de l'Offi- 
cialité chargé de recevoir les testaments des religieux'*. De son 
fait, il n'aura rien, « qiiid ne qiiod ». Le poète institue à sa place 
un prêtre, un peu plus jeune que lui, Thomas Tricot', qu'il 
a pu connaître dans le courant de ses études. Sans doute, par 
la suite, ils ont bu ensemble à la taverne et joué ; car Villon 
assure que volontiers il consommerait à sa table, « à son 



1. T., h. 168- 171. Voir les notices à l'appendice. 

2. T., V. 195 1. 

3. Voir la notice à l'appendice 

4. T., h. 172. Cf. ch. III, XIV {suite). 

5. Thomas Tricot, du diocèse de Meaux, bachelier èsartsen 1452 (Bibl. de l'Univ., 
ms. no I, fol. 1 50). Sa bourse est forte : 7 s. 4 d. — On trouve, au mois de mars 1461 
n. st., (Arch. Nat., X 5» 2) un certain Me Thomas Tricot, plaidant contre Guillaume 
le Bouteiller, écuyer. 



LE TESTAMENT 173 

escot », dût-il lui en coûter « sa cornete » (c'est peu puisque 
Villon ne portait pas de chaperon à cornette, mais le bonnet 
des écoliers) ' ; or il insinue que si Tricot savait jouer à la 
balle, il lui aurait légué ce tripot qui se trouvait dans la Cité, 
non loin de la Pomiiie lIc Pin, et qu'on nommait « le Trou 
Perrete'' ». C'est donc là qu'ils faisaient la partie. 

Or Villon s'avise tout à coup qu'il a oublié de parler du 
luminaire ', c'est-à-dire des lampes et des cierges que l'on 
allumait aux enterrements : question fort importante alors 
pour les églises qui ne sont pas riches, et qui en tirent bénéfice ^. 
Il y commettra donc un légataire spécial : ce sera Guillaume 
du Ru, un des gros marchands de vin de Paris. Mais pourquoi 
un marchand de vin assure-t-il le luminaire d'un mort ? Parce 
que les clercs de ce temps appelaient le vin « l'huile de bon 
saint », qu'il fallait avaler jusqu'au gosier afin que la lampe 
de l'esprit ne s'éteignît pas \ 

Pour porter les coins du suaire, François s'en remet à ses 
exécuteurs. 

Car le moribond se sent de plus en plus mal. Il éprouve 
des douleurs dans les cheveux, dans la barbe, dans les sourcils, 
et ailleurs ^ ; il est bien malade : voici l'instant de demander 
pardon à tout le monde ' : 



1. On mettait aussi son argent au fond de cette cornette du chaperon. Et peut-être 
disait-on plaisamment cornette pour bourse ? (Voir ce qui a été dit au sujet du legs à 
Denis Richier et Jean Valette, h. 97). 

2. Le trou Perete, un jeu de pauhiie à Paris (Marot). On a vu qu'il devait y avoir sur 
ce titre une sale équivoque à l'adresse du jeune prêtre Tricot, comme le montre la 
Farce du vendeur de livres : 

Trou du cul Perrctte... 

(Le Roux de Lincy, Recueil de Farces, II, p. 14. Cf. Collerye, p. 114). — Le mot 
tripot prêtait également à une équivoque (Cf. Parnasse satyrique, p. 55, 244-5) • 

Ça, m.i mye, que je vous régente — V.n faisant l'amoureux tripot. 
(^Ancien théâtre français, I, p. 206). 

3. T., 173. 

4. Voir la notice sur Pierre Riclier à l'appendice. 

5. Cf. à l'appendice la notice sur (niillaume du Ru. 

6. T., h. 173. 

7. T., V. 1968-1995. 



Î74 FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 

A Chartreux et a Celestins, 
A Mendians ' et a dévotes, 
A musars, a claiquepatins ^, 
A servans, a filles mignotes 3 
Portans surcotz et justes cotes 4, 
A cuidereaux d'amours transsis 
Chaussans sans meshaing fauves botes s, 
Je crie a toutes gens mercis. 

A filletes monstrans tetins 
Pour avoir plus largement d'ostes 6, 
A ribleurs 7, mouveurs de hutins ^, 
A bateleurs traynans marmotes 9, 
A folz, folles, a sotz et sotes, 
Qui s'en vont siflant cinq et six '", 
A marmosetz " et a mariotes '2, 
Je crie a toutes gens mercis. 

Sinon aux traistres chiens mastins 
Qui m'ont fait manger dures crostes 
Et boire eau mains soirs et matins^ 
Qu'ores je ne crains pas trois crotes '3, 

1. Aux ordres Mendiants. 

2. Faire claquer et mieux « cliquer », en se promenant, son patin (c'est-à-dire la 
forte semelle qui vous grandissait). Tel était le fait des femmes ou des jeunes affectés de 
ce temps (Martial d'Auvergne, Arrests d'amours, IV). Ce geste était habituel aux 
filles de mauvaise vie, comme le prouve une ballade du ms. fr. LUI de Stockholm, 
fol . 1 9 v : 

Puisque nonnains cliquetèrent patin... — Ne furent culz de putain sans hutin. 

3. On rencontre cette expression dans les actes officiels pour désigner les filles. 

4. Suivant la mode la plus nouvelle de porter des habits serrés. 

5. Chaussant sans blessure d'étroites bottes jaunes. C'était l'élégance suprême des 
amoureux de porter de telles bottes : la belle chaussure d'alors (Marot). 

6. Il y a une gravure du xvine siècle qui représente des filles à la fenêtre dans 
cette posture. Cf. Montaiglon, Ane. poésies françaises, III, p. 238. 

7. Les mauvais garçons qui font du bruit la nuit, les voleurs (le mot se rencontre 
dans les actes officiels où les mauvais écoliers sont assimilés aux ribleurs'). Cf. 
P. Charhpion, Notes pour servir à l'histoire des classes dangereuses, p. 51. 

8. Querelleurs. 

9. Jongleurs, montrant des marmottes, des ours, des singes. 

10. Par bande de cinq et de six ? 

1 1 . Marmots, grotesques. 

12. Des petites « Marie », des Marionettes, des petites filles. 

13. Je suis la correction de Marot qui est seule intelligible. Villon a dit souvent 
qu'en pri.son il était naturellement au pain et à l'eau. (Cf. h. 2, 63 ; Poés. div., X)' 



LE TESTAMENt 1?$ 

Je feisse pour eulx petz et rotes ; 
Je ne puis, car je suis assis. 
Au fort, pour éviter riotes ', 
Je crie a toutes gens niercis. 

Qu'on leur froisse les quinze costes 
De gros mailletz, fors et massis, 
De plombées ^ et telz pelotes 3. 
Je crie a toutes gens mercis. 

C'est la fin du Testament du pauvre Villon. 

Mais il reste encore à faire les invitations^. Tel était l'office 
des crieurs de corps \ qui annonçaient les décès par la ville, là 
où se portait la foule, proclamaient le jour et l'heure des enter- 
rements, puis faisaient tinter la sonnette autour du défunt ; ils 
louaient aussi des robes et des manteaux noirs. — Quand vous 
entendrez le carillon, inutile, dira François, de revêtir de telles 
cottes de deuil ! Habillez-vous de rouge, car je suis mort martyr 
d'Amour : ce qui n'était pas tout à fait vrai ^ 

Villon termine par un récit comique de sa fin : à l'instant 
de mourir, il se représente avalant un trait de vin rouge ' : 

Prince, gent comme esmerillon, 
Sachiez qu'il fist au départir : 
Ung traict but de vin morillon 
Quant de ce monde voult partir ! 

Il faut l'avouer, ce trait bouffon, et qui fit fortune chez les 
médiocres imitateurs du poète ^, choque dans le Testament : il 



1. Des querelles, des disputes. 

2. De bâtons garnis de plomb. 

3. Balles de plomb. 

4. T., V. 1999. « Venez à son enterrement ! » : c'est donc le crieur qui parle et 
termine le récit de sa fin. 

5. Cf. A. Franklin, Dictionnaire bislorique des arts et métiers, ad. v. crieurs 
de corps. 

6. T., V. 2000. 

7. T., V. 2020-2023. 

8. Pathelin. N'a il plus rien au pot carré — A boire avant que trespasscr ? — Guille- 
METTE. Deussiez vous en ce point farcer — Où estes si près de la morte 

(Le Testament de Pathelin, p. 143, à la suite de la Farce dans l'éd. de Coustelier). 



17^ FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 

n'est pas vrai, il n'est pas sincère. 11 commandera la légende de 
Villon : c'est un mensonge, comme le fut en partie son atti- 
tude d'amoureux. 

Invinciblement la pensée du lecteur attentif se porte ail- 
leurs. 

Car il semble bien plutôt qu'on ait devant les. yeux une 
scène analogue à celles de ce grand et rude livre, qui vit le jour 
en ce temps, YArs moriendi, VArt de bien vivre et de bien mourir, 
et que d'admirables figures rendront bientôt populaire '. Il y a 
là aussi un malheureux agonisant, les bras amaigris et la figure 
dolente, gisant au lit de sa dernière sueur. Un drame se noue 
dont le sujet est une pauvre âme, clairvoyante et en proie au 
vertige, autour de laquelle tournent les démons tentateurs, 
les chiens d'enfer. Ils livrent un premier assaut à la foi du 
mourant et lui cachent le ciel à l'aide d'une couverture; ils 
désespèrent son espérance. Un démon hideux présente à l'ago- 
nisant une grande charte scellée : c'est le rôle de tous les maux 
que la pauvre créature a commis ici-bas. Ses crimes pren- 
nent corps comme par l'eifet d'une incantation maléfique : 
« Voici tes péchés ! » Le mourant revoit le tendre corps de 
la femme aimée : le démon la désigne du doigt et on lit sur 
son rôlet : « Tu as forniqué !» ; et l'époux trompé se dresse, 
lamentable, devant lui. Le moribond reconnaît le pauvre tout 
nu que le diable revêt ironiquement de son manteau ; le cadavre 
de l'homme qu'il a tué et dont le flanc saigne : « Occidisti », 
dit le démon armé d'un coutelas. Puis il voit encore, assis surune 
borne, appuyé sur son bâton, le misérable à qui il n'a pas 
fait l'aumône : « Tu as vécu comme un avare », aboie le 
démon. Et il lui montre aussi, pour le faire tomber dans le 
désespoir, son petit enfant, sa femme et ses amis, insinuant 
que ceux qui le soignent ne pensent qu'à son argent : 

Car enfant n'a, frère ne seur, 
Qui lors voulsist cstre son plcgc ^. 

1. E. Mâle, UAit relùrieux de la fin du moyen di^n', p. 413 et s. 

2. T., V. 519-320. 



LE TESTAMENT 177 

Or l'agonisant, dont les cheveux se dressent sur. la tête, s'agite, 
renverse la table et les tisanes, envoie un vigoureux coup de 
pied au derrière de l'héritier qui s'empresse à son chevet ! 

L'ironique Testament de Villon est bien éloigné de l'esprit 
'dévot qui inspira ce pieux livret ; mais les figures qu'il évoque 
sont aussi vivantes. On croit voir au chevet du pauvre Villon, 
quand il imagina de rendre l'âme, la charmante et cruelle 
Catherine de Vausselles, Marthe, la simple mère du poète, son 
bon maître Guillaume, un cortège de héros de jadis et de 
nobles dames, des belles filles, de gracieux compagnons et de 
très mauvais enfants. Il semble qu'on ait connu l'évêque cruel, 
les riches bourgeois qui n'aimaient pas à délier les cordons de 
leur bourse et singeaient cependant les belles façons des nobles, 
les faux religieux, les riches chanoines détestés, les financiers 
remplis d'orgueil, tous ses héritiers enfin que le poète châtiait 
comme le pauvre moribond de VArt de bien mourir frappait les 
siens. Autour de Villon hurlaient bien des vices à face d'ani- 
maux : Luxure, Gloutonnerie, Paresse, Mensonge, Désespoir, 
Envie et Violence ; mais au-dessus de son chevet, il voyait le 
ciel ouvert, des anges avec leurs ailes de plumes, prêts à porter 
sa pauvre âme (toute âme est précieuse) devant le trône du 
ciel, sous la forme d'un petit enfant nu, dans le rayonnement 
doré des neuf ordres. Ainsi advenait-il au moribond repen- 
tant, quand on passait dans ses doigts blancs le cierge de 
l'agonie et qu'il inclinait doucement le chef: alors, comme le 
montrent si souvent les miniatures de ce temps, il contemplait 
le Christ saignant, le benoît fils de Dieu qui ne veut pas la 
mort du pécheur et avait réconforté les pèlerins d'Emmaiis; la 
Vierge, notre maîtresse, avocate de tant de larrons. 



FRANÇOIS VILLOX. - II. 12 



îyS FRANÇOIS Villon, sa vie et son temps 



S II. — L'art de François Villon. 



Le moyen âge a surtout apprécié dans la poésie l'allégorie et 
la morale. Il a conservé les formes et les idées des auteurs de 
la décadence latine : le Songe de Scipion, la Psychomachie de 
Prudence ont fourni le cadre d'un nombre infini de compo- 
sitions de ce temps. La fiction du Songe fut presque l'unique 
forme dont on usa en poésie jusque dans les premières années 
du xvi'^ siècle \ 

La forme du Testament demeura, elle aussi, un legs de la 
décadence latine, et l'on pourrait suivre, jusqu'au début de la 
Renaissance, la double évolution de ce genre : testament à la 
fois réaliste et burlesque, d'une part, testament tout moral et 
allégorique, de l'autre^. 

Il est de peu d'intérêt pour l'étude du Testament de François 
Villon de faire l'histoire d'un genre qu'il devait modifier com- 
plètement ' ; d'ailleurs le pauvre écolier ne fut jamais un 

1. E. Lauglois, Origines et sources du Roman de la Rose, p. 55. La fin des Lais se 
présente encore sous la forme d'un songe. 

2. W. G. C. Byyanck, Spécimen d'un essai critique, p. 1 15-122 ; Marcel Schwob, 
François Villon, notes et rédactions, p. 134-140 ; Canipaux, François Villon, sa vie et 
ses œuvres, p. 16-32. 

3. Le grant Testament de Taste Vin roy des pions (buveurs) [17 mars 1489] (Mon- 
taiglon, Anciennes poésies françaises, III, p. 77); Le Testament de Pathelin, à la suite 
de la Farce (éd. Coustelier, p. 109) [peu après 1489 ?J ; Le Testament Fin Ruhy de 
Turcquie maigre marchant [1509-15 14?] (Montsàglon, Ane. poésies françaises, XIII, 
p. 1-9) ; Le Testament de Jenin de Lesche qui s'en va au mont Saint-Michel [1514-1525 ?] 
(Ihid., X, p. 372) ; Le Testament du hault et notable homme iwmuu' Ragot [gueux] 
(Ibid., V, p. 147, vers 1533) ï ^^ Testament de Levraiilt [pièce Bordelaise] (Ibid., X, 
p. 128, fin xvie s. ?). — Le Testament de Monseigneur des Barres, capitaine des Bretons 
[peu après 1488], qu'on allègue parfois, n'est vraiment qu'une complainte historique 
{Ibid., p. 102), de même que le Testament du gentil Coçois (du gentil Ecossais, c'est- 
à-dire du pillard), Bibl. Nat., fr. 24315 ; au type de la complainte populaire appar- 
tient le Testament du Vert Jannet qui fut pendu au Neuf Marché [Rouen, 1537] ; ce 
n'est d'ailleurs qu'un discours. — Le Testament de la Guerre de J. Molinet se rattache 
plutôt à la tradition des Testaments moraux. 



LE TESTAMENT 179 

grand lecteur de librairie. Tout au plus dirons-nous qu'il a connu 
le Testament moral de Jean de Meung (il le cite de mémoire et 
croit se référer au Romande la Rose ') : et cet ouvrage, très sou- 
vent copié et imprimé dans les dernières années du xv^ siècle 
sous le titre de Codicille et testament, suggéra à Pierre Levet, le 
premier éditeur de Villon, le titre qu'il imposa à ses œuvres : 
Le grant testament Villon, et le petit. Son codicille. Le jargon et 
ses balades ^ Le Petit Testament se nommait en réalité les Lais \ et 
Villon ne composa jamais de codicille : testament et codicille, 
c'était là au surplus une formule courante du style d'alors. 

L'œuvre de Jean de Meung demeure sans rapport avec celle 
de François Villon. Il n'en est pas de même du Testament que le 
pauvre Eustache Deschamps écrivit sous forme de lettre, tandis 
qu'il était malade ^. Il laissait, par exemple, sa servante à son 
curé, son coffre vide d'argent aux ordres Mendiants, aux Fran- 
ciscains ses vieilles culottes, au roi de France, ce qu'il possé- 
dait déjà, le château du Louvre, le Palais et la Tour du Bois. 
Quant à sa sépulture, Deschamps la choisissait, comme le fera 
Villon, (( en l'air ». Il est impossible de ne pas reconnaître dans 
ces petits vers du Champenois l'esprit et déjà parfois la forme 
du Parisien. Eustache Deschamps fut d'ailleurs son maître en 
poésie ; Villon le connaissait parfaitement : 

Et s'ay lessié à mon curé 
Ma pucelle s, quant je mourré... 
Je lesse aux Ordres Mandiens 
Mon grant escrin où il n'a riens, 

1. T., h. 15. 

2. Voir G. Brunet, Manuel du Libraire. — Sur cette formule. Cf. Rabelais, IV, 
ch. 21. — « Et est codicile appelle une addition que fait le testateur avec l'ordonnance 
du testament... il est de telle auctorité que par le codicille peult estre ung don en testa- 
ment augmenté ou diminué sans ce corrompre le testament... et doit le codicile con- 
former le testament en tous ses aultrcs termes » {Somme Rural de Jean Bouteiller). 

3. Cependant le poète se plaignait déjà que ses contemporains eussent nommé Tes- 
tament les Lais (T., h. 65). On lit dans le Teslameni de fin Ruhy (Montaiglon, Ane. 
poésies, françaises, XIII, p. 9): 

Depuis qu'ay fait mon test.iniciit et l.iys. 

4. Qiuvres, VIII, p. 29-32. 

5. Ma servante. Cf. la note d'Anatole France dans la Vie de Jeanne d'Arc, 1. 1, p. 165, 



l8o FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TExMPS 

Excepte le bois et le fer, 

Car ilz gettent les gens d'enfer 

Et font aler en purgatoire 

Dès leur vivant qui les veult croire. 

Ilciu je laisse à l'Ordre Grise 

Ma vicz braie et ma viez chemise ; 

Et a l'ordre de Premontré 

L'esbatement dedanz mon pré, 

Puisque l'erbe en sera ostée... 

Le Lendit laisse à Saint Denis 

Chascun an perpétuellement ; 

Et s'ay laissé pareillement 

Au Roy le Louvre et le Palays 

Et la Tour du Bois : c'est beau lays... 



Il se pourrait aussi que Villon ait connu, à cause des 
attaches de Guillaume de Villon avec Auxerre, le Testament, 
suivi d'adieux, que Jean Régnier, seigneur de Guerchy et 
bailli d'Auxerre, composa en 1433 dans la prison française de 
Beauvais : poème touchant, mais trop long et grave, où les 
beaux traits ne manquent pas cependant '. 

Toute forme de poésie, si ingrate, si usée qu'elle soit, vaut 
naturellement par ce qu'on y met. Villon, qui avait un sens si 
aigu de la réalité, y introduisit toute sa personnalité, ses sou- 
venirs, ses haines. D'autre part, en exagérant à l'extrême le for- 
malisme de ce cadre convenu, il en tira les effets les plus nou- 
veaux et les plus comiques. Il fit vraiment la parodie d'un acte 
réel, d'un testamentauthentiquc ; peut-être mêmeétait-il malade, 
au lit, abandonné de tous et dénué de tout, lorsque cette vieille 
forme de poésie s'imposa à son esprit, avec l'obsession de sa 
fin prochaine ? 

I. Les Fortunes et adversité:^ de feu noble hotiiine Jehan Régnier, éd. P. Lacroix. 
L'ouvrage fut imprimé seulement en 1524, par Jean de la Garde: on en connaît 
quelques rarissimes exemplaires, mais aucun manuscrit. — Quant à l'auteur du Pri- 
sonnier Desconforlè (éd. Pierre Champion, 1909), qui écrivit dans la dure prison de 
Loches, sous les troubles du règne de Charles VIII (aux environs de 1488), il a connu 
certainement le Testament de Villon qu'il imita avec liberté et quelquefois avec bon- 
heur (Voir en particulier l'insertion des ballades dans les huitains). 



LE TESTAMENT loi 

Le Grant Testament est en effet calqué sur une formule de 
testament réel ', comme il est facile de le constater en ouvrant 
une collection quelconque de testaments remontant au pre- 
mier quart du xv'^ siècle \ On y retrouvera les mêmes parties 
communes : recommandation de l'âme à Dieu, à la Vierge 
Marie; instructions au sujet de l'inhumation du corps, du paye- 
ment des dettes, du convoi, du luminaire, de la sonnerie; puis 
viendront les legs particuliers, ceux aux ordres Mendiants, aux 
hôpitaux, à l'Hôtel-Dieu de Paris ; enfin le testateur nommera 
l'exécuteur, avec les pouvoirs nécessaires pour « augmenter et 
diminuer » son testament. L'acte enfin sera daté pour avoir 
forme authentique. Or Villon ne manque pas de recommander 
le sien au notaire du Châtelet qui a précisément juridiction sur 
les testaments, Jean de Calais; d'autre part, on a expliqué 
comment sa nomination de l'Université et son titre d'écolier le 
font jouir du privilège de cléricature et lui permettent de pos- 
tuler la collation d'une cure : aussi Villon ne néglige-t-il pas de 
mettre ses dernières volontés sous la protection « du maître des 
testaments ». Ce personnage était chargé auprès de l'Offi- 
cialité d'examiner les testaments des clercs, et on le trouve 
bien souvent en conflit avec le notaire civil du Châtelet'. 

Il y a donc dans le Testament tout un côté de parodie que 
nous révèle l'étude d'actes réels. Quand Villon demande par 
exemple à Jean de Calais, cet honorable homme qu'il n'avait 
jamais vu de sa vie, de gloser, de commenter, de définir, de 
décrire, de diminuer, de canceller, de prescrire, d'interpréter son 
testament burlesque, qui comprend tant de legs imaginaires, 
il traduit gravement une formule latine en usage ^ ; quand il 

1. Marcel Schwob, François Villon,, notes et rédactions, p.. 1^2. 

2. A. Tuetey, Testaments enregistrés au Parlement de Paris, 1880 ; U. Robert, Testa- 
ments de V officialité de Besançon , 1902. — Bibl. Nat., Morcau 1161. 

3. Voir à l'appendice la notice sur Jea:i de Calais. Sur le Maître des Testaments, cf. 
Du Gange, IV, p. 181 ; Le grant constnmier de France, Paris, Galiot du Pré, 1536, 
loi. 235, et ce qui a été dit aux ch. III. VIII § 2. 

4. Quibus dictis suis exécuter ibus omnibus et singulis insimul si vacare voluerint aut 
possinl, sinautem tribus aut duobus dédit... idem teslator plenam potestatem... dictum testa- 
mentum suum adimpleiuli, complendi et perficiendi, Ft si quid in eo reperiatur dubiumvel 



l82 FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 

C -^c^p^escrit qu'au-dessus de sa fosse on trace son portrait, qu'on 

écrive son épitaphe, k\ encore il ne fuit que suivre la coutume 
vraie des testateurs, reproduire des formules de style courantes 
en son temps '. 

Certainement Villon imagine les legs les plus comiques, 
les plus invraisemblables, déterminés par la satire dont il veut 
marquer des gens qu'il déteste pour ne lui avoir pas été pi- 
toyables./C'est pourquoi, lui qui n'a rien, il parlera comme un 
homme jfcrès riche ; lui, par excellence le pauvre homme du 
peuple, il fera des legs comme un chevalier. Mais il ne faut pas 
oublier non plus qu'on rédigeait alors un testament pour léguer 
une simple pièce d'habillement. Une pauvre femme laissait à 
sa paroisse sa robe de dimanche, son chaperon; son lit à sa 
filleule ; un pelisson à celle qui l'avait gardée dans sa maladie ; 
le cotillon qu'elle portait tous les jours à une autre pauvresse 
qui avait eu le visage mangé par les loups ; et les 4 livres tour- 
nois, qui étaient presque toute sa fortune, avec sa meilleure 
robe et son meilleur chaperon, elle les donnait en aumône aux 
frères Mineurs \ Ne soyons donc pas étonnés de voir Villon 
léguer toutes les pièces de son costume, ses habits usés, ses 
vieux souliers, son pauvre mobilier d'écolier, son lit, des tables, 
des paniers, son pain, sa librairie. Un inventaire après décès des 
biens d'un écolier du collège d'Autun, M« Guillaume Levavas- 
seur (entre 1484 et 15 13), nous fournira exactement les mêmes 
traits : et cette vérité du détail, qui se vérifie dans tous les 
passages du Testament, anime et fait le charme d'une œuvre 
qui aurait pu demeurer froide et conventionnelle K 



ohscwum, illud interpretandi et declarandi, augendique illud ac eidetn addendi et corrigendi 
pro ut ac secundurn quod ipsis executorihus suis visum fuit expedire (Bibl. Nat., Moreau, 
1 161, fol. 87 vo). 

1. Cf. h. 164 ; « En l'espace de laquelle tunibe led. testateur ordonne estreymaginé 
en estât de bourgois et qu'il soit intitulé autour : Cv gist tel qui trespassa tel jour. » 
4 septembre 1407 (Bibl. Nat., Moreau ii6i, fol. 94 vo^. Testament de Jean 
d'Escouen, bourgeois de Paris. 

2. Arch. Nat., LL. 784 (folio de garde); A. Tuetey et U. Robert, ùp. cit., passim. 

3. Arch. Nat., Z= 3405. Voir les pièces justificatives. 



LE TESTAMENT 183 

Ainsi, de la forme habituelle du testament, Villon a su 
tirer un élément comique. Il fait mieux encore : il brise cette 
armature raîde ; il ajoute à ces legs fictifs ou réels des dons tout 
poétiques, formés des lais et surtout des ballades interca- 
laires, soit qu'il les retrouve dans sa mémoire, soit qu'il les 
forge pour la circonstance présente, mais qui, dans tous les 
cas, se trouvent admirablement à leur place et amenés par des 
transitions toujours habiles'. Ces ballades, enchâssées dans le 
Testament, sont les purs joyaux que relient les huitains, comme 
des chaînes d'or : ce sont ell'es, vraisemblablement, que les bons 
vieillards du temps de Marot savaient par cœur% et qui con- 
tinueront longtemps encore à résonner dans notre mémoire : 
la plaintive ballade des Dames du temps jadis, la mystérieuse 
ballade des Seigneurs, et celle en vieux langage français, avec 
son refrain désolé : Autant en emporte ly vens ! 

Car Villon sait rappeler avec le plus grand art les « regrets » 
de l'ancienne belle Heaulmicre, la leçon que baille à ses jeunes 
compagnes ce la belle et bonne de jadis » : et comme à propos 
est amenée la double ballade aux fols amants ! Quel don pré- 
cieux, et si justifié lui aussi, que la ballade pour prier Notre- 
Dame envoyée par Villon à sa mère, encore que la pauvre 
femme n'ait jamais su lire M 

Au sujet de Marthe, François saura retrouver une ballade 
affectée de sa jeunesse ; à propos d'Ythier Marchand, un lai char- 
mant et précieux, où il surpasse en finesse les plus rafiinés. Et 
c'est encore une merveilleuse ballade que cette oraison, fort bien 
amenée, pour demander le repos de l'âme du bon buveur, Jean 
Cotard. Si la mauvaise et vieille ballade en l'honneur d'Am- 
broise de Loré est seulement insérée pour se rappeler au sou- 

1. M. Jean-Marc Bernard dans un article sur Villon et ses commentateurs (la Revue 
critique des idées et des livres, 1912, p. 423) a rectifié sur ce point ce qu'a dit G. Paris. 

2. M. W. G. G. Byvanck a fait justice de l'idée d'une transmission orale du Tes- 
tavient. Par contre certains morceaux lyriques se rencontrent dans cette situation. 
Voyez par exemple les variantes de la ballade de la Grosse Margot ajoutée à un ms. 
des poésies de Charles d'Orléans (ms. fr. 1104). 

3. Voir t. I, p. 16, 18, 19. 



184 FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 

venir de Robert d'Estouteville, il faut avouer que celle des 
Langues venimeuses, dédiée à François Perdrier, a bien de la 
verve et de l'esprit; que les Contredits de Franc Gontier, très 
spirituels aussi, à considérer la situation d'Andry Couraud qui 
en hérita, sont l'un des plus étonnants morceaux du Testament. 
Il y a autant d'art, autant d'cà-propos, plus de verve encore dans 
la ballade des Femmes de Paris, mise sous l'invocation de Made- 
moiselle de Bruyères'. Bien qu'elle soit cynique, c'est un mor- 
ceau magnifique que la ballade dédiée à la Grosse Margot. 
Autant d'art et de meilleurs sentiments se montrent par contre 
dans la belle leçon aux Enfants perdus et dans la ballade de 
« bonne doctrine». Celle de « mercy », très vraisemblablement 
un souvenir des annonces que faisaient aux décès les crieurs 
de corps, est d'une étonnante imagination. 
. Dans tous ces morceaux intercalaires, l'art de Villon n'a 
jamais été surpassé. Un instinct, d'une merveilleuse sûreté, lui 
a toujours suggéré le mot rare et juste que rien ne, peut rem- 
placer. Il a excellé à trouver un refrain plein de sens et sonore, 
à user des rimes les plus riches et dans un juste rapport 
musical avec ce qu'il veut évoquer en nous. Tout ce qu'a dit 
Marot à ce sujet sera éternellement vrai : Villon a non seule- 
ment mérité le « chapeau de laurier » entre les poètes de son 
temps, mais il restera, dans la ballade, le maître de tous les 
poètes à venir. 
\ Et quand on aura démontré cette vérité, que beaucoup 
de ces ballades sont des morceaux en quelque sorte typiques, 
que Villon y développa des thèmes traités bien avant 
lui, on n'aura fait que prouver ce que l'esprit d'un grand 
artiste peut tirer d'une matière banale. 

Personne ne peut contester que Villon ne doive beaucoup à 
cet excellent et rude poète que fut Eustache Deschamps. Parfois 
aussi, dans l'esprit plus que dans la forme, il semble qu'il y ait 

I. Cf. le Dit des feiiiiues de diverses nations dans le recueil Robertet (Bibl. Nat., 
ms. fr. 1717, fol. 8 vo). Epoque de Charles VIII; l'Avocat des Daines de Paris, dans 
Montaiglon, Anciennes poésies françaises, XII, p. 8. 



LE TESTAMENT 185 

en Villon comme un écho de ce pauvre homme, Rutebeuf, le 
trouvère parisien du temps de saint Louis, haineux aux ordres, 
dévot à la Vierge, à Théophile, à l'Egyptienne, graveleux sou- 
vent, et qui a usé avec un art si sûr de la languepopulaire '. 
Mais Villon a-t-il lu Rutebeuf? C'est peu probable: il était 
paresseux de lire et le vieil auteur semble avoir été bien 
délaissé. Pour Deschamps du moins la question n'est pas dou- 
teuse. On crut longtemps que les poésies du Champenois 
étaient tombées après lui dans l'oubli, sa grande œuvre nous 
ayant été conservée par un manuscrit que l'on tenait pour 
unique. C'est Là un point de vue que des études plus récentes 
ont modifié ^ Bon nombre de manuscrits de la fin du 
xV^ siècle contiennent encore les ballades les plus célèbres 
d'Eustache Deschamps; un manuscrit de Villon nous prouve 
que le public les goûtait dans le même temps, malgré leur 
langue un peu dure et archaïque \ Villon apprécia mieux que 
personne ces vigoureuses ballades réalistes de son prédécesseur; 
il eût signé très volontiers ce portrait du vieux prêtre montant 
un vieux cheval, et dont les paupières si rouges nous rappellent 
un trait de l'oraison pour Jean Cotard •*. La ballade des Langues 
venimeuses est une imitation directe de la ballade des Langues 

1. Ed. Jubinal. Voir, par exemple, l'admirable boniment du Dit de î'Herberie. 

2. M. Gaston Raynaud (t. X), qui a terminé l'édition commencée par M. Queux 
de Saint-Hilairc, a corrigé très heureusement le point de vue de son prédécesseur, de 
Crapelet et de Tarbé (le ms. fr. 840 est seulement le manuscrit de Deschamps le plus 
complet). Cf. aussi ]l. Picot, Notes sur quelques hallades d'Eustache Deschavips ancieiine- 
vient imprimées, dans Romania, no 54, p. 281. 

3. Bibl. de Stockholm, ms. fr. LUI. 

4. Ung vielx prestrc dessus un viel chev.il Et un huvel de bievre anciennal ; 
Par les costés cousu, pelé, de irayre, A son costé un grant vielz bazalaire, 
Sur vielx harnoiz, sanz culliere ou petral, Un esperon du temps du roy Clotaire... 
Viz l'autre jour ys?ir d'un presbitaire. Hz me sembloient fourrés de cendal, 

A son arson pendoit un bréviaire, Quant je les viz du premier au viaire... 

Et dessoubz ly unes grans vielles bouges : 

Bien eust semblé ou doyen ou vicaire, Prince, sacliiés que ce vielx commissaire 

S'il n'eust eu les paupières sy rouges. Bust .\disncr de vin plaines deux courges; 

Là eust tué le prévost de Beaucaire, 
Les yeulx avoir plus rouges que corail, S'il n'eust eu les paupières si rouges! 

Et son cheval très malvais luminaire, 
(Œuvres, t. X, p. XLii). 



106 FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 

envieuses de Deschamps '. L'idéal que les deux poètes se font 
du bonheur et de la vie, c'est-à-dire de jouir de la santé et d'un 
esprit juste, est bien équivalent; ils ont un goût semblable 
pour les équivoques', une môme vision sinistre de la vieillesse 
et de la morf^. Deschamps a évoqué, lui aussi, les anciennes 
gloires de la France, les preux, les pairs. Du Guesclin ^ ; il sait 
faire un dialogue^ ; il est enfin, nous l'avons vu, l'auteur d'un 
court testament burlesque, très analogue d'esprit à celui de 
Villon', et il a, comme lui, adoré Paris ^ Mais, après avoir 
constaté tout cela, on aura appris peu de chose. Deschamps 
n'attache pas beaucoup d'importance à la beauté de la rime, et 
souvent aussi il use de doubles ballades, où, bien qu'énergique 
et verveux par nature, il se montre prolixe. 

Et quand on se sera diverti à énumérer toutes les sources 
d'une ballade comme celle des Seigneurs et des Dames du 
temps jadis, qu'on aura cité les hymnes latines où Jacopone da 
Todi, saint Bernard ont chanté la fuite désolée du temps, la 
vanité des choses; tous les pessimistes, depuis Job, qui se sont 
demandé un jour ce qu'étaient devenus les héros disparus, les 

1. Œuvres, VII, p. 5, 33, 35 ; X, p. xxv, xxxi, xxxiv. — Cf. la ballade d'Eustache 
Deschamps : 

De couperas, d'alUn, de vers gris, D'armpniac et de bol armenique, 

De sal gemme, de souffre vif saillaut, Avec foison de chair de basilique 

De realgar, d'elbore blanc et bis, Potage par morseles luysans 

De sublimé, d'arsenic undoyant. En my la mer, chacun sur une brique, 

De salpestre, vitreol luisant. Soient servis au disner, mesdisans, etc. ; 

la ballade du ms. de Stockholm, fr. LUI, fol. i : Es grans vallées obscures et sulphureuses ; 
les ballades du Jardin de Plaisance : Langue poignant plus qu'esgnillon... D'une dague 
forte et ague ; les « Langues esraoulues » dans le Recueil de Farces de Leroux de Lincy. 
Il y a une imitation par Guillaume Alecis, II, p. 296 et s. 

2. Ibid., Il, p. 4; IV, p. 12, 24, 71 ; V, p. 3, 40, 204 ; VI, p. 10. 

3. Ibid., IV, p. 282; V, p. 9, 78, 132, 361 , VI, p. 186, 224, 226, 227, 229, 
235 ; VII, p. 24, 232 ; VIII, p. 12; IX, p. 153. 

4. Ibid., II, p. 52, 121, 130, 156, 248; III, p. 18, 113, 182, 186; VI, p. 40; VII, 
p. I, S. 

5. Ibid., II, p. 27; m, p. 100; IV, p. III ; VI, p. 26: VII, p. 79, 86; VIII, 
p. 149 ; X, p. Lxxvi. 

6. Ibid., V, p. 344; X, p. xix. 

7. Ibid., VIII, p. 29. 

8. Ibid. I, p. 301 ; V, p. 51 ; VI, p. 93 ; X, p. Lxxxiii. 



LE TESTAMENT 187 

Salomon, les Samson, les César, les Aristote, que saura-t-on 
vraiment de plus ' ? 

N'est-il pas évident que dans la ballade des Dames, par 
exemple, la beauté du morceau réside surtout dans la légèreté 
bruissante des rimes aine et is (un bon poète comme Charles 
d'Orléans l'a déjà prouvé) % dans ce mystère des sons propre 
à suggérer des figures imprécises (on y rencontre même un 
homme, Alcibiade, tenu d'ailleurs communément pour une 
femme) ', dans ce raccourci où un seul mot évoque toute 
l'antiquité grecque et romaine, toutes les héroïnes des chansons 
de geste ? Et ces délicieuses et équivoques figures sont en quelque 
sorte mises en valeur par deux personnages historiques : Héloïse 
et Jeanne d'Arc, « Jeanne la bonne Lorraine » qui fut brûlée 
l'année même où Villon vint au monde : 

Dictes moy ou, n'en quel pays, 

Est Flora la belle Rommaine, 

Archipiades, ne Thaïs, 

Qui fut sa cousine germaine ; 

Echo parlant quant bruyt on maine 

Dessus rivière ou sus estan. 

Qui beaulté ot trop plus qu'humaine. 

Mais ou sont les neiges d'antan ? 

Ou est la très sage Helloïs, 
Pour qui fut chastré et puis moyne 
Pierre Esbaillart a Saint Denis ? 
Pour son amour ot cest essoyne. 
Semblablement, ou est la royne 
Qui commanda que Buridan 
Fust geté en ung sac en Saine ? 
Mais ou sont les neiges d'antan ? 

1. Sainte-Beuve s'est piqué à ce jeu (Causeries du Lundi, XIV). — Voir Wilmotte, 
La tradition littéraire, p. 162-163. 

2. Ou vieil temps grant renom couroit Mais, au derrain, en son demaine 
De Creseide, Yseud, Elaine La Mort les prist piteusement ; 
Et mainte autres, qu'on nommoit Parquoy puis veoir clerement 
Parfaictes en beaulté haultaine. Ce monde n'est que chose vaine ! 

(Ed. Guichard, p. 6^). 

3. Archipiada par E, Langlois dans les Mélanges de Philologie Romane dédiés à Cari 
Wahlund, Mâcon, 1896 ; L. Thuasne, op. cit., p. 22 et s. 



FRANÇOIS VILLON, SA Vilî ET SON" TEMPS 

La royne Blanche comme lis 
Qui chantoit a voix de serainc ', 
Berte au grant pie, Bietris, Alis, 
Haremburgis qui tint le Maine 2, 
Et Jehanne la bonne Lorraine 
QjLi'Englois brûlèrent a Rouan ; 
Ou sont ilz, ou, Vierge souvraine? 
Mais ou sont les neiges d'antan ? 

Prince, n'enquerez de sepmaine 
Ou elles sont, ne de cest an, 
Que ce reffrain ne vous remaine : 

Mais ou sont les neiges d'antan 3 ? 



Plus encore que la ballade des Dames, celle des « Seigneurs 
de jadis » n'est qu'un lieu commun. Que de fois nous les 
avons lus ces développements sur le sort des héros du passé '• ! 
Eustache Deschamps n'avait-il pas, lui aussi, indiqué le procédé 
dont usera Villon, mêlant les personnages de l'antiquité aux 
preux du moyen âge ? 

Prince, et ou est Oliviers et Rolans, 

Alixandre, Charles li conquerans, 

Artus, César, Edouart d'Angleterre ? 

Hz sont touz mors, et si furent vaillans. 

Et se tu es bien ce considerans, 

Toy mort, n'aras fors que vij piez de terre ! 



1. Chanter comme une sirène était une façon de dire proverbiale f Roman de la 
Rose). 

2. Arembourg, fille unique d'Hélie, comte. du Maine, qu'épousa Foulques d'Anjou 
en 1104. (A. Longnon estime que Villon l'a trouvée mentionnée dans les Gesta 
poiitificum Cenoinaueitsiiitn : « Aremburgls, filia Comitis Helia;, quam patcrno jure 
coniitatus Cenomanensis contingebat »). 

3. Voir des imitations de ce beau morceau dans le ms. de la Bibl. Nat., fr. 17 19, 
fol. 166 v" ; d'Octovien de Saint-Gelays, ms. fr. 12783, fol. 104 ro (Henry Guy, dans 
la Re-vuf d'Hist. litl., 1908, p. 217). 

4. Nota de vanitate inuiidi... — Die ubi Salomon, olim tam nohilis, — Vel S,iinpson ubi 
est, dux invincibilis, — Et pulcher Absalon, vultu mirabilis^ — Aut dulcis Jonathas, multum 
aniabilis ? — Quo César abiit, celsus iniperio ? — Q.uo dives splendidus totus in prandio ? — 
Die ubi Tullius, clarus eloquio, — Vel Aristotelis, summus ingenio ? 

(Jacopone da Todi : Cur mundus militât sub vana gloria). 
5. Œuvres, III, p. 66. 




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LE TESTAMENT 189 

Ailleurs, dans une ballade que connaissait certainement Villon, 
Deschamps disait la mort égale pour tous ' : 

Ou est Artus, Godeffroy de Buillon, 
Judith, Rester, Pénélope, Arrien, 
Semiramis, le poissant roy Charlon, 
George, Denys, Christofle, Julien, 
Pierres et Pois, maint autre crestien,' 
Et les martirs ? La mort à tous s'applique... 
Tuit y mourront, et li fol et li saige. 

Mais Deschamps ne saura pas se borner ; il voudra montrer 
naïvement toute son érudition. 

Ecoutons maintenant Villon. Ses héros, il va les prendre dans la 
réalité même, parmi ces grands, disparus entre 1456 et 146 1 : le 
pape Calixte III Borgia (7 le 8 août 1458), Alphonse V d'Aragon 
(7 le 28 juin 1458), Charles, duc de Bourbon (7 le 4 décembre 
1456), Arthur, le connétable de Richemont (7 le 26 décembre 
1458), le roi Charles VII (7 le 23 juillet 1461), le roi d'Ecosse, 
Jacques II (7 le 3 août 1460), le roi de Chypre, Jean III de Lusi- 
gnan (7 le 26 juillet i458),Ladislas, roi de Bohème (7 le 23 no- 
vembre 1457), Du Guesclin (7 le 13 juillet 1380) entré tout 
vivant dans la légende % le comte dauphin d'Auvergne', le 

1. Ibid., p. 185. — Jean Réguler, le bailli d'Auxerre, a dit de même (éd. P. Lacroix, 
p. 166) : 

Ou est Artus, ou est Hector de Troyc — Ou sont les preux qui crièrent : Montjoj'e ! — 
Charlemaigne et sa grant seigneurie — Ou est Paris qui en amours eut joye — Ou est Hélène, 
la belle simple et coyc — Alexandre et sa chevalerie — Vespasian, qui conquesta Surie, — 
Et Facinquam qui fut en Lombardie — Sallisbury qui fut si vaillant conte — Ou est Boece 
et Chaton et Tobie — Ou sont ilz tous ? Leur puissance est faillie — Et somme néant à. la fin 
de mon compte. 

2. On a vu que Louis d'Orléans, dans la grande salle du château de Coucy, avait 
fait représenter les Preux (t. I, p. 145). Trois appartenaient à la race juive : Josué, 
Judas Macciiabée et David ; trois étaient de sang païen : Hector, Jules César et 
Alexandre : aux trois preux chrétiens, le roi Arthur, Charlemagne et Godefroy de 
Bouillon, il fit ajouter Du Guesclin (Astesan, dans Paris et ses historiens, p. 559-563). 
Sur les images populaires, représentant les neuf preuscs, on verra bientôt Jeanne 
d'Arc (Voir t. I, p. 145 n.) 

3. Béraud III, dauphin d'Auvergne, mort en 1426 ? Sa fille Jeanne épousa, cette 
année-là, Louis de Bourbon, comte de Montpensier, et lui apporta le titre de dauphin 
d'Auvergne (Anselme et Moréri) ; Gilbert, fils de Louis, porta aussi du vivant de son 
père le titre de « comte dauphin d'Auvergne ». Voir, le 13 octobre 145 1, une oppo- 
sition du comte de Montpensier et du duc de Bourbon à un jugement du Parlement 
relatif au comté dauphiné d'Auvergne (Arch. Nat., X'» 8304, fol. 552). — Villon a 



190 FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 

bon « fou duc d'Alençon », Jean II, qui était bien en vie comme 
lec( feu dauphin » devenu le roi Louis XI, mais que l'on consi- 
dérait comme mort, en tant que pair et duc, puisqu'il avait été 
condamné comme traître à Vendôme, le lo octobre 1458 : 

Qui plus, ou est le tiers Calixte, 

Dernier dccedé de ce nom. 

Qui quatre ans tint le papalistc ? 

Alphonce le roy d'Arragon, 

Le gracieux duc de Bourbon, 

Et Artus le duc de Bretaigne, 

Et Charles septiesmc le bon ? 

Mais ou est 'le preux Charlemaigne ? 

Semblablement, le roy Scotiste 
Qui demy face ot, ce dit on, 
Vermeille comme une amatiste 
Depuis le front jusq'au menton ? 
Le roy de Chippre de rcnon, 
Helas ! et le bon roy d'Espaigne 
Duquel je ne sçay pas le nom ? 
Mais ou est le preux Charlemaigne ? 

D'en plus parler je me désiste ; 
Ce monde n'est qu'abusion. 
Il n'est qui contre mort résiste 
Ne qu'y treuve provision. 
Encor fais une question : 
Lancelot le roy de Behaignc, 
Ou est il ? Ou est son tayon ? 
Mais ou est le preux Charlemaigne ? 

Ou est Claquin le bon Breton ? 
Ou le conte Daulphin d'Auvergne 
Et le bon feu duc d'Alençon ? 
Mais ou est le preux Charlemaigne ' ? 

Villon a-t-il eu conscience qu'un monde chevaleresque finis- 
sait avec la génération de ces disparus ? Vers le même temps, 
Chastellain le suggère, quand il évoque emphatiquement, à la 

pu nommer ce personnage non seulement comme Parisien (t. I, p. 221), mais 
encore parce que G. de Villon avait du bien à Sancerre (Marguerite de Sanccrre fut 
la belle-sœur de Béraud II). 

I. Les imitations de ce beau morceau sont nombreuses. Cf. Le Pas de la Mort de 
Chastellain ; un sermon de Menot, cité par A. Campaux, op. cit., p. 154. 



LE TESTAMENT Î9I 

suite de Boccace, ces mêmes princes, pleins de gloire et d'infor- 
tune'. Mais il importe d'admirer avec quel art Villon sait, 
par l'épique refrain de sa ballade, rejeter dans le lointain 
le plus poétique ces défunts illustres dont le monde vient de 
s'entretenir. On n'ignore pas qu'Alphonse, le roi d'Aragon, ce 
grand homme de guerre, si riche, était mort à Naples au 
milieu de prodiges, tandis que sa longue galère s'abîmait dans 
le port et que sa grande salle couverte de peintures croulait sur 
son trône ^ Ladislas de Bohème, c'était le lointain et puissant 
vainqueur des Turcs, qui trépassa alors que ses étranges 
ambassadeurs étaient venus à Tours pour chercher Madeleine, 
la fille du roi, et l'emmener comme épouse à leur maître ' ; 
Calixte, le prédicateur de la croisade + ; le roi Charles VII, le 
grand Charles, le victorieux Charles, mort de faim dans la 
solitude, la mélancolie, la terreur des poisons ' ; et Jacques II, 
qui avait bien le visage en feu, « the kyng of Scotts with the 
rede face », celui-là qui avait péri devant Roxburgh Castle, 
emporté par l'éclatement d'un gros canon ^ On voyait dans 
Bourbon, vieux martyr de la goutte', un autre Paris ou un 
Absalon ; dans Arthur, le grand connétable, tout camus et 
lippu, qui n'avait régné sur la Bretagne que quinze mois ^ 
un nouveau Du Guesclin. François Villon sait cela, comme 
tout le monde : mais est-il un trait plus charmant, plus désolé, 
plus ironique que celui-ci ? 

Helas ! et le bon roy d'Espaigne 
Duquel je ne sais pas le nom? 

1. Ed. Kervyn de Lettenhove, II, p. 151 ; Le Temple de Boccace, t. VII, p, 75 et s. 

2. Voir la chronique de J. Du Clercq, éd. de Reiffeuberg, II, p. 320-322. 

3. Chartier, III, p. 75-77. 

4. Bourdigné, Chronique d' Anjou , II, p. 209. 

5. Chronique Martiniane, p. 111-112. 

6. J. Gairdner, Three fifteenth centnry chronides, p. 70 ; J. H. Ramsay, Lancaslcr and 
York, II, p. 194, 242. 

7. Chastellain, II, p. 164. 

8. Meschiuot, qui l'a cependant bien connu, dira : 

Mort de nouveau a fait bien grand effort... — Et Richeniont qui tant fut bel et fort. 
(Lunettes des Princes). C'est là l'image idéale du mort, comme sur les vieux tombeau». 



192 FRANÇOIS VILLON. SA VIH ET SON TEMPS 

La partie la plus originale, la plus pathétique sans doute du 
Grant Testament, est formée par l'étonnante peinture de la belle 
Heaulmière, par le discours qu'elle tient aux filles de joie. Or 
on ne saurait douter que ce beau passage ne soit autre chose 
qu'un rajeunissement des Regrets de la Vieille, comme Villon 
a pu les lire dans le Roman de la Rose ; et peut-être savait-il ce 
long morceau par cœur ' . Mais qu'est-ce que cela prouve encore ? 
Quand on aura montré que ce type de la vieille femme, décré- 
pite et maquerelle, se trouve déjà dans le poème latin qui 
rapporte les amours d'Ovide ^ que l'on voit des traits sem- 
blables dans plusieurs romans d'aventures ', que le vieux Jean 
Le Fèvre avait donné une paraphrase singulièrement forte 
du pseudo Ovide '^, que l'on rencontre aussi des accents de ce 
genre chez Eustache Deschamps \ qu'aura-t-on fait, sinon 
montrer une fois de plus le parti merveilleux qu'un grand 
artiste sait tirer des développements communs qu'il rencontre 
autour de lui ? 

Il est impossible de rapporter ici l'interminable discours que 
tient la vieille dans le Roman de la Rose : car elle n'est pas 
que vieille, et se montre fort radoteuse. Mais c'est miracle à 
Villon d'avoir su résumer dans quelques strophes tout son 
poignant désespoir. Et lorsqu'on aura dit encore que l'image 
de la beauté, opposée par la belle Heaulmière à sa décrépitude 
présente, nous offre un type convenu '^,; quand on aura réuni 



1 . L. Thuasne, Villon et Rabelais, p. 46 et s. 

2. La Vieille on les ilevnicres autours d'Ovide, éd. H. Cocheris. 

3. Wilmotte, La tradition littéraire, p. 166. 

4. Ed. H. Cocheris, p. 153. 

Le coul nerveux, la pointe ague — Des espaules la vielle argue, — Sa dure et paresceusc 
poitrine, — Sans mammelles et sans tétine, — Ses peaulx fronciés et soillées, — Vuides 
comme bourses nioilliées. — Le ventre dur com terre crue — Arée au soc de la charrue, — 
Les rains seics par grant niaisgresse, ■ — Les cuisses caves par destresce, — Et les genoulx 
enflez et durs — Comme pierres dont l'en fait murs. 

5. Œuvres, VI, p. 40, 211. — Dans les Mystcres, publiés par Jubinal (I, p. 292), 
il y a un très beau portrait de la Vieille. 

6. Pour en citer un exemple, entre mille, on pourra lire la description de la dame 
de Guillaume au Faucon (Recueil général de Fabliaux, éd. Montaiglon et Raynaud, II, 

P-9))- 



LE TESTAMENT I93 

tous les exemples où ce type se rencontre dans tous les romans 
du moyen âge (Villon ne va pas le chercher là et le trouve 
simplement dans le Roman de la Rose'), on n'aura pas fait 
œuvre fort utile. 

A qui fera-t-on croire que le vrai poète, celui que l'émotion 
transporte, qui veut user envers nous de ses sortilèges, de ses 
charmes, rythmes et mots enchanteurs ; que celui qui est 
tout frémissant et bruit comme la feuille au vent, retrouve 
froidement dans sa mémoire les mots et les exemples de ses 
devanciers ? Il ne serait qu'un rimeur, ou un érudit. Villon 
n'était ni l'un ni l'autre. Il avait au moins autant de mots dans 
son cœur que dans sa tête : 

« Qu'est devenu ce front poly ', 
Ces cheveulx blons, sourcils voultiz, 
Grant entroeil, le regart joly, 
Dont prenoie les plus soubtilz ; 
Ce beau nez droit, grant ne petiz. 
Ces petites joinctes oreilles. 
Menton fourchu, cler vis traictiz, 
Et ces belles lèvres vermeilles ? 

(( Ces gentes espaulles menues. 
Ces bras longs et ces mains traictisses, 
Petiz tetins, hanches charnues, 
Eslcvees, propres, faictisses 
A tenir amoureuses lisses ; 
Ces larges rains, ce sadinet. 
Assis sur grosses fermes cuisses, 
Dedens son petit jardinet ? 

« Le front ridé, les cheveux gris ^, 
Les sourcilz cheus, les yeuls estains. 
Qui faisoient regars et ris 
Dont mains marchans furent attains ; 
Nez courbes de beaulté loingtains, 
Oreilles pendans et moussues. 
Le vis pally, mort et destains, 
Menton froncé, lèvres peaussues : 

1. T., V. 493-532. Pour l'explication des quelques mots difficiles, voir ch. V, § 2. 

2. Ce grand art n'échappe pas à Marot : Villon (avecques grant artifice) reprent icy 
par contraires tout ce qu'il a dit aux deux couplet'^ precedeus. 

FRANÇOIS VILLON. — II. I3 



194 FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 

« C'est d'umaine beaulté l'issues ! 
Les bras cours et les mains contraites, 
Les espaulles toutes bossues ; 
Mamelles, quoy ? toutes retraites ; 
Telles les hanches que les têtes ; 
Du sadinet, fy ! Quant des cuisses, 
Cuisses ne sont plus, mais cuissetes 
Grivelees comme saulcisses. 

« Ainsi le bon temps regretons 
Entre nous, povres vielles sotes, 
Assises bas, a crouppetons, 
Tout en ung tas comme pelotes, 
A petit feu de chenovotes 
Tost allumées, tost estaintes ; 
Et jadis fumes si mignotes : 
Ainsi en prent a maint et maintes. » 

Ces mots-là, où qu'il les ait pris, appartiennent bien à Villon. 
Un simple exemple montrera encore l'usage qu'il sait faire du 
Roman de la Rose : 

Mieulx me vaulsist en une tour 
Estre a tousjours emprisonnée 
Qiie d'avoir esté si tost née, 

dit la vieille désespérée. Villon s'emparera de cette idée. Quand 
ces pauvres femmelettes, qui n'ont rien, en voient de plus jeunes 
qu'elles se donner aux hommes pour de l'argent : 

Hz demandent a Dieu pourquoy 
Si tost naquirent, n'a quel droit : 
Nostre Seigneur se taist tout quov, 
Car au tencer il le perdroit '. 

Peut-on rien imaginer de plus tragique que ce silence de 
Dieu aux plaintives questions d'anciennes débauchées ? 

La ballade à la Grosse Margot n'est, elle aussi, qu'une imi- 
tation de ces ballades grotesques des pays du Nord, que l'on 
nommait « sottes chansons » ". Certaines de ces pièces remon- 

1. T., V. 449-452. 

2. Sur tout ceci, voir Marcel Schwob, Le Parnasse satyrique, p. 10-15.. 



LE TESTAMENT Î9S 

taient au xiv^ siècle, et l'une d'elles présente des rapports évi- 
dents avec la ballade de la Grosse Margot. Il s'agit d'une 
dame, 

Orde et punaise, 
Torte, bossue, borgne, naine et cnquaise. 

L'amant se plaint : 

Mais a le fie, pour ce que ne l'cncroque. 
De ses gros puings qu'elle a hideus et fors 
M'ahert... 

Elle l'égratigne et le mord ; sitôt qu'il a quelque répit, il s'en va, 
joyeux, se cacher dessous la clôture, pour réparer sa mauvaise 
cotte. Ils mènent tous deux une triste existence : 

En tel déduit m'a fait jusqu'à la cloque 
Vivre maint jour. 

Elle a faim, et son amant aussi ; ils bâillent : 

Lors me maudit, et dit que je la moque. 

Et je luy donne, ainsi que j'ay amors. 

Du puing sur l'ueil et de mon panth à broquc. 

Et quant je dy que c'est jeux et depors. 

Elle respont que c'est bien ses acors. 

Lors me dit : <f Doulx amis, or me baise. » 

Et quand je l'oy, je suis tout aussi aise. 

Que s'un charron venoit à tout son mail 

Qui me deist : « Defens toy, je t'assail ! » 

Une autre de ces pièces, qui peut dater de 141 5, nous offre des 
gentillesses analogues ' : 

Face meselle, atout teste tengneus^ 
Yeux renversez et le menton rongneux, 
Les dens puans, la narine morveuse. 
Le col flestry, langaige desdaigneux. 
Le sain ridé plus que tripe de vaque 
Porte la dame en qui mon cuer se flaque, 

I. Parnasse salyrique, p. 134-135. Cf. E. Ldnglois, Recueil d'arts de seconde Rhéto- 
rique, p. 38 ; P. Champion, Rondeaux, ballades cl autres pièces joyeuses, p. 7. 



196 FRANÇOIS VILLON, SA Vlli ET SON TEMPS 

Et s'est cncor maistraissc du bordel, 

Si m'est adviz que roy suis, par saint Jaque, 

Qiiant je me puis logicr en son hostel... 

Elle me fiert sur le chief d'une maquc 
Et je li dis : « Suer, tu faiz bien et bel ! » 
Ainsi convient que d'amour la raplaquc... 

11 y avait donc une tradition de grotesque que Villon a pu 
recueillir, peut-être en Picardie ou en Flandre (il a nommé 
deux fois Lille, Saint-Omer et Douai), ou bien à Paris dans 
quelque manuscrit poétique, ou par quelque autre moyen 
d'information. De ce cette forme convenue qu'était la sotte 
chanson, Villon a fait sa ballade à la Grosse Margot. 

Mais qu'il s'agisse de la Grosse Margot, de la belle Heaul- 
mière, de n'importe quel sujet, Villon transforme toute con- 
vention par le sens exceptionnel qu'il a de la réalité, par ce 
besoin qu'il éprouve de parler seulement de lui, et de ce qu'il 
a vu. Ainsi la belle Heaulmière, c'est bien la Vieille du Roiiuin 
de la Rose ; mais c'est certainement aussi une ancienne belle 
marchande de Paris qu'il a pu connaître, toute chenue : la 
Grosse Margot, c'est la paillarde des sottes chansons du Nord, 
ou l'équivoque enseigne parisienne ; mais c'est surtout la fille 
qu'il a aimée '. 

Voilà la grande nouveauté de Villon : de la réalité, il tire 
l'accent vrai et touchant de sa poésie. C'est par ce côté qu'il 
rejoint le vieux Rutebeuf ; qu'il reste une anomalie dans un 
temps où la poésie fut très rarement l'expression lyrique de 
sentiments individuels*. 

Tout est vrai chez Villon : aussi, chez lui, tout est-il 
passionné, pathétique et violent. 

On a vu que cette forme artificielle du Testament existait 
avant lui et qu'il l'a renouvelée par le goût qu'il eut de la réalité. 
Car Villon n'a nommé dans cette fiction que des légataires 

1. Voir ch. V (suite). 

2. Marcel Schwob, François Villon, iiites et rédactions, p. 135. 



LE TESTAMENT 197 

réels, des gens qu'il a fréquentés, qu'il aima ou qu'il détesta. 
Au fur et à mesure qu'il les évoquera, ils nous apparaîtront 
avec leur vrai visage, leur geste, leur langage, comme ils se 
montraient à l'esprit du pauvre poète. Et ils se présenteront à 
lui groupés, suivant le milieu où il les a connus : en sorte que 
la place où Villon les nomme fournit déjà une indication dont 
il y a lieu de tenir compte pour les identifier. François les 
bafoue, les maudit ; par antiphrase il les caresse et les griffe. 

Nous suivons la pensée du poète, ses associations d'idées, en 
quelque manière la direction de son regard. 

Mais, de ce testament, Villon fera surtout une confession : il 
y mettra toute sa vie passée, le Paris qu'il a connu jadis et 
perdu depuis cinq ans qu'il erre à travers la France. Avec la 
même acuité de vision qu'il porte sur les choses, le poète lit 
clairement dans sa conscience. Rien n'égale en mouvement, en 
passion, en vérité, en beauté pathétique, cette sorte de grand 
soliloque qui forme le préambule du Testament, et dans lequel 
Villon maudit l'évêque cruel, célèbre le roi qui l'a délivré, dit 
son repentir et sa misère, nous parle de la mort et de la 
volupté, et insulte à nouveau l'évoque qui l'a enferré. Jamais 
tant de sincérité n'avait été mise au service de tant d'art : 
jamais une forme raide et convenue de poésie ne servit à 
exprimer autant de liberté. 

On éprouve encore un grand et secret plaisir à feuilleter l'un 
de ces nombreux manuscrits poétiques où sont conservées les 
compositions de la seconde partie du xV^ siècle, un peu avant 
l'âge des odieux rhétoriqueurs et de leur ennuyeuse érudition'. 
Des vers, des ballades, des rondeaux, pense avec dédain le grave 
historien! Et cependant ces poésies, bonnes ou mauvaises, nous 
disent les rêves, les opinions collectives ou les idées particulières 
d'une génération, d'une époque, d'une race même quand ce 

I. Par exemple à la Bibl. Nat., les ms. fr. 1719, 2375 (prc-sentant des rapports avec 
le ms. fr. LUI de Stockholm), 2206, L,' Jardin de Plaisance, etc. Cf. Marcel Schwob, 
Ititroduction au Parnasse satyrique. 



198 FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TExMPS 

sont des chansons historiques : elles nous instruisent de ce que 
les chroniqueurs ont négligé de nous apprendre. Leurs auteurs 
osent y parler d'eux-mêmes, rire, moraliser, prophétiser. Et ces 
vers forment souvent le meilleur tableau que nous possédions 
de la société de ce temps, les romans d'aventure n'étant alors 
que des féeries, la farce existant à peine encore. 

Quand nous ouvrons un de ces recueils, postérieurs de 
quelques années à Villon, nous remarquons bientôt que la poésie 
de cette époque reflète deux aspects de la société. Ces manus- 
crits nous oflrent presque toujours deux collections distinctes 
et souvent même juxtaposées : nous y entendons deux voix 
bien différentes. 

La tradition courtoise est exprimée par l'amant classique, 
le charmant, le dolent, le loyal amoureux. Il demeure fidèle 
au printemps, à la rosée, à la nature, aux oiseaux qui chantent, 
aux buissons fleuris, aux ruisseaux qui baignent les près, aux 
fêtes de mai. 11 est triste, malheureux, victime d'une dame 
sans merci qui le regarde de ses yeux froids et lui sourit de 
ses lèvres menteuses, et à qui, l'imprudent, il a donné en 
garde son cœur! Il rit et il pleure tout ensemble; il tombe en 
langueur et feint d'impossibles douleurs ; tour à tour las, mélan- 
colique, il est le banni de Plaisance, de Tristesse, la victime 
de Fortune et de Danger. Il meurt à chaque soupir, fait le 
guet sous la fenêtre de la chambre de sa maîtresse et rend des 
dévotions étonnantes à la serrure de sa porte ; il va, il vient, 
trotte, déraisonne, met sa robe à l'envers ; il rit des yeux et 
pleure du cœur. Mais, de ses grands malheurs, il se console 
toujours par de petites chansons, à la façon de maître Alain 
Chartier ou de Charles d'Orléans. 

Un monde nouveau fait entendre sa voix âpre et réelle par 
la bouche du pauvre homme orgueilleux et du clerc. Eux, ils 
vantent l'amour franc, la santé, la jeunesse, le bonheur d'avoir 
de l'argent, et raillent au surplus les bourgeois parvenus qui 
supplantent alors les nobles. Leur parole n'est que trop vraie, 
et même cynique. Tout le bonheur d'ici-bas, c'est de tenir 



LE TESTAMENT 199 

son amie dans ses bras, « entre deux draps sentans lavende et 
rose », d'avoir une chambre chaude. On s'y donne des baisers 
sur la bouche ; on regarde le beau teton de sa dame quand elle 
se lace le matin; on fait l'amour, a corps contre corps ». 
Ce monde-là aime les équivoques, les obscénités aussi ; 
on y caricature d'étonnantes filles de péché, des vieilles, des 
noires, des moricaudes. Et ces pièces sont bien dirigées contre 
l'idéal amoureux et chevaleresque, contre la loyauté : elles 
enseignent qu'avec de l'argent on arrive à tout, qu'en amour les 
réalités priment le sentiment. 

Ce dualisme est ancien certes ; il rend les deux aspects de 
la nature humaine : la bête et l'ange. Le Roman de la Rose, qui 
fut vraiment la Bible poétique du moyen âge, nous a proposé 
tout cela avec les tendances esthétiques et morales si diffé- 
rentes de Guillaume de Lorris et de Jean de Meung. Les auteurs 
des Cent Ballades, Christine de Pisan, Alain Chartier, Martin le 
Franc, Charles d'Orléans dans les compositions de sa jeunesse, 
ont tenu pour cet idéal de courtoisie : Eustache Deschamps, 
Villon, Baude ont développé l'autre tendance, et mis à son ser- 
vice leur verve réaliste ' . 

Moment poétique entre tous où l'on peut confondre les 
temps, les civilisations, mêler les héros de la Bible à ceux 
d'Homère, les Grecs et les Romains aux figures des chansons 
de geste, les preux et les preuses aux personnages de Boccace 
et même aux contemporains % où les morts d'hier et ceux du 
lointain passé fraternisent, où Virgile est tenu pour un pro- 
phète ! Les héros ne sont plus que des types, des miroirs de 
l'humanité : Samson c'est l'homme le plus fort, Salomon, le 
plus sage, Hector, le plus courageux, Absalon, le plus beau, 
Alexandre, le plus généreux. Octave, le plus riche et le plus 
heureux. Job, le plus patient, Aristote, le plus sûr des philo- 
sophes, Virgile, le meilleur astronome, Ovide, le plus expert 

1. Pierre Champion, Rondeaux, ballades et antres pièces joyeuses du XV^ siècle, tirage 
à part de la Revue de Philologie française, 1907, p. 6-7. 

2. Astesan, dans Paris et ses historiens, p. 559-563. 



200 FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 

dans l'art d'amour, Ulysse, le plus subtil, et Didon, la reine de 
Carthage, la beauté elle-même ' ! 

Il faut toujours avoir ces circonstances à l'esprit si l'on 
veut comprendre toute la finesse des Lais et du Testament. Car 
Villon, qui est cependant le meilleur représentant de cet esprit 
nouveau et réaliste, demeure en même temps imprégné du 
beau langage qu'Alain Chartier avait mis à la mode ; chaque 
fois qu'il aura à parler d'amour, de ses anciennes amours sur- 
tout, de celles du temps de son adolescence, il prendra natu- 
rellement ce ton affecté ^ Il dira, tout comme un autre ' : 

Le regart de Celle m'a prins 
Qui m'a esté félonne et dure : 
Sans ce qu'en riens aye mesprins, 
Veult et ordonne que j'endure 
La mort... 

Celui qui, dans le Testament, s'avoue « l'amant remis et 
renié », s'écriera à propos d'une Catherine de Vausselles '^ : 

Je regnye Amours et despite ; 
Je deffie a feu et a sang ! 

La ballade à cette « faulse beauté », nommée Marthe, est du 
plus maniéré et du plus précieux style ; mais là cependant 
Villon saura trouver des accents forts et charmants ' : 

Ung temps viendra qui fera dessechier, 

Jaunir, flestrir vostre espanye fleur... 

Las, viel seray ; vous, laide, sans couleur... 

Et dans le lai, si célèbre en son temps, légué à Ythier Mar- 
chand, où le poète, après tant d'autres, maudit la mort qui lui 
a ravi sa maîtresse, il y a un vers précieux comme le plus beau 
des anneaux^ : 

Deux estions et n'avions qu'ung cuer... 

1. Bibl. de Stockholm, ms. fr. LUI, fol. 141 : ballade « De tous ceux qu'a créez 
Nature... » 

2. W. G. C. Byvanck, Spécimen d'un essai critique, p. 122-123. 

3. L., h. 5. — 4. T., h. 60. — 5. T., V. 958-959- 
6. T., V. 985. Cf. Deschamps, X, p. lxx. 



LE TESTAMENT 201 

Certainement Villon n'exprime pas là son tempérament ; 
et peut-être aussi y a-t-il dans ces imitations d'Alain Chartier 
une intention ironique ' ? N'empêche que François a beaucoup 
admiré ses poésies, qu'il laissera plus tard aux amants infirmes 
pour les consoler. 

Ainsi Villon, qui n'était ni de ce temps, ni de ce monde 
chevaleresque, en demeura quand même influencé. 

Il était du peuple de Paris dont il parla le langage. Plus que 
Rutebeuf, Deschamps, Michault Taillevent, Villon excella dans 
la juste peinture de la pauvreté et de la misère. Quand il 
évoque la destinée de ses compagnons de jeunesse, il déclare 
que les uns sont riches, et que : 

Les autres mendient tous nus 

Et pain ne voyant qu'aux fenêtres ^. 

François était de ces derniers : ce n'est pas là un trait que Ion 
invente. Il dira plus loin la grande peine qu'on endure à 
servir les maçons' : il vécut pauvre « de sa jeunesse », 

De povre et de petite extrace 4. 

Lui, qui fit un si riche testament, n'avait jamais posssédé 
« vaillant plat ni escuelle » ^ ; ses habits tombaient par lam- 
beaux ^, et, toute sa vie, il demeurera assailli de cette cruelle 
entité : « Faulte d'argent ' » ! 

La sagesse, dans ce cas, est de se soumettre à la destinée, à 
la Fortune, à Dieu surtout : 

Mais aux povres qui n'ont de quoy. 
Comme moy. Dieu doint patience ^. 

Villon répétera (n'en déplaise à nos esprits forts) ce dicton 
du pauvre, que nous recueillons à la fois chez Deschamps et 

1. W. G. C. Byvanck, Spcciinen critn essai critique, p. i 31-13 3. 

2. T., V. 235-236. — 3. T., V. 253. 

4. T., h. 35. — Je suis de paupere regno, a dit Deschamps, V, p. 40. 

5. T., V. 1894. — 6. T., V. 2010. — 7. Poésies div., IX, v. 39. — ,8. T., v. 245-246. 



202 FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 

le malheureux Michault Taillevcnt, ce mot de Jeanne d'Arc : 
« Prenez en gré ! » '. Tel est le refrain de la ballade où la 
Fortune est censée lui parler et le consoler au récit de la fin 
pitoyable de tant de héros ^ : 

« Pour ce, Françoys, escoute que te dis : 
Se riens peusse sans Dieu de Paradis, 
A toy n'autre ne demourroit haillon, 
Car, pour ung mal, lors j'en feroye dix. 
Par mon conseil prens tout en gré, Villon ! » 

Voilà le mot des résignés, des simples et des malheureux : 
ils voient Dieu et Dieu les voit. Car François a la foi du 
peuple. Il n'ignore pas qu'il est im pécheur ; mais d'un pauvre, 
comme lui, on ne peut exiger qu'il soit homme de bien K S'il 
est triste, si faible, abandonné, c'est qu'il manque d'un peu 
d'argent 'K Villon sait bien qu'il demeure le plus imparfait de 
tous, qu'il n'est pas maître en théologie '' : mais cela ne l'em- 
pêche pas de voir le Paradis ouvert devant lui, et de louer, 
comme il convient, le doux Jésus-Christ ^\ Il a la foi de sa 
bonne femme de mère ; et le repentir sort de son cœur comme 
les larmes jaillissent naturellement de ses yeux : Dieu absou- 
dra tous les morts ^ Il y a un prince Jésus, qui est notre 
maître à tous, et peut sauver le pauvre frère humain suspendu 
à la potence^ : 

Prince Jliesus, qui sur tous a maistrie, 
Garde qu'Enfer n'ait de nous seigneurie : 

1. Le Régime de Fortune de Michault Taillevcnt (Bibl. de Stockholm, ms. fr. LUI, 
fol. 147 vo) ; Procès de Jeanne d'Arc, I, p. 114-116, 150; Deschamps, IV, p. 71 : 

Pren donc en gré, fay ton retrait — A pacience débonnaire ; — Car qui de mort se veut 
retraire — Il convient, m.xugrè c'on en ait, — Prendre confort en son affaire, — Souffrir, dis- 
simuler et taire ! 

2. Poésies div., XII, v. 37-41. — Cf. Bibl. de Stockholm, ms. fr. LUI, fol. 242 ro : 
Passe temps Michault. 

Povre et vil, s'il n'a pacience — En desespoir tous les jours vit... — De povre homme adcz 
povre songe,.— De povre saint povre chappelle. .. — Povre homme, ce n'est pas mensonge, 
— La mort huche, la mort appelle, — A tout sa houe, à tout sa pelle : — Mais la mort fait 
l'oreille sourde ; — Mal n'est qu'en povreté ne sourde. 

3. T., h. 19. — 4. T., h. 23. — 5. T., V. 811. 

6. T., h. 35. — 7. T., h. 151, 152. — 8. Poésies div., XIV, v. 31-45. 



VIE DE FRANÇOIS VILLON 



PI. XXXVII 




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La patience 
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pauvres 

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LE TESTAMENT • 203 

A luy n'ayons que faire ne que souldre. 

Hommes, icy n'a point de mocquerie ; ^ 

Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre ! 

Mais qui aurait le cœur de se moquer ici ? C'est pourquoi 
Villon se confessa si librement à nous. Un homme de nos 
jours y eût mis, sans doute, de la forfanterie, de l'orgueil ; il 
serait intolérable. Le sentiment religieux seulement a fait les 
hommes égaux ; par lui le mauvais pouvait toujours ressusciter 
au bien : il n'était pas l'éternel failli. 

Et Villon appartenait encore au peuple par la bonne langue 
qu'il parla : une langue toute pleine de proverbes où l'expé- 
rience des simples s'était cristallisée. Qjaand on l'a constaté, 
on peut laisser les pédants et les doctes maîtres en rhétorique 
le regretter. 

Les simples parlent par proverbes, parce qu'un proverbe 

contient toute leur expérience, et souvent aussi toute la sagesse 

des sages. François aima beaucoup les proverbes, comme il 

appréciait ces dictons sentencieux qui formaient le ton de la 

conversation des rues, des marchands, des bourgeoises ' ; car il 

ne méprisait pas tout ce qu'il entendait ce communément » \ Il 

ne dédaignera pas de répéter ce que chacun « dit à la volée » '. 

Pour signifier qu'il change de sujet, Villon dira : ce Laissons le 

moustier où il est^ ». Vivre vieux, c'est ce vivre autant que 

Mathusalem ' ». Pour justifier sa mauvaise vie, il alléguera un 

proverbe ^ : 

Nécessité fait gens mesprendre 
Et faim saillir le loup du bois. . 

François le sait du pauvre vieillard : 

Tousjours veil cinge est desplaisant 7. 

1. Wilmotte, La tradition littéraire, p. 174 ; Le Roux de Lincy, Le livre lies Pro- 
verbes français, 1842, p. Lxxvi-Lxxviii etpassini. 

2. T., V. 151, 759. — 3. T., V. 623. — 4. T., V. 265. — 5. T., V. 64. 

6. T. V. 167-168. Cf. le Jouvence), I, p. 27 : « car on dit communément que in faim 
chasse le loup hors du bois. » 

7. T., V. 439. 



204 FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 

Il n'ignore pas qu'à Reims, à Troyes, on répète dans les rues 
marchandes que : 

Six ouvriers font plus que trois '. 
Il connaît bien le refrain de la chanson : 

Pour ung plaisir, mille doulours ^ . 

Et Villon nous dit aussi que les vers ne trouveront pas « grant 
gresse » dans son corps ' ; que jamais le bien mal acquis ne 
profite^; enfin, de ces proverbes, suivant une mode chère à 
son temps, il composera toute une ballade (vers 1460) ^ : 

Tant grate chievre que mal gist'', 
Tant va le pot a l'eau qu'il brise, 
Tant chauffe on le fer qu'il rougi st, 
Tant le maille on qu'il se debrise 7, 
Tant vault l'homme comme on le prise. 
Tant s'eslongne il qu'il n'en souvient, 
Tant mauvais est qu'on le desprise. 
Tant crie l'on Noël qu'il vient s. 

Tant parle on qu'on se contredist. 
Tant vault bon bruvt que grâce acquise, 
Tant promet on qu'on s'en desdist, 
Tant prie on que chose est acquise, 
Tant plus est chiere et plus est quise, 
Tant la quiert on qu'on y parvient 9, 
Tant plus commune et moins requise, 
Tant crie l'on Noël qu'il vient. 

Tant ayme on chien qu'on le nourrist, 
Tant court chanson qu'elle est apprise, 
Tant garde on fruit qu'il se pourrist, 
Tant bat on place qu'elle est prise '", 

I, T., V. 616. — 2. Cf. Bibl. Nat., nis. fr. 2375, fol. 130 \'°. 
3. T., V. 843. — 4. T., V. 1691. — 5. Poésies div., II. 

6. La chèvre gratte tant la terre qu'elle finit par être très mal couchée. Cf. Ce 
proverbe est donné comme un dit de vilain dans le Commentaire de l'Art d'aimer 
(Hisl. un. France, XXIX, 474). 

7. Ou le frappe si fort à coup de maillet qu'il se brise. 

8. On chante tant de fois le cantique de Noël que la fête finit par arriver. 

9. On recherche si longtemps telle chose [une femme ?] qu'on finit par l'obtenir. 

10. On bat tellement [de traits ou du canon] une place de guerre qu'on s'en empare 
à la fin. 



LE TESTAMENT 20 5 

Tant tarde on que faut entreprise ', 
Tant se haste on que mal advient, 
Tant embrasse on que chiet la prise -, 
Tant crie l'on Nocl qu'il vient. 

Tant raille on que plus on ne rit, 
Tant despent on qu'on n'a chemise, 
Tant est on franc que tout se frit >, 
Tant vault tient que chose promise. 
Tant avme on Dieu qu'on suit l'Eglise, 
Tant donne on qu'emprunter convient. 
Tant tourne vent qu'il chiet en bise ■*, 
Tant crie l'on Noël qu'il vient. 

Prince, tant vit fol qu'il s'avise >', 
Tant va il qu'après il revient, 
Tant le mate on qu'il se ravise ^, 
Tant crie l'on Noël qu'il vient /. 

\'illon enfin a été par excellence le peintre de la volupté, le 
poète de la mort. 

Certes, bien avant lui, on avait dit le « maintien rassis » 
convenable au type que l'on considérait comme l'idéal de la 
beauté. Que de fois les poètes avaient célébré, depuis nos vieux 
trouvères, le clair visage de leur dame, sa chevelure blonde, 
son front large, ses sourcils déliés, ses yeux verdelets, son nez 
joli, sa bouche riante et mignonne, son cou élevé, ses bras longs 
et ses doigts grêles, son maintien noble ! Peu cà peu on avait 
déshabillé cette poupée gothique : la gorge plaisante était 
apparue, un corps souple et sinueux, des seins fermes et petits, 
le ventre épais, la cuisse dure ^. 

1 . On tarde tellement que l'entreprise manque. 

2. Variante du proverbe : qui trop embrasse mal étreint. 

3. On est si libéral qu'on dépense tout son bien. 

4. Le vent tourne à ce point que le froid survient. 

5. Un vers que François Villon peut s'appliquer, avec les deux autres qui suivent. 

6. On le corrige si bien qu'il s'amende. 

7. Le Prisonnier Desconforte, p. 13, contient une ballade de proverbes imitée de 
celle de Villon. 

8. Bibl. Nat., fr. 1719, fol. 145 vo : « Une dame d'excellente beaulté « parP. Danthe. 
Cf. Longnon, Œuvres de Fr. Villon, p. 195-196 ; la ballade des femmes (fhiii., p. 197) ; 



2o6 FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 

Hélène, Didon, Genièvre, Yseult, telles étaient les grandes 
amoureuses ; ou encore la noble Médée, Florence, Polyxène, 
Pallas, Junon, Vénus la souveraine, Amaryllis, Proserpine la 
Romaine, Sidoine qu'aima Ponthus, Bethsabée, Judith, Grisé- 
lidis, Esther, Mélusine, Penthésilée : ainsi les énumère un 
poète de ce temps pour la gloire de cette Antoinette qu'il leur 
préféra '. Car on faisait alors mentir le vieux dicton sur la beauté 
des Anglaises et leur visage angélique, et celui qui attestait la 
réputation des Flamandes : on estimait leur démarche mau- 
vaise ; on les disait mal habillées. Un doux parler, des yeux 
gais, le nez joli, de belles jambes, des habits bien faits, une 
chemise toujours fine et blanche, tels étaient les agréments 
qu'on reconnaissait alors aux dames de France \ 

Dans la description que Villon fera de la beauté, il se sou- 
viendra de la poupée archaïque célébrée par les vieux poètes, 
type qu'il a tout simplement transposé d'après le Koinan de la 
RoseK Mais qu'on relise la description de ses charmes flétris 
que fait la belle Heaulmière, vite on y verra ce qui est de 
convention, les mots vrais et sensuels qui appartiennent à 
Villon : qu'on se récite l'admirable début des Contredits du 
Franc Gontier, et l'on aura bientôt la même impression. A quoi 
sert alors d'accumuler tous les exemples antérieurs à Villon où 
une dame est dite blanche ou tendre ! Quand on aura cité 
toutes les « épaules menues », les « sourcils voultys », le « grand 
entre œil », les « lèvres vermeilles » et les « longs bras » de tous 
les temps et de toutes les dames, tous les « mentons fourchus » 
et les « clairs visages », on n'aura pas rendu compte de la puis- 



Marccl Schwob, Parnasse satyrique, p. 158-159; Montaiglon, Ancicinies poésies fran- 
çaises, VII, 299. 

1. Bibl. Nat., fr. 1719, fol. 167 : 

Pour hault louer dame de grant renom... — Prince, qui veult belle dame choisir, — Jeune, 
gente en bon point et reffaicte, — Il ne fault de nulle autre enquérir: — Je tiens plus belle sur 
toutes Anthoinette ! 

2. Cf. entre autres le dit célèbre : « Qui veut belle femme acquerre... « ; Uadvocat 
âes dames de Paris, dans Montaiglon, Ane. poésies françaises, XII. 

5. L. Thuasne, op. cit., p. 52. 



LE TESTAMENT ^.Oj 

sance qu'exerceront ces mots, ces banalités, là où les place 
le poète. 

Blanche, tendre, polie et attintée... 
Rire, jouer, mignonner et baisier... 

Ce ne sont ni des répétitions, ni des épithètes accumulées au 
hasard. Car nul n'a parlé avec autant d'ardeur et de mélancolie 
du corps féminin que Villon, sans doute parce qu'il l'aimait 
en songeant à sa fragilité, à la déchéance de la vieillesse, à ce 
condiment qu'était pour lui l'idée perpétuelle de la mort ' : 

Corps femenin, qui tant est tendre, 
Poly, souef, si précieux, 
Te fauldra il ces maux attendre ? 
Oy, ou tout vif aller es cieulx. 

Au déclin du moyen âge, la vision de la Mort fut la dure 
leçon morale de la vie. Son image triompha partout \ 

La pensée de la mort, la préparation à mourir pour ressusciter 
à la vie nouvelle furent par excellence l'objet des méditations 
du chrétien. Hélinant, moine de Froidmont, avait écrit en fran- 
çais, dans les dernières années du xii'^ siècle, un poème célèbre, 
les Vers de la Mort, dont la rude beauté demeure encore sen- 
sible K Avant son élévation au pontificat. Innocent III, dans 
son lie Contemptii mundi, renchérissait encore sur les pages 
désolées du livre de Job ; il avait maudit la chair, montré en 
nous le travail de décomposition de la morf^. A partir du 
xiv^ siècle les grandes pestes avaient exercé de terribles ravages 
et exalté les sentiments de la foule. Les ordres nouveaux venus, 
les Célestins, les Dominicains, les Franciscains allaient parler 
à celte sensibilité, organiser des sermons mimés, des représen- 
tations théâtrales où la Mort triomphait du monde, entraînant 



1. T., V. 325-528. 

2. Voir ce qu'a dit là-dessus, de façon admirable, Emile Mâle, L'Art religieux de Ut 
fin du moyen âge en France, p. 375 et s, 

3. Ed. Wulff et Em. Walberg, 1905 (Soc. des nnciens textes). 

4. Migne, Patrologie latine, t. CCXVII, col. 702. 



2o8 FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 

à sa suite et dans sa danse les humains de toutes les conditions. 
Ce fut une véritable émotion. Chacun vit ce qu'il ignorait, ou 
ce que les formules magiques étaient censées faire apparaître 
devant nous : sa destinée ; mais cette destinée, ce double de 
l'homme, n'avait qu'une forme, une forme humaine momifiée : 
c'était son propre cadavre '. La mort se dressait, dans la vision 
qui frappait Louis d'Orléans, sous l'aspect du squelette bran- 
dissant une flèche ; Jean duc de Berry faisait peindre au portail 
des Innocents la scène où l'anachorète voit les trois morts 
surgir devant les trois jeunes seigneurs chassant à l'oiseau \ 
Et bientôt ce sujet sera développé dans le cimetière par la 
Danse Macabre, qui fut sans doute la représentation peinte de 
quelque sermon mimé d'un religieux exalté. 

Jadis, sur les tombes de cuivre émaillé, de pierre et d'albâtre, 
qui remplissaient les églises, les monastères, débordaient les 
chapelles des cloîtres, les salles capitulaires, sur ces dalles qu'on 
piétinait, on avait vu des rois, des chevaliers, des religieux, 
des bourgeois, couchés, les mains jointes, les yeux ouverts, le 
visage jeune et vivant tourné vers l'Orient, attendant avec séré- 
nité la lumière éternelle du jugement. Dès les dernières années 
du xiii^ siècle, on avait moulé la figure et les mains du défunt. 
A la fin du siècle suivant apparut le cadavre desséché, la fragile 
figure de momie dont la pauvre nudité surpasse toute élo- 
quence : car il est bien inutile que le mort nous parle encore, 
qu'on lise sur des banderolles : a Tu n'es que cendre et tu seras 
bientôt comme moi un cadavre fétide, pâture des vers », ou « Je 
suis ce que tu seras... » Dans les livres d'Heures de ce temps, il 
y avait toujours une brutale et magnifique image représentant 
la scène de l'enfouissement. La figure de la mort était familière 
à tous : elle illustrait les prières de chaque jour '. 

Ces idées et ces spectacles lugubres, Villon les trouva autour 
de lui quand il commença de sentir. 

1. M. Mâle a été parfois un peu rigoureux dans cette interprétation, à mon sens. 

2. Paris et ses historiens, p. 265 et s. 

3. E. Mà\e,op. cit., p. 423 et s. 



LE TESTAMENT 209 

Eustache Deschamps, entre autres, avait résumé le traité 
d'Innocent sur notre pauvre corps, cette « charogne à vers » '. 
Il avait dit la mort égale pour tous, pour les sages et pour les 
fous, la vanité des grandeurs humaines ^ : 

Qu'est devenu David et Salemon, 
Mathussalé, Josué, Machabée, 
Olofernes, Alixandre et Sanson, 
JuUes César et Hector et Pompée ? 
Ou est Crises à tout sa renommée, 
. Artus li roys, Godeffrov, Charlemaigne, 
Daires le grans. Hercules, Tholomée ? 
Ils sont tous mors, le monde est chose vaine ! 

Qu'est devenuz Denys, le roy félon, 

Job le courtois, Thobie et leur lignée, 

Aristote, Ypocras et Platon, 

Judich, Hester, bonne Penelopée, 

Royne Dydo, Pallas, Juno, Medée, 

Guenievre, Yseult et la très belle Heleine, 

Palamides, Tristan à tout s'éspée ? 

Ils sont tous mors, le monde est chose vaine ! 

Plus près de Villon encore, Pierre de Nesson avait fait en- 
tendre de réalistes et lamentables plaintes que notre poète a 
vraisemblablement lues ' : 

Héllas, on enterre le pape, 
A toute sa grant rouge chappe. 
Et le roy couronné, en ceptre, 
En leurs cloz cymentez charniers 
Pour les cuider garder entiers ! 
Mais je voy que l'en ni peult mectre 
Nulle, tant soit soudée, bière 
Que la charongne on trcuve entière : 
Car les vers d'elle meismc issent. 
Qui la decircnt et deveurent ; 
Les vers, qui en terre demeurent. 
N'y attoucheront ja qu'ilz puissent. 

1. (liitvres, V, p. 204-20 >. 

2. Ibid., III, p. 113. 

3. Bibl. Nat. fr. 1889, fol. 120 vo {Les Vii^ilks des vtors). 

FR.WÇOIS VILLON. — II. 1/j 



210 FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 

Pour nulle riens n'y toucheroient : 
Car ilz leur semble qu'ilz seroient 
Mors de poisons et puantiscs, 
Tant est de grant infection 
L'homme mort. Quel perfection 
A Nature en corps humain mise !... 
Et les prebstres qui chanteront 
En criant Requiem, penseront 
Combien ilz en aront d'argent : 
Et voz hoirs mectront tous en peine 
Leurs serviteurs, qu'on leur ameine 
Tost ung notaire ou ung sergent !... 
De vous ne sera plus mémoire : 
Il fauldra faire l'inventoire 
De tout ce qu'aquesté avés, 
Soit argent, maison ou vaisselle : 
Mais n'y aura cellui ne celle 
Qui chaille lors ou vous serés !... 
Ypocras et Galien, qui furent 
Si bons medicins, et tant sceurent 
Entre les maistres anciens, 
Si n'ont il sceu culx secourir. 
Qu'il ne leur ait fiiillu mourir, 
Et eulx et tous leurs paciens... 

Il y a là certainement des accents d'une violente poésie. 
Dans cette matière, tragique et banale, Villon surpassera 
Deschamps qui ne sait pas se borner, Nesson qui nous soulève 
le cœur, à la fin '. Il triomphe une fois de plus par le miracle 
^ de son art, par la vision puissante et rapide qu'il a de la réalité. 
Quelques vers de Villon sur la mort ont fait négliger tous ceux 
de ses prédécesseurs, comme les petits pleurants de Claus 
Sluter ont fait oublier les pleurants de tous les tombeaux. Et 

I. Je citerai encore une belle ballade de la Moit (Bibl. Nat., fr. 1707, fol. 26): 

Moy qui suis Mort, à tous humains, lùiycnt fort, soient près ou loings, 

Fais assavoir, comme Déesse, Dansent, chantans, menans liesse, 

Q.ue je tieng leur vie en mes mains. Voisent chasser aux cerfz, aux daings. 

Fi de leur orgueil et richesse ! Prennent perdris, m.iinent en lesse 

Ou est Arthus, bu est Gauvains^ Chiens et lévriers, cela u'opresse 

Hector qui tant eult de proesse ? Ma grant vertu... 

Chasteaulx, villes ne forteresse, Prince, comme dame et mcstressc, 

Contre moy ne leur peult valoir : Autant m'est le blanc que le noir 

dui que je veulx, prins et delesse Au pas, quant l'ame le corps lesse 

En terre pourrir et manoir. En terre pourrir et manoir. 



LE TESTAMENT ^lî 

peut-être Villon n'a-t-il parlé si fortement de la mort que parce 
qu'il avait beaucoup aimé la vie r 

Se tu n'as tant que Jacques Cuer 
Mieux vault vivre soubz gros bureau 
Povre, qu'avoir esté seigneur 
Et pourrir soubz riche tombeau * ! 

Ce qui fliit la beauté de sa triste vision, c'est qu'elle est toute 

réelle, mais d'une vérité si générale cependant que chacun de 

nous peut la vérifier. Voici d'abord le souvenir donné aux 

camarades disparus (or nous avons tous pleuré de jeunes amis 

défunts) * : 

Ou sont les gracieux gallans 
Qjue je suivoye ou temps jadis, 
Si bien chantans, si bien parlans. 
Si plaisans en faiz et en dis ? 
Les aucuns sont mors et roidis, 
D'eulx n'est il plus riens maintenant : 
Repos aient en paradis. 
Et Dieu saulve le demourant ! 

Nous l'avions entendu trop de fois ce développement banal 
sur la mort inéluctable : mais est-il une façon plus saisissante 
de dire que le iils suivra le père, que la mère aussi y passera, 
tendant le bras à l'enfant ' ? 

Si ne suis, bien le considère, 

Filz d'ange portant dyademe 

D'estoille ne d'autre sidère. 

Mon père est mort, Dieu en ait l'ame ! 

Quant est du corps, il gist soubz lame. 

J'entens que ma mère mourra, 

Et le scet bien la povre femme, 

Et le filz pas ne dcmourra. 

Je congnois que povres et riches, 
Sages et folz, prestres et laiz, 
Nobles, villains, larges et chiches, 
Petiz et grans, et beaulx et laiz, 

I. T., h. 36. — 2. T., h. 29. — 3. T., h. 38-39. 



212 FRANÇOIS VILLON. SA VIE ET SON TEMPS 

Dames a rebrassez coUetz, 
De quelconque condicion, 
Portans atours et bourreletz, 
Mort saisit sans exception. 

On avait abusé du cadavre, du spectacle de la pauvre momie 
dévorée par les vers. Au surplus ce n'est pas là le drame de la 
mort. Avec un sûr instinct, un sentiment juste que nous 
retrouverons dans l'admirable livret populaire de FArs moriendi, 
Villon transpose cette scène au lit de l'agonisant : ce trait 
réaliste, qu'on a prodigué avant lui et après, Villon le réserve 
pour ce qu'il avait le plus aimé, pour ce qu'il trouve de plus 
aimable dans ce monde, le tendre corps de la femme ' : 

Et meure Paris ou Helaine, 
Quiconques meurt, meurt a douleur 
Telle qu'il pert vent et alaine ; 
Son fiel se crevé sur son cuer. 
Puis sue, Dieu scet quelle sueur ! 
Et n'est qui de ses maux l'alege : 
Car enfant n'a, frère ne seur, 
Qui lors voulsist estre son plege. 

La mort le fait frémir, pallir, 

Le nez courber, les vaines tendre, 

Le col enfler, la chair mollir, 

Joinctes et nerfs croistre et estcndre. 

Corps femenin, qui tant es tendre, 

Poly, souef, si précieux, 

Te fauldra il ces maux attendre ? 

Oy, ou tout vif aller es cieulx. 

Enfin s'il doit évoquer, lui aussi, la scène du cimetière, la 
représentation rituelle de tous les livres d'Heures, c'est dans 
un vrai cimetière que Villon nous transportera, aux Innocents; 
ces émouvants charniers, il les évoquera pour nous, là même 
où il a pu voir le Dit des Trois Morts et la grande Danse Macabre 
qui enseignaient le néant de toutes grandeurs ^ : 

1. T., h. 40, 41. 

2. « Hec pictiira decus, poiiipaiii hixumqiie reUi^at... En ce miroir chascun peut lire. » 
Texte de la danse Macabre. 



LE TESTAMENT 21 3 

Icy n'y a ne ris ne jeu '. 
Que leur vault avoir eu chevances, 
N'en grans lis de parement jeu, 
Engloutir vins en grosses pances, 
Mener joye, festes et dances, 
Et de ce prest estre a toute heure ? 
Toutes faillent telles plaisances, 
Et la coulpe si en demeure. 

Quant je considère ces testes 
Entassées en ces charniers, 
Tous furent maistres des Requestes, 
Au moins de la Chambre aux Deniers, 
Ou tous furent portepanniers : 
Autant puis l'ung que l'autre dire, 
Car d'evesques ou lanterniers 
Je n'y congnois riens a redire. 

Et icelles qui s'enclinoient 
Unes contre autres en leurs vies. 
Desquelles les unes regnoient 
Des autres craintes et servies, 
La les voy toutes assouvies. 
Ensemble en ung tas, peslemesle. 
Seigneuries leur sont ravies ; 
Clerc ne maistre ne s'y appelle ^. 

Or sont ilz mors, Dieu ait leurs âmes ! 
Quant est des corps, ilz sont pourris. 
Aient esté seigneurs ou dames, 
• Souef et tendrement nourris 
De cresme, fromentee'ou riz. 
Leurs os sont déclinez en pouldre 
Auxquels ne chault d'esbatz ne ris. 
Plaise au doulx Jhesus les absouldre ! 

Cette vision serait pour nous un peu forte. Mais dans son 
amertume résident la consolation et l'espérance du pauvre : 

Si ne crains plus que rien m'assaille 
Car a la mort tout s'assouvit ?. 

1. T., h. 148-151. 

2. Villon se souvient des Vigilles des mors de Pierre de Nesson, Bibl. Nat., fr. 1889, 
fol. 128 : Regarde es os d'ung cimetière ... — Tu les trouveras tous pareulx. — Ceulx 
des povres et des grans maistres. — 3. T., v. 223-224. 



214 



FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 



Villon s'apaisera à la pensée que tant de papes, de rois, de 
seigneurs ont disparu avant lui ' : ce chemin sans issue, s'il 
vit repentant, n'est autre que la Voie de Paradis. 



Nous n'avons pas de portrait de Villon. L'image qui est censée 
le représenter, figurant dans l'édition de 1489, n'est qu'un 
passe-partouf. Le même personnage, rasé et à longs cheveux, 
vêtu d'un court manteau, portant chapeau, bourse et dague à la 
ceinture, chaussures carrées, se retrouve dans le Compost 
des Bergers ' : ce n'est ni un clerc, ni même un contemporain 
de Villon. En tête d'une ancienne édition des Repues Franches 
on voit bien un clerc à figure rase, à cheveux courts, coiffé d'un 
bonnet, portant robe longue et écritoire à la ceinture : il tient 
un livre d'une main et de l'autre une banderolle où se lit le nom 
de F. ViUow^. Mais ce n'est là encore qu'une image banale 
employée ailleurs pour représenter Virgile ^ ! 

A défaut aussi de cette facétieuse représentation à l'encre 
qu'il avait demandé à ses héritiers de tracer au-dessus de sa 

I. T., h. 34, 38, 40, 41-42. — Il y a, dans un poème important, Le Miroiter de la 
Mor/ (British Muséum, ms. Lansdowne 380, fol. 95), un souvenir des beaux vers de 
Villon : 



Ou sont les princes de la terre ? 

Ou est Alixandre Dalier, 

Celui qui tant voulut conquerre, 

Ou est le bon roy d'Engleterre 

Artur et son courage fier, 

Et Lancelot, bon chevalier. 

Oui fut garde de son honneur ? 

Ils sont mors comme ung laboureur ! 

Charlemaigne, roy des François... 

Ils ont logis aussi petit 

Et aussi bien par dedens terre 

Oue celui qui va son pain querre. 

Et le grant renommé Pompé 

Oui aux Romains fict tant de biens... 

Celui qui les [Alpes] passa 

Hannibal, le duc de Cartaige, 

Douloureusement dévia 



Ou sont les preuses de jadis ? 
Ou est d'Elaine le beaulté ? 
Tu n'as donjon, chasteau ne fort 
Qui te puisse garder... 
Damp abbé ne sera laissié 
Avec la dame de ses biens... 
La face est taincte et apalléc. 
Et les yeulx crevez en la teste ; 
La parolle lui est faillie, 
Car la langue ou pallaiz se lie ; 
Le poulx se tressault et hallecte : 
La vie fuit, la mort est preste... 
Il n'a nerf qu'a rompre ne tende... 
Tu n'as dame ne mignon 
A qui gaires de toy chaura... 
Tu n'as parens ne iils ne fille... 
Tu es seul, le mallureux ! 



Par le venin qu'on lui donna... 

2. Bibl. Nat-, Rés. Ye 245 ; A. Claudin, Histoire de V Imprimerie, I, p. 440. — Il 
semble cependant que ce dessin ait été fait spécialement pour le Villon de Levet. 

3. Ibid., p. 395. 

4. Catalogue des livres composant la bibliothèque de feu M. le baron James de Rothschild, 
I, p. 158-260. — 5. G. Paris, François Villon, note additionnelle, p. 190. 



@ 




f3 





LE TESTAMENT 21 5 

tombe ' (c'eût été dans la réalité une de ces pierres plates que 
les ouvriers parisiens du faubourg Saint-Marcel expédiaient dans 
toute la France et où l'image d'un clerc aurait représenté tous les 
clercs) ', nous pouvons cependant entrevoir quelques traits de 
François Villon, au moment où il composa son Testament : 
nous pouvons surtout, et c'est ce qui nous importe, tracer de 
lui un portrait moral. 

Villon n'a guère parlé que de lui-même. Il se connaissait 
bien, encore qu'il eût affirmé le contraire ' ; 

Je congnois bien mousches en let. 
Je congnois a la robe l'homme. 
Je congnois le beau temps du let, 
Je congnois au pommier la pomme, 
Je congnois l'arbre a veoir la gomme. 
Je congnois quant tout est de mesmes. 
Je congnois qui besongne ou chomme, 
Je congnois tout, fors que moy mesmes. 

Je congnois pourpoint au colet, 

Je congnois le moyne a la gonne4. 

Je congnois le maistre au varlet, 

Je congnois au voille la nonne, 

Je congnois quant pipeur jargonne î, 

Je congnois fols nourris de cresmes ^, 

Je congnois le vin a la tonne, 

Je congnois tout, fors que moy mesmes. 

Je congnois cheval et mulet. 

Je congnois leur charge et leur somme, 

Je congnois Bietris et Belet, 

Je congnois get qui nombre et somme ', 

Je congnois vision et somme ^, 

Je congnois la faulte des Boesmes 9, 

I. T., h. 164. — 2. Guillebert deMetz, p. 222; Mâle, op. cit., p. 462. 

3. Poésies div., III. — 4. A la robe. — 5. Quant le tricheur parle en jargon. 

6. Ceux qui tiennent l'office de fou et sont délicatement nourris. 

7. Je connais le jeton avec lequel on fait des additions. 

8. Vision et songe. 

9. L'erreur des Bohémiens sectateurs de Jean Huss, les Hussites que Jeanne d'Arc 
menaçait d'aller châtier si elle n'avait été retenue par la guerre avec les Anglais 
(Procès, V, p. 156). 



21 6 FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 

Je congnois le povoir de Rommc, 

Je congnois tout, fors que nioy mcsmes. 

Prince, je congnois tout en somme, 
Je congnois coulourez ou blesmes. 
Je congnois Mort qui tous consomme, 
Je congnois tout, fors que moy mesmes. 



C'est là un jeu : Villon se connaissait parfaitement, et nul 
n'a jamais lu plus clairement au livre de sa conscience. Il 
savait bien qu'il ne pouvait se trouver d'excuses, comme à 
« ung povre ydiot et follet » '. 

François Villon était alors bien différent du « povre petit 
escollier », de l'écolier de jadis, sec, noir, mais amoureux et 
rempli de légère gaîté. Il était plus pauvre encore, plus noir 
que mûre, plus maigre que la chimère ^ ; sur ses trente ans, 
vieux, tousseux, il avait perdu cheveux et sourcils ^ Il n'avait 
pas toujours mangé sur sa route ; il était demeuré de longs 
mois en prison, au pain et à l'eau : il y avait laissé presque la 
vie^, et son cœur ne tenait plus qu'à un û\K François avait 
erré sans gîte comme un chien ^ couché dans les carrières ', 
porté la balle ^ ; il était dompté par le 'travail ^ ayant sans 
doute servi les maçons '", pansé les chevaux, fauché dans les 
champs, aidé à broyer le chanvre ". Une telle santé, qui avait 
résisté à tant d'épreuves, Villon pouvait bien désirer de l'enga- 
ger à un lombard usurier, encore qu'elle fût atteinte '' ! Et bien 



1. Poésies div., XI, p. 23. 

2. T., h. 16, 19, 23, 64, 76. (^ 

3. T., h. 22, 62 ; V. 1896. — Sur leTait que les fatigues de l'amour font tomber le 
poil du corps, Cf. Recueil général de Fabliaux, éd. Montaiglon et G. Raynaud, III, 
p. 191. Cf. p. 170 n. 

4. T., h. 14, 2S,76;v. 1785. 

5. Poésies div., XI, v. 2. 

6. Poésies div., XI, v. 5. — 7. Ihiâ., XII, 4-5. 

8. T., V. 417. 

9. Poésies div., IX, v. 3. 

10. T., v. 1709. — II. T., v. 1713. 

12. T., h. 10, 62, 76 ; Poésies div., IX, v. 21. 



LE TESTAMENT 217 

des morceaux de sa robe étaient demeurés aux épines de son 
chemin '. 

Mais François a maintenant l'âme repentante du bon prison- 
nier, la résignation des humbles, le désir de s'amender. Sa foi est 
vive : le doux Jésus-Christ le sauvera, comme il a sauvé Lazare, 
le bon pauvre, comme il absoudra tous les pauvres morts \ Il 
n'ignore pas qu'il est un pécheur et un malheureux : mais un 
pauvre ne peut être loyaP. Et puis il n'a pas rencontré de 
pitié, un autre Alexandre comme le pirate Diomède ^ : Charles 
d'Orléans, qu'il a traité de César, de « doux prince », et qui était 
bon, cependant, n'a pas été pour lui cet Alexandre. La vérité, 
^'illon nous la confesse : il n'était pas persévérant. Ce fut là 
son malheur \ Il n'avait pas d'argent et aimait trop le plaisir^. 
De quelle expérience François devait payer ses erreurs, ses 
fautes ; de quelle misère, on l'a vu ! Aussi, à l'idée de ses per- 
sécuteurs, au souvenir des gens qui ne l'ont pas aidé, Villon 
devient sur l'heure fou de haine. Quand il les rappelle à sa 
pensée, c'est pour les bafouer, les insulter, les maudire, lui qui 
vient de nous parler à l'instant comme le doux pauvre de Dieu. 

Cette haine a martelé de puissante façon les huitains du 
Testatnent ; mais par le repentir qu'il y exprime, le poète a su 
nous attacher à lui. 

La contradiction de sa nature, à la fois bonne et mauvaise, les 
circonstances extraordinaires dans lesquelles il créa son poème, 
sont pour beaucoup dans le pathétique du Testament : un art 
souverain en fait cependant tout le prix. Dans cette œuvre de 
vengeance, Villon a su traduire, comme l'art religieux et popu- 
laire de son temps, le meilleur de la tendresse et de l'inquiétude 
humaines ; mais, par un miracle de son génie, il l'a parée des 
sortilèges d'une impérissable beauté. 



1. T., V. 2010. 

2. T., h. 33 ; Poésies div., XII, v. 38. 

5. T., h. 19. -. 4. T., h. 21. — 5. T., V. 104. — 6. T., h. 23. 



2l8 FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 



III. — Le sens du Testament, 



Le Testament est-il un poème ayant une « portée sociale », 
comme on le dit ? Est-ce une satire, un pamphlet dirigé contre 
des gens de finance ? Pourquoi de si violentes attaques ont- 
elles pu être produites contre de puissants personnages, comme 
furent certains des légataires de Villon ? 

Pour répondre à ces questions, il est utile de jeter un coup 
d'œil sur la société en France au moment de l'apparition du 
Testament. 

Le premier aspect qui frappe notre regard est un grand 
trouble. La France victorieuse de l'étranger', la France enfin 
sortie de sa misère, et riche, nous présente le spectacle du 
renversement de toutes les valeurs morales. Nous assistons à la 
fin d'un monde chevaleresque, que la guerre n'entretient plus, 
et qui d'ailleurs, cà la guerre, était déjà failli. Le Petit Saintré se 
charge de faire son oraison funèbre très joyeusement : quant à 
ce personnage de roman, le beau jouteur et l'amoureux Lalaing, 
qui semble bien le Petit Saintré vivant, il est interrompu dans 
sa noble carrière par un boulet de canon. Ce n'est donc plus 
le temps de tournoyer, de vivre largement comme un autre 
Alexandre, de porter l'écharpe des dames et de recevoir d'elles 
des cadeaux, de se croiser. Il n'y a plus de féodalité ; il n'y a 
plus qu'un roi tout-puissant, qui paie bien ses serviteurs et 
entend être servi par eux : chacun ne vaut désormais que par 
l'argent ou l'esprit qu'il possède. L'honneur et la loyauté sont 
choses mortes; l'union n'est plus en sainte Eglise, et depuis 
longtemps; si la foi demeure toujours très vive, le clergé du 



I. Voir entre autres le passage de Michel Menot « Nuncintota Francia régnât tanta 
superhia qiiod non cûgnoscetis statuni inter statum. » Sermones, Vzns, 1533,10!. 36 v°. 



VIE DE FRANÇOIS VILLON 



PL XXXIX 



met matftce ftâ 

co}>s ^tUonçlepetitfoncoOi 




litre d'une l'àtlion publiée j Paris entre i > i ?■ et i520 
(Bulletin de la Librairie 0. Morgand, 1905 p. 138) 



LE TESTAMENT 219 

moins est décrié et simoniaque. Il faut voir dans les documents 
ce que sont devenus les bénéfices, et qui les fait obtenir ! Les 
Turcs ont pu s'établir en Europe : les exhortations des pontifes 
à la croisade ne furent que des déclamations littéraires n'inté- 
ressant guère que Philippe le Bon, qui se tenait pour un pair de 
roman, mais se garda bien d'ailleurs de bouger. Un pessimiste 
se demande ce que vaut le monde : 

Quant les nobles usent de marchandises, 
Quant les armes ne veullent plus servir, 
Quant laboureurs veullent porter devise. 
Quant le commerce si veult enorgueillir, 
Quant les marchands commencent à mentir, 
Quant robeurs ont reigne en terre et en mer. 
Quant chascun veult son voisin surmonter. 
Quant en conseil faveur est essaulcié, 
Quant les prescheux font mal et dient bien. 
Quant advocatz ont tout en leur baillie. 
Que vault le monde ? — Hélas, il ne vault rien • ! 

Partout on entend les mêmes plaintes : il n'y a plus de 
noblesse, il n'y a plus de foi, il n'y a plus ni loyauté, ni mo- 
dération, ni honneur". On n'estime que l'argent: sauf santé, 
jeunesse et Paradis, qu'est-ce qu'il ne procure pas ^ ? La sagesse 
alors est de : 

Taire, souffrir, faindre et dissimuler 4, 

OU bien de jouir cyniquement de l'existence. On avait déjà 
entendu dans la société les craquements précurseurs de la 
naissance d'un monde nouveau : il triomphera à l'avènement 
du règne de Louis XI : 



1. Cf. la ballade : Quant Union n'est plus en sainte Eglise (British Muséum, ms. 
Lansdowne, 380). 

2. Cf. la ballade : Combien que homme soit de grande noblesse (Bibl. Nat., fr. 17 19, 
loi. 168 V»). 

5. Ibid., fol. 180. 

4. Bibl. de Stockholm, fr. LUI, fol. 7. Cf. Deschamps, I, p. 186; V, p. 38, 83, 
364, 565 ; VI, p. 196 ; X, p. xvni, XIX. 



220 FRANÇOIS VILLON, SA VIE HT SON TEMPS 

On voit le monde bestourner ', 

On voit aller tout au rebours, 

On voit justice peu régner, 

On voit les maulvais avoir cours, 

[On voit en grief mains chiefs de cours] 

On voit maulx croistre, somme toute, 

On voit tout et ne voit on goûte. 

Le meilleur représentant de ce monde qui disparaît, c'est le 
bon et noble Charles d'Orléans ; en poésie il n'a guère fait que 
suivre les traditions élégantes et amoureuses qui ont régné 
à la suite d'Alain Chartier. François Villon connaissait bien 
M^ Alain ^ ; et l'on a vu qu'il s'est moqué de son affectation 
dans le legs qu'il fit aux amants infirmes \ après avoir lui-même 
usé de son beau langage, fardé ses vrais sentiments comme le 
vieux maître courtois. Alain avait jadis composé une célèbre 
ballade en l'honneur de Noblesse et de Loyauté : 

Il n'est dangier que de villain4, 
N'orgueil que de povre enrichy. 
Ne si seur chemin que le plain, 
Ne secours que de vray amy... 
Ne chiere que d'homme joyeulx. 

Et M^ Alain avait continué sur ce ton moral, vantant tour à 
tour le service du roi, la fréquentation des bons, l'agrément 
d'une maison bien garnie, ce trésor qu'est « Prudhomie » : 

Que voulez vous que je vous dye ? 
Il n'est parler que gracieux. 
Ne louer gens qu'après leur vie. 
Ne chiere que d'homme joyeulx. 

1. BibL de Stockholm, fr. LUI, fol. ii v°; pièce attribuablc à Deschamps, suivant 
G. Raynaud, X, p. xxvn-xxvni. 

2. C'est là un point admirablement mis en lumière par M. W. G. G. By^anck 
(Essai sur le Petit Testament, p. 131 et s.). 

3.T., h. 155. 

'4. Cette pièce fut très répandue au xve siècle. On la rencontre entre autres dans le 
Jardin de Plaisance (Campaux, p. 357). Cf. G. Alecis, éd. Picot, I, p. 305. — Une 
parodie, autre que celle de Villon, mais dans le même esprit, a été publiée par Marcel 
Schwob, Le Parnasse satyrique, p. 177 : // n'est aise qu'avoir argent... Ne jeu que de 
cul et de pointe. 



LE TESTAMENT 221 

Il faut l'avouer, elles sont bien différentes les contre-vérités de 
François Villon ' : 

Il n'est soing que quant on a fain, 
Ne service que d'ennemy, 
Ne maschier qu'ung botel de foing, 
Ne fort guet que d'homme endormy, 
Ne clémence que felonnie, 
N'asseurence que de peureux, 
Ne foy que d'homme qui regnie. 
Ne bien conseillé qu'amoureux. 

11 n'est engendrement qu'en baing ^, 
Ne bon bruit que d'homme bannyî. 
Ne ris qu'après ung coup de poing, 
Ne lotz que debtes mettre en ny4. 
Ne vraye amour qu'en flaterie >', 
N'encontre que de maleureux. 
Ne vray rapport que menterie, 
Ne bien conseillé qu'amoureux. 

Ne tel repos que vivre en soing, 
N'honneur porter que dire : « Fi ! » ^, 
Ne soy vanter que de faulx coing 7, 
Ne santé que d'homme bouffy, 
Ne hault vouloir que couardie. 
Ne conseil que de furieux. 
Ne doulceur qvi'en femme estourdie, 
Ne bien conseillé qu'amoureux. 

Voulez vous que verte vous die ? 
Il n'est jouer qu'en maladie, 
Lettre vraye que tragédie ^, 

1. Poésies div., IV. — Cette pièce a été restituée à Villon par M. \V. G. C. Byvanck 
CEssai sur le Petit Testamant, p. 219-220). Source : Ms. de Stockholm, fr. LUI, 
fol. 3 \°. 

2. Il faut se rappeler que les étuves étaient parfois des maisons de rendez-vous. 

3. Villon ne doit pas faire allusion à son bannissement légal, mais à son exil 
volontaire. 

4. Rien ne nous attire plus de louanges, meilleure renommée, que de nier nos 
dettes. 

j. Cf. par contre le dit de Caton allégué à propos de l'éloge de Marie d'Orléans. 
6. Fy de V enseigne, avait dit jadis Villon. Il y a, à la suite d'.\lain Chartier, un bon 
nombre de poésies sur ce thème de Fy. — 7. Que de fabriquer de la fausse monnaie. 
8. Il n'est rien de si vrai que les affabulations de théâtre. 



222 FRANÇOIS VILLON. SA VIE ET SON TEMPS 

Lasche homme que chevalereux, 

Orriblc son que mélodie, 

Ne bien conseillé qu'amoureux. 

C'est là un jeu verbal, sans doute. Mais que Villon ait 
parodié M<= Alain, voilà qui prend quelque valeur quand l'on 
rapproche ces contre-vérités de la pensée qui inspira les Con- 
tredits du Franc Gontier. S'il nous fallait d'un mot résumer 
; l'esprit du temps où vécut l'auteur du Testament, nous dirions 
qu'au lieu de chevalerie il n'y avait plus au monde qu'une 
puissance : l'argent : 

Fy de bonté, fy de fiance ■, 

Fy d'onneur, fy de leaulté, 

Fy de force, fy de sapience, 

Fy de cueur plain de charité, 

Fy aussi de debonnaireté, 

Fy de tout cousin et parent, 

Fy de tous ceulx que j'ay nommé, 

Fors que de ceulx qui ont argent ! 

Digne de toute révérence 
Sont ceulx qui ont or à planté, 
Et boys, et près, et fief et censé, 
Il ne m'en chault s'ilz ont emblé ! 
Telz doyvent bien en vérité 
Estre appelés en jugement : 
Car on ne fait solempnité 
Fors que de ceulx qui ont argent ! 

Prince ne sçay se saulvé 
Seront à la fin pauvre gent. 
Ou se Dieu n'aura ja pitié 
Fors que de ceulx qui ont argent ? 

Dans cette mesure très générale, le Testament a certainement 
quelque portée sociale. Il suffira de rappeler les legs de chiens 



I. British Muséum, nis. Lansdowne 380, fol. 254 (Après une imitation de Charles 
d'Orléans sur le thème de la Fortune et avant une Vie^ainte Katherhiè, faicte et 
composée en forme d'oroisoti). — Il y a déjà sur cette idée bon nombre de poésies 
d'Eustache Deschamps. Sur ce poiut-là, comme sur tant d'autres, Deschamps est 
un précurseur et il traduit le sentiment populaire (IV, p. 128; VIII, p. 76). 



LE TESTAMENT 223 

que fait Villon à ces pauvres diables de gentilshommes ruinés, 
les Montigny, les Brunel ; les dons ironiques d'oiseaux qu'il 
adresse à des marchands ; cette façon implacable de noter chez 
les parvenus la grossièreté des façons et des mœurs; la manière 
désinvolte qu'il a d'endosser l'armure du chevalier, de léguer 
son heaume, son épée, ses tentes, son pavillon, son diamant, 
semblable à celui que les dames passaient au doigt des hardis 
jouteurs. Enfin il n'est pas douteux que Villon ne parodiât 
maintenant le vieux poète Alain Chartier, qu'il avait admiré 
certainement (la Belle Dame sans Mercy, le traité de V Espérance, 
entre autres) '. 

Parmi les gens qui furent le plus odieux au sentiment 
populaire, il faut compter les officiers de finance ^ chargés de 
recueillir les impôts, devenus permanents au temps de 
Charles VII : ce furent surtout des fils de marchands enrichis, 
sortis de leurs échoppes, qui se feront anoblir, et formeront la 
haute classe bourgeoise et la noblesse de finance qui appa- 
rurent vraiment avec le règne de Louis XI \ 

La victoire avait coûté très cher, puisqu'elle avait nécessité, 
pendant des années, les frais de la guerre et l'entretien 
d'une' armée que le roi venait même de rendre permanente. 
Quand ils étaient entrés à Paris, en 1436, les Français n'avaient 
pas manqué de dire aux grands bourgeois que le roi demeurait 
très pauvre, qu'il fallait faire un emprunt, lever une taille'*. 
Ces tailles que les Parisiens payaient jadis aux Anglais et aux 
Bourguignons, ils les acquittèrent désormais au roi. Pendant 
longtemps ce furent les seules nouvelles qu'ils eurent de lui : 

1. W. G. C. Byvanck, Essai critique sur le Petit Testament, p. i}i et s. 

2. On les voit déjà attaqués dans Deschamps (Contre les commis aux finances, I, 
p. 121 ; contre les financiers, I, p. 143 ; contre les impôts, III, p. 178 ; contre les géné- 
raux des finances, IV, p. 303 ; même sujet, V, p. 405 ; contre les contrôleurs des 
baillis, VI, p. 18). 

5. Voir ce qui s'est passé par exemple à Blois autour de Charles d'Orléans 
(J. de Croy, Cartulaire de la ville Je Blois, p. xxviii); l'histoire de la famille Cadief 
ù Moulins. 

4. Journal d'un bourgeois de Paris, p. 323. 



224 FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 

et les anciens partisans des Bourguignons ne manquèrent pas 
de dire que les seigneurs de France étaient devenus comme des 
femmes, qu'ils n'avaient de hardiesse que contre les pauvres 
laboureurs et les marchands. Pour comble de malheur, la nou- 
velle administration refusait d'accepter les pièces anglaises, 
bourguignonnes, flamandes et bretonnes, qui étaient cependant 
la seule monnaie que le peuple eût alors entre les mains '. 11 
fallut donc se procurer de nouvelles pièces : ce fut le beau 
temps pour les changeurs qui spéculèrent sur l'émission des 
monnaies'' ! Or depuis longtemps, dans le sentiment populaire. 



1. « Ne de revue... ne que se ilz fussent à i]'^ lieues, mais que les gouverneurs 
soubz leurs umbres faisoient tailles sans cesser, disant que le roy et ses subgectz, mais 
qu'ilz eussent l'argent, qu'ilz yroient conquester toute Normendie ; mais quant la 
taille estoit cuillie et qu'ilz l'avoient par devers eulx, plus ne leur en challoit que de 
jouer aux dez, ou chacer au boys, ou dancer, ne ne faisoient mais, comme on soulloit 
faire, ne joutes, ne tournois, ne nulz faiz d'armes pour paour des horions... Et quant 
ilz virent que le povre peuple n'avoit plus de quoy paier la taille, ilz firent crier que 
nulz ne prinst plus quelque monnoye que ce fust, ne de Bourgongne, ne d'Angle- 
terre, ne de Flandres, ne de quelque autre pais, que celle qui auroit ung chappellet 
autour de la croix ou de la pille. Hélas ! le pouvre peuple n'avoit pour cellui temps que 
celle monnoye qui fut deffendue à prendre, dont il fut tant grevé que c'est grant pitié à 
panser » (Ibid., p. 370, ad a. 1444). M. Tuetey note que seules les monnaies suivantes 
furent reconnues : les deniers d'or appelés cens ; les deniers grands blancs ayant cours 
pour 10 d. ; les petits blancs de 5 d. ; les doubles petits deniers tournois et les parisis 
noirs (Cf. aussi les Ordonnances, XIV, p. 325, 357, 380; Dieudonné, dans la Biblio- 
thèque de l'Ecole des Chartes, 191 2). — Cette question du change de la monnaie a 
frappé beaucoup les pauvres gens. Il y a nombre de plaisanteries de cet ordre dans 
les équivoques de Villon ; leur tradition sera encore vivante chez Jean Molinet 
(Parnasse satyrique, p. 292-293). L'angelot est une équivoque sur la monnaie de ce 
nom et le petit fromage que les fromagiers criaient à Paris (Bibl. Nat., fr. 2575); 
Targes et escus sont che:( les fourbissewrs, dit le même texte : ce sont des pièces du 
tournoi amoureux (le fourbisseiir de harnoys est celui qui fait l'amour) et aussi des 
monnaies (la large figure sur les écus de Bretagne) ; les plaques nous présentent une 
équivoque nouvelle -.plaques voit on sur jambes fort rongneuses (Ibid.). Voir ch. xiv. 

2. Bibl. Nat., fr. 5909, fol. 166. — Cette réglementation, qui parut si rigoureuse au 
peuple, avait été prise pourtant dans son intérêt. Le roi dénonçait les spéculateurs qui 
avaient fait passer en France du billon, de l'argent et de l'or pour les convertir en 
pièces étrangères dont ils faisaient monter le cours, « tellement que de présent ne 
court en la pluspart de nostre dit royaume que lesd. monnoies et autres qui ne sont 
de nosd. monnoies, ou grant dommage de nous et de tous noz subgetz » (Ordon- 
nance du mois d'octobre 1443). — Sur les pratiques des changeurs, voir aussi Michel 
Menot, Scrniones, 1530, fol. 87 r". 



LE TESTAMENT 225 

usurier et changeur étaient d'une même engeance '. Pour entre- 
tenir une armée régulière, on avait établi des aides perma- 
nentes qui furent données à ferme à ces nouveaux collecteurs, 
les élus sur le fait des Aides. Ceux-ci devaient vivre de leurs 
gages et ne commettre aucune exaction, après avoir acquitté 
leur charge : mais en fait ils en usèrent très librement, et il n y 
eut pas de personnages plus méprisés que ces officiers de 
finance à qui on souhaitait le gibet ^ 

Une autre classe d'officiers également détestés furent les 
grenetiers des greniers à sel. Depuis que ce commerce avait été 
confisqué par le roi (1372), le grenetier achetait sa charge 
comme l'élu des finances. Tout le sel devait être amené au 
grenier pour v être vendu ; mais, suivant la demande, selon les 
besoins de la consommation, les grenetiers agissaient comme 
des spéculateurs et s'entendaient avec les marchands Ml ne faut 
pas oublier non plus que les pratiques de l'usure, c'est-à-dire du 
prêt à intérêt, n'étaient reconnues ni par l'Eglise-^, ni par les 
petites gens qui en souffraient et ne pouvaient cependant 
s'en passer. Les gros marchands enfin vendaient de tout : ce 
qui paraissait abominable dans un temps où l'on ne devait 
exercer qu'un commerce ; ils usaient souvent de contrats dé- 
ceptifs au sujet des hypothèques, des achats de rentes ' : 



1. Recueil gâterai de fabliaux, éd. Montaiglon et Raynaud, IV, p. 212 : X'esloil 
useriers uc changierc. 

2. Soient riches gens dissolus, — Trainés .iu gibet les eslus, — Soient en gloire les damnés, 
— En enfer les bons amenés, — duant Dieu fera son jugement — A l'huis de Paradis. Amen. 

(Bibl. Nat., fr. 2375, fol. 158: Fatras). 

3. A. Franklin, Dictiouuaire historique des arts et métiers, p. 635. — On voit qu'en 
1440, l'abbé de Saint-Maur, général des Aides, fait monter le cours du sel, une 
grande quantité de porcs ayant été introduite à Paris. Sans sel, on ne pouvait en effet 
conserver les porcs (Journal d'un bourgeois de Paris, p. 350). 

4. Michel Menot, qui traduit si bien le sentiment populaire de ce temps, s'est 
élevé maintes fois contre l'usure et les usuriers. C'était pour lui le plus grand des 
péchés et il ne distinguait pas un usurier d'un diable (Sermoues, 1530, fol. 17. 
18, etc.) 

5. Ces pratiques étaient si répandues, parmi les marchands et même parmi les gens 
d'église, que Louis XI dut les dénoncer (Bibl. Nat., fr. 2494) dans une lettre donnée 
pour le bailliage de Mâcon. On y voit que ces usuriers « seufircnt et laissent encourir 

FR.WÇOIS VILLON. — II. Ij 



226 FRANÇOIS VILLON. SA VIE ET SON TEMPS 

« De tous les péchés qui régnent par le monde, il n'en est 
pas qui conduiront plus vite les pécheurs à la damnation que 
les péchés d'usure, d'avarice, de fraude et dol. Les gendarmes, 
dans les villages, causent certes beaucoup de maux aux pauvres 
gens dont ils mangent les biens et les poules. Mais vous, usu- 
riers, vous vous emparez de tous leurs biens et de leurs mai- 
sons. Car vous avez fait de ce monde votre Paradis. Vous atten- 
dez la cherté des vivres pour avoir payement de vos dettes et 
de vos cens. Et je ne dis rien là que je ne sache par moi- 
même... Tu n'as pas de quoi payer: l'usurier te fera ajourner 
devant la justice, car il faut qu'il ait ta maison, ton champ, ton 
pré, tes terres, ton lit, tes chevaux, tout enfin. Et toi tu auras 
licence de garder ton épouse, tes petits enfants et d'aller men- 
dier ton pain, avec un bâton blanc à la main. Voilà à quoi sont 
réduits les pauvres par ces très méchantes gens ! » Ainsi le 
dénoncera dans la chaire le cordelier Michel Menot \ 

On ne saurait cependant douter que la nouvelle organi- 
sation des finances n'ait amené de l'ordre en France, Et 
Charles VII, qui était au surplus un grand travailleur. 



plusieurs années desdictes pensions affin que par cessation et retardacion de payement 
desd. pensions, promesses et autres obligations, ilz lacent obliger lesd. manans et 
habitans en plusieurs et diverses sommes et pensions ; et à la fin s'efforcent d'avoir, 
et de fait ont tous les jours et font vendre leurs dis biens et heritaiges pour moins 
de juste pris; et tellement que par telz deceptifs et frauduleux contratz, et usuraires, 
nosd. subgietz viennent à pouvreté ; et les autres les prennent à eulx pour moins de 
juste pris et de plus de la moite, et puvs doubtans en estre pugniz, ou que les con- 
trahans les rachaptent, les mettent et transportent en autres mains et en ont argent 
tant content, à paie que autrement, qui vault troys foys autant que monte le princi- 
pal ; et d'autres, qui ont charge de justice, par force de menasse se font vendre les 
heritaiges de no:^ pouvres subgietz, leurs justiciables, tant pour amendes qu'ilz leur font 
gaiger, leur faisant renoncer qu'ilz ne puissent appeller, provoquer, ne reclamer à nous 
ne à noz officiers que pour autres menues debtes. lesquelz ilz baillent après à pension 
à nosd. subgietz, et leur en ostent la propriété ou les vendent entièrement et en 
ostent et mettent entièrement la joyssance hors de leurs mains ; et par ce moyen 
nostre dit pays demeure inhabitable, et noz droiz et succèdes ne se peuvent payer ne 
exiger, à la grant fouUe et destruction totalle de nosd. subgietz, diminucion de nos 
droiz, interestz de nous, et de toute la chose publique... » 
I. Sennones, Paris, ISSO, fol- i8o r" ^^ ^"^ 



LE TESTAMENT 227 

s'occupait lui-même de l'administration des deniers publics, 
signait de sa main les rôles des officiers généraux '. 

Peut-être aussi qu'une extension plus grande du commerce, 
des rapports plus fréquents entre les provinces et les villes, 
avaient créé ces puissants marchands dont Jacques Cœur est 
demeuré le plus illustre représentant. Mais il n'est pas moins 
vrai qu'on avait beaucoup à se plaindre de ces gens de finance 
qui s'enrichissaient si vite. De ceux-là, d'autres encore, Michel 
Menot dira que ce sont des chats à qui l'on a confié la garde 
d'un fromage pour le soustraire aux dents des souris ^ « N'est-il 
pas évident que si le chat y porte une fois les dents, d'une seule 
morsure il causera plus de dommage que les souris qui y 
reviendraient à vingt reprises ? » Un homme, très riche lui- 
même, comme Jean Jouvenel des Ursins, l'archevêque de 
Reims, l'avait déjà fait observer au roi : les finances qu'on lève 
pour la guerre n'y sont pas employées; les officiers du roi 
mènent trop grand train et sont trop nombreux ; il n'y a plus 
qu'eux en France qui puissent construire : « On voit evidam- 
ment que se ung compaignon est recepveur ou se mesle en 
aucune manière de finances, voire clerc des clercs d'un homme 
de finance, il acquestera et ediffiera. Hélas ! ce n'est pas à leurs 
despens — c'est de celluy du peuple ; et le voient et congnois- 
sent evidamment : et est leur faire une grant injustice que 
vous devez congnoistre et bien ad viser... » L'archevêque de 
Reims signalait encore le trop grand nombre de secrétaires qui 
divisaient leur office en deux, les uns jouissant des gages, les 
autres des bourses, et qui n'étaient au surplus que des ignorants. 
Ils faisaient rédiger toutes leurs lettres par leurs clercs, par des 
procureurs en Parlement, ou des clercs du Palais. Jadis ils pre- 
naient peu de chose pour ces écritures, ou simplement du vin 



1 . « Continuellement pcnsoit aux affaires de son royaume et soulaigemeut de son 
peuple. » — L'office d'un élu valait de 3 à 400 écus. Voyez tout ce que nous dit 
Henri Baudc à ce sujet (Vallet de Viriville, Nouvelles recherches sur Henri Baude, p. 8, 
9. ")■ 

2. Sertiiones, Paris, 1530, fol. 7 v". 



228 FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 

pour leurs scribes ; et maintenant ils se faisaint payer autant 
et plus que jamais ' ! 

Il faut lire dans le Journal d'un Bourgeois de Paris, non parce 
qu'il nous rapporte l'exacte vérité sur ce sujet, mais parce qu'il 
exprime vraiment le sentiment populaire, l'infinie kyrielle de 
plaintes des Parisiens au sujet de ces tailles et de ces aides; la 
liste de toutes ces « becquées » prises sur le pauvre peuple ^. 
Les quatre élus sur le fait des Aides font la loi à tous, à l'Uni- 
versité même, et ils osent, en 1445, porter la main sur le rec- 
teur K II y eut, aux environs de 1460, de si grandes plaintes 
au sujet des tailles, que ce mode de lever l'impôt dut être 
amendée On disait même dans le peuple que les tailles avaient 
disparu, que les mandements publiés par les élus étaient faux. 
A Reims, en 146 1, on se précipita sur les enchérisseurs de 
gabelle, et on brûla dans la rue les contrats qu'ils avaient avec 
le roi. Le menu peuple se souleva contre les élus sur le fait 
des Aides : les insurgés menaçaient d'incendier toutes les maisons 
que les bourgeois avaient à la campagne si les nouveaux impôts 
étaient publiés ; Louis XI dut envoyer le maréchal de Rouhault 
assiéger la ville \ Au mois de septembre 1461, pendant deux 
jours, éclatait à Angers l'insurrection populaire de la Trico- 
terie. Les pauvres gens de métier de la ville et des champs, 
écrasés d'impôts, se rendent armés de triques et de bâtons dans 
les maisons des officiers du roi, de l'élu, des receveurs et des 
chanoines, et les pillent ; mais « bien peu de temps après, plu- 
sieurs furent bien punis, les uns noyez, les autres décolez, 
bras et jambes coupez, et les corps au gibet ou en la rivière ^ ». 

Cette année-là précisément François Villon écrivit le Tes- 
tament. 



1. Remontrances à Charles VU (Bibl. Nat., fr. 2701, fol. 99 vo, 105 \°.) 

2. Journal d'un hourcrcois de Paris, p. 323, 333, 334, 349, 359, 368, 369, 370, 575, 
579. — 3. Ihid., note de M. Tuetey, p. 375. 

4. Ordonnances, XIV, p. 484. 

5. Bibl. Nat., Coll. Legrand, fr. 6968, p. 351, 353, 354 ; Arch. Nat., JJ. 198, 
p. 354; Legeay, Histoire de Louis XI, I, p. 271-272. 

6. Célestiu Port, Dictionnaire historique de Maine-et-Loire, I, p. 38. 



LE TESTAMENT 229 

Si l'on jette maintenant les yeux sur la situation des victimes \ 
du poète, on sera frappé de ce fait que le plus grand nombre a 
quelque chose à voir avec l'administration des finances. A ce 
milieu des clercs de finance appartiennent Ythier Marchand, 
Jean le Cornu, receveur des Aides de la guerre à Paris, Pierre de 
Saint-Amand, qui fut clerc du Trésor, Pierre Baubignon, clerc 
du clerc du Trésor, Jean de Bailly, greffier de cette justice et' 
procureur du collège des secrétaires du roi. Robinet Trascaille, 
clerc de Jean le Picart. Et, parmi d'autres gens de finance, nous 
trouvons encore Denis Hesselin, élu sur le fait des Aides, 
Guillaume Colombel, également élu, Guillaume Charruau, qui 
appartient à une autre famille de receveurs, Nicolas de Lou- 
viers et Pierre Merbeuf, élus de Paris, les Perdrier, qui sont 
fils d'un changeur, les Raguier, parents du trésorier des guerres. 
Jean de Marie était le plus riche banquier de Paris ; Chariot 
Taranne, fils de changeur; Michel Culdoe, Jean de la Garde 
et Guillaume du Ru faisaient le commerce en grand et trafi- 
quaient comme des banquiers. Enfin, la satire la plus violente 
du Testament est dirigée contre trois personnages que Villon a 
déjà nommés dans les Lais, Jean Marcel, Colin Laurens et 
Girart Gossouyn, mais qu'il désigne maintenant comme ses 
trois pauvres orphelins. Or ces personnages sont des spécu- ' 
lateurs sur le sel, des usuriers, de puissants marchands '. 

Ces constatations suffisent-elles pour établir que le Testament 
est un pamphlet dirigé contre les financiers'' ? 

Cela paraît invraisemblable. Tout ce qu'on en peut raison- 
nablement déduire, c'est que Villon a passé sa jeunesse parmi 
de jeunes clercs de finance, qu'il a travaillé peut-être à leurs 
côtés, qu'il connaît parfaitement ce milieu. Il n'a pas traduit la 
plainte du peuple contre les élus, les receveurs de taille, les 
gabeleurs, les usuriers, même dans la mesure où un homme 

1. Voir à l'appendice pour tous les détails biographiques qui les concernent. 

2. Marcel Schwob, François Villon, rédactions et- notes, p. 125-129. — Je crois son 
interprétation trop rigoureuse ; mais Marcel Schwob a eu le très grand mérite d'avoir 
posé le premier cette question, de l'avoir résolue en partie. 



230 FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 

du peuple, comme Deschamps, a pu le faire avant lui. Il était 

\ beaucoup trop égoïste pour cela, et aussi trop poète. Mais aux 

jours malheureux de sa difficile existence, François s'est retourné 

vers ces gens riches qu'il a connus autrefois; il leur a demandé 

i vraisemblablement des secours; les uns ont été généreux pour 

1 lui, d'autres n'ont pas répondu à son appel. Il estime les uns 

honorables, les autres malhonnêtes. C'est là toute sa morale, 

apparemment. 

Et si même il a été clerc, scribe copiant des manuscrits, Villon 
fut surtout poète. Jadis, un poète ne vivait qu'en entrant parmi 
la domesticité ou dans un office chez quelque seigneur. Ainsi 
arrivait-il à Blois, quand Charles d'Orléans rencontrait un 
rimeur dont l'esprit lui plaisait ; et même pendant ses voyages 
le duc récompensera ceux qui lui diront des ballades ' : 
quand le breton Meschinot récite ses compositions devant le 
connétable de Richemont, il en va de même^ Mais alors les 
bourgeois, les financiers tiennent à peu près partout ce grand 
état qu'avaient autrefois les seigneurs. Ces grands bourgeois, 
depuis le commencement du siècle, on les appellera des « roi- 
telets » ' ; ils reçoivent, à Paris, dans leurs belles demeures, 
font copier des manuscrits par des scribes. Plus modestement 
Colin Galerne, que le poète a nommé son barbier, transcrira 
les Vigiles de Pierre de Nesson '^. Il est donc vraisemblable que 
Villon se sera efforcé par tous les moyens de pénétrer chez ces 
gens riches, qui pouvaient bien le récompenser : ainsi nous 
connaîtrions une autre raison de ses amours et de ses haines. 
Nous n'avons pas la preuve que les choses se soient passées 
de la sorte : on peut du moins le présumer. Roger de Collerye, 
quelques années après Villon, nous dira, à ce sujet, ses vœux 
et ses espérances ^ : 

1. En 1449, ^ Chalou, Baudet Harenc reçoit 3 écus d'or pour « avoir lait » des bal- 
lades devant le duc (Pierre Champion, Vie de Charles d'Orléans, p. 374). 

2. Pour un rondeau, il recevait 5 écus (A. de la Borderie, Jean Meschinot, p. 12). 

3. « Grant toison de riches bourgois avoit [à Paris], et d'officiers que on appeloit 
petitz royetaux de grandeurs. » Guillebcrt de Metz p. 200. 

4. Bibl. Nat., fr. 1889, fol. 147 vo. — 5. Ed. Charles d'Héricault, p. 224. 



LE TESTAMENT 23 I 

S'il m'advenoit que pour rhetoriquer 
En rvme et prose, et le communiquer 
A gens qui sont de bien riche maison 
Et avoir d'eux argent, peu ou foison, 
Le plus du monde m'y vouldrois appliquer 
De composer, et ne rien pratiquer, 
Et de mes yeulx veoir l'or, l'argent cliquer, 
Sans en avoir, il n'y auroit raison... 

Mais ce qu'il nous faut surtout retenir, c'est qu'en somme 
de nombreuses victimes de Villon furent des gens tarés. Car 
enfin il demeure incroyable que des satires aussi fortes aient 
pu être produites, alors que l'on poursuivait très rigoureuse- 
ment devant les tribunaux les mauvaises paroles et les diffa- 
mations ' : Villon l'a bien éprouvé au sujet de Denise qui le 
mit en procès devant l'Officialité". On avait certainement des 
tolérances pour les clercs joueurs de farces, et ceux du Châtelet 
faisaient ouvertement la charge des gens du Parlement ^ ; mais 
parfois aussi ils allaient en prison : quelques années plus tard 
Henri Baude pourra y réfléchir sur l'opportunité de savoir 
retenir sa langue^. Les satiristes n'ont jamais poursuivi que 
des gens perdus dans l'opinion, à tort ou à raison : ce fut le 
cas de beaucoup de victimes de Villon. Enfin son oeuvre a pu 
jouir de l'immunité que l'on accorde aux choses amusantes : 
elle était joyeuse et nombre de traits plaisants ont pu faire 
passer bien des traits cruels. 

Le Testament n'a donc pas une « portée sociale » ; il n'est 
qu'un miroir de son temps : Villon ne fut ni un altruiste ni un 

1. Au mois de décembre 145 1, à la suite d'injures verbales, on voit un foulon être 
prive de l'exercice de son métier et condamné à faire amende honorable, une torche 
à la main (Bibl. Nat., Dupuy 250). Le ler juin 1457, PO"r avoir mal parlé de feu 
Amauld de Marie, président du Parlement, Antoine Lescuier est condamné à faire 
amende honorable au procureur, à sa veuve et héritiers, à garder la prison pendant 
15 jours au pain et à l'eau (Bibl. Nat., Dupuy 250). Cf. ce qui a été dit à propos de 
Catherine de Vausselles ; la vie de Philippe Brunel à l'appendice. 

2. T., V. 1234. 

3. Voyez la notice sur Martin de Bellefaye à l'appendice; Arch. Nat., X'« 1484, 
3 juillet 1460. 

4. Les vers de M" Henri Uaitde, éd. J. Quicherat, p. 77. 



232 FRANÇOIS VILLON. SA VIE ET SON TEMPS 

réformateur. Il manquait seulement d'argent ; ayant désiré 
beaucoup d'en avoir il a maudit ceux qui lui en avaient refusé. 
Cependant, sans exagérer la conséquence de cette consta- 
tation, il faut reconnaîre que bien des lecteurs de Villon ont 
pu trouver satisfaction à leurs rancunes particulières dans 
ces attaques que le poète avait dirigées contre certains spécula- 
teurs et les officiers de finance ; et il n'est pas impossible que, 
jusqu'au milieu du xvi^ siècle, la tradition de cette interpréta- 
tion du Testament se soit conservée à Paris. Tous ces riches, 
tous ces avares, tous ces usuriers, on les maudissait tradition- 
nellement. Le vieux Deschamps l'avait dit ' : 

Ja riches homs n'yra en Paradis. 

Il faut voir, dans les livrets populaires imprimés pendant 
les dernières années du xv^ siècle et au début du xvi*^, avec 
quelle vigueur ils furent attaqués ! On goûtait, plus que jamais, 
l'apologue du mauvais riche dont l'histoire se voyait dans tous 
les livres d'Heures". On y représentait, avec un grand luxe de 
raffinement, la punition des avares ' ; le vilain geste de ceux 
qui refusent de l'argent aux pauvres'*. Les religieux fulminaient 
contre les usuriers. Nul doute que, lorsqu'il errait aux Inno- 
cents ou dans un des nombreux cimetières où se voyait 
quelque copie de la Danse des morts, le pauvre homme ne se 
sentît bien vengé : car la mort y tirait par le bras l'usurier, 
portant son argent dans sa ceinture, et qui lui tournait le dos 
pour trafiquer jusqu'à sa minute dernière. L'usurier répondait 
à la mort : 

Me convient il si tostmorir? 

Ce m'est grant peine et grevancc ; 

Et ne mè pourroit secourir 

Mon or, mon argent, ma chevance. 



1. Œuvres, I, p. 73. 

2. Voir les Heures de Pigouchet dans A. Chiudin, Histoire de l' imprimerie, II, 
p. 41 ; III, p. 164. 

3. IMd., III, p. 184. 

4. Ibid., II, p. 229, 446. 



LE TESTAMENT 233 

Je vois morir, hi mort m'avance. 
Mais il me desplaist, somme toute ; 
Qu'est ce de maie acoustumance ? 
Tel a beau yeux qui ne voit goûte. 

Et l'on voyait le pauvre petit homme, portant chapeau pointu 
et manteau rapiécé, tendre la main au grand usurier : 

Usure est tant maulvais pechié, 
Comme chascun dit et raconte ! 
Et cest homme qui approché 
Se sent, de la mort ne tient conte : 
Mesme l'argent que ma main compte 
Encore à usure me preste ! 
— Il devra de retour au compte : 

N'est pas quitte qui doit de reste '. 

On contait enfin l'histoire de ce prêtre qui avait refusé 
d'enterrer au cimetière le corps de l'usurier. Sur l'insistance de 
ses amis, il résolut de s'en remettre à la volonté de Notre- 
Seigneur. On convient donc de hisser le corps de l'usurier sur 
le dos d'un âne : là où l'âne le portera, fût-ce au cimetière 
ou à l'église, le prêtre enterrera le défunt. L'âne est laissé 
en liberté : il va droit au gibet, sous les fourches patibulaires 
où l'on suspend les larrons ; et c'est là qu'il le dépose, sur 
un fumier : « Avisez la sentence de Notre-Seigneur contre les 
usuriers dont nous avons dessus parlé et faites mention », 
ajoute le dévot conteur. En considération des biens qu'il légua 
aux religieux, on enterra un autre usurier dans le cloître d'une 
abbaye. Or, toutes les nuits, il sortait de son tombeau pour 
tourmenter les moines : il leur demandait de le mettre hors 
de terre sainte, car il n'était pas digne d'y reposer. Les religieux 
donnèrent satisfaction à son désir et le mort les laissa désor- 
mais en paix\ C'était enfin une croyance générale que les 
prêteurs à intérêt devaient restituer partie de leur fortune ' : 

1 . Paris et ses historiens, p. 506. 

2. Doctrinal des simples gens (Bibl. Nat., fr. 17088, fol. 54). 

3. « Ils sont aucuns usuriers qui prcstent leur argent, c'est assavoir tant et tant 



234 FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 

en fait, ils furent bien souvent traités comme les juifs de jadis, 
et légalement pillés à leur décès, sous le prétexte d'inven- 
taires. 

Dans ce sens, mais dans celui-là seulement, on peut dire 
que François Villon a traduit « la plainte du peuple ». Et c'est 
sans doute pourquoi, dans une édition du Grant Testament qui 
parut entre 1515 et 1520 à VEeu de France, en la rue Neuve 
Notre-Dame, non loin de la cathédrale dont il avait exécré les 
riches chanoines, on verra sur le titre des poésies de Villon 
deux personnages devant un coffre rempli de pièces de mon- 
naie ' : l'un d'eux peut être l'usurier, l'autre celui qui emprunte 
ou acquitte sa créance ^ 

par sepmaine ou pour moys, ou prennent leurs terres, possessions, rentes et revenus en 
gaige desquelles ilz prennent les usuffruiz jusques Hz soient paiez du principal, sans en 
rendre compte ni desconter sur ledit principal : ce sont usuriers villains... Autres 
sont qui prestent sans faire aucune paction ni traité... Tous usuriers sont tenuz de 
restituer tout ce qu'ilz ont de usure, ou tout le moins ils doivent faire leur devoir et 
povoir, ou au moins en avoir au cueur dolcur et grant desplaisir... » (Doctrinal des 
simples gens, Bibl. Nat., fr. 17088, fol. 110 v). 

1. Catalogue D. Morgand, novembre 1905, nouv. série, no 4, p. 138. — J'adresse 
tous mes remerciements à M. Edouard Rahir qui m'a autorisé à reproduire ce petit 
bois. 

2. Ce bois n'est d'ailleurs qu'un passe-partout, puisqu'il figure dans une édition 
de Guillaume Alecis (Cf. l'édition E. Picot). 



CHAPITRE XV 



SES DERNIERES ANNEES 



Ainsi François Villon était rentré à Paris où il avait composé, 
surtout de ses souvenirs et de ses dures expériences, le Testa- 
ment. Peut-être y fut-il malade et, de cet état, a-t-il tiré l'idée 
de son poème ? Il est certain que sa santé n'était plus bonne ; 
il était bien vieilli et tousseux, avait perdu cheveux et sourcils 
et ressemblait exactement à un navet qu'on vient de peler. 
Il se cachait enfin puisque, assure-t-il, celui qui aurait découvert 
son abri, et le lit où il était alors couché, se serait montré plus 
fort que le devin auquel on s'adressait de son temps pour 
retrouver les objets perdus. 

Mais aussi Villon avait beaucoup réfléchi ; il s'était promis 
de vivre désormais en sagesse, en paix, en piété. Son existence 
passée ne lui paraissait plus qu'une suite d'ordures, une longue 
folie ; et surtout il s'était dit qu'il ne serait plus voleur, comme 
il l'avait été, par faiblesse, par « lascheté ». Il méditait sur la 
sagesse de l'épître de saint Paul aux Romains '. Ses mauvais 
compagnons de plaisir, François ne les nommait plus de 
« beaux enfants » % des gens d'esprit légèrement étourdis : ce 
sont de malheureux fous à qui il parle gravement ' : 

1. Paul, Ep. ad R., 5, i. Pacem hapeamus ad Deuni, etc. 

2. Belle leçon aux enfants perdus; Poés. div., X, v. 14. 

3. Poés. div., I. Cette belle pièce a été restituée à Villon par M. W. G. C. Byvanck 
(Essai sur le Petit Testament, p. 217, 221). On la rencontre parmi les œuvres d'Alain 
Chartier, à la fin d'un manuscrit de ce poète. Cf. A. Piaget, dans Roiiniiiia, 1892, 
p. 429. 



23e FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 

Hommes faillis, despourvouz ' de raison, 
Dcsnaturez et hors de congnoissancc, 
Desmis du sens, comblez de desraison, 
Fols abusez, plains de descongnoissance, 
Qui procurez 2 contre vostre naissance. 
Vous soubzmettans a détestable mort 
Par lascheté, las ! que ne vous remort 
L'orribleté quia honte vous maine? 
Voyez comment maint jeunes homs est mort 
Par offenccr et prendre autry dcmaine. 

Chascun en soy voye sa mesprison, 
Ne nous venjons, prenons en pacience; 
Nous congnoissons que ce monde est prison 
Aux vertueux franchis d'impaciencc ; 
Battre, touiller 3, pour ce n'est pas science, 
Tollir, ravir, piller, meurtrir a tort. 
De Dieu ne chault, trop de verte se tort 4 
Qiii en telz faiz sa jeunesse demaine. 
Dont a la fin ses poins doloreux tort 
Paroffencer et prendre autruy demaine. 

Que vault piper >, flater, rire en trayson, 
Quester'', mentir, affermer sans fiance, 
Farcer 7, tromper, artifier poison ^, 
Vivre en pechié, dormir en deffiance 
De son prouchain sans avoir confiance ? 
Pour ce conclus : de bien faisons cfiort. 



1. Bersaucley suivnnt l'édition de Charlicr de 1489 (frappé de coups). 

2. Travaillez. 

3. Frapper, renverser dans la bouc. Ces deux mots vont souvent ensemble (("f. 
Godefroy, aà. v. Tooiller). Mais on disait aussi louillcr un cornet de dès (Ms. fr. lui 
de Stockholm, fol. 258 vo). — Rouiller suivant les éditions de 1489 et de 1494 
(rouler les j'eux, à la façon des Coquillards ? Ms. fr. lui de Stockholm, fol. 238 vo). 

4. Se fourvoyer (Cotgrave). — Il s'éloigne trop de la vérité celui qui pisse sa jeu- 
nesse dans de telles actions ; à la fin il en tord ses poings douloureusement, etc. 

5. Tricher au jeu. — 6. Comme les porteurs de bulles. — 7. Jouer des farces. 

8. Préparer des poisons, comme le faisaient sans doute les vendeurs de thériaque, 
à coup sûr les nécromanciens, tous les dévoyés qui usaient d'art magique. Il suffira 
de rappeler les pratiques de Gilles de Rais, de Jean d'Alençon dont on venait de faire 
le procès. Charles VII ne mangeait plus dans ses derniers jours, craignant le poison. 
— Ythier Marchand, l'ami de Villon, sera accusé d'avoir fait empoisonner Louis XI ; 
en 148 1, le roi fera faire le procès d'un marchand de bonnets empoisonnés qui tra- 
vaillait pour le duc de Bretagne (Bibl. Nat., fr. 18442, fol. 119). 



SES DERNIÈRES ANNÉES 237 

Reprenons cucr, ayons en Dieu confort, 
Nous n'avons jour certain en la sepniaine ; 
De noz maulx ont noz parens le ressort 
Paroffencer et prendre autruy demainc. 

Vivons en paix, exterminons discort ; 
leunes et vieulx, soyons tous d'ung accort : 
La loy le veult, l'apostre le ramainc 
Licitement en l'epistre rommaine ; 
Ordre nous fault, estât ou aucun port. 
Notons ces poins ; ne laissons le vray port 
Par offenceret prendre autruy deniaine. 

Mais il avait beau être repentant, s'écrier à tout propos : « Loué 
soit le doulx Jesus-Christ », voir clair dans sa conscience, tout 
cela n'empêche que Villon se sentait très faible : 

Riens ne hais que persévérance. 

Et au demeurant il restait bien pauvre. 

Toujours est-il qu'après ces belles protestations d'honnêteté, 
nous retrouvons François Villon prisonnier au Châtelet « pour 
un certain vol dont il était chargé », le 2 novembre 1462 '. 
Sans doute l'affaire n'était pas grave, puisqu'il est question, 
presque immédiatement, de sa mise en liberté. Mais cette arres- 
tation eut pour Villon une conséquence qu'il redoutait sans 
doute, et qui était, vraisemblablement, la raison pour laquelle 
il se cachait : elle réveilla la vieille affaire du vol du collège de 
Navarre et rendit patente sa présence à Paris. On l'ignorait 
alors : car le bedeau de la Faculté de Théologie, qui appartenait 
à la communauté de Saint-Benoît et demeurait non loin du 
cloître, rue des Noyers, à l'enseigne de Saiiite-Marie-Maddeinc, 
aurait bien su l'y découvrir. Et si François Villon avait pris une 
lettre de rémission après sa sortie du cachot de Meung, cette 
grâce ne le mettait pas à l'abri des conséquences matérielles de 
son vol ; peut-être ne concernait-elle que l'affaire qui l'avait fait 
emprisonner par Thibaud d'Auxigny ? 

I. Bibl. Nat., lat. 5657':. Cf. Marcel Schwob, Conscqucnces du vol au colUge de 
Xavarre, dans François Villon, rédactious et notes, p. 109 et s. ; Pièces justificatives. 



238 FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 

Qiioi qu'il en soit, au moment où il allait être élargi, la 
l'acuité de Théologie fit opposition à la délivrance du voleur de 
son argent ; elle délégua M'^ Laurens Poutrelpour négocier avec 
le prisonnier, qui fut interrogé au sujet de cette vieille affaire. 
François Villon dut faire alors des aveux complets. 

L'important, aux yeux de Laurens Poutrel, était que la Faculté 
recouvrât l'argent volé. Il s'y trouvait doublement intéressé puis- 
qu'il avait perdu lui-même 60 écus d'or et qu'il était l'héritier 
du doyen défunt, M^ Rogier de Gaillon. Sans doute aussi 
le vieux légiste qu'était Laurens Poutrel savait que François 
Villon trouverait à Paris des protecteurs et des amis, dès que 
sa présence serait publiée. Poutrel connaissait bien Guillaume 
de Villon, qui avait déjà tiré son protégé de maints bouillons ; la 
mère du poète vivait encore (celle de Guy Tabary, qui n'était 
peut-être pas beaucoup plus riche que la mère de François, 
avait dû précédemment, on l'a vu, prendre un engagement 
envers la Faculté quand son fils, le voleur, fut mis en liberté 
conditionnelle). Ce qui est certain, c'est qu'avant le 7 novem- 
bre 1462, Laurens Poutrel obtint de François Villon la pro- 
messe que celui-ci rendrait les 120 écus d'or dans le délai de 
trois ans : moyennant quoi il fut élargi. 

Ainsi le pauvre Villon devait payer 40 écus par an à la 
Faculté sous peine de se voir emprisonné de nouveau ! Sans 
doute il pouvait arriver à trouver cette somme, puisque Laurens 
Poutrel lui faisait ce crédit; le vieux bedeau, qui le connaissait 
bien, n'entendait pas être sa dupe. Mais il faut avouer aussi que 
pour un homme qui commençait à se reprendre, c'était là une 
charge écrasante, qui pouvait bien le décourager. Ce vol du 
collège de Navarre fut le plus grand malheur de \''illon, comme 
il reste sa plus lourde faute: jamais le poète ne pourra échapper 
aux conséquences de cette lamentable affaire. 

Le pauvre François retourna vraisemblablement demeurer 
dans sa chambre d'écolier, au cloître Saint-Benoît : il ne devait 
jouir encore que d'un mois de liberté. 

Il faut bien reconnaître que dans l'affaire qui l'amena une 



SïS DERNIÈRES ANNÉES 2$$ 

fois de plus devant le Châtelet, François Villon n'avait joué 
presque aucun rôle '. 

François avait en ce temps-là lié connaissance avec un certain 
Robin Dogis, qui demeurait rue de la Parcheminerie, à l'en- 
seigne du Chariot, presque au coin de la rue de la Harpe. Ce 
Robin Dogis avait pour ami un nommé Hutin du Moustier, 
qui n'était pas plus mauvais qu'un autre, et qu'on retrouvera 
plus tard sergent à verge au Châtelet \ Mais parmi les fréquen- 
tations de Dogis, on remarquait un clerc querelleur et violent, 
Rogier Pichart, un de ceux-là qui avaient l'insulte prompte 
et en venaient facilement aux coups \ 

QjLiant à la rue de la Parcheminerie, c'était une ruelle 
étroite, s'étendant entre la rue du Petit-Pont et la grand'rue de 
la Harpe. Elle était occupée surtout par des parcheminiers, des 
échoppes de scribes et d'écrivains ^. 

Or, un soir, François Villon gagna la rue de la Parche- 
minerie pour demander à Robin Dogis s'il ne lui donnerait pas 
à souper : certainement il n'avait pas de quoi manger ce soir-là. 
Robin Dogis se montra disposé à satisfaire à sa demande ; 
avec eux vinrent souper Rogier Pichart et Hutin du Moustier. 
Quand le repas fut fini, il pouvait être sept ou huit heures 
du soir : on quitta la maison de Dogis pour se rendre dans la 
chambre de M^ François, bien vraisemblablement cette chambre 
d'écolier qu'il avait au cloître Saint-Benoît, car, avec ses trois 
compagnons, Villon monta la rue Saint-Jacques. 

Il y avait là, à main gauche, touchant à la taverne de la 
Mule, et presque en face de l'entrée du couvent des Mathurins, 

1. Sur tout ce qui suit cf. A. Longnou, Œuvres conipUtes de François Villon, 1892, 
p. Lxxi-LXXII. 

2. Arch. Nat., S. 1036, fol. 26 (3 août 1474) ; Y. 5266, fol. 3 (16 juiu 1488). 

3. Le 13 mai 1461, il comparaissait devant l'official pour avoir insulté, et frappé 
d'un coup de poing sur la figure, un nommé Hennequin, demeurant rue des Lom- 
bards (Arch. Nat., Z •»/,); le 29 mai Rogier Pichart, « famulus cridans », paya 
l'amende pour avoir appelé l'épouse de Lorin Lùgnelet ribaude, paillarde mariée, 
après que lad. épouse l'eut traité de fils de putain (Jbid.). — Des Pichart possé- 
daient deux maisons rue Saint-Jacques en 141 1 (Arch. Nat., S. 897b). 

4. \\i moment où je relis ces lignes on jette bas partie de cette curieuse ruelle. 



240 FRANÇOIS VILLON. Sx\ VIE ET SON TEMPS 

1 ecritoire de M^ François Fcrrcbouc, notaire pontifical '. C'était 
l'un de ces nombreux notaires qui exerçaient en France leur 
office par privilège du pape, au dam des notaires royaux et du 
Chdtelet, et qui authentiquaient leurs actes en y dessinant la 
croix de Saint-Pierre. Malgré le règlement du couvre-feu, ils 
étaient autorisés à travailler le soir; et souvent on voyait dans 
la nuit des lumières briller à leur auvent, éclairant de jeunes 
scribes penchés sur leurs rouleaux. 

Vénérable et discrète personne M^ François Ferrebouc était 
d'ailleurs un homme assez considérable, qui pouvait bien con- 
naître Villon, puisqu'il était venu s'établir dans la rue Saint- 
Jacques en 145 1. Etudiant à Paris, licencié en décret, bachelier 
ès-arts, et prêtre, Ferrebouc jouissait des bénéfices de plusieurs 
chapellenies et possédait diverses maisons à Paris. Il figure 
parmi les notaires qui transcrivirent le procès de réhabilitation 
de Jeanne d'Arc ; comme scribe de l'official de Paris, il avait 
assisté à l'interrogatoire de Guy Tabary, le voleur du collège 
de Navarre. François Ferrebouc semble au demeurant avoir 
été un lettré, puisqu'on le voit entretenir commerce d'amitié 
avec l'humaniste Robert Gaguin, qui l'estimait un « homme 
parfait ». Mais surtout Ferrebouc était l'ami de ces familles 
parisiennes de bouchers exerçant au Châtelet de grandes 
charges, comme les Thibert, les Boucher et les Marcel : et 
Jean Ferrebouc, son frère, marchand mercier, était parent de 
Pierre Chouart, notaire au Châtelet. 

Or, Rogier Pichart, ce clerc querelleur, voyant de la lumière 
à l'auvent de l'écritoire de Ferrebouc, s'arrêta à la fenêtre, 
commença à se moquer des scribes qui travaillaient, cracha dans 
leur chambre. Les clercs sortirent dans la nuit, avec la chan- 
delle allumée, interrogeant : « Quels paillards sont-ce là ? » 
Mais Pichart leur demanda s'ils voulaient k acheter des 
flûtes » : sans doute il entendait leur montrer de quel bois 
ces flûtes-là étaient faites, puisqu'il s'apprêtait à les battre. 

I. Voir la notice à l'appendice. 



SES DERNIERES ANNEES 24 1 

Il y eut mêlée, et, au cours de la rixe, les clercs de Ferre- 
bouc s'emparèrent de Hutin du Moustier, le traînèrent dans 
l'hôtel aux cris de : « Au meurtre ! on me tue ! je suis 
mort ! » Alors on vit M« François Ferrebouc sortir de sa maison 
et pousser si rudement Robin Dogis qu'il le fit rouler par 
terre ; mais, dès qu'il se fut relevé, Dogis frappa d'un coup de 
dague la discrète et vénérable personne du notaire. Après quoi 
il rejoignit Rogier Pichart, qui s'était enfui devant l'église 
Saint-Benoît-le-Bétourné, où l'avait déjà sans doute précédé 
Villon : là Dogis lui fit de sanglants reproches, déclarant au 
clerc querelleur, cause de cette affaire dont il prévoyait toutes 
les funestes conséquences, qu'il n'était qu'un très mauvais pail- 
lard. Sur quoi Robin Dogis s'en retourna coucher en sa maison 
de la rue de la Parcheminerie, tout confus et bien marri de son 
aventure. 

Qu'advint-il des quatre compagnons au lendemain de cette 
rixe nocturne ? 

François Villon et Hutin du Moustier durent être arrêtés de 
suite et emprisonnés au Châtelet ; les autres s'absentèrent, 
vraisemblablement '. 

Cette prison du Châtelet fut très rude pour François Villon, 
Ce n'était plus là le Châtelet dont il avait connu jadis le 
personnel. Tout avait changé avec le nouveau roi. Le 20 août 

I. Le 12 janvier 1463 (n. st.) Hutin du Moustier, prisonnier à la Conciergerie, est 
condamné à 10 1. p. d'amende pour avoir mal appelé d'une sentence du prévôt de 
Paris (Arch. Nat., X" 31, fol. 13 v). Robin Dogis, prisonnier à la Conciergerie, lut 
gracié au mois de novembre 1463 à l'occasion du séjour à Paris du duc de Sa%'oie, 
beau-père de Louis XL Sans doute il était sujet savoyard (Arch. Nat., X" 30, 
fol. 294 vo). Le 7 mai 1464, on voit que Rogier Pichart s'était mis en franchise chez 
les Cordeliers à Paris : le lieutenant du prévôt l'avait fait déguerpir sans appeler 
le gardien du couvent, et même il avait porté la main sur un religieux et menacé les 
autres. Les frères Mineurs le mirent en procès affirmant que Pichart « n'est aggrcssor 
itittenim iieque popiilator agroruin nec deliqiiit in ecdcsia » (Arch. Nat., X'» 35); le 
16 mai, la cour déclare que Pichart devra être remis dans l'église des frères Mineurs 
(Bibl. Nat., Dupuv 250). On le retouve, peu de temps après, devant le Parlement. 
Cette fois la cour juge qu'il a mal appelé de la sentence du prévôt « par laquelle 
il a esté condempné a estre pendu et estranglé au gibet de Paris » ; elle ajoute à 
la condamnation une amende de 60 livres (Arch. Nat., .X=a 31, fol. 29 vo, 
icr février 1465 n. st.). 

FRANÇOIS VILLON. — 11. l6 



^4^ FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 

1461, le prévôt de Paris, Robert d'Estouteville, avait été « désap- 
pointé », ainsi que la plupart des serviteurs de Charles VII, et 
Jacques de Villiers, seigneur de l'Isle-Adam, créé garde de la 
prévôté à sa place, office où il demeurera jusqu'au 31 octobre 
1465 ' ; Martin de Bellefaye% le lieutenant criminel indulgent 
aux joueurs de farces, était devenu conseiller au Parlement, et 
Pierre de la Dehors l'avait remplacé dans sa charge, le 26 février 
1462 '. Enfin le Châtelet avait à cœur de venger la blessure du 
notaire pontifical Ferrebouc, qui comptait des relations dans 
cette juridiction^. Et Pierre de la Dehors, l'un des maîtres jurés 
de la Grande-Boucherie et parent des bouchers les Haussecul, 
n'était pas tendre. Il fit mettre durement François Villon à la 
question de l'eau ^ : car La Dehors était l'ennemi né des clercs. 
Quant au seigneur de l'Isle-Adam, prés Pontoise, il n'avait 
aucune raison d'être pitoyable au pauvre écolier qu'avait pro- 
tégé son prédécesseur, Robert d'Estouteville. Pour avoir été le 
témoin d'une rixe où Ferrebouc reçut une blessure légère, 
François Villon fut condamné à mort, à être « étranglé et pendu 
au gibet de Paris ». Allait-il être lui-même un de ces pendus 
dont la vision terrible l'a sans doute hanté depuis son enfance ? 
C'était là une injustice, une a tricherie » ^ comme Villon 
dira. Il prit d'abord froidement la chose et rédigea joyeusement 
son dernier adieu au monde' : 

Je suis Françoys, dont ce me poise, 
Né de Paris emprès Pontoise, 
Qui, d'une corde d'une toise, 
Sçaura mon col que mon cul poise ^.■ 



î. Sauvai, III, p. 365, 370, 383 ; Journal de Jean de Roye, I, p. i8, 138. 
2. Voir la notice à l'appendice. — 3. Voir la notice à l'appendice. 

4. Voir la notice à l'appendice. 

5. Poésies div., XVI, 11-12. — 6. Ibid., v. 15. 

7. Sur ce quatrain, sa correction inintelligente (Natif d'An soir cniprcs Pontoise^, la 
refaçon postérieure en huitain, avec la forme Anvars, voir la lucide explication de 
Marcel Schwob (Introduction à la KcprodiiAion fac-siniilc du n/aiiuscril de Stockholm, 
p. 13-16). 

8. Voir l'admirable commentaire de Marcel Schwob (Ibid.). — Les éditions 
gothiques font précéder le quatrain du titre suivant : Le rondeau que Jeisl ledit Villon 



VIE DE FRANÇOIS VILLON 



PI. XL 




ftctts humains qui apiee no^ %ince>] 
ftayc^ (te cumte conttt no^ cnSarcie 
Car fc pitit 5f no9 pottute^ Ottc^ 
Ë)teu à) aura pïufioft $e Soue merde 
i>ou6 noue Soice cpatacÇce cinq ft^p 
^uàt 5e fa cÇar ^ trop auôs nounic 
Êrfefî pieca éeuourec et pourrie 
et no9 ree oe^tt^e rCSiee ^ poufSze 
ï)e rtofhe mat perfonne ne fet) rie 
^aie piiee-gicM que toue noueSueif 




Les Pendus 

Edition princcps du (irani 'l'eslamenl 

publiée à l'arii par l'ierre l.evri en i 4X11 

(Bibl. nat., Rés. y 246) 



SES DERNIERES ANNÉES ^^43 

(Je suis François' Villon, et c'est ce qui me désole, car il 
vaudrait mieux que je fusse un autre, moi qui suis né dans cette 
petite ville qui s'appelle Paris, située près de Pontoise, ce qui 
vous aidera facilement à la reconnaître. C'est dommage d'ail- 
leurs que je ne sois pas né à Pontoise, où je serais justiciable du 
roi, et non pas de ce méchant seigneur de l'Isle-Adam près de 
Pontoise, aujourd'hui prévôt de Paris '. Car bientôt, à l'aide 
d'une petite corde, mon cou connaîtra le poids de mon der- 
rière'.) 

Mais, un instant après, François était tout indigné à la pensée 
de la cruauté, de l'injustice de l'arrêt du prévôt. Il se débattait 
comme une bête qui défend sa peau ; bien qu'il y eût quel- 
que risque à le faire (en général le Parlement confirmait les 
peines de la Prévôté en y ajoutant une amende ^), Villon en 
appela de la sentence prévôtale devant le Parlement de Paris. 
Le 5 janvier 1463 (n. st.) la Cour cassait le jugement en ce qui 

quant il fut jugiê ; Marot ajoute a iiiounr. Les mss. né donnent rien. Rabelais, 1. IV, 
ch. 67, ii cité une variante orale du quatrain. 

1. Marcel Schwob dit que Villon joue sur son nom de François, /;■««((/ /.v, esti- 
mant que s'il était Savoyard, par exemple, il pourrait recourir à son prince, comme 
Robin Dogis. Mais comment savait-il, à cette date, que le duc de Savoie devait venir 
à Paris? 

2. Cf. Arch. Nat., X'» 4830, fol. 150 v. 2 mars 1489, n. st. « Entre Jehan le Fevre 
appellant du prevost et autres officiers de l'Isle Adam et du vicaire de Pontoise d'une 
part, et Colin Galoys, intimé d'autre part, Brison, pour l'appellant, dit que l'appellant 
est bon laboureur, de bon gouvernement et n'a commis aucun espèce de delict, et est 
subject du roy en la chastellenie de Pontoise et n'est de la chastellenie de l'Isle-Adam. 
Neantmoins ung nommé Perrot Troussel, en aoust dernier, accompaigné de XX ou 
XXX hommes, se transporta en l'ostel du frère de l'appellant, ou lieu de Nesle, estant 
de ladicte chastellenie de Pontoise, et meist la main à lui, le voulant mener prisonnier 
à l'Isle-Adam. L'appellant lui remontra qu'il n'a voit rien fait et qu'il n'estoit subject 
de l'Isle-Adam... » 

3. Ce dernier trait était fort ancien. Ach. Jubinal l'a relevé dans le Dit Moniot de 
Fortune, xiiie s. (Bibl. Nat., ms. fr. 837, fol., 248 r") : 

Bien tost pourra sa goule — Savoir que son Cul poise. 
(f J'ay trouvé une ancienne pièce de poésie dont Villon a imité ce vers : 

Sa goule sot — Combien son cul pesant li fu. 
Cette pièce est intitulée de Rcnart et de Piau d'oue, fol. 77 du ms. de la Bibl. du roy, 
n» 7218 » [aujourd'hui, fr. 837, fol. 77.] (Note sur l'exemplaire de l'édition de Galiot 
du Pré, 1532, conservé à la B. N., Réserve Y<= 1295). 

4. En général de 60 1. (Arch. Nat., X'» 31). 



244 FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 

concernait la pendaison ; mais elle maintenait qu'à cause de sa 
« mauvaise vie », en raison de son existence antérieure, de son 
passé chargé de condamnations, François Villon devait être 
banni pour dix ans de la ville et prévôté de Paris'. Il y 
avait en ce temps-là trois personnes qui purent présider les 
assises criminelles : Nanterre, Boulenger et Thiboust^ Peut- 
être que Henri Thiboust, chanoine de Saint-Benoît, fut pour 
quelque chose dans l'adoucissement de la peine qui frappait le 
malheureux poète ? 

Mais, ce qui est certain, c'est que François Villon fut fort 
heureux : il adressa au clerc du guichet, Etienne Garnier ', 
un personnage de moralité douteuse et qu'il devait bien con- 
naître, une des plus joyeuses ballades qu'on puisse lire : 

Que vous semble de mon appel, 
Garnier ? Feis je sens ou folie ? 
Toute bestc garde sa pel ; 
Qui la contraint, eiforce ou lie, 
S'elle peult, elle se deslie. 
Quant donc par plaisir voluntaire 
Chantée me fut ceste omelie4, 
Estoit il lors temps de moy taire ? 

Se feusse des hoirs Hue Cappel, 
Qui fut extrait de boucherie. 
On ne m'eust, parmy ce drappel, 
Fait boire 5 en ceste escorcherie. 
Vous entendez bien joncherie ? 
Mais quant ceste paine arbitraire 
On me jugea par tricherie, 
Estoit il lors temps de moy taire ? 

Guidiez vous que soubz mon cappel^ 
Y eust tant de philosophie 

1. Bibl. Nat., Dupuy 250, fol. 59. Voir Pièces justificatives (Document découvert 
et commenté par Marcel Schwob, François Villon, notes et rédactions, p. 117 et s.). 

2. Arch. Nat., X" 32. 

3. Voir la notice à l'appendice. 

4. La lecture de la sentence du prévôt. 

5. On ne m'eût appliqué la question de l'eau entonnée à travers un linge. 

6. Mon bonnet. 



SES DERNIÈRES ANNÉES 245 

Comme de dire : « J'en appel » ? 
Si avoit, je vous certiffie, 
Combien que point trop ne m'y fie. 
Quant on me dist, présent notaire ' : 
« Pendu serez ! », je vous affie^, 
Estoit il lors temps de moy taire ? 

Prince, se j'eusse eu la pépie 3, 
Pieça je feusse ou est Clotaire4, 
Aux champs debout comme un espie >. 
Estoit il lors temps de moy taire ? 

Or, en vérité, Garnier entendait bien joncherie, en jargon 
du temps, tromperie^; et si François Villon avait été un 
descendant de Hugues Capet, que l'on réputait fils d'un bou- 
cher de Paris -, d'un boucher comme l'était ce. cruel La Dehors, 
lieutenant criminel, on ne l'eût pas mis à la question dans ce 
Châtelet où il y avait tant de bouchers que cette prison sem- 
blait plutôt une écorcherie ^. 

Et François adressait aussi à la cour souveraine, avec tous 

ses remerciements, une requête afin d'obtenir un délai de trois 

jours qui lui semblait nécessaire pour dire adieu aux siens et 

recueillir un peu d'argent^: 

Tous mes cinq sens : yeulx, oreilles et bouche. 
Le nez, et vous, le sensitif 'o aussi ; 
Tous mes membres ou il y a reprouche ", 
En son endroit ung chascun die ainsi : 

1. Les notaires du Châtelet étaient également greffiers. 

2. Je vous assure. 

3. Si, comme les oiseaux, j'avais eu sur la langue cette petite peau blanche qui les 
empêche de chanter et de boire, 

4. Voir t. 1, p. 215-216. 

5. Pendu dans les champs comme un épieur de chemins. 

6. Joiicherie est un mot jargon nous dit Clément Marot (15^5). 

7. Cette tradition se rencontre déjà dans Dante, Purgaton'o, ch. 20 : 
Chi.iniato fui di 1.^ Ugo Ci.-ipett.i.., — Figliuol fui d'un beccajo di Parigi... 

8. Sur tout ceci le subtil et puissant commentaire de Marcel Schwob. 

9. Poésies div., XV. 

10. Le toucher. 

11. Il semble qu'il y ait ici comme un souvenir de la liturgie qui accompagne le 
sacrement de l'Extrême-Onction : per visunt, aiiditiim, odoratutn, gnstiitn et hcitlio- 
nem, tactuin, gressum, luinborum dilectationem, etc. 



246 FRANÇOIS VILLON. SA VIE ET SON TEMPS 

« Souvrainc Court, par qui sommes icy, 
Vous nous avez gardé de desconfire. 
Or la langue ne peut assez souffirc 
A vous rendre soufîisantes louenges ; 
Si parlons tous, fille du souvrain Sire ', 
Mère des bons et seur des benois anges ! » 

Cuer, fendez vous, ou percez d'une broche, 

Et ne soyez, au moins, plus endurcy 

Qu'en ung désert fut la fort bise roche 

Dont le peuple des Juifs fut adoulcy ^ : 

Fondez lernies et venez a mercy ; 

Comme humbk cuer qui tendrement souspire. 

Louez la Court, conjointe au saint empire 3, 

L'cur des Françoys, le confort des estranges4, 

Procréée lassus ou ciel empire 5, 

Mère des bons et seur des benois anges ! 

Et vous, mes dens, chascunc si s'esloche (' ; 

Saillez avant, rendez a tous mercy, 

Plus hautement qu'orgue, trompe, ne cloche, 

Et de maschier n'ayez ores soussy ; 

Considérez que je feusse transsy 7, 

Foye, pommon, et rate qui respire ; 

Et vous, mon corps, qui vil estes et pire 

Qju'ours ne pourceau qui fait son nyt es fimges, 

Louez la Court, avant qu'il vous empire. 

Mère des bons et seur des benois anges ! 

Prince, trois jours ne vueillez m'escondire **, 
Pour moy pourveoir et aux miens « a Dieu » dire ; 



1. La cour de Parlement, comme l'Université, était dite fille des rois. (Cf. 
M. Aubert, Le Parlement de Paris). 

2. Exod., XVII, 6 : En ego staho Un coram te, supra petravi Horeh : perculiesqtie 
petraiii et exilnt ex ea aqna, ut hibat popuJus. Fecit Moyses ita corain seniorihus Israël. 

3. A l'empire du ciel. Le Parlement n'avait pas d'attache avec le Saint-Empire. 

4. Le bonheur des Français et l'appui des étrangers, dit-il. Le Parlement était une 
juridiction d'appel pour toute la France. Les étrangers de passage venaient y entendre 
des jugements. Ainsi le fit l'Empereur en 141 5 (Religieux de Saint-Denys, V. p. 745). 

5. Dans le ciel supérieur, l'empyrée. 

6. S'ébranle, se déplace. 

■ 7. En proie au froid de la mort (Montaigne a dit : Quant la frayeur de la mort le 
transira). 

8. Refuser d'entendre ma requête. Le mot est de stvlc. 



SES DERNIÈRES ANNÉES 247 

Sans eulx, argent je n'av, icy n'aux changes. 
Court tnumphant,y7a/, sans me desdire, 
Mère des bons et seur des benois anges ! 

Si cette requête fut accordée (il est tout à fait vraisemblable 
qu'elle l'a été), M^ François dut quitter Paris le 8 janvier 1463, 
muni du peu d'argent que put lui procurer, par exemple, 
Guillaume de Villon. 

Il disparut dans le mystère. Car on n'a jamais su comment 
il vécut pendant cet exil qui n'avait rien de volontaire et lui 
interdisait de séjourner dans la région s'étendant depuis Poissy 
jusqu'aux environs de la Ferté-Alais ' ; comment aussi il se fait 
que nous possédions les dernières compositions du poète, 
appelées improprement le « codicile ». 

Quoi qu'il en soit, Villon n'aurait pu rentrer à Paris 
qu'en 1473 ; et, jusqu'à cette date, il demeura dans la condition 
juridique d'un banni, qui était assez précaire. Partout il devait 
être tenu par les loyaux sujets du roi, prélats, gens d'église ou 
autres, comme un rebelle ; s'il pénétrait dans le territoire qui 
lui était interdit, il pouvait être immédiatement mis à mort. 
Bien plus, un clerc banni n'aurait su être réclamé par l'évêque. 
Il demeurait toujours justiciable du roi, dans une sorte de 
prison tacite ^ 

Que devint François Villon pendant cet exil de dix années? 
Il faut bien avouer que nous n'en savons absolument rien, pas 
plus que nous ne savons la direction qu'il choisit. Sans doute 
il suivit la route du sud, celle qu'il avait prise plusieurs fois. 

Les seuls térnoignages que nous possédions au sujet de 
l'exil du poète nous sont fournis par François Rabelais, qui 
les rapporte sous la forme de deux anecdotes. L'une, d'une 
invraisemblance qui ne supporte guère l'examen, atteste seule- 
ment qu'on mettait alors dans la bouche de François Villon 

1. A. Longnon, Les limites de V Ile-de-France dans les Mém. de la Soc. de V Histoire 
de Paris, I. 

2. Bibl. \at., lat. 12811, fol. 29 (Réunion d'arrêts relatifs surtout aux conflits des 
justices ecclésiastique et royale, de la fin du xive et du premier tiers du xve siècle). 



248 FRANÇOIS VILLON, SA VIH ET SON THMPS 

toutes les calembredaines traditionnelles qui se donnaient 
pour des traits d'esprit; l'autre mérite de retenir notre atten- 
tion. 

La première historiette se lit au 1. IV, ch. 67 de Pantagruel: 
elle illustre l'effet bien connu de la peur ' : 

« Exemple autre ou roy d'Angleterre, Edouart le quint. Maistre Françoys 
Villon, haniiy de France, s'estoit vers luy retiré : il l'avoit en si grande pri- 
vaiiîté repccu que rien ne luy celoyt des menues négoces de sa maison. Un 
jour le roy susdict, estant a ses affaires, monstra a Villon les armes de France 
en paincture, et luy dist : « Voyds tu quelle révérence je porte a tes roys 
Françoys ? Ailleurs n'ay je leurs armoiryes que en ce retraict icy, près ma 
scelle persée ». — « Sacre Dieu (respondist Villon) tant vous estez saige, 
prudent, entendu, et curieux de vostre santé ? Et tant bien estes servy de 
vostre docte medicin Thomas Linacer. Il, voyant que naturellement sus vos 
vieulx jours estiez constippé du ventre, et que journellement vous failloit 
au cul fourrer un apothecaire, je diz un clystere, aultrement ne povyez vous 
esmeutir, vous a faict icy aptement, non ailleurs, paindre les armes de 
France, par singulière et vertueuse providence. Car, seulement les voyant, 
vous avez telle vezarde, et paour si horrificque, que soubdain vous fiantez 
comme dix huyct bonases de Pa^onie. Si painctes estoient en aultre lieu 
de vostre maison, en vostre chambre, en vostre salle, en vostre chapelle, en 
vos gualleries, ou ailleurs, sacre Dieu, vous chiriez partout sus l'instant que 
vous les auriez veues. Etcroy que, si d'abondant vous aviez icy en paincture 
la grande Oriflamme de France, a la veue d'icelle vous rendriez les boyaulx 
du ventre par le fondement. Mais lien, hen, at que ileruni hen, 

Ne suys je Badault de Paris ? 

De Paris, diz je, auprès Pontoise : 

Et d'une chorde d'une toise 

Sçaura mon coul, que mon cul poise. 

Badault, diz je, mal advisé, mal entendu, mal entendent, quand, vencnt 
icy avecques vous, m'esbahissoys de ce qu'en vostre chambre vous estez 
faict vos chausses destacher. Véritablement je pensoys qu'en ycelle, darriere 
la tapissserie, ou en la venelle du lict, feust vostre scelle persée. Aultrement, 
me sembloit le cas grandement incongru, soy ainsi destacher en chambre, 
pour si loing aller au retraict lignagier. N'est ce ung vray pcnsement de 
Badault ? Le cas est faict pour bien d'autre mystère, de par Dieu. Ainsi faisant, 
vous faictez bien. Je diz si bien, que mieulx ne sçauriez. Faictcz vous a bonne 
heure, bien loin, bien a poinct destacher. Car, a vous entrant icy, n'estant 
destaché, voyant cestes armoyries, notez bien tout, sacre Dieu, le fond de 
vos chausses feroit oflice de lasanon, pital, bassin fecal, et de scelle persée ». 

I. Le Quart Livre, éd. Michel Fezandat, 1552, fol. 142 v. 



SES DERNIÈRES ANNÉES 249 

Il faut l'avouer, cette historiette de pot de chambre demeure 
médiocrement divertissante, encore que Rabelais ait cru devoir 
lui faire crédit de sa verve. Tous les termes en sont faux. Le 
roi Edouard V ne fit pas de vieux jours : né en 1470, il fut mis 
cruellement à mort en 1483 dans la Tour de Londres ; c'est 
l'un de ceux que nous nommons les enfants d'Edouard. 
Thomas Linacre (en latin Lynacer), le savant médecin et hellé- 
niste anglais, qui naquit en 1460 et mourut le 20 octobre 1524, 
ne fut jamais attaché à la personne d'Edouard V : il servit 
Henry VII et Henry VIII. Rabelais devait savoir quand avait 
vécu ce savant confrère ; et l'on arrive à se demander s'il ne 
se moque pas de nous, si de telles confusions ne sont pas, 
dans son esprit, volontaires? 

Rabelais connaissait certainement Villon, dont il cite de 
mémoire le quatrain ; il savait par cœur bien d'autres vers de 
notre poète ; il ne pouvait pas être insensible, lui qui était si 
parfait styliste, à la magie de l'art du pauvre écolier. Mais, 
l'anecdote qu'il nous rapporte prouve surabondamment que 
Rabelais n'avait pas pénétré son esprit. Villon y tient le langage 
d'un soudard; il sacre comme un grognard. Il est tout moderne 
ce type ; ou plutôt il est fort ancien, puisqu'on a prouvé que 
la source de ce conte remontait au xiii*^ siècle au moins. On 
l'a retrouvé dans un recueil d'historiettes, au chapitre des 
excmpla dericorum : il est question d'un certain jongleur, Hugues 
le Noir, célèbre pour ses bons mots '. 

Notre jongleur, banni de France, s'était réfugié à la cour 
d'Angleterre. Un soir, aux chandelles, le roi l'avait fait conduire 
vers ses chambres : il y avait fait peindre, sur une porte, le roi 
Philippe-Auguste avec un seul œil, à la façon d'un grotesque. 
Or le roi anglais dit au jongleur de France : « Vois, Hugues, 
comment j'ai arrangé ton roi. — Voire, répondit le Français, 
vous êtes sage. — Et pourquoi dis-tu cela ? — Parce que vous 
l'avez fait peindre ici. — Pourquoi encore ? — Parce qu'il est 
admirable que, le regardant, vous n'ayez pas tous la colique » ! 

I. Léopold YicyisXCyNotes sur quelques vianuscrits de la Bibliothèque de Tours, 1868, in-8. 



250 FRANÇOIS VILLON. SA VIE ET SON TEMPS 

Encore qu'il maudissait les médisants de France ' , comme Eus- 
tache Deschamps, et qu'il eût aimé sans doute la rapide réplique 
du vieux jongleur, malgré son goût si vif pour l'équivoque, 
François Villon était bien incapable de tenir le discours, 
sentant à la fois le corps de garde et l'hôpital, que lui prêta 
Rabelais. Il faut être très savant, avoir hanté les librairies, 
être un bon philologue pour se plaire à ces développements-là. 
Villon avait peu lu ; il ignorait toute rhétorique laborieuse, 
toute érudition, tout scepticisme. Il avait la foi chrétienne ; il 
savait seulement lire dans son cœur, aimer et haïr, non pas des 
idées, mais des personnes, et toujours pour des motifs fort 
connus de lui. Rabelais n'entendait pas Villon, bien qu'il l'ait 
lu dévotement. Il le tenait, avec tout son temps, pour un bon 
fou sur le dos duquel il est licite de mettre n'importe quelle 
plaisanterie, si périmée, si peu vraisemblable soit-elle. Et quelle 
raison aurait jamais eue Villon de passer en Angleterre à une 
époque où tous les Français y semblaient des traîtres, où notre 
langue était presque complètement oubliée ? Enfin M^ François 
Villon n'a pas été banni de France, mais seulement de la pré- 
vôté de Paris. 

La seconde historiette pourrait dériver d'une tradition, bien 
qu'invraisemblable dans certains de ses détails (Pantagruel, 
l.IV, ch. 13): 

Comment a l'exemple de maistre François Villon, le seigneur de Baschè loue ses 
gens. 

Chiquanous issu du cliasteau, et remonté sus son esgue orbe (ainsi nom- 
moit il sa jument borgne), Basché, soubs la treille de son jardin secret, 
manda quérir sa femme, ses damoiselles, tous ses gens ; feist apporter vin de 
collation, associe d'ung nombre de pastez, de jambons, de fruictz, et fro- 
maiges, beut avecques eulx en grande alaigresse : puys leur dist : Maistre 
François Villon, sus ses vieulx jours, se retira a Sainct Maixent en Poictou, 
soubs la faveur d'un homme de bien, abbé du dict lieu. La, pour donner 
passetemps au peuple, entreprint faire jouer la Passion en gestes et languaige 
Poictevin. Les rolles distribuez, les joueurs recollez, le théâtre préparé, dist 

I. Poésies div., v. — Cette pièce a été contestée, sans raison suffisante, par 
M. A. VidigaiiRotuania, 1892, p. 427). L'imprimé gothique, que M. Longnon dit perdu, 
est à la Bibl. Nat., Rés. Ye 1372. Cf. les ms. fr. 2206, fol. 181 vo et 2375 fol. 42. 



SES DERNIÈRES ANNÉES 2)1 

au Maire et eschevins que le mystère pourroit estre prest a l'issue des foires 
de Niort : restoit seulement treuver habillemens aptes aux personnaiges. Les 
Maire et eschevins y donnèrent ordre. Il, pour un vieil paisant habiller qui 
jouoyt Dieu le père, requist frère Esticnnc Tappecone, secretain des Cordeliers 
du lieu, luy prester une chappe et estolle. Tappecoue le refusa, alleguarit 
que par leurs statutz provinciaulx, cstoit rigoureusement défendu rien bailler 
ou prester pour les jouans. Villon replicquont que le statut seulement 
concernoit farces, mommeries, et jeuz dissoluz : et qu'ainsi l'avoit veu 
practiquer a Bruxelles et ailleurs. Tappecoue, ce non obstant, luy dist 
péremptoirement, qu'ailleurs se pourveust, si bon luy sembloit ; rien n'espe- 
rast de sa sacristie. Car rien n'en auroit sans fiiulte. Villon feist aux joueurs le 
rapport en grande abhomination, adjoustant que de Tappecoue Dieu feroit 
vengcnce et punition exemplaire bien toust. Au sabmedy subséquent Villon 
eut advertissement que Tappecoue, sus la poultre du convent (ainsi nomment 
ilz une jument non encores saillie), estoit allé en queste à Sainct Ligaire, et 
qu'il seroit de retour sus les deux heures après midy. Adoncques feist la 
monstre de la Diablerie parmv la ville et le marché. Ses diables estoient 
tous caparassonncz de peaulx de loupz, de veaulx, et de béliers, passementées 
de testes de mouton, de cornes de bœufz, et de grands havetz de cuisine : 
ceinctz de grosses courraies, esquelles pendoient grosses cvmbales de vaches, 
et sonnettes de muletz a bruyt horrificque. Tenoient en main auicuns bastons 
noirs pleins de fuzées ; aultres portoyent longs tizons allumez, sus lesquelz 
a chascun carrefour jectoient plenes poingnées de parasine en pouldre, 
dont sortoit feu et fumée terrible. Les ayant ainsi conduictz avecques conten- 
tement du peuple et grande frayeur des petitz enfans, finablement les mena 
bancqueter en une cassine, hors la porte en laquelle est le chemin de Sainct 
Ligaire. Arrivans a la cassine, de loing il apperceut Tappecoue, qui retournoit 
de queste, et leur dist en vers Macaronicqiies : 

Hic est de patria, natus de geiite belistra, 
Qui solet antiquo bribas portare bisacco. 

Par la mort Dieu (dirent' adoncques les diables), il n'a voulu prester à Dieu 
le perc une paouvre chappe : faisons luy paour ! — - C'est bien dict (respond 
Villon). Mais cachons nous jusques a ce qu'il passe, et chargez vos fuzées et 
tizons. Tappecoue arrivé ou lieu, tous sortirent ou chemin au davant de luy, 
en grand efFroy, jectans feu de tous coustez sus luy, et sa poultre : sonnans 
de leurs cymbales, et hurlans en Diable. Hho, hho, hho : brrrourrrs, 
rrrourrrs, rrrourrrs. Hou, hou, hou. Hho, hho, hho : Frère Estienne, faisons 
nous pas bien les Diables ? 

La poultre, toute effrayée, se mist au trot, a petz, a bonds, et au gualot, 
a ruades, iressurades, doubles pédales, et petarrades : tant qu'elle rua bas 
Tappecoue, quoy que il se tint a l'aube du bast de toutes ses forces. Ses 
estrivieres estoient de chordes : du cousté hors le montouoir son soulier 
fcncstré cstoit si fort entortillé que il ne le peut oncques tirer. Ainsi estoit 



252 FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 

traisné a cscorchccul par la poultrc, tousjours multipliante en ruades contre 
luy, et fourvoyante de paour par les hayes, buissons, et fosscz. De mode 
qu'elle lui cobbit toute la teste, si que la cervelle en tomba près la croix 
Osanniere, puys les braz en pièces, l'un ça, l'aultre la, les jambes de mcsmes ; 
puys des boyaulx feist ung long carnaige, en sorte que la poultre au couvent 
arrivante, de luy ne portoit que le pied droict, et soulier entortillé. 

Villon, voyant advenu ce qu'il avoit pourpensé, dist a ses Diables : 
« Vous jourrez bien, messieurs les Diables, vous jourrez bien, je vous afiic. 
O que vous jourrez bien ! Je despite la Diablerie de Saulmur, de Doué, de 
Mommorillon, de Langés, de Sainct Espain, de Angiers : voire, par Dieu, 
de Poictiers, avecques leur parlouoire, en cas qu'ilz puissent estre a vous 
parrangonncz. O que vous jourrez bien !.., » ' 



Ainsi, d'après Rabelais, suivant une tradition locale qu'il a pu 
recueillir dans un pays qu'il connaissait parfaitement, François 
Villon se serait fait organisateur de représentations théâtrales; 
il aurait trouvé un refuge à Saint-Maixent. Et cette information 
serait venue à la connaissance de Rabelais entre 1545 et 1552 : 
car c'est dans la rédaction du Quart livre de cette dernière date 
qu'on la trouve en effet pour la première fois. 

Présentée sous cette forme, l'anecdote mérite certainement 
d'être prise en considération. Le poète vagabond avait déjà par- 
couru les marches du Poitou ; il était passé par Saint-Generoux 
où deux dames lui avaient enseigné à parler un peu le poitevin. 
Il aurait donc pu, non pas, comme on l'a dit, composer une 
Passion dans ce patois, mais comme le fait connaître d'ailleurs 
Rabelais, mettre en scène la Passion à Saint-Maixent ^ 

Les clercs joueurs de farces ne manquaient pas en son temps : 
et l'on se rappelle que, dans la région qu'il a parcourue d'abord, 
de nombreuses représentations théâtrales ont eu lieu. Que de 
fois on les rencontre dans les juridictions criminelles ces clercs 
organisateurs de farces ! tel par exemple ce mauvais clerc, Pon- 
celet de Monchauvet, qui fut accusé d'avoir assassiné Madame 

1. Le Quart livre, 1552, éd. Michel Fezandat,fol. 30 vo. Cf. la 29c5t'm'deBouc]iet. 

2. Tout ceci a été exposé avec autant de soin que d'ingéniosité par M. Gustave 
Cohen dont l'étude nous semble définitive (Rabelais et le thûitre dans la Revue des 
Etudes Rahehusieiiiies, 191 1, p. 1-72). 

\ 



SliS DERNIÈRES ANNÉES 253 

de Boissy et sa chambrière, et que l'évêque de Paris s'obstinait 
à réclamer, le 6 octobre 141 6 '. 

Car, depuis son enfance, on l'avait vu enclin au mal, 
jouer aux dés et à la paume, hanter les tavernes et les fillettes 
diffamées. Il s'était fait carme, puis chevaucheur, puis homme 
d'armes, puis vagabond. Il gagnait un beau jour le Dauphiné ; 
on le retrouvait à Paris où il mimait des farces. Il donnait des 
représentations aux Halles, portant bannière et enseigne; au 
demeurant traître, meurtrier et larron. Mais l'évêque répliquait 
en sa faveur « qu'il n'est buffo ne gouliart, ne jongleur ou bas- 
teleur; et s'il a esté à jouer à aucunes farces, comme ont acous- 
tumé faire escoliers et jeunes gens, ce a esté par esbatement 
et sans gain, et n'a point esté maistre jongleur; et avant que 
ce lui préjudiciast, fauldroit qu'il eust esté jongleur ad questum, 
portant banieres, menant bestes, comme ours, singes et hnjiis 
iiiodi, qui sont infâmes, et ceulz dont entendent les droiz et 
vont par le pais ; et s'il a esté aux Haies voir les joueurs en 
lieux cloz et chambres, et qu'il y eust joué pour esbatement, 
encores ne lui tost rien de privilège... » 

Certes Villon aurait pu, comme Poncelet de Monchauvet, 

organiser des représentations de farces. Dans la ballade de 

« bonne doctrine », où il parle à ses mauvais compagnons, 

François nous dit : 

Rymc, raille, cvmballc, luttes ^, 
Comme fol, fiinctif, eshontez; 
Farct, broulle, joue de fleustes ; 
Fais, es villes et es citez. 
Farces, jeux et moralitez ; 
Gaigne au berlanc, au glic, aux quilles. 
Aussi bien va, or escoutez. 
Tout aux tavernes et aux filles ! 

Villon se demandera encore ' : 
Que vault... f;ircer? 

1. Arch. Nat., X" 17. 

2. T., V. 1 700-1707. 

3. Poés. div., I, V. 23. 



2$4 FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 

il dira dans la ballade des contre-vérités qu'il n'est « lettre 
vraye que tragédie » '. Enfin nous voyons que dans ses 
Mémoires, le Messin Philippe de Vigneulles parle en 1303 
d'un certain Jean Mangin, « ung second Françoys Villon en 
l'art de bien rimer, de bien juer fairxc et de tout embaitement ». 

Dans s*a cruauté, la plaisanterie tragique faite à Tappecoue 
a un grand accent de vérité : du moins est-elle bien dans les 
mœurs du xv^ siècle ^ 

Mais il y a quelques difficultés à admettre absolument la 
vérité de ce récit. Quel est cet « homme de bien », abbé de Saint- 
Maixent, qui serait devenu le protecteur de notre poète ? 
L'abbé de Saint-Maixent fut entre 146 1 et 1475 Jacques Che- 
valiei;, neveu de Jean Chevalier, également abbé'. On ne voit 
pas les relations que François Villon aurait pu avoir avec ce 
personnage. Il est plus difficile encore de penser que Villon ait 
fait de « vieux jours » sans avoir produit quelque œuvre où sa 
personnalité si forte n'apparaîtrait pas, où il ne nous parlerait 
pas encore et toujours de lui-même? Or on ne connaît rien, 
absolument rien de Villon qui soit postérieur à son départ de 
Paris. Et comment imaginer qu'il ait vécu longtemps, alors qu'il 
semblait déjà si malade, épuisé par tant de privations ? Suivant 
le récit de Rabelais, Villon fait allusion à un séjour à Bruxelles, 
bien invraisemblable aussi. Mais surtout il est fort dommage 



1. Poés. div., IV, V. 27. 

2. Cf. par exemple la « finesse » que Jacques Jereys et Jean Robert, dit Régnier, 
clercs, jouent à un prêtre de Lyon, Glaude. Celui-ci désirait fort de posséder une 
jeune femme, nommée Perrette, logée en l'hôtellerie des Trois Roys. Ils habillent un 
jeune garçon en femme pour le substituer à Perrette. Glaude devait prendre son amie 
le soir, en bateau, sur la Saône : il rencontre des compagnons qui viennent assister 
à la « finesse » ; il y a rixe. Glaude veut rejoindre le bateau qui l'a amené pour éviter 
d'être battu et se noie (Arch. Nat., JJ. i8i, p. 163 172, juillet-août 1452). 

^. Gallia Christiania, 11, coll. 1260. On trouve ensuite Philibert, cardinal, évéque 
de Mâcon, puis Jean Rousseau entre 1483 et 1499. — Toutefois, le 2 décembre 1500, 
on voit que deux notaires parisiens faisaient l'inventaire des biens trouvés après le 
décès de Pierre Chauvin, protonotaire apostolique, abbé commendataire de l'abbaye 
de Saint-Maixent, mort dans la chambre d'Etienne Migeis, praticien en cour d'église, 
rue du Clos-Bruneau (Coyecque, Oiialrc catalogues de livres, dans la Revue des Biblio- 
thèques, 1895). 



SES DERNIÈRES ANNÉES 2$$ 

qu'une des Repues franches, la septième, faite auprès de Mont- 
faucon ', nous fournisse des traits analogues à la farce tragique 
dont Tappecoue fut la victime. On y voit deux galants qui 
avaient résolu un soir d aller coucher près du gibet de Mont- 
faucon, de s'empiffrer de pâté, de boire et de s'amuser avec des 
filles. Surviennent deux écoliers qui ont décidé, eux, de dîner 
d'une franche repue. Ils ont revêtu des habits de diables, l'un 
portant un croc, l'autre une massue : ils fondent sur les galants, 

Disant : « A mort ! à mort ! à mort ! 
Prenez, à ces chaisnes de fer, 
Ribaulx, putains, par desconfort. 
Et les amenez en enfer ; 
Ils seront, avec Lucifer, 
Au plus parfond de la chauldiere, 
Et puis, pour mieulx les cschaufter, 
Gettez seront en la rivière ! » 

Or nos galants de prendre la fuite tandis que les écoliers dévo- 
rent leurs provisions. 

Que faut-il donc retenir de l'anecdote rabelaisienne ? Peu de 
chose. Sans doute elle est inspirée par une tradition orale qui 
mérite quelque respect ^ Il est probable que Villon s'est retiré 
en Poitou ; il est possible qu'il ait mis en scène une Passion à 
Saint-Maixent. Mais au temps où Rabelais a pu recueillir 
cette tradition, il n'y avait plus sur François Villon qu'une 
légende : c'était un fou disant de bons mots. Les Franches Repues 
représentaient alors tout ce que l'on savait de notre poète. 

Il est donc plus que vraisemblable de penser que Villon 
disparut de bonne heure, dans le mystère, ruiné de santé et 
accablé de misère. 

Ce qui est hors de doute, c'est qu'il ne rentra jamais à Paris; 
qu'il n'existait plus en 1489, au moment où l'imprimeur 
Pierre Levet donna la première édition de ses œuvres qui fut 
suivie rapidement de beaucoup d'autres. Il n'y prit aucune part. 

I. Ed. p. Janncl, p. 215-219. — 2. Cf. Henri Clouzot, L'ancien théâtre en Poitou, 
1901, p. 20 ; Noiivetiux (documents, 191 2, p. 4. Un fief du « Movne mort » était delà 
mouvance de l'abbavc de Saint-Maixent. 



256 FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 

Il iVaurait pas été bien vieux cependant : Villon n'aurait guère 
eu que cinquante-neuf ans '. 

On peut croire du moins que la pensée du pauvre vagabond, 
devenu voleur à la suite de mauvaises fréquentations, cruelle- 
ment condamné en somme et interdit de séjour dans le seul 
endroit habitable pour lui, dut se porter maintes fois sur le 
cloître Saint-Benoît où il avait connu l'exemple de la sagesse et 
si longtemps joui d'un abri. Comme tout cela était loin main- 
tenant ! Ah! s'il avait su, s'il avait sagement travaillé! Il est 
trop tard. Vieilli, tousseux, amaigri, plus halé que jamais, 
François souffrira du froid et de la faim, de toutes les déchéances 
d'un errant et d'un banni ' : 

Hé ! Dieu, se j'eusse estudié 
Ou temps de ma jeunesse folle, 
Et a bonnes meurs dédié, 
J'eusse maison et couche molle. 
Mais quoy ? je fuyoie l'escolle, 
Comme fait le mauvais enfant. 
En esci'ipvant ceste parolle, 
A peu que le cuer ne me fent. 

Le cœur lui aurait fendu davantage s'il avait appris que 
M'' Guillaume de Villon, cet homme de bien dont il portait le 
nom, à qui si plaisamment il avait laissé jadis sa mauvaise 
renommée, était décédé, dans l'année 1468 vraisemblablement. 
Comme lui, François aurait pu avoir « couche molle », une 
petite maison dans le cloître, semblable cà celle de la Porte Ronge, 

I. Le 13 octobre 1499, il est question parmi les titres de propriété de Saint-Benoît 
d'un hôtel où pend pour enseigne le Gril, assis dans la grand'riie Saint -Jacques, 
tenant d'un côté à Guillemin Baillet, boulanger, et de l'autre à l'hôtel du Chevalier 
ail Cygne, aboutissant par derrière « aux hoirs et ayans cause de feu maistre François 
Willon ». Cette maison du Gril est dite, le 21 mai 1467, touchant à la Heii:{e, à la 
maison du Chevalier au Cygne, par derrière aux jardins de Sorbonne et d'autre côté 
à « maistre Guillaume Villon » (Arch. Nat., S. 889^ ; F. Bournon, Rectifications et addi- 
tions à rahhc Lcheuf, p. 95, n. ). N'est-il pas évident qu'on a confondu par la suite, qu'on 
a mis le prénom alors célèbre de François quand il faut lire celui de Guillaume ? 

I. T., h. 26. 



VIF. DE FRANÇOIS VILLON 



PI. XLI 




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Le rêve du clerc 
(BIbl. nat. fr. 1654, fol. 14») 



SES DERNIERES ANNEES 257 

au milieu des jardins et des arbres ; vivre dans cette cité très 
calme, donner des leçons, dire l'office, prier au son des cloches, 
épouser, comme il l'avait déjà fait dans son adolescence, la 
cause et les intérêts de l'église. 

La disparition de Guillaume fit un vide dans le petit cercle 
de ses bons amis. Jean le Duc, bénéficié de Saint-Benoît, son 
confrère et disciple, fut son exécuteur testamentaire, avec 
son neveu, le barbier Jean Flastrier, lui-même beau-frère de 
Jean le Duc. Guillaume de Villon lui laissait sa maison de la 
Parle Rouge que Pierre d'Origny, conseiller au Parlement, vien- 
dra bientôt habiter. Et Jean le Duc, avant de mourir, augmen- 
tera l'obit de son bon maître Guillaume. Quant au barbier 
Jtan Flastrier, dévot à la Vierge et à saint Benoît, il fera son 
testament en 1481. A treize ans de distance, sa pensée demeu- 
rait encore fidèle à son oncle Guillaume. Il demandera que 
son corps soit inhumé sous la toinbe du chapelain, dans la 
nef de Saint-Benoît, auprès de celui qui fut l'orgueil de la 
famille. Mais il n'oubliera pas pour cela le curé de Saint- 
Benoît, ni son clerc, ni l'œuvre du chœur, ni celle de la con- 
frérie, ni la corporation des barbiers qui se réunissait dans 
l'église du Saint-Sépulcre. Après eux, seulement, il songera à 
Germain Vasline et à sa femme, Huguette Flastrier, filleule et 
nièce du barbier; à sa sœur Etienne, demeurant à Villon près 
de Tonnerre. Il laissera à son beau-frère Jean le Duc, prêtre et 
bénéficié de Saint-Benoît, sa vigne de Piquehoe, au delà du 
territoire de Notre-Dame des Champs, et le jardin du cloître 
faisant partie de VOstel de la Biche, sa vie durant. Après lui cette 
maison devait servir à loger les enfants de chœur que le bar- 
bier Flastrier établit à Saint-Benoît : car il n'y en avait pas avant 
la fondation du barbier et l'on ne chantait pas dans sa chère 
église. Ils étaient tenus de dire sur sa tombe, et aussi sur celle 
de son oncle Guillaume, le premier de chaque mois, aussitôt 
après la grand'messe, les sept Psaulmcs, avec la litanie : Libéra 
me, Domine, les versets et les oraisons : Deiis qtii inter apostoUcos 
sacerdotes... Inclina... famuli fannileqiie liiornm et fidelium, pour 

KRASÇOIS VILLON. — II. I7 



^S^ FRANÇOIS VILLON. SA VIE ET SON TEMPS] 

leur salut, celui de l'âme de sa femme, de ses parents et amis 
trépassés ' . 

Oui, François aurait pu, comme ces braves gens, être d'église, 
consacrer le corps de Dieu pour réjouir sa simple et pieuse mère, 
professer les belles-lettres au collège de Navarre, enseigner le 
décret pour la gloire de son protecteur! 11 aurait pu avoir des 
maisons et des rentes ; au lieu d'un testament fictif faire un 
vrai et honnête testament, comme le barbier Flastrier. Enfant 
gâté, impressionnable, dévoré par la recherche des plaisirs et de 
la joie, ayant pris de bonne heure des habitudes de paresse et 
fait de tristes connaissances, Saturne lui avait réservé un 
autre fardeau ! François était né sous une planète néfaste. 
Déchu, désordonné, joueur, débauché, humble et remph 
d'orgueil, sensible toujours, mauvais et pitoyable tout à la fois, 
lisant cependant si clairement dans sa conscience, le pauvre 
regretta souvent l'existence bourgeoise d'un de ces habitants 
du cloître : 

Hé ! Dieu, se j'eusse étudié. 

Son idéal sera leur couche molle, un lit avec des draps et des 
chaises, une chambre nattée où il fait tiède. 

Mais il est une chose qui eût bien surpris ces honnêtes per- 
sonnes, qui aurait fort étonné Villon lui-même (car bien iro- 
niquement François assure que sa renommée, sa mauvaise 
renommée bruit en l'honneur de M"" Guillaume), c'est que son 
nom, célèbre alors parmi des vauriens, des rimeurs de tavernes, 
des enfants perdus, des escrocs, ferait passer à la postérité celui 
du bon et riche chapelain de Saint-Benoît ; que l'histoire d'une 
petite communauté parisienne, dont il ne reste aujourd'hui 
que quelques pierres éparses, de vieux papiers et des parche- 
mins jaunis, nous passionnerait encore afin d'entendre mieux 
quelques vers qu'elle inspira ; qu'elle revivrait seulement par 
les œuvres étincelantes, narquoises et attendries d'un pauvre 
enfant qui y fut recueilli. 

I. A. Longnon, Etuâ» biographique, p. 191-198. 



SES DERNIÈRES ANNÉES 259 

Tel est le miracle du génie, le pouvoir divin de créateur qui 
demeure le privilège mystérieux de l'artiste et du poète. C'est 
pourquoi, oublieux de la vie mauvaise de Villon, nous reste- 
rons éternellement charmés par la musique joyeuse de ses 
rimes, émus des accents pitoyables qu'il tira de sa misère et de 
son repentir, tout mélancoliques aussi de sa vision, qu'il nous 
a imposée, de la fuite des choses et de la mort. 



CHAPITRE XVI 



LA LKGHNDlî Dit FRANÇOIS VILLON 



Un des phénomènes les plus remarquables que nous pré- 
sente l'histoire des personnages du moyen âge, est la rapidité 
avec laquelle ils passèrent dans la légende. A la mort de Du 
Guesclin on voit un chroniqueur, presque un trouvère, 
rimer en son honneur une façon de chanson de geste : et ce 
héros de la ballade des Hommes du temps jadis, « Claquin 
le bon breton », est introduit aussitôt par Louis d'Orléans 
comme dixième preux dans les sculptures de la grande salle 
du château de Coucy. Au lendemain du sacre de Reims, des 
légendes fleurissent sous les pas mêmes de la Pucelle et se 
répandent jusqu'en Italie et en Allemagne : et bientôt l'ima- 
gerie populaire fait de ce Jehanne, la bonne lorraine » une 
sybille, la dernière des preuses'. 

Il s'est passé quelque chose d'analogue au sujet de François 
Villon. Il avait disparu dans le mystère. L'imprimerie répandit 
à Paris son œuvre, qui fut lue avidement après 1489. Comme 
Villon n'avait fait que parler de lui-même, il n'était pas difficile 
de lui prêter la physionomie qu'il avait adoptée. On le tint 
donc pour un fou émérite, un grand farceur, un buveur légen- 
daire, pour le pauvre par excellence, le roi et le type des escrocs. 



I. Voir t. I, p. 145 et n. — On notera que dans les extraits du Parlement (vers 1 500) 
où M. Schwob a retrouvé la date de la condamnation à mort de François Villon, 
l'auteur a écrit dans la marge en grosse capitale : Villon. Il a lait de même pour le 
nom de Jeanne d'Arc, quand il a transcrit la nouvelle de sa prise devant Compiègne 
(Bibl. Nat., Dupuy 2jo). 



VIE DE FRANÇOIS VILLON 



tt graitt tcOattient billon/et le pnit 
éiow roDtalle Jç largon t fce balaDes 




Titre de l'édition originale des Poésies de Viilon 

publiée .. l-ari.s yar l'un;- l.evel . ii ; ^,V,, 
(Bibl. nat., Res. y 245 • 



SA LÉGENDE 26 1 

ce que confirme cette belle rime de billon et de rHlon. Sa 
légende se répand, s'amplifie chaque jour : on lui prête alors, 
pour les rajeunir, des finesses qui remontaient jusqu'aux fa- 
bliaux. 

Un livre commande en quelque sorte cette tradition, toute 
la légende villonesque : les Repues Franches. 

On nomme ainsi un petit recueil qui circula aux environs 
de l'année 1500, peut-être un peu avant, tantôt avec l'invo- 
cation de François Villon et le titre de Sermon, tantôt sous le 
nom de Recueil des hystoircs de Repues Franches ' , Le Recueil des repues 
franches de maistre Françoys Villon et ses conipaignons \ et qui 
reparut, en 1532, sous celui de Plusieurs Gentillesses de maistre 
Françoys Villion. Ce livret était vendu à Paris, et surtout à 
Lyon, aux foires, où il pouvait bien intéresser les marchands'. 

Et d'abord on entend l'acteur convoquer tous ceux-là qui 
vivent de Repues jr anches, c'est-à-dire d'escroqueries et de 
finesses: les jeunes avocats, les clercs, les héritiers de feu Pathe- 
lin qui savent le parler « jobelin », un de ces trompeurs, sur- 
nommé le capitaine du « Pont à billon », c'est-à-dire du Pont- 
au-Change : enfin 

Tous les subjets Françoys Villon. 

Parmi eux l'acteur énumère « messire chascun Poicdenaire », 
les chevaucheurs d'écurie, les sots et les sottes, les bigots, les 
Turlupins (que nous reconnaissons au passage, ainsi que les 
Cordeliers et les Jacobins) ; tous les farceurs, les maquereaux 
et les maquerelles, les pardonneurs ; les valets et chambrières 
qui festoient quand leurs maîtres sont couchés (ceux-là non 
plus nous ne les avons pas oubliés), et les bonnes commères 
qui trompent leur mari. 



1. Bibl. Nat., Rés. Ye 260; 235. 

2. Bibl. Nat., Rés. Y= 1305 ; Pye 29, 

3. Voir Brunct, Manuel du Libraire ; Picot, Catalogue des livres composant h hihlio- 
thlque de feu M. le baron de Rothschild, I, p. 258-261. — Le texte se trouve à la suite 
des éditiofiS de P. Jaiinet, du bibliophile Jacob, etc. 



262 FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 

Or on voyait d'abord un pauvre diable, qui arrivait à Paris 
sans (( croix ne pille », se rendre à l'auberge où il devait lais- 
ser en gage une épée d'acier et son fourreau (ce qui ressemble 
étrangement aux legs, mal compris d'ailleurs, des h. ii des 
Lais et 89 du Testament^ C'est pour de telles gens que sont faites 
les Repues franches. Puis, sans que cela ait quelque lien avec ce 
qui précède, l'acteur nous raconte comment il errait dans la 
Grand'salle du Palais, à Paris, où se pressaient en effet les 
oisifs de la ville, les procéduriers qui se ruinaient croyant 
détruire leurs voisins. Ils feront bien, ceux-là, de lire les 
Franches Repues ! 

Tout à coup parlent les compagnons de Maître François : 

« Qui n'a or, ny argent, ny gaige, 
Comment peult il faire grant chère ? 
Il fault qu'il vive d'avantaige: 
La façon en est coustumiere. 
Sçaurions nous trouver la manière 
De tromper quelqu'ung pour repaistre ? 



Qui le fera sera bon maistre ! » 

Ainsi parloyent les compaignons 
Du bon maistre Françoys Villon, 
Qui n'avoient vaillant deux ongnons. 
Tentes, tapis, ne pavillon. 
11 leur dit : « Ne nous soucion, 
Car, aujourd'huy, sans nul deffault. 
Pain, vin, et viande à grant foison ' 
Aurez, avec du rost tout chault. » 

François Villon demande ensuite à ses compagnons ce qu'ils 
désirent de mâcher : l'un souhaite un bon poisson, l'autre du 
rôti : 

Maistre Françoys, ce bon archer. 

Leur dist : « Ne vous en souciez ; 

Il vous fault voz pourpointz lascher. 

Car nous aurons viandes assez. » 



I. Les deux vers imprimés eu italique sont des refaçons évidentes de vers de 
Villon. 



SA LÉGENDE 263 

Il se rend alors à la Poissonnerie du Châtelet, comme les 
étudiants de ce temps le faisaient, pour acheter les éléments 
d'un festin, et il laisse ses compagnons delà les ponts. François 
marchande un panier de poissons, déclare qu'il payera comp- 
tant au porteur qui le suit ; puis ils passent devant Notre- 
Dame où le pénitencier confessait. François s'avise de lui 
demander d'entendre celui qu'il nomme son neveu, le porte- 
panier : il est tombé, assure-t-il, dans la folie, car il ne parle 
que d'argent. M*^ François prend alors le panier de poissons et 
dit au gagne-denier de s'approcher du pénitencier. Le pauvre 
diable ne l'entretient naturellement que du payement de son 
panier de marée, qui le préoccupe. Mais Villon a disparu 
pendant ce temps. Ainsi : 

Maistre Françoys, par son blason. 
Trouva la façon et manière 
D'avoir marée à grant foyson, 
Pour gaudir et faire grant chère. 
Cestoit la mère nourricière. 
De ceulx qui n'avoyent point d'argent ; 
A tromper, devant et derrière, 
Estoit ung homme diligent. 

C'est dommage seulement que ce beau trait reproduise l'his- 
toriette que conta le vieux Cortebarbe dans son fabliau des 
Trois aviigles des Compiengne ! 

Désirez-vous de connaître comment il se procure des tripes ? 
Villon demande à un de ses compagnons de se laver soi- 
gneusement le derrière qu'il devra montrer à la vendeuse, 
comme on le faisait par raillerie, tandis que lui-même mar- 
chandera à l'ouvroir de la tripière. A ce vilain geste de railleur, 
François feint d'entrer en furie et de soutenir l'honneur de la 
dame : il frappe des tripes qu'il tient à la main le compagnon 
sans pudeui*. Or la marchande ne veut plus reprendre les tripes 
dans son baquet : elle préfère les abandonner. Ainsi Fran- 
çois acquit des tripes à peu de frais. 

Il manque encore du pain aux bons compagnons. Villon se 



264 FRANÇOIS VILLON, SA VIH ET SON TliMPS 

rend chez un boulanger, à qui il se donne pour un écuyer ou 
quelque maître d'hôtel, très pressé d'obtenir cinq ou six dou- 
zaines de pains pour son seigneur. Quand la moitié du pain 
est chapelé, il demande qu'on l'apporte aussitôt. Le valet 
le suit, portant la hotte qu'on décharge près d'une grande et 
vieille porte. Alors François le renvoie, tout courant, chercher 
le reste de la commande : mais lui, il s'empresse de disparaître 
avec les pains. Le boulanger crédule ne retrouva jamais son 
maître d'hôtel affairé. 

Et voici comment Villon procure du vin à ses compagnons. 
Il se rend à la taverne de la Pomme de Pin, portant deux brocs 
de bois dont l'un est rempli d'eau : là, tendant son broc, il 
demande si l'on a quelque bon vin : 

Et qu'on luy emplist du plus fin. 
Mais qu'il fust blanc et amoureux. 

Le valet de taverne verse dans le broc un très bon vin blanc 
de Bagneux. Alors Villon pose les deux brocs l'un près de' 
l'autre et demande au valet : « Quel vin est-ce là? » 

Il luy dist : » Vin blanc de Baigneux. 

— Ostez cela, ostez cela, 

Car, par ma foy, point je n'en vculx. 

Qu'esse cy ? Estes vous bejaulne? 
Vuidez moy mon broc vistement. 
Je demande du vin de Beauhie, 
Qui soit bon, et non aultrement. » 
Et, en parlant, subtillement 
Le broc qui estoit d'eaue plain 
Contre l'aultre legierement 
Luy changea, à pur et à plain ! 

Pour avoir le rôti, les compagnons conviennent de se ren- 
contrer devant l'étal d'un rôtisseur. Villon marchande. Un 
compère survient, lui flanque une gifle : furieux, François 
attrape une broche, avec le rôti qu'elle porte, et poursuit le 
donneur de soufllet: 



SA LÉGENDIi 265 

Ainsi, sans faire long procès, 
Ils rcpeurent, de cueur dcvot, 
Et eurent, par leur grant excès. 
Pain, vin, chair et poisson, et rost. 

Villon n'intervient plus dans les autres « repues ». 

La seconde rapporte la finesse d'un galant dont fut victime 
un ambassadeur débarqué nouvellement à Paris, et trop porté 
vers le « bas mestier ». Un galant lui propose des femmes; il 
est retenu de suite par lui comme valet de cuisine. Notre ambas- 
sadeur amoureux désire de donner un grand repas et lance 
aussitôt ses invitations. En ce temps-là régnait à Paris une 
épidémie, une peste qui enlevait rapidement les gens. Les invités 
se pressent dans la maison de l'étranger quand, sur les midi, 
le valet de cuisine déclare se sentir subitement malade. On 
va chercher un prêtre : tout le monde se sauve. Dans la maison 
demeurée vide les compagnons ont alors loisir de dévorer les 
viandes, de s'enivrer pendant trois jours. La troisième « repue » 
rapporte la finesse de trois aigrefins du Limousin qui vécurent 
cinq mois à l'hôtel du PesteJ, rue de la Mortellerie, en se don- 
nant pour des gentilshommes venus plaider un procès. Ils 
abusaient l'hôtelier par leurs manières nobles, leur gros sac, 
et aussi parce qu'ils offraient à tout instant de payer. Ils dispa- 
rurent un beau matin, laissant seulement leur sac à procès qui 
ne contenait que des torcheculs. La quatrième raconte le beau 
trait du « souffreteux » qui paya son dîner d'une chanson : 
c( Fcnit payer ton hoste, ton hoste ! » La cinquième traite du pel- 
letier qui, ayant épousé une belle femme, préférait de boire 
du vin au « coucher dedens ung beau lict » : un curé, amou- 
reux de la femme, profitera de cette situation ; et le pelletier 
aussi. La sixième « repue » se passe au Plat d'Estain, près de 
Saint-Pierre-des-Arcis, en la Cité, où sont rassemblés les com- 
pagnons nommés les Gallans sans soucy. Quand arrive le mo- 
ment de payer l'écot au clerc de la taverne, ils se disputent cet 
honneur: ne pouvant se mettre d'accord sur ce beau sujet, ils 
décident qu'on bandera les yeux du clerc de la taverne, comme 



266 FRANÇOIS VILLON. SA VIE ET SON TEMPS 

on le foit au jeu du Colin-Maillard : le premier saisi par le bandé 
payera l'écot. Ce fut le patron de la maison ! La septième et 
dernière « repue » a trait aux écoliers et se déroule non loin du 
gibet de Montfaucon. Deux écoliers, vêtus en diables, mettent 
en fuite deux galants et des filles venus là pour manger sur 
l'herbe leur pâté et boire du vin. On a reconnu le trait prêté à 
Villon par Rabelais, alors qu'il aurait organisé une représenta- 
tion du mystère de la Passion à Saint-Maixent. 

Que faut-il retenir de cette geste des aigrefins ? On a l'im- 
pression, à lire les Repues franches, que bien des détails de ces 
farces sont un peu postérieurs à Villon ; que leur rédaction ne 
remonte pas beaucoup plus haut que 1495-1500, 

La première « repue », la seule où paraît Villon, est-elle 
plus ancienne ? Nous présente-t-elle quelque souvenir des 
exploits parisiens de la jeunesse turbulente de maître François ? 
Certains traits de sa vie peuvent bien prêter aux développe- 
ments donnés par les Repues franches. Il est certain que lors- 
que Villon parle du vin pris « à ses périls » chez Turgis, le pro- 
priétaire de la Pomme de Pin, pour être offert au riche Denis 
Hesselin, il n'entend pas le régler '. Villon a des dettes chez ce 
personnage ; il ne tient pas à se montrer dans sa taverne, puis- 
qu'il assure qu'il « payera son vin » si Turgis est assez malin 
pour découvrir l'endroit où M*^ François s'était caché à son 
retour à Paris \ Enfin, si le poète institue ses héritiers ' Robin 
Turgis le tavernier \ Moreau, qui ne peut être que Moreau le 
maître juré des rôtisseurs de Paris \ Provins, que nous id-enti- 
fierons avec Jean de Provins, pâtissier en la rue du Chaume 
dite du Grand-Chantier^; s'il dit que ces personnages ont reçu 
quelque chose de lui « jusqu'au lit où il git », il faut bien 
comprendre cela par antiphrase : Villon leur doit de l'argent 



I. T., V. 1017. — ■ 2. T., h. 93. — 3. T., h. 67. 

4. Voir à l'appendice. 

5. Créé maître juré du métier des rôtisseurs à Paris, le lo mai 1454 (Arch. Nat., 
Y 5232). 

6. Arch. Nat., MM. 135, fol. 31 (1457-1458); MM. 136, fol. 18, 19 (1458-1459). 



SA LÉGENDE 2^7 

pour des frasques passées ; il a des dettes chez eux remontant 
à son exil de 1456. Un tavernier, un rôtisseur, un pâtissier, 
nous avons là certainement les victimes ordinaires d'une 
« repue franche ». 

Mais enfin Turgis, Moreau et Provins faisaient à Villon le 
crédit qu'il valait. A la taverne on laissait des gages ; et il 
semble difficile d'admettre qu'on y baillât aussi facilement des 
brocs d'eau pour des brocs de vins. On voit bien qu'à Poi- 
tiers, Régnier de Montigny, en compagnie de Jean le Sourt, 
un coquillard, se rendit chez un drapier et lui acheta pour 
20 écus de drap : il fit semblant, devant lui, de mettre les 
20 écus dans une petite boîte en bois, tandis qu'il lui en pas- 
sait une autre dans laquelle il n'y avait rien qui vaille \ Au 
demeurant ces plaisanteries méritaient la prison, sinon la 
potence. 

S'il y a vraiment une tradition fondée dans les Repues Fran- 
ches, elle doit se rapporter à des faits de la vie d'écolier de 
François Villon, entre les années 1450 et 1455 environ, et que 
nous ignorons. On se rappelle d'ailleurs que dans la saison 
des fruits et des vendanges les écoliers se répandaient hors de 
Paris pour marauder. Certains clercs pillaient par exemple les 
pommes, les cerises, les poires, les raisins du collège de Sor- 
bonne. On délibéra, dans cette grave maison, sur le fait du clerc 
de Guillaume Baudin, coupable d'une « franche repue ». Il 
s'était présenté aux maîtres de Sorbonne, demandant le vin de 
son maître, et il l'avait bu avec ses compagnons ! On décida 
que ce clerc bien buvant, du nom de Henry, serait chassé du 
collège à cause de ses fautes énormes \ Les sergents et les 
massiers devaient surveiller à l'automne les vignes du Clos-aux- 
Bourgeois où se répandaient les étudiants, armés de pierres et 
de frondes \ En ce temps-là, dans les environs de Paris surtout, 

1. A. LongnoD, Etude biographique, p. 153. 

2. Bibl. Xat., lat. 5494 ^ , fol. 40-41, 15 septembre 1459. 

3. Voir Eutrapcl, ch. XXV ; Arch. Nat., Zî 3267, 24 août 1461, et ce qui a été dit 
au sujet des vignes de Guillaume de Villon, t. I, p. 85-86. 



268 FRANÇOIS VILLON, SA Vlli LT SON TEMPS 

ils en imposaient par leur nombre et leur insolence; et ils 
laissaient parfois derrière eux des pièces fausses '. 

A Paris, on voit aussi trois jeunes gens pénétrer dans des 
maisons qu'ils connaissaient par des portes de derrière : des 
femmes ou des chambrières de mauvaise renommée les aidaient 
parfois. Ainsi procédaient Jacquet de Tirement, Simon Fayne 
et Thibaud Michel dans la maison de Guillemin Marier, rue 
de la Huchette ; et là ils prirent vingt et un pigeons dont ils 
firent faire deux pâtés. A l'aide d'une corde ils s'introduisaient 
dans les celliers par des soupiraux; de la sorte ils volaient chez 
un chandelier de suif, demeurant au bout du Petit-Pont, six 
fromages, un pot de terre plein de beurre, et des chandelles. 
Rue de la Harpe, en l'hôtel de la Heuzc, le plus mince des com- 
pagnons passait par la fenêtre d'une étable ; et là ils prenaient 
cinq pots de beurre ; rue Saint-Jacques, à l'hôtel de la Cloche 
Rouge, ils entraient par le soupirail de la cave et enlevaient des 
fromages et des vêtements ; et dans l'hôtel de Gervaise, le 
bedeau de la Nation de France, ils dérobaient de vieilles chapes, 
un chaperon, plusieurs livres d'Heures, des couvre-chefs, des 
pièces de drap pers et deux coins de fer. Le drap pers fut 
teint en noir: voilà le moyen de se procurer gratuitement des 
chausses. Par deux fois ils s'introduisaient chez un cordonnier 
de la place Maubert, en entrant par le soupirail et en sortant 
par la porte : là ils enlevaient des souliers et du cuir. A l'hôtel 
du Berceau, rue de la Harpe, avec l'aide d'une turquoise (c'était 
une façon de ciseau qui, avec le rossignol et le davict, constituait 
l'outil d)j larron), ils faisaient sauter la serrure d'un coffre et 
de l'huis d'un cellier, où ils enlevaient des draps de lit, six 
setiers de vin blanc doux, six œufs, deux quartiers de fromage. 
Chez Etienne Genevoys, procureur au Châtelet, ils pénétraient, 
toujours par un soupirail, dérobaient une cassette, un plat 
d'étain, trois quarterons d'oignons, quatre morceaux de bœuf, 
des tripes et des boudins. Chez M'^ Guillaume Fromont, ils 

I, Arch. Nat., X" 43 (28 février 1480 n. st.) 



I 



SA LHGlNDL 269 

prenaient des pots d'étain et deux quartes de vin blanc ; chez 
M'^ Jean du Breuil, ils trouvaient des fromages, des œufs, et un 
quarteron de poires. En l'hôtel d'un barbier, faisant le coin de 
de la rue de la Calandre, devant le Palais, ils volaient des 
pièces de lard, six jambons, quatre pots de graisse, des châ- 
taignes, une chopine de taverne, trois quarterons de pommes, 
et un havel, c'est-à-dire un de ces crochets de cuisine qui 
servaient à tirer la viande du pot. Ils descendaient chez Jean de 
Longueil, toujours par le soupirail du cellier : mais ils n'enle- 
vaient rien, faisant réflexion que c'était un homme de justice et 
de grande autorité. Rue Sacalye, Michel franchissait le mur d'une 
masure appartenant à Bernard Nyvete : il y trouvait plusieurs 
pièces de vin, mettait l'une en perce, recueillait le vin dans un 
seau qui fut monté à l'aide de la corde que tirait Simon. Le jour, 
les compagnons voleurs étudiaient les lieux où ils pourraient 
s'introduire. Ils allaient, armés de dagues et de becs de faucons, 
et n'opéraient jamais avant minuit. Ils portaient une lanterne 
avec eux, ou fixaient une chandelle au fond d'un pot. Et parfois 
ils erraient la nuit à l'aventure, ne trouvant rien à faire ; car, 
le plus souvent, les soupiraux étaient treillissés de fer et de 
bois. Ils n'avaient aucun outil pour crocheter les serrures, sauf 
ce ciseau à froid nommé tiirqiioise\ 

Voilà, si l'on veut, de vraies « repues franches » contempo- 
raines de M*^ François. Il faut bien reconnaître qu'elles ne res- 
semblent que de loin aux facéties littéraires que nous possé- 
dons sous ce titre. Mais ces vols nocturnes donnent à penser 
sur certains aveux que François Villon nous a faits. On ne peut 
s'empêcher par exerhple de songer à ce jardin, à cette maison 
litigieuse que Pierre Baubignon "■ était censé avoir loués à 
Villon' : 

Par faultc d'ung uys, j'y perdis 

Ung grez et ung manche de houe. 

Alors huit faulcons, non pas dix, 

N'y eussent pas prins une aloue. 

I. Arch. Nat., JJ. 188, p. 159. CJuilljt 1459). ~ 2. Voir à l'appendice. — 
3. T., h. 86. 



2/0 FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 

L'ostcl est seur, mais qu'on le cloue. 
Pour enseigne y mis ung liavet ; 
QjLii que l'ait prins, point ne l'en loue : 
Sanglante nuvt et bas chevet ! 

Ainsi' dans la nuit noire, iTançois Villon s'y glissait pour 
venir reposer, alors que les faucons n'eussent pas distingué 
une alouette. Par faute d'une porte, il y avait perdu, assure-t-il, 
ces objets de valeur : une pierre, un bâton, un manche de 
bêche. Cet hôtel si sûr, on fera bien de clouer sur ses portes et 
ses fenêtres des palissades, comme on le faisait dans les mai- 
sons abandonnées : et, comme il manquait d'enseigne, ce 
pauvre hôtel au pignon incliné, Villon, qui les aime, a vite 
fait de lui en donner une : il a fiché dans le mur un havet 
de cuisine, un de ces grands crochets de fer dont on usait 
pour happer la viande du pot. Cette enseigne suspecte (ce 
croc peut devenir bien vite un instrument d'effraction), quel- 
qu'un l'a fait disparaître. Villon le maudit, comme il maudit 
la nuit mauvaise passée à la dure sur le chevet trop bas, 
sur le rude plancher de cette maison désertée'. Mais que 
faisait-il là à cette heure ? Q.u'était exactement ce crochet 
qu'il avait entre les mains ? Peut-être que les trois compagnons 
voleurs qui s'introduisaient dans les maisons par les soupiraux 
des caves, les portes des celliers, qui avaient des accointances 
avec les femmes, et qui, eux aussi, enlevèrent un havet, l'enten- 
daient mieux que nous. 

On ne voit rien de tel dans les Franches Repues ; il apparaît, 
avec évidence, que François Villon n'est guère coupable de 
ces platitudes, de ces grosses facéties sans finesse. Le poète ne 
s'est pas copié ; il n'a pas repris, à contre-sens, les traits et les 
mots des Lais et du Testament. Il n'eût pas risqué des farces 
vieilles de trois siècles, usé de plaisanteries aussi périmées. 
Les Franches repues ne sont que littérature, et mauvaise litté- 
rature, propre seulement à ébaubir de simples écoutants, des 

I. Voir t. 1, p. 122, 



SA LÉGENDE ^^JT^ 

marchands qui vont à la foire, des commerçants qui rêvent 
de voleurs '. 

Enfin les Repues Franches ne nous apprennent rien que nous 
ne sachions déjà. Elles commandent toute la tradition, la 
légende villonnesque : mais elles reproduisent seulement les 
traits hilares et de bon buveur sous lesquels François Villon 
avait désiré de passer à la postérité. Traits que nous avons peu 
de raison de tenir pour véritables et qui masquent le doulou- 
reux visage du poète. 

Villon avait terminé en effet son Testament par un trait bur- 
lesque, une grosse forfanterie de chopineur^ : 

Prince, gent comme esmerillon, 
Sachiez qu'il fist au départir : 
Ung traict but de vin morillon, 
Quant de ce monde voult partir 

C'est exactement l'aspect qui sera donné à Villon dans les 
Franches Repues : 

Maistre Françoys, ce bon archer >, 

c'est-à-dire ce joyeux buveur. 

Villon avait encore demandé qu'on écrivît autour de sa fosse, 
sur le plâtre de Sainte-Avoye, l'épitaphe suivante ^ : 

CY GISÏ ET DORT EX CE SOLLIER )', 
qu'amours OCCIST de SON' RAII.I.ON ^, 
UNG POVRE PETIT ESCOLLIER, 
QUI FUT NOMMÉ FRANÇOYS VILLON. 

1. C(. La Médecine de Maistre Griiiiache dans Montaiglon, Ane. pot'sies françaises, 
I, p. 173 : Pour avoir des poussins huppe:^ : 

Quant vous mettez couver les œufs, — Mettez un sac à coquillon — Sur vostre teste, 
comme ceux — Q.ui vont au marché à Villon... 

2. T., V. 2019-2023. Cf. M. Schwob, François Villon, rédactions et notes, p. 147. 

3. Cf. t. I, p. 244 et n. — 4. T., V. 1884-1903. 

5. Etage, chambre supérieure. (Cf. Godcfroy dtf z'. Solier) : << Le solier de la maison 
cheut, qui accraventa touscculx qui la estoient » (Boccace, Cas des nobles nialheurenx). 
Toute la plaisanterie de Villon est là. Cf. t. I, p. 291. On aurait pu citer la glose de 
Marot (éd. de 1533) : la chapelle Saiticte Avoye estoit lors et de iioslrc Iciiips eslevée d'un 
estai^e. 

6. Du trait de son arbalète. 



272 FRANÇOIS VILLON, SA VIE HT SON TEMPS 

ONCQUKS DETERRE n'oT SILLON'. 

il donna tout, chascun le scet : 
tables, tresteaulx", pain, coriji-ii.i.on ^. 
amans, dictes en ce verset : 

repos eternel donne a cil, 

sire, et clarté perpétuelle, 

qui vaillant plat ni escuelle 

n'eut oncques, n'ung brain de PERCIL. 

il fut rez, chief, barbe et sourcil 3, 

comme ung navet qu'on ret ou pelle. 

repos eternel donne a cil. 

rigueur le transmit en exil, 
et luy frappa au cul la pelle 4, 

NON OBSTANT Qu'lL DIT : « j'eN APPELLE » > ! 
QUI n'est PAS TERME TROP SUBTIL. 
REPOS ETERNEL DONNE A CIL. 

Villon a donc pensé à tout : il a souhaité qu'on conservât 
de lui le souvenir d'un bon fou'': 

Au moins sera de moi mémoire 
Telle qu'elle est d'ung bon fol lustre. 

Son vœu fut exaucé, au delà peut-être de ses espérances. 
C'est sous les traits d'un bouffon qu'il paraîtra maintenant 
dans la tradition. L'attitude qu'il a choisie délibérément 
pour passer à la postérité est celle précisément que la postérité 
lui accorda. 

Un c( bon follastre », un farceur, François Villon, lui qui 
a écrit les vers les plus cruellement vengeurs, les plus désolés 
sur le plaisir et sur la mort, lui qui interrogea si douloureu- 

1. Son lit. — 2. Coufîn. 

3. Il fut rasé, tête, barbe et sourcils : il perdit ses cheveux, ou il demeura dans le 
plus complet dénùment. Cf. cependant p. 170 n., p. 216 n. 

4. Et le frappa au derrière d'un coup de pelle, comme les gens qu'on bannissait (Cf. 
Littré, ad. v., pelle). 

5. François Villon n'en a pas appelé à propos du meurtre de Philippe Sermoise ; 
mais il l'a fait certainement au sujet de l'affaire où intervint Me Henry (Cf. t. I, 
p. 120-121 ; t. II, p. 6, 62-65). 

6. T., V. 1882-1883. 



VIE DE FRANÇOIS VILLON 



PI. XLIII 




grant teflament i^îllon ce 



Le fou et la folle 

sur le liiri- .i une ciiliim Je Vill^m publiée fjr Michel Le .\,iir 

l'jris à rima);e A">.(iv-/)jHif Jerjiil Saiiil-Di'iiis Je la Chjrlc. vers ;5«.i 

(Catalogue de la Bibliothèque James de Rothschild, t. I) 



SA LÉGENDE 273 

sèment sa conscience, lui qui a vécu à la peine et qui a dit 
dans ce portrait, plus vrai que toute peinture : « je riz en 
pleurs » ? Un « bon follastre », voilà ce qu'on connaîtra 
désormais de sa personne et de son caractère ! 

C'est presque tout ce qu'en savait déjà Eloi d'Amerval qui, 
dans sa Grant DeahUrie, nous fournit le premier témoignage 
sur François Villon : 

Comment les juges sont aveugles et exemples du testament Villon joyeulx 

(ch. LXVIIj). 

Maistre Françovs Villon jadis, 
Clerc expert en faictz et en ditz, 
Comme fort nouveau qu'il estoit 
Et afarcer se delectoit, 
Fist a Paris son testament : 
Ouquel de ses biens largement 
Ca et la a plusieurs donna. 
Et de son bon gré ordonna, 
Pour mieulx bailler de ses sornettes. 
Qu'on donnast toutes ses lunettes. 
Apres sa mort, aux Quinze-Vingtz 
Pourtant qu'ilz furent ses voisins : 
En se farsant d'eulx, enten bien. 
Que leur valoit ce don ? De rien, 
Veu qu'ilz ne vcoyent nullement. 
Mais il faillit bien grandement. 
Noz juges, tu le peulz sçavoir. 
En doyvent leur part avoir : 
Car sont aveugles, comme eulx. 
Les aultres, crov moy si tu veulx, 
Ne voyent huv ne grain ne goutte. 

Ainsi aux yeux de son contemporain, un moraliste qui 
l'avait connu peut-être, et qui l'imita, François Villon n'aurait 
été qu'un « farceur ». C'est encore le souvenir d'un fou, et d'un 
joueur de farces, que l'on trouve de lui dans les Mémoires du 
gentil Messin Philippe de Vigneulles, lui aussi un poète. On y 
lit cette histoire à l'année 1503 ' : 

I. Ed. Michelant, p. 145-146. (Bibl. Nat., n. acq. fr. 6720, p. 208. On a suivi le 
texte de ces mémoires autographes). 

FRANÇOIS VU-LON. — H. l8 



lJ4 FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 

« Ung peu après fut acuzc Jehan Mangin, le filz Mangin le tailleur, 
lequel le avoit fait marveille en son tampts : car ce fut ung second Fransoy 
Willon de bien rimer, de bien juer fairxe et de tout embaitcmcnt, tellement 
c'on ne cuide point avoir veu son pareille en Mets. Et le mairiait son père 
richemant a la fille maistre Hannes de Ranconnauld, l.e maisson, qui fist le 
grand clochez de meutte de la grande église de Mets. Mais ledit Jehan Man- 
gin ce gouvernait tcllemant qu'il fist powre son père et luy meisme. Et fist 
de sy grant follie qu'il fust raichetc iij ou iiij fois de grant dangier, comme 
d'estre pandus ou d'aultrement. Et n'y avoit presque enneiz qu'il ne fust ij 
ou trois fois en prison en l'ostclz de la ville. Mais son bien faire et son bien 
dire le faisoit tousjour achapper. Et qui vouroit acripre sa vie, ce ceroit une 
Bible : pour ce m'en tais a presant, et vous dires seullement la cause de son 
ailliez et baignissement. Il est vray que nouvellement avoit esté en la mai- 
son de la ville pour aulcune cause que je laisse. Cy fut remis hors a la 
requeste dez jonne seigneurs. Mais ung peu aprez il enfoursait uune jonne 
fille en l'eaige de xij ans et la mist en ung piteulx point. Et aincy c'on le 
cuidaist pranre, il c'en fuist au Cairme. Et furent fait lez huchement sus lui, 
cellon la coustume de Mets pour ce venir excuses ; mais il ne c'y avoit guère 
de trower. Il eust peur c'on ne l'aillait pranre aux Cairme, comme il estoit 
conclus ; cy c'en fuit par ung mattin en abist de femme avec dez 
drappiaulx sus sa teste, faignant ailler lez layez en Muzaille ; et c'en 
aillait par le pon Tieffroy, nonostant c''on avoit mis gairde par toutte 
lez pourte. Cy trowist il la manier d'eschaiper par la manier dessus 
dicte : dont lez pourtiez en furent en malz ens. Et c'il eust esté tenus, 
a celle fois on eust fait cruelz justice. Et pour ce il fust baignis et fourjugicz 
dez adonc a tous] ours maix. Il mourut ledit ans a Rome a l'ospiteaulz du 
saint Esperit '. » 

Un fou qui dit de bons mots et joue de bonnes farces, tel 
apparaîtra encore Villon à Rabelais, qui connaissait bien son 
œuvre \ 

Car Rabelais a mentionné le poète au moins quatre fois. Il a 
cité le refrain : « mais ou sont les neiges d'autan ? c'estoit le plus 
grand souci de Villon, poète parisien... » ; il le retrouve dans les 
enfers (Pantagruel, 1. II, ch. 30) : «Je veids maistre Françoys 
Villon qui demanda a Xerces combien la denrée de moustarde. 
Ung denier, dit Xerces : a quoy dist Icdict Villon : Tes fiebvres 
quartaines, villain ! la blanchée n'en vault que ung pinart, et 
tu nous surfaicts ici les vivres ! Adonc pissa dedans son 

1. Cette dcrniorc phrase en surcharge, au-dessus de la ligne. 

2. Cf. Louis Thuasne, Villon et Rabelais, notes et commentaires. Paris, 191 1, in-8. 



SA LEGENDE 275 

bacquet, comme font les moustardiers de Paris ». Et nous 
avons étudié déjà les anecdotes relatives au soi-disant séjour de 
François Villon en Angleterre, à la Passion de Saint-Maixent. 
Tous ces témoignages attestent un état avancé de la légende 
du bon a foUastre ». Le terme extrême de cette évolution nous 
sera donné par Brantôme, qui placera résolument Villon 
parmi les fous célèbres : « Je crois que si l'on fust esté curieux 
de recueillir tous les bons mots, contes, traits et tours dudit 
Brusquet, on en eust fait un très gros livre, et n'en déplaise 
à Pivan, Arlod, ny à Villon, ny à Ragot, ny à Moret, ny à 
Chicot, ny à quiconque a jamais esté. » 

Villon devint aussi rapidement le type populaire de l'escroc, 
comme Pathelin '. Il est remarquable de voir que l'imprimerie 
répandit dans le même temps l'admirable farce et le Testament \ 
On écrira bientôt le Testament de Pathelin : ces deux œuvres 
seront confondues dans une même personnalité. On dira les 
hoirs Pathelin, les hoirs Villon ; Paucquedenaire complétera 
ce trio légendaire, cité dans presque toutes les facéties de la 
première moitié du xvi*^ siècle '. Ce type de l'escroc, emprunté 
aux Repues Franches, nous le trouvons déjà dans la Vie et tres- 
passement de Caillette (26 août 1 5 14). Jean Carrelin, dit Caillette, 
c'était le bon fou, prédécesseur de Triboulet, l'innocent qui ne 
savait dire que « papa, maman » : or nous lisons à son sujet '^ : 



I. Le seul trait que j'aie rencontré oflfrant une conception différente de la légende 
se rencontre dans Guillaume Alecis. Le moine de Lyre connaissait bien Villon à 
qui il emprunta, entre autres, le refrain : Bien est heiiretix qui rien ny a. Villon passe 
plus justement à ses yeux pour un rufian, dans son Contieblason des jaulses amour: : 

duant les gallans — Vites, qui allaiis — Vous ont deccuptes, — Lors dos et flans — Vous 
sont sifflans — Com s'estiés putes, — Ciarces pollutes — Très dissolûtes — Or et argent vous 
postulans. — François Villon maintes inibulles — En a ; par quoy cloyez voz bulles — A telz 
rufîans muhilans. 

Villon est aussi le type du pauvre homme : 

Aussi demeure pouvrc comme Villon 
lit-on dans le Débat de l'amoureux et de la daine (Jardin de Plaisance, éd. Vérard, 
fol. 128 yo). 

2. Voir Claudin, Histoire de l'Imprimerie, op. cit. 

3. Cf. Guillaume Alecis, Crontreblason... 15 12. 

4. Montaiglon et J. de Rothschild, Recueil de poésies françaises ^ X, p. 377-386. 



276 FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 

Et ne visoit a acquérir billon ; 
Si fin ne fut qu'estoit Françoys Villon, 
Ce néant moins il monstroit, par manière, 
Qu'il aymoit mieulx du vin que de la bière. 

La Légende de Maistre Pierre Faifeu par Bourdigné ', qui date 
de 1532, nous donne un développement assez original de ce 
type : 

De Pathelin n'oyez plus les canticques, 
De Jehan de Meun la grant jolyveté. 
Ne de Villon les subtillcs trafficques. 
Car pour tout vray ils n'ont que nacquetté. 
Robert le Dyable a la teste abolye, 
Bachus s'endort et ronfle sur la lye, 
Laissez ester Caillette le folastre, 
Les quatre Filz Aymon vestuz de bleu, 
Gargantua qui a chepveulx de piastre : 
Voyez les faits Maistre Pierre Faifeu. 

C'était un écolier d'Angers, qui a certainement existé, et 
dont Charles Bourdigné, prêtre, avait résolu de conter les 
gestes héroïques et équivoques pour notre divertissement et 
celui de M^ Jean Alain, chanoine de la vieille église Saint-Laud 
près d'Angers. 

Il se nommait Pierre Faifeu : un jeune gars, bien découplé, 
de subtil esprit, qui devait jouer à sa mère, la Faifeu, ainsi 
qu'à ses chambrières, tous les tours possibles. A l'école, 
il savait s'oublier à propos quand le régent le fessait ; et plus 
tard, quand il étudia le décret à Angers, personne ne s'en- 
tendait mieux que lui à soutirer adroitement l'argent de la 
Faifeu. En fait d'études, Pierre se rendit surtout habile à prati- 
quer tous les jeux ; il lia connaissance avec des pipeurs et de 
bons ivrognes. C'était un maître écornifleur, qui volait les 
oies de sa mère, avalait des lamproies pour la joie du populaire, 
buvait de l'hypocras tout bouillant à la façon d'un chien, en 

I. Ed. Coustelier, 1723. — On doit à M. AbelLefranc (Introduction à la grande édi- 
tion critique des Œuvres de Rabelais, 191 2, p. xxxii) d'avoir mis en lumière cette 
date. 



SA LÉGENDE 277 

lapant. Il enfermait une fille amoureuse chez la vieille bigote, 
la Macée ; il blasonnait publiquement dans les rues d'Angers 
le boulanger qui avait fait un enfant à sa chambrière. Quel 
plaisir de le voir danser, un beau jour d'hiver, avec sa chemise 
pailletée de glaçons, agitant les sonnettes qu'il portait aux 
bras et aux jambes ! Enfin nul n'aurait surpassé M^ Pierre 
dans l'art de tirer de l'argent des religieux, de s'emparer du 
souper des chanoines, de les désarmer en les faisant rire aux 
éclats de ses gentillesses. Or Pierre Faifeu exerçait aussi toutes 
sortes de métiers sur les routes de l'Anjou et de la Bretagne. 
A Baugé, il se donnait comme un bateleur, en enfermant de 
gros chiens hurleurs dans la chambre de son hôtel : le public 
s'assemble à ce bruit ; mais Faifeu fait la quête avant de montrer 
ses animaux féroces et s'esquive aussitôt. Il marchandait sur sa 
route un cheval mis au vert, sur le pré, y transportait nuitam- 
ment une charogne, puis allait dire au propriétaire que son 
cheval avait été dévoré par les loups, tandis que Faifeu l'avait 
dérobé. Il commandait une paire de bottes chez deux cordon- 
niers, rendait à l'un la droite, à l'autre la gauche, leur déclarant 
qu'elles le serraient par trop : puis Faifeu disparaissait avec sa 
paire de bottes neuves. En Bretagne, M^ Pierre contrefaisait le 
vendeur de thériaque, débitait de la poudre aux puces ; à 
Nantes, il singeait le devin qui retrouve les objets égarés ; à 
Rennes, il se donnait pour un médecin ; puis on le voyait se 
dire marchand de porcs. Car Faifeu savait retrouver les bagues 
perdues, simuler le lutin pour amuser les chambrières, revêtir 
à propos l'habit de diable qu'il avait acheté à Paris, pour terro- 
riser et faire taire les bavardes lavandières de Blois (c'est là 
une farce analogue à la « repue franche » des écoliers à Mont- 
faucon, et qui nous remet encore en mémoire le tour que, 
selon Rabelais, Villon aurait joué à Tappecoue). Chez une 
tante, M'-" Pierre visitait un cofi"re rempli d'argent et y renfermait 
un renard. Enfin, quand François F'' se rendit à Angers, en 1518, 
Faifeu fit la joie d'un des plus grands seigneurs de la cour, 
dont on ne saurait douter de l'extrême bon goût : car il s'amusa 



278 FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 

comme un fou à le voir dévorer un plat de mouches. On 
trouve bien que, par suite de ses talents, M'^ Pierre Faifeu 
eut quelques histoires avec les sergents et la justice; mais il 
allait toujours à propos se mettre en franchise dans une église. 
Quand, à Saumur, il fut emprisonné pour certaine folie, 
M^ Pierre sut bien faire appel de la sentence et s'aviser qu'il y 
avait un vice de procédure dans son affaire. Ainsi ce subtil 
esprit aurait pu vivre de longs jours, ajouter des farces à ses 
farces, s'il ne s'était laissé « pateliner » par ses parents. On le 
maria : le pauvre garçon mourut presque aussitôt de chagrin 
et de douleur. 

C'est presque le seul trait plaisant de cette histoire qui 
s'efforce à être comique : car il n'est pas donné à tout le monde 
de prendre plaisir au style cocasse de Bourdigné, précurseur 
des grotesques. 

Pour nous, M^ Pierre n'est plus fort divertissant. Mais il 
faut retenir que, dans la pensée de Bourdigné, cet écolier 
vagabond, farceur et voleur, était un autre Villon, surpassant 
le premier dans ses « subtilles traficques ». Ainsi nous le 
présente l'épitaphe que le vieux chanoine écrivit au sujet de cet 
insigne « gaudisseur » : 

soubz le fardeau de geste dure pierre, 
Voyez gésir le plaisant maistre Pierre, 
Qui en ses faitz passa partout Villon, 
Et Pathelin. Pourtant a réveillon 
Tout bon compaing De Profiindis luy donne, 
Priant a Dieu que ses maulx luy pardonne. 

Certes Villon, comme Faifeu, fut un écolier; il erra dans 
cette même région, autour d'Angers, en Bretagne, en Orléanais, 
sans ressources autres que celles de son esprit et de sa main de 
clerc. Mais aurait-il trouvé des religieux pour le protéger et rire 
de ses frasques, comme Faifeu, à Angers et dans les environs? 
Il est permis d'en douter : et, dans tous les cas, il ne faudrait 
pas compter parmi eux le dur Thibaud d'Auxigny. 

François Villon a pu sur sa route faire des écritures dans des 



SA LÉGENDE 279 

tavernes, réciter des monologues, mimer des farces, servir les 
maçons, conduire et panser les chevaux, faucher dans la belle 
saison, broyer le chanvre, porter la balle en Bretagne, coucher 
dans des carrières et des fours à plâtre, voler avec les voleurs, 
rimer avec les amateurs de poésie, crocheter avec les cro- 
cheteurs, tricher aux dés ou aux cartes, sans que l'on puisse 
l'identifier avec ce grand et robuste garçon, l'écolier paysan 
avaleur de lamproies, ce gaudisseur dont la fin fut à la fois 
triste et sage, cet époux d'une riche veuve. Mais on ne saurait 
douter qu'on voyait sous ces traits, en 1532, et Villon et le 
légendaire Pathelin. 

Il semble bien que vers ce temps-là les Repues Franches, dont 
le succès fut considérable, données comme les gentillesses 
mêmes de François, ont fixé la légende de Villon qui sera 
décidément celle d"'un écornifleur joyeux. 

Entendons, par exemple, ce que Pierre Grognet dira de 
François Villon dans sa « louange et excellence des bons 
facteurs qui ont composé en rime », comme on la rencontre 
dans les Mots dore:^ du grand et sàige Cathon (Paris, D. Janot, 

1333): 

Maistre Françoys, nommé Villon, 
Bien sçavoit rimer sur billon. 
Tant jours ouvriers comme dimenches 
Quant il cerchoit ses repues franches. 

Vers ce temps-là, ou à peu près, vécut à Paris un « noble 
gueux », Jean Ragot, le plus subtil qui se pût rencontrer pour 
contrefaire l'estropié, pratiquer l'art de mendier et de tromper : 
on lui fera dire, dans le préambule d'un Testament imité du 
Grant Testament ' : 

Pour attrapper souventes foys billon 
J'ay excédé maistre Françoys Villon. 

Ragot, c'est le bélître qui jargonne ; Villon, le jargonneur, 
un type odieux aux amateurs de langue pure, à la génération 

I. Montaiglon, Ane. poésies françaises, \, p. 147. 



28o FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 

humaniste et italianisante de la première partie du xvi"^ siècle. 
« Tout pareillement, quant jargonneurs tiennent leurs 
propos de leur malicieux jargon et meschant langage, me 
semblent qu'ilz ne se montrent seulement estre dédiez au 
gibet, mais qu'il seroit bon qu'ilz ne fussent oncques nez. 
Jaçoit que Maistre François Villon, en son temps, y aye esté 
grandement ingénieux, si toutefois eust il myeulx fait d'avoir 
entendu à faire plus bonne chose. Mais au fort Fol qui ne foJhe 
perd sa raison... ». Ainsi s'exprime M*^ Geoffroy Tory, libraire 
de Bourges, dans la préface de son Champfleury [1529], où il 
critique ces corrupteurs de la langue : les écumeurs de latin, 
les plaisanteurs et les jargonneurs. Même dédain de la part de 
Clément Marot : « Touchant le jargon, je le laisse à corriger 
et- à exposer aux successeurs de Villon en l'art de la pinse et 
du croq » [1533]. Le distique de Marot, qui sert d'épigraphe 
à son édition, est fort clair alors : 

Peu de Villons en bon savoir, 
Trop de Villons en décevoir! 

Marot connaissait admirablement Villon, et sans doute depuis 
l'enfance : car Jean Marot, son père, l'avait déjà imité, par 
exemple dans la ballade qu'il avait adressée au trésorier Ro- 

bertet' : 

Nécessité, qu'on dit mère des arts. 
M'a tant lardé de ses flesches et dards, 
• Mon cher seigneur, que contrainct suis vous dire 

Que d'or, d'argent, je n'ay once ne marcs ; 
Plus maigre suis que n'est karesme en mars... 
Du mal que j'ay argent est medicine. 

Et, comme dit Villon en ses brocars, 
De ma santé je vendrois aux lombards, 
Voire mes ans, se argent vouloient produire... 

Clément aima François de toute la clairvoyance du talent, 
de Tintelligence et de l'amour. Il avait beaucoup appris à le lire 
en corrigeant le texte du meilleur poète parisien qui fut ; il 

I. Bibl. Nat., ms. fr. 1721, fol. 7 vo. 



SA LÉGENDE 28 1 

lui avait prodigué les soins qu'un chirurgien donnerait seule- 
ment à l'ami le plus cher dont il panserait les blessures ; et 
Marot proposait aux jeunes poètes d'alors de cueillir les belles 
fleurs de ses sentences, d'apprendre à écrire sur les traces de 
celui qui avait « emporté le chapeau de lauriers devant tous 
les poètes de son temps. » Il admirait certes son art', son 
« érudition », c'est-à-dire son expérience de la vie. Mais par 
contre Marot estimait qu'il avait manqué à son langage d'être 
poli à la cour d'un prince. Le courtisan se montrait-il plus 
sévère que son roi, « seule cause et motif de son emprise » ? 
Car François P*" écoutait volontiers réciter des vers de Villon 
dont il estimait les bons passages. Et Clément, au surplus, ne 
tient pas à expliquer ce qu'il juge incompréhensible : 1' « in- 
dustrie des lays », le sens du Testament. Un homme de bonne 
compagnie, comme lui, ne se mêlera pas, on l'a vu, de corriger 
le jargon. Peut-être a-t-il soupçonné la vie mauvaise de 
François? Peut-être a-t-il adopté, à son sujet, la tradition des 
Franches Repues ? 

Ce que l'imagination a été impuissante à nous donner, ce 
type de Villon, le bohème idéal, nous le trouverons bientôt réel- 
lement incarné dans la maigre personne de Roger de Collerye. 
Roger a certainement lu et aimé Villon sans qu'on puisse dire 
pour cela qu'il ait imité sa vie : des conditions analogues d'exis- 
tence ont produit vraisemblablement des traits semblables. 

Ce fut un frère de Villon, mais un frère rustique et bon, que le 
pauvre Roger de Collerye, secrétaire de Monseigneur d'Auxerre, 



I. Etienne Pasquier, Recherches sur la France, 1. 8, ch. 60, lui en fera grief : 
« Marot estoit un bel esprit, nourry en la cour de nos roys, né dès le ventre de sa 
mère pour faire des vers françois : mais homme qui n'eut plus de sçavoir acquis que 
ce qu'il en falloit pour sa portée ! C'est pourquoi il admira en Villon un sçavoir qui 
ne gisoit qu'en apparence... Car Villon fut un escolier de Paris, doué d'assez bel 
esprit, mais un maistre passé en friponneries. On dit en commun proverbe, de telle 
vie, telle fin ; cela se trouve presque vérifié de luy... Qu'il ait esté un bon fripon, qui 
en friponnant faisoit profession expresse de tromperie et larcin, il n'en faut meilleur 
tesmoignage que cestuy. D'autant que la postérité a nommé un Villon, celuy qui 
eshontément se mesloit du mesticr de trompeur, dont nous fismes Villonner et yil- 
loniierie : mots qui tombent aussi souvent en nos bouches pour tel subject, comme le 
Patelin, Pateliner, et Palelinage, celuy qui par beaux scmblans et douces paroles 
cnjeaule quelqu'un. » (Etienne Pasquier, Œuvres, II, éd. de 1723, col. 875-876). 



282 FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 

et dont les œuvres furent publiées à Paris en 1536'. Or, bien 
qu'il sût tourner mieux que tout autre en ce temps, à l'excep- 
tion de M^ Clément, des épîtres, des rondeaux d'amour, des 
moralités, des monologues, des sermons, des ballades, des cris 
de Basoche, des épitaphes de chanoines notables ou bons 
buveurs, qu'il chantât la simple et vieille chanson de chez 
nous tandis que ses contemporains s'habillaient lourdement à" 
l'antique ou singeaient les belles manières d'Italie, Roger 
demeura pauvre et sans gloire. Tel Villon, il était maigre et 
sec, tremblant comme la feuille, et ne mangeait pas son saoul. 
Le froid et le vent lui livraient de rudes assauts. Il allait, mince, 
pâle et défait, peu vêtu, car ses habits demeuraient entre les 
mains de ses créanciers ; sa bourse était plate et il n'y portait 
pas de « croix » : comme Villon aussi il dira: « Faulte d'argent 
est douleur nompareille ». Son idéal fut alors tout semblable 
à celui de M^ François : 

Plus sain qu'en l'eau n'est le poisson, 
Frians morceaux, bonne boisson. 
Voila le point que je souhaicte. 
Et jouyr d'une mignonnette 
Quant je lui liève son plisson. 

L'accoUer, en ung verd buisson. 
Au temps d'esté qu'on se délecte. 

Plus sain qu'en l'eau... 
Et d'escus la plaine bougctte 
Pour tousjours gaudir nous eusson... 

Ah ! s'il avait pu gagner quelque chose avec sa rhétorique, en 
envoyant sa prose ou ses vers à des gens de riche maison ; car 
tout son plaisir consistait à tourner des rondeaux ou des 
ballades. Mais, hélas ! Collerye le confessera : 

J'ay beau courir, troter, venir, aller. 
Songer, resver, ou dormir sur la paille, 

I. Œuvres de Roger de Collerye, éd. Charles d'Héricault, 1855 [Bibl. Elzévirienne]. 



SA LÉGENDE 283 

cela ne lui servait de rien. Roger était délaissé comme une 
pauvre bête. Tout ce qu'il demandait alors à Dieu, et à ses 
protecteurs, c'était un prieuré avec quelque revenu. Car il n'y 
a pas d'amertume dans sa misère ; et Collerye diffère en cela 
de Villon qu'il fut" vraiment un honnête homme. Il aimerait 
mieux, par exemple, être un pauvre berger que d'être mis au 
nombre des méchants ou mourir mal. Dans l'idéal qu'il se fait 
de la vie, il joint les plaisirs du chanoine aux joies du Franc 
Gontier : il y a des oiseaux qui chantent tandis qu'il embrasse 
son araie dans le buisson feuillu. Roger de Collerye, c'est Roger 
Bontemps, dans sa jeunesse, gai, gaillard et souple ; un 
véritable enfant de Turluton : 

Qui serche sa bonne aventure, 
Ainsi qu'un povre valeton : 
J'ay pour mon appuy ung bâton, 
Et le ciel pour ma couverture... 
Simple je suis comme ung mouton, 
Qui prent en un pré sa pâture ; 
Et si n'ay pour toute vesture 
Qu'un petit meschant hocqueton. 

Au contraire de Villon, Roger vivra de vieux jours : il morali- 
sera presque. Collerye, c'est le bohème parisien comme l'a fait 
la vie simple et rustique d'Auxerre ; Villon, qui avait cepen- 
dant des attaches avec la province, fut le mauvais dévoyé, 
r « enfant perdu » de la grande ville '. 

Mais Villon n'a pas été que le folâtre, le buveur, l'escroc 
joyeux de sa légende : il fut pire que cela, meilleur aussi. 



I . La dépravation des villes est un lieu commun cher aux moralistes. On ne saurait 
manquer toutefois de remarquer que le cordelier Michel Menot, qui suivit de près 
Villon, a développé maintes fois ce thème : « Ubi est qiiod itivenictis grossa et enormia 
peccata nisi in civitatihus ? Ubi sunt comestores pauperum et cxcoriatores eoniiiuïciii ? 
Profecto ibi. Raptores et violatores pticellarum, grossa adulteria, homicidia, giilositates, 
ebrietates et dissohitiones ? Certe in civitatihus. Ubi hodie lusores ad chartas et taxillos ? 
Ubi sunt grosse blasphemie, proditiones, invidie, detractationes, usure patentes, fraudes, 
deceptiones et cautele in mercantils, etc. » Sermones, Paris, 1550, fol. 7 ro. 



284 FRANÇOIS VILLON, SA VIE HT SON TEMPS 

Gardons-nous toutefois de voir seulement en lui un voleur, 
un douteux personnage, le mauvais, le pauvre rempli d'orgueil 
qu'a maudit l'Ecclésiaste. Villon était faible surtout, comme il 
arrive à un être trop sensible, et il ne haïssait rien tant que 
« persévérance ». On n'a pas été pitoyable pour lui. Il a souffert 
la faim et la soif sur les routes ; il a vu, par les fenêtres des 
maisons, le pain qu'il ne devait pas manger. Il a connu l'exil, 
les chemins qui s'allongent toujours. Il s'est terré comme un 
« povre chien ' » : comment n'aurait-il pas aboyé et mordu ? 
Or, dans une situation abominable, Villon a conservé une 
conscience clairvoyante, le cri pur de la foi et du repentir, le 
sentiment populaire de la patrie. Sur de durs chemins, il a porté 
dans son esprit l'œuvre la plus personnelle et l'a plus haute de 
poésie. Elle dépasse en beauté, en humanité, tout ce que la 
lyrique française avait jusqu'alors produit. La ballade de Villon 
résonne comme rien n'avait encore sonné : elle est la perfection 
même. Sa poésie fut toute joie et toute tristesse : elle est le 
miroir sincère du double visage de François : 

Je ris en pleurz ! 

La légende a grossi ce rire évident : nous avons remarqué 
les vraies larmes qui montaient aux yeux du poète. 

Est-ce à dire que nous connaissions beaucoup mieux Villon 
que ceux-là qui forgèrent immédiatement sa légende ? Certai- 
nement. 

Mais un homme moderne peut-il pénétrer sa conscience 
et le juger avec quelque impartialité ? En dehors de sa poésie 
sans pair, pouvons-nous lui accorder notre estime, notre indul- 
gence ? Pouvons-nous le comprendre, enfin ? Je ne le crois pas. 

Un moraliste de cette époque, un de ces bons prédicateurs 
libres, un être à la fois croyant, simple, rude, comme un 
Michel Menot, serait beaucoup plus habile à nous révéler 
l'âme du pauvre poète. Et comment apprécier un homme hors 
du temps qui lui a imposé sa vie, ses idées et sa langue ? 

I. Poés, çiiv,, XI, 5. 



VIE DÇ FRANÇOIS VILLON 



PI. XLIV 




Le retour de l'Rnfant Prodigue 

Livre d'Heures Je Philippe l'iffinicliei 



^ 



SA LÉGENDE 285 

Involontairement la pensée du lecteur de Villon se reporte à 
la parabole de l'Enfant prodigue, dont l'aventure pitoyable est 
bien propre à faire déplorer l'état d'une vie remplie de péchés 
et de maux. Elle fut par excellence la moralité typique de la 
fin du quinzième siècle, l'histoire de tous les gueux et de tous 
les affamés d'alors, de tous ceux qui, comme Villon, perdirent 
leur « couche molle » et couchèrent à la belle étoile. Quand 
nous la voyons si souvent dessinée dans les livres d'Heures, 
peinte au vitrail des églises, sculptée par nos vieux irnagiers, si 
populaire en un mot, ne sommes-nous pas en droit de penser 
qu'elle était présente à l'esprit des dévoyés de ce siècle, de tous 
ceux qui vagabondèrent, qu'elle était leur propre histoire à 
tous ? Le Cordelier Menot nous l'a contée à peu près dans ces 
termes ' : 

C'était un enfant plein de sa volonté, un volage, un mignon, 
un vert galant : or, quand il eut éprouvé qu'il était riche, jeune, 
audacieux, le sang lui monta au front. C'était un enfant perdu 
qui n'avait pas assez longtemps connu la verge du maître ; et 
son père craignait de le contrister. — Se tournant vers son 
auditoire, le prédicateur le déclarait : « Combien en voyons 
nous aujourd'hui d'enfants, comme ce fils prodigue, à qui les 
pères lâchent sur le cou la corde dont ils seront pendus, tôt 
ou tard ! Ils donnent à ces beaux fils l'argent qu'ils vont jouer 
aux cartes, aux dés, dissiper avec les filles ou aux tavernes. 
Bon Dieu, vaudrait-il pas mieux que de tels pères n'eussent pas 
de fils ? » — Or voilà que ce fol enfant, mal conseillé, dépense 
tout son argent en beaux habits : il porte la belle chemise 
froncée, le pourpoint de velours et la toque de Florence. Il vole 
de ses propres ailes ; il prend la clef des champs, se met en 
route, tient table ronde à ses amis, s'acoquine avec ces filles qui 
rongent les paillards jusqu'à l'os, se nourrit grassement chez les 
rôtisseurs. Maintenant sa bourse est vide : il n'a plus rien à 
frire. Et voici mon galant plumé, tout nu, abandonné de tous. 
(Ou sont les gracieux galants ?) 

I. Michel Menot, Sennones, Paris, 1530, fol. 119 et s. 



286 FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 

Or partout on lui a fait visage de bois, on lui a tourné le dos. 
Il n'a rien à se mettre sous la dent, et il ne connaît pas de 
métier. C'est bien par pitié qu'un bon riche l'emploiera 
à garder ses porcs dans une ferme lointaine. Oui, la jeunesse 
est folle, pense-t-il maintenant! Mais cependant il a résolu 
humblement de retourner vers son père : « Peut-être qu'il 
aura de moi plus grande pitié que des autres pauvres qui se 
tiennent à sa porte ». Il a pris son bâton, chemine sec comme 
un hareng, et seulement vêtu d'un petit roquet qui lui vient 
aux jarrets. Ainsi il va de buissons en buissons, de haies en 
haies, vers le château de son père. Il tombe à ses pieds et 
l'embrasse : il est sauvé. 

« O blasphémateurs, usuriers, ravisseurs, entremetteurs, 
lubriques, filles, et vous tous qui avez été semblables au fils 
prodigue en votre vie, soyez semblables à lui en sa conversion ! 
Après avoir bu son saoul toutes les hontes de l'état de péché, 
il a été las, et il est revenu vers son père. Ne voulez-vous pas 
ô pécheurs, retourner vers Votre Père, lui qui vous a si douce- 
ment attendu au temps passé ? » 

Il est curieux de trouver dans ce récit de la parabole les 
termes mêmes dont Villon s'est servi pour nous dire sa propre 
misère. 

Comme l'Enfant prodigue, Villon n'eut pas à dévorer de 
grands héritages. Mais il a perdu, dans une vie trop courte, sa 
jeunesse et son génie. Il a cheminé, comme le fils prodigue, 
sec et noir, fleurissant de ses habits les buissons de sa route ; 
il a bu ses hontes et trouvé bien des portes fermées sur son 
passage. Villon n'avait pas de père très riche pour le recevoir 
dans son château. Il n'a pas vu, au jour de son repentir, les 
cheminées flamber, le banquet dressé, ni entendu les bruits 
de la fête. Mais François s'est tourné vers Notre Père à tous : 
il a connu : 

Remords de conscience 



SA LÉGENDE 287 

Et, bien qu'il ne fût pas « maître en théologie », Villon a 
éprouvé le besoin de nous dire que, lui aussi, sera sauvé. C'est 
ce qu'un prédicateur d'autrefois, comme Michel Menot, eût 
pensé. Sans partager cette foi, impossible d'apprécier les élans 
et les chutes de notre poète ; notre jugement est trop rigide, 
notre cœur trop sec. Villon demeure pour nous une énigme. 
Nous ne pouvons le comprendre, lui et tant d'autres esprits de 
son temps, aussi pervers que candides. 



PIECES JUSTIFICATIVES 



1462, entre le 2 et le 7 novembre, 

François Fillon, prisonnier au Chdteht, s'engage à rembourser l'argent qu'il a volé au 
collège de Navarre : il est alors élargi. 

Item tradidit dictus Poutrelli graffario criminali curie Castelleti pro registrando 
oppositionem factam per Johannem Colet [tanquam] procuratorem Facultatis expe- 
dicioni magistri Francisci Villon alterius depredatorum peccuniarum Facultatis in 
carceribus dicti Castelleti auctoritate justicie tune detenti pro certo latrocinio quod 
tune sibi imponebatur xvi d. 

Item predicto graffario criminali pro dupplo confessionis facte per dictum ma. 
Franciscum Villon coram locum tenenti criminali tangentem modum quem tenuerunt 
dictus Villon et sui complices in turendo peccunias Facultatis xi s. p. 

Item pro littera condempnationis passate per dictum Villon de summa sex viginti 
scutorum auri quam promisit solvere Facultati et execucioni ma. Rogeri de Gaillon ac 
dicto Poutrelli infra très annos proxime venturos usque ad quod tempus elargitus est 
a dictis carceribus v s. p. 

Bibliothèque Nationale, lat. 56)7''', comptes des recettes et dépenses 
de la Faculté de Théologie de Paris, de novembre 1449 jusqu'au 
17 mars 1465, registre écrit de la main de Laurens Poutrel, grand 
bedeau). 

Publié sur la copie de Marcel Schwob. 



5 janvier 1463. 

La peine de mort, prononcée par le Chdtelet contre François Villon, est commuée pai le 
Parlement en dix ans de bannissement hors de la prévôté. 

V" janvier [1463, n. st.]. 

Veu par la court le procès fait par le prevost de Paris ou son lieutenant à l'encontre 
de maistre François Villon, appellant d'estre pendu et estranglé, finaliter ladicte appel- 

FRANÇOIS VILLON. — II. I9 



2^0 FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 

laction et ce dont a esté appelle mise annéant et eu regard à la mauvaise vie dudit 
Villon, le bannist jusques à dix ans de la ville, prévosté et viconté de Paris. 

(Biblioth(Jquc Nationale, Diipuy 250, foL 59). 

Publié sur la copie de Marcel Schwob. 



INVENTAIRE DES BIENS d'uN ÉCOLIER ENTRE I489 ET I515 

Inventaire des biens denioiire:( du dece^ de feu ;«e Guillaume le Vavassear, en son vivanl 
escollier denioiirant ou colleige d'Ostun, à Paris, rue Sainct Andry des Ars. 

S'ansuit les biens mis par y vanthocre par Jehan Hérault, prieurs de Saint Germain 
des Prez apartenant à feux mestre Guillaume de Vasseue... à la requeste de mestre 
Pierre CoucUet, prestre etc. premièrement 

Item fut trouvé ungne table tournisse guarnie de son pié de quatre pies et demi de 
lonc ; prisée V s. p. 

//<;;« ungne aultre table guarnie de ses tretiaulx avec ung bout d'es et ungne chcsze 
de blant boas et ungne essequabelle taillée auvec plusyex aultrez es et ung méchant 
châlit, tout tel quel, auvec ungne celle à quatre pies et ung méchant ciau et dus petitez 
jates ; tout prisse VI solz p. 

Item ung lit de dus lez guani de son travarsain guarni de troas ragez de cottil de 
Bourguoene auvec ung ladier auvec ungne couverture de lègue bariaaulée ; prissée 
ansanble XXXV s. p. 

Item ung banquier d'ungne aulne et demie bariaulé auvec ung tour de cheminée et 
ungne méchant couverture telle quelle ; tout prissée ansanble IIIJ s. p. 

Item trouvé ungne couchette guarne d'ung coetil de Bourguoegne auvec son tra - 
varsain ; prisse XV s. p 

Item dus cors de pourpoint avec dus mandiez ; prisse XVIII s. p. 

Item ung méchant chapiau nocr VI s. p. 

Item sis dras touls tel quel ; prisse ansanble VIII s. p. 

Item dus chenez dont il n'i a ung crausé (crosse ?) et l'autre tel quel auvec ung gril 
à saine branchez ; prisse. IIJ s. p. 

Item trové ung caufre de dus piez ou anviron fermant à clé ; prisse IIJ s. VI d. p. 

Item fut trouvé oudit caufre an ungne bourse de cuir blanc an laquelle fut trouvé 
XXXVII s. t. et XXII s. p. au Karolus 

Item fut trouvé un grant pouale à eue de fer et ungne aultre petite pouale de fer ; 
prisse ensanble IIIJ s. p. 

Item ung pot d'etain tenant troas chaupinez ou anviron et ung petit broc d'etin et 
dus ecuellez pezant cinc lièvres ; prisse ledit etain X s. p. 

Item ung voarer (verrier) à boutes lex verez (verres) ; prisse V. s. p. 

Item ungne raube noere fouré de pane blanch à huzage d'omme doublé de blan- 
che par an hault ; prissée quarante s. p. 

Item ung chaperon noer à huzage d'omme, tel quel II s. p. 

Item ungne raube de gris tanné retournée fourée de pane blanche par à bas et par 
an hault de blanchet ; prissée XX s. p. 

Item ung hauqueton de tané et ungne méchant petite raube tanée et ungne père de 
chauses noeres tellez quellez ; prisse ansanble VI s. p. 



PIÈCES JUSTIFICATIVES 29 1 

Item fut trové ungne brache à routis auvec son pié an l'étude ; prisse XII s. p. 

Item fut trouvé an laditte étude XXII livres que grans que petis touls reliez ; non 
prisez. 

Item ungne table d'ung es guarnie de dus tretiauls de saine piez ou anviron ; 
prisse XII d. p. 

Item dus paupitrez tel quel et ungnez vegerz (?) auentagez ungne père de brau- 
dequis ; prisse II s. p. 

Item ung caufre de troas ; ] ou anviron fermant à clé ; prisse V s. p. 

Item fu troué oude caufre quatre chemizez à huzage d'orne dont illianna unge 
neufve et les aultrez telle quelez ; prisse ansanble IIH s. p. 

Item ung petit drap rapiécé et ungne nape et quatre servietez, les dus hovrez et les 
dus aultrez plenes, tout tel quel ; prisse ansanble IIIJ s. p. 

Item cors de pourpoint d'oustadine noere doublé de futene blanche et ung bonnet 
noer et un gris ; prisse ansanble II s. p. 

Somme XI livrez XVI s. p. 

(Archives Nationales, Z- 5405.) 

Publié sur la copie de Marcel Schwob. 



De Buridaiio et No-verra historia Johannis Jeuc^ iucipit féliciter. 

Buridanus, nacione Picardus, perspicacis vir ingenii, dum in aima universitate 
Parisiens! degeret in colleglo Xaverre, quod omnium coUegiorum ibidem est maxi- 
mum, quamvis varios libros composuerat ceteraque preclara facinora sequentibus 
posterisque ad sui sempiternam memoriam statuendum reliquit, tune aliis suis preclaris 
factis dimissis solum unum memorie tradere visum est, qualiter nephandam mulieris 
libidines cedem, stultorumque adolescentum ac amatorum miserandam cladem et 
oppressionem mira calliditate prohibuerit. Xam quodam tempore ad Buridani aures 
loquax fama rumorque pervenit de regina Francie, Navarra nomine, qualiter plerosque 
adolescentes Parisiensis universitatis studentes successive ad se jusserat accersiri, quo- 
rum nullus ab ea reverti visus est. Buridanus vero erat vir magna preditus solertia : 
ex regine palatii situ, quod super aquam Secanam jacet, studentum perdicionis cau- 
sam apud se recte rimatus est. Ut ergo ulteriorem miserorum amancium submersio- 
nem impedire posset, ad hoc opportune vestimentorum ornatu regine curiam lusum 
ingreditur. Dum autem icophi ludo pluribus secum vario cursu laborantibus certaret, 
ipse cunctis celerior, cunctisque agilior et in corporis multiplici flexibilitate cunctis 
expeditior visus. Regina vero Navarra de pallacio versus eandem curiam ad ambitum 
egrtssa, Buridani celeritatem miratur ; totiusque ludi jocunda celebritas non tantuni 
quantum solius Buradani gracile corpus ejusque veloces saltus reginam delectare vide- 
bantur. Nullum autem majus solacium Navarra in régis mariti sui absencia posse 
habere credidit ut quanto citius vclocis saltatoris potiretur amplexibus. Nam qui 
corea veloces sunt, eciam in amoreis amasiis expediciores esse creduntur. Nec fit mora. 
Misso nunccio, Buridanus vocatur ad regine pallacium. Qiio veniente, stratis per 
cuncta sedilia tapetibus atque celatis vasis multo auro argentoque fulgentibus, per 
mense ambitum pro cena ducenda ordine locatis, optatus amator gaudenter suscipitur. 
Cena vero vario cibi potusque apparatu, multiplici sermone, diverso joco, citliaris 
rcsonantibus, in multam noctem splendidc ac solcnniter deducitur. Dum vero longe 



292 FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 

dulcis Bnchi indulti blanda Venus utriusque amantis corpore surripere visa est, innumeris 
osculis ultro citraque datis seecretiora (?) sacra ingredi moliuntur. Sed ubi Naverra 
talibus gaudiis trium dierum atque noctium spacio perusa fuisset atque libidinis ardore 
minute et communis insanie [de]crescente, ne ejus scelcre patefacto publicum sibi scan- 
dalum atque dedecus orirctur, femincc fraudis vero expers, Buridano ut plcrisque dudum 
consueverat, nccis horam hiis verbis nunciavit : « Non te conturbet, mi aniator, quod 
post talia gaudia ultimum spiritum reddere debeas. Nam tu non solus hanc viam 
iturus es ; sunt etenim nonaginta novem juniores te adolescentes, qui post meos 
amplexus Secane fluctus non potuerunt evadere. » Buridanus vero hujusce malicie 
non ignarus jamdudum per suos discipuios navim foeno onustam disposuerat, que 
gcometrica altitudine ad foramen illud, quo Buridanus de regine pallacio ad Secanam 
precipitandus esset, poterat attingcre. Tali itaque auxilio fretus ad regine minas lete 
ac hilariter hiis verbis respondisse : « O serenissima domina, o niea flamma, o meus 
amor, tuus roseus aspectus, tuus dulcissimus amplexus, tuum tenerum corpus meum 
animum tam ardenti cupiditate, tam firmissimis kathenis sibi ad perpetuam dilectio- 
nem coUigavit ut nulla mors tam aspera tamque dura esse possit quin eam tui amoris 
causa libentissime subire paratus sim. Ymmo si vivus a te separari debeam, nullam 
futuram vitam scio michi amplius fore jocundam. Ut ergo in tuo amore gaudenter 
mori valeam, de triplici prece, inclitissima domina, me securum digneris efficere : pro 
quibus tuis preclaris beneficiis iis altero seculo incessabilem amorem eternis obsequiis 
velim rependere. ^- Regina autem, quamvis crudelem sibi cepisset animum, Buridani 
tam verbis mitigata ita respondit : « O dulcissimeamator, ex mille amatorum numéro 
nuUus unquam tam amasium tamque fidèle cor michi habere visus, nullus unquam 
tibi similis repcrtus est. Ea de causa quicquid postulabis, excepta vita, impetrabis, si 
salteni michi quoquo modo possibile fuerit retribucre. « Ad hec Buridanus : « O 
clementissima domina, ut meum corpus, ymmo non meum sed tuum, quo tu perusa 
es, si unquam in ripis Secane repertum fuerit, honorifice sépulture constiiui possit 
vigiliarum atque missarum celebracionibus pro anima tuo amore sauciata consequen- 
tibus, quatenus pecuniam ad hec necessariam sub brachio michi alligare velis primam 
oracionem offero devotissime. » Ad hanc peticionem regina magnum auri sacculum 
ejus camisie assuisse asseritur. Secunda petit ut auream cathcnam, quani regina in 
collo gestabat, sue cervici velit ponere, ut torques ipsa in futuro seculo Buridani 
anime appensa, velut memoriale quoddam, ipsum in pristinos Naverre amplexus 
posset reducere. Qua impetrata, nec terciam sibi regina peticionem recusare potuit, 
dum orat ut ante omnia dextram manum liberam habere posset. Qua per foramen 
inclinatus aque Secane benedixit, ne quis sibi maiignus spiritus nocendi vim quousque 
modo habeat. Dum sic, terna vice, expressa médiocre voce, aquam benedixit in 
Nomine Patris et Filii et Spiritus Sancti, sui discipuli navim predictam foramini 
appropinquantes ejus dextram firmiter arripuerunt. Dum regina ipsa tradit, ipsi trahunt 
atque ingens saxum aquam injiciunt, itaque magnus sonus in aqua auditus regine satis- 
faceret affectibus. Hoc cum non contenta adhuc, majorem dcsuper lapidem misit pro- 
jicere, ut, si vcllet surgere Buridanus, non posset. Sed fidèles discipuli jocunda magistri 
liberacione vigilantissime potiti, dulci quieti eorum trahunt corpora. Postera vero die 
Buridanus in summa secretorum suorum congratulatione discipulorum, non levium 
personarum more, scelus regine revelare, sed subtili quadam versucia patefacere et 
dubiam suspicionem ponere curavit. Nam emptis ferme omnibus aviculis que in 
pontibus Parisius haberentur, scripsit hec verba : Ret^iiiaiii Naverraiii iiiterficere iiolite 
tiiiiere quia boiiii'ii ; si qitis coiiseiiserif ego non contradico. Hiis verbis rotulis inscriptis et 
collo avium assutis et alligatis, omnes volare dimisit.Quas cum iterum aucupes unacum 



PIÈCES JUSTIFICATIVES 293 

rotulis cepissent atque doctoribus, magistris, ceterisque universitatis suppositis, verba 
rotularum ostendissent, quisque legencium se dubitare asserebat utrum dicta verba 
reginani interimandam an interfectionem ejus metuendam aflfirmarent. Cum dubia 
de rotulis aviuni fama vago rumore vario per omnem non modo universitatem, sed 
et civitatem Parisienseni volitaret, illud quod diu erat in dubio factum est in ore 
omnium fere populo, quod Buridanus debeat ille fuisse qui predicta scripserat. De 
quorum verborum intellectu et construccione interrogatus dicitur respondisse : 
« Lucide scriptum est, ut quisque acciperet prout suo liberet arbitrio. » 

Hec Buridani solercia ex communi fama cepi Parisius, et presertim a quodam cen- 
tenarioqui senio confectus adhuc vivebat anno Domini 1460. Is dicebat se, dum adhuc 
adolescens esset, Buridanum matura etate jam vidisse. In ecclesia vero ubi sepultus est 
Buridanus, ut fecerunt Picardi studentes, de predicta pecunia usque in hodiernum 
diem perpetuum censum fecisse narratur pauperibus. Itaque omni die Veneris unus 
albus francigenus, qui quatuor valet denarios, cuilibet venienti pauperi pro ejus 
anima in elemosinam datur. Régine vero Francie Naverre merctricis silencio populi 
obliteratus nichil reliquit aliud unquam in collegio Naverre pro predicto scelere per- 
petuus census quibusdam studentibus regina institueret, qui horas canonicas pro ea 
in evuni decantare astricti sunt. 

Hec et tanta de Buridano ad postulacionem commendabilis bonarum arcium secta- 
toris magistri Pétri de Gottingen ex vago rumore in unum colligere conatus sum 
aima in universitate Lipczensi anno Domini 1470 : quorum Buridani et regine anime 
requiescant in pace. Amen. 

(Ms. Univ. Leipzig, publié par M. Hermann Leyser, Zeitschrift fur 
Deutsches Allerthiim, t. II, 1842, p. 362-370. 



APPENDICE 



I. — V « AMY JAQUET CARDON » 

Il appartenait à une riche famille bourgeoise de Paris, ayant rempli des 
charges au Châtelet, alliée aux le Cornu et aux Basanier. 

Le père des Cardon se nommait Jacques ; il fut examinateur au Châtelet 
et lieutenant du prévôt '. Il possédait plusieurs maisons à Paris, les étuves à 
femmes de la rue de la Huchette, où pendait V Image Nostre-Dame ^, une 
maison rue Neuve-Saint-Laurent ', la maison de VAsne Rayé rue Michel-le- 
Comte4 ; une autre, rue des Gravilliers, qui passa àM^ Guillaume de Culanti ; 
une autre encore devant la Croix-Neuve, proche la rue Jean-le-Mire ^. 
Jacques mourut de bonne heure, laissant six enfants ; sa veuve, Guillemette 
le Riche, épousera Thomas Robert, examinateur au Châtelet. 

Le 7 novembre 1436, au décès de Jacques 7, on voit ses quatre plus jeunes 
enfants recevoir pour tuteurs Guillaume Widerue, Noël Boulenger, Raoul 
Crochetel et Jean du Ru, examinateur au Châtelet, et les deux aînés des 
Cardon, Jean et Pierre ; le 26 juin 1447, Laurens, Jacques ou Jacquet, Jaco- 
tin et Marguerite Cardon sortaient de la tutelle de leurs parents et amis : on 
nomme parmi ceux-ci Pierre Beson, Jean de Haverelle, Denis Capel et 
Andr}' Lyote. 

Les trois aînés des Cardon furent d'église ^ : 1° Jean, que l'on trouve cha- 
pelain de Saint-Benoît en 1449, P^is curé de Montmartre, chanoine de Saint- 
Marcel, et qui mourut en 1478 9 ; 2° Pierre qui fut curé '° ; 3° Laurens, que 
l'on voit chapelain de Notre-Dame à l'autel Saint-Louis, en 1437 "• 

1. Arch. Nat. Y. 5227, 19 juin 1409; Bibl. Nat., Uupuy 2^0, 2 août 1419 ; Sauvai op. 
cit., III, p. Î32. 

2. Arch. Nat., S. 4287. — j. Arch. N.it., S. 14612-, LL. 1585. 
4. Arch. Nat., S. 1461*. — 5. Ibid. 

6. Bibl. Nat., Clair. 763, 26 janvier 1445, n. st. — Une masure rue Plastrière (Arch. Nat., 
KK. 407, fol. 122). 

7. Il était mort avant cette date (Bibl. Nat., Clair., 763). 

8. Bibl. Nat., Clair., 763. 

9. Bibl. Nat., Clair., 764, 6 juin 1478 ; Arch. Nat., LL. 116, p. 628. 

10. Bibl. Nat., ms. lat. 17740, fol. 71 ; Arch. Nat., Z' h h, fol. 23. 

11. Bibl. Nat., ms. lat. 17740, fol. 71 ; Arch. Nat., LL. 287, p. 300. 



296 FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 

Jacques et Jacotin, que l'on nommait à Paris les Cardon, furent drapiers ; 
quant à Marguerite, leur sœur, elle épousa Jean Lombart, et mourut avant le 
Il janvier 1474 (n. st.) '. 

Le légataire de Villon est Jacques plutôt que Jacotin ^ Il était un peu 
plus âgé que Villon, puisqu'il naquit en 1423 3. Comme son frère Jacotin, le 
drapier, il avait du bien à Paris, des maisons, des rentes. Jacotin, drapier et 
chaussetier, était établi en 1458 place Maubert, sans doute dans la même 
maison que son frère Jacques, tenant à Vbêtel d'Isoré-i. Le 26 juin 1461, 
on voit qu'il est ensaisiné d'un hôtel sur cette place, ayant issue rue de 
Bièvre, à l'enseigne des Champions, maison qui lui fut vendue par Pierre 
de La Dehors, avocat au Châtelet > ; quant à Jacques, il avait en outre une 
maison à Petit-Pont^ ; d'autres dans le quartier du Temple ". Il vivait encore 
en 1488 ^, date à laquelle on voit Jean, son fils, également drapier, demeurer 
en son hôtel de Petit-Pont 9. 

Comment Villon entra-t-il en relations avec ces personnages ? Bien vrai- 
semblablement par leur frère aîné et leur tuteur, Jean Cardon, que l'on trouve 
chanoine de Saint-Benoît en 1449 '°. 

Jacques Cardon, drapier, avait donc trente-trois ans au moment où Villon 
composa ses Lais. Ils étaient amis et s'étaient amusés ensemble. C'est ce qui 
résulte à la fois des allusions des Lais et du Testament. On lit dans les Lais " : 

Item, laisse et donne en pur don '^ 

Mes gans et ma hucque de soye 

A mon amy Jaquet Cardon, 

Le glan avissi d'une saulsoye "î 

Et tous les jours une grasse oye 

O ung chappon de haulte gresse. 

Dix muys de vin blanc comme croye, '4 

Et deux procès, que trop n'engresse. 

I. BibL Nat., Clair., 764, 11 janvier 1474, n. st. -- 2. Cf. Longnon, Etude hiogr., p. 115-116. 
3. Bibl. Nat., Clair., 763, 26 juin 1447. — 4. Arch. Nat., S. 1648, fol. 32 v°. 

S. Arch. Nat., S. 1648, p. 108. — 6. Arch. Nat., Y. 5266, 6 août 1488. 

7. Arch. Nat., MM. 135, fol. 6 ; le 9 mars 1467 (n. st.), il est ensaisiné de deux maisons 
rue Michel-le-Comte, tenant d'une part au jardin de Jean Loison, drapier, d'autre à une 
nommée la Saulcissière (Arch. Nat., S. I448'', fol. 5iv°); il avait d'autres biens rue au Maire 
et rue des Gravilliers (LL 1383) ; des rentes sur deux maisons devant le Palais (Bibl. Nat., 
Clair., 764, 26 sept. 1474). 

8. Mentionné comme bourgeois de Paris et drapier le 22 avril 1476 (Arch. Nat., Z 10/4.) 

9. Arch. Nat., Y. 5266, 6 août 1488. 

10. Arch. Nat., LL. 116, p. 628. On voit aussi les frères Cardon vendre, en 1442, une rente 
de 13 écusd'or à M* Andry Couraud, une autre connaissance de Villon (Arch. Nat., S. 1648, 
fol. 133). 

II. L., h. 16. — 12. C'est là une formule de style. 

13. Le gland était le droit de recueillir le fruit du chêne, et mieux, de pouvoir faire paitre les 
porcs dans les forêts. Dans tous les cas, c'est là un revenu dérisoire quand il s'agit d'une 
saussaie, c'est-à-dire d'un bas-fond planté de saules. Est-ce une façon d'insinuer que le gros 
Cardon est comme le porc « qui guette quand le gland cherra ? » (Moralité de Chat ité dans 
Viollet le Duc, Ancien Théâtre Français, III, p. 404). Et ce proverbe : « attendre le gland 
qui tombe », Cotgrave l'applique à un homme qui vil toujours dans l'attente d'un profit. 

14. Comme de la craie. 



APPENDICE 297 

Plus tard, dans le Testament, Villon dira encore qu'il ne possède rien 
d'honnête pour cet honorable commerçant ■ : mais, comme il lui souvient de 
certaines nuits où ils durent chanter des chansons d'amour ou satiriques, à 
l'huis des maisons de leurs dames ^, François léguera à l'ami Jacquet ces 
refrains à la mode qu'ils fredonnèrent ensemble. Legs dont se serait bien 
passé cet honorable drapier, et propriétaire, dont trois frères sont curés ! 



II. — XOTE SUR YTHIER MARCHAND 



Tout ce qu'il importe de connaître sur ce légataire de Villon, c'est que 
François et Ythier furent ensemble de jeunes hommes, que Villon con- 
naissait le secret des amours de Marchand. Mais Ythier Marchand joua par 
la suite un rôle politique considérable et finit très mal. 

En 1460, tandis que le roi est à Beauvais, M^ Ythier Marchand tend 
à rapprocher Jean de Calabre, fils du roi René, et Charles de Guyenne, 
frère de Louis XI 5. En 1 461, il figure parmi les officiers de ce dernier 4 ; et il 
est pensionné, en 1463, comme maître de sa Chambre aux deniers». Le 4 mars 
1465, Marchand contresigne une lettre de Charles de Guyenne à son chan- 
celier, lui faisant connaître le bon vouloir du duc de Bretagne ^ ; et de même 
en 147 1 7. Ythier avait travaillé à l'alliance de Louis de Luxembourg, comte 
de Saint-Pol, avec le duc de Bourgogne ^r Charles de Guyenne songeait 
alors, disait-on, à s'emparer de Louis XI). Ythier Marchand fut l'âme de 
toutes ces intrigues. Louis XI déclarait en ce temps que c'était l'homme 
du monde qu'il haïssait le plus : il le faisait surveiller et connaissait son 
écriture '°. Le roi résolut cependant d'acheter cet intrigant personnage. 
Ythier Marchand ne figure plus, du i^"" octobre 1471 au mois de septembre 

1472, sur l'état des gages des serviteurs du duc de Guyenne ". Le 10 mai 

1473, Louis XI « pour le grand désir qu'il avoit », disait-il, de l'avoir en 
son service, avait fait donner au maître de la Chambre aux deniers de son 
frère 1000 1. t. de rente par an; il lui promettait, en outre, le premier office 
ordinaire de maître des Comptes qui serait vacant ; ses gages devaient lui 
être payés alors même qu'il s'absenterait '-. C'était là, pour Louis XI, une 
façon de tenir cet homme dangereux dans sa main. 

1. T., h. 15?. 

2. Voir le commentaire de ce h., t. I, p. 75. 
5. Bibl. Sainte-Geneviève, ms. 848 fol. t. 

4. Arch. Nat., P. 13 n» 516. 

5. Bibl. S.iinte-Genevicve, ms. 848, fol. 43. 

6. Bibl. Nat., fr. 281 1, p. 67. — 7. Ibid., p. 170. 

8. Bibl. Nat., fr. 3869. 

9. Arch. Corn, de Lyon BB. 11. 

10. Bibl. Nat., fr. 20600. Rapport d'un espion, 17 mars 1472, n, st. 

11. Bibl. Nat., Clair., 834. — 12. Bibl. Nat., fr. 6964, fol. 32. 



298 FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 

Au mois de septembre 1474, Ythier Marchand 6tait impliqué dans le 
procès fait à son clerc, Jean Hardy, qui avait résolu, à ce qu'il paraît, 
d'« administrer des poisons » au roi ' : Jean Hardy agissait, disait-on, sur 
les suggestions d'Ythier Marchand ^, ce dernier travaillant pour le compte 
de la maison de Bourgogne. Jean Hardy fut écartelé à Paris, le 31 mars 1474, 
en Place de Grève, et Ythier Marchand mourut bientôt, mystérieusement, 
dans sa prison 3. 

Que n'avait-il continué de chanter d'amoureuses chansons ! 



III. — BLARRU, Changeur de François Villon 



Ce Blarru n'a rien à voir avec Pierre de Blaru, étudiant à Paris au temps de 
Villon, qui mourut chanoine de Saint-Dié, le 23 novembre 15 10, et écrivit 
le poème latin de la Nancéidc 4. Si François Villon lui laisse son diamant, 
c'est simplement parce que ce don était en rapport avec sa profession. Or on 
trouve précisément un Jean de Blarru, orfèvre, qui est cité devant l'Officialité 
de Paris au sujet d'un anneau garni d'un diamant, au mois de mars 1460 5. 
Ce Blarru devait être un personnage considérable puisqu'il était élu Prince de 
la Confrérie des Orfèvres à Notre-Dame, en 1461'^ : et on lui connaît plu- 
sieurs maisons à Paris, rue de la Bretonnerie et rue du Temple '. 

Jean de Blarru avait épousé Denise Canteleu, fille de Pierre Canteleu, 
secrétaire du roi et maître des Comptes ; il était donc allié aux familles Haus- 
secul, La Dehors et Chanteprime, que Villon connaissait bien ^. Sans doute 
aussi il était le parent de Michelle de Blarru qui, le i*^"" février 1473 (n. st.), 
est dite veuve de Jean de Valengelier, notaire et secrétaire du roi : elle avait 
été mariée d'abord à Jean Fournier, élu sur le fait des Aides, et à Jean Lan- 
glois, greffier criminel du Châtelet 9. 



1. BibL Nat.,fr. 20685, foL 612 v". 

2. Arch. Nat., K. 72 ; P. lo'-'. 

3. Arch. Nat., Z* h r6, ij janvier 1474, n. st.; 26 février, ihid- ; 31 mars, ihid. ; BibL Nat., 
Dupuy 250, 31 mars 1474; Chronique Scandaleuse, I, p. 118 et suiv. ; Gaguin, Coinpendium, 
1497, foL 103 v°. 

4. Cf. Jules Rouyer, le Testament de Pierre de Blaru, Nancy, 1888 ; G. Couderc, Œuvres 
inédites de Pierre de Blaru et documents sur sa famille, dans le Bibliographe Moderne, Besançon 
1900, n" 2. 

5. Arch. Nat., Z lo/j, fol. 10. 

6. Arch. Nat., KK. 1014 b. 

7. Arch. Nat., MM. 135, fol. 6, 25 (Censier du Temple de 1457-1458). 

8. Bibl. Nat., Clair., 764, 23 septembre 1482. 
o. Arch. Nat., X'» 4814, fol. 71. 



VIE DE FRANÇOIS VILLON 



PI. XLV 








4^7 T3CIT 








jt. 









^if^fclxivii- 



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. >' ' 



IL — 



I. — Note autographe de Jean de Bailly Arcu. Nat., y- 76 
Signature autographe d"Ylhier Marchand (Bibi. Nat., fr. 2811, p. 67) 



APPENDICE 299 



IV. — VIE DE PHILIPPE BRUNEL, Seigneur de Grigny 



Ce fut un tyranneau de village, un homme violent, querelleur avec ses 
voisins, alors même qu'ils étaient tout puissants, un procédurier et un impie. 

Philippe Brunel était fils d'Etienne Brunel, trésorier de la reine Isabeau de 
Bavière, et de Huguettede Vielzchastel '. Philippe pouvait donc être dit fils de 
famille, « issu de noble lignée ^ ». Or Etienne Brunel s'était montré loyaliste, 
avait joué un certain rôle lors de la réduction de Paris 3 ; et l'on voit qu'un 
Pierre de Vielzchastel fut maître d'hôtel du roi Charles VII 4. Le 28 janvier 
I437(n. st.), Etienne Brunel est nommé parmi les tuteurs donnés à Jean des 
Friches et Gentien : Etienne comptait donc parmi ses parents lesChanteprime, 
lesNesson, les Raguier, les Longuejoue, les Thumery, les Le Picart, les Can- 
teleu, les Villequier, les Marcadé, familles parisiennes très connues, exer- 
çant des charges au Parlement et dans l'administration des finances. Etienne 
mourut de bonne heure, avant l'année 1440 ; Guillaume Gentien, de la 
famille du prévôt des marchands, fut donné comme tuteur à ses enfants 
mineurs 5. 

Philippe Brunel pouvait donc avoir le même âge que V^illon. Comme lui, il 
était demeuré avec sa mère, une personne pieuse qui donnera des rentes sur 
ses terres de Grigny aux Religieux des Blancs-Manteaux de Paris, église où 
son mari avait été enterré devant le grand autel : elle avait l'intention de 
le rejoindre là un jour; et elle faisait chanter son obit, le jour des saints Côme 
et Damien 6. Huguette vécut ancienne /. 

C'est vraisemblablement dans le milieu des clercs de finance que Villon 
connut Philippe Brunel, qui se faisait appeler le seigneur de Grigny, du 
nom de la seigneurie paternelle, située entre Longumeau et Corbeil. Mais au 
demeurant Philippe devait tirer le diable par la queue : il était dénué d'argent, 
se disputait avec tout le monde, et sa pieuse mère vivra fort longtemps ! 
rPhilippc Brunel avait d'abord appartenu à la domesticité de la dauphine, 
Marguerite d'Ecosse Q\- 1444), comme écuyer de cuisine ; puis il suivit ses 
sœurs : ainsi Philippe avait accompagné Eléonore lorsque celle-ci fut mariée 
au duc d'Autriche. Plus tard on le voit au service de Pierre de Brézé, le 

1. Arch. Nat., X-^' 92, fol. 35, 6 mars 1462, n. st. 

2. Arch. Nat., X'^^ 43, 24 mars 1480. 

3. Arch. Nat., X^-^ 92, fol. 35. 

4. Hibl. Nat., Clair, 220. p. 90. 

5. Bihl. Nat., Clair., 765, 27 janvier 1440 (n. st.) et 8 janvier 1446 (n. st.). 

6. Arch. Nat., LL. 1423, fol. 5 v°. 

7. Elle mourut peu avant le 30 mai 1476 (Arch. Nat., X''^ 4817, fol. 254), date à laquelle 
Philippe Brunel appelle du prévôt de Paris contre Gérard Boisserie et de sa femme, Marie Brunel 
(sœur de Philippe), qui se donne comme exécutrice du testament de Huguettede Vielzchastel: 
Philippe prétendait que dans le contrat de mariage de sa sœur, il y avait une clause de renon- 
ciation à l'héritage de leur mère. 



300 FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 

grand sénéchal de Normandie ; dans cette condition notre aventurier fut 
blessé à Forniigny. Puis on le voit passer en Ecosse, à la suite de l'ambassa- 
deur Guillaume Cousinot. A son retour, Philippe fut arrêté par les Anglais, 
fait prisonnier et mis à rançon. Ainsi Philippe Brunel avait suivi la guerre et 
les aventures, selon la coutume des nobles '. 

Mais, en temps de paix, le « seigneur de Grigny » se gouvernait mal : il 
aimait trop les querelles et les procès 2. Ainsi, en 1465, on le voit se disputer 
avec Etienne Tillart, son beau-frère, qui lui interdisait sa maison, au sujet d'un 
petit fief nommé Tillet, dépendant de Cocatrix près Corbeil : car Philippe 
estimait qu'on ne lui avait pas donné assez d'argent sur la vente des bois 3. 
Et, malgré qu'il eût du bien après la mort de sa mère, qu'il possédât la terre 
de Grigny, plusieurs maisons à Paris, rue des Blancs-Manteaux et rue de 
Paradis 4, non loin de la tour de Billy, une autre fort belle maison avec 
des vignes et des jardins au pont de Charenton >, Philippe Brunel se laissait 
poursuivre pour de très petites sommes ^. 

Enfin, le 14 juillet 1472, l'archidiacre de Josas, dans son Journal de visites, 
rapporte avec horreur que Philippe n'avait pas communié une seule fois 
depuis quatre ans ! Cela lui valut d'être cité 1. 

C'est naturellement à Grigny, où Philippe Brunel avait de beaux droits, 
toute justice, prévôt, tabellion, sergents, censives, rentes, et de puissants et 
périlleux voisins comme le premier président du Parlement, Jean le Bou- 
lenger, que ce difficile personnage rencontra un champ étendu pour ses 
exploits, et aussi de grands ennuis. Il avait des démêlés avec le prévôt du 
roi à Corbeil *^. Un nommé Jean le Picart avait été commis à Grigny comme 
tabellion par Philippe Brunel. Le 15 mai 1468, se trouvant à la taverne, le 
seigneur de Grignv l'invitait à venir souper avec lui. Mais le tabellion 
remarqua que Philippe le regardait avec colère. Il se garda bien d'aller s'asseoir 
à sa table et demeura en compagnie d'autres gens. Or, après le souper, le 
seigneur de Grigny lui donna l'ordre de lui apporter tous ses rôles, et le 
papier des amendes de la prévôté. A quoi le tabellion objecta que le prévôt 
du roi lui avait fait défense de les lui donner : sur ce arriva le lieutenant qui 
confirma cette défense. Tout cela n'intimide pas Philippe Brunel : il se rend 
de nuit chez le tabellion, allume la chandelle, prend, malgré les protes- 

1. Arch. Nat., X-' 45, 24 mars 1480. 

2. Voir Lais, v. 142. — Le 6 février 1453, Philippe est élargi des prisons de la Conciergerie 
pour raison des cas à lui imposés par Jean Luillier et M" Louis Luillier, son fils, jusqu'au 
lendemain de la Chandeleur (Arch. Nat., X'" 1485, fol. 67 v»); le 5 mars 1454 (n. st.), il est 
condamné À l'amende de 60 1. pour avoir mal appelé d'une exécution que s'efforçait de faire 
contre lui Jean Mautaint, examinateur au Chatelet, à la requête de Raymond Gascon (Arch. 
Nat., XI" 8854); le 26 avril 1462, il est en procès, avec Huguette de Vielzchastel, contre Jean 
Budé (Arch. Nat., X^" 4807, fol. 247). 

3. Arch. Nat., X** 4825, fol. 137 v" (28 février 1483, n. st.). 

4. Arch. Nat., KK. 408 ; Zi H 11, fol. 86 ; Bibl. Nat., fr. 11686. 

5. Arch. Nat., X'» 4822, fol. 188. 

6. Bibl. N.at., Clair., 764, ad. a. 1477. 

7. Ed. abbé J. M. Alliot, 1902, p. 142, 172. 

8. Arch. Nat., X^" 27, 4 mai 1457. 



APPENDICE 301 

tations de la femme de le Picart, les rôles et le papier des amendes ; en 
outre, il rosse l'épouse du tabellion. Après quoi Philippe eut le front de 
retourner à la taverne pour demander une déclaration des frais occasionnés 
au sujet d'un homme qu'il avait fait exécuter sur la justice de Grigny, pièce 
que le Picart refusait de signer. Alors Philippe Brunel réunit les couteaux 
sur la table et fit le simulacre de frapper le tabellion. 11 commanda enfin à 
un sergent de l'arrêter '. 

Le 9 août 1479, le seigneur de Grigny était prisonnier à la Conciergerie 
du Palais et sollicitait d'être élargi ^. Car Philippe, s'il possédait de beaux 
droits sur la terre de Grigny, les faisait durement peser sur les habitants qui 
le détestaient; et ceux-ci savaient s'en venger, à l'occasion. 

Un vol avait été commis dans l'église Saint-Antoine de Grigny, où l'on 
avait pénétré en brisant les verrières. Or, le 4 octobre 1478, on aurait vu 
Philippe se promener dans l'église pendant la grand'messe et soulever les 
coffres qui v étaient déposés, afin de connaître les plus pesants. Après 
la messe Philippe aurait été vérifier o\x les marguilliers mettaient calices et 
burettes. Et comme on lui demandait ce qu'il désirait, Philippe répondit 
qu'il voulait consulter le Missel afin de connaître le jour de la dédicace de 
l'église ! On rapportait encore que le 8 octobre, malgré les défenses qui lui 
avaient été faites de se rendre à Grignv, Philippe était arrivé de Paris, 
accompagné de son page et de maître Jean Gombault?. On les accusait 
d'avoir crocheté le coffre renfermant les calices et les burettes de l'église, 
et volé le chaperon et le bonnet du curé, plus la somme de 30 francs ; dans 
un autre coffre, ils auraient enlevé deux robes de femme, des anneaux, un 
couvre-chef et quelque argent 4. 

Le tabellion, menacé jadis, trouva là une bonne vengeance : Jean le Picart, 
et d'autres marguilliers, imputèrent ce vol sacrilège à leur rude seigneur. 
On déclara l'avoir vu passer la Seine à Champrosay ; et, à leur requête, 
Philippe Brunel fut mis en la grosse tour de la Conciergerie, avant même 
qu'on put prouver sa participation au vol. Mais alors on le tenait pour un 
a homme mal famé », déjà plusieurs fois poursuivi et condamné par le 
prévôt de Paris et par le Parlement. Car, à son sujet, les habitants de 
Grigny faisaient des plaintes continuelles. 

Ce procès était grave : le 14 mai 1479, le chancelier écrivait au Parle- 
ment de conduire cette affaire avec diligence, que les habitants de Grigny et 
de Corbeil se plaignaient fort. Ainsi Philippe Brunel, perclus de rhumatismes, 
demeura détenu quatorze mois à la Conciergerie, où il fut interrogé et 
géhenne ! Il dut éprouver combien il est dangereux d'être notoirement de 
vie mauvaise, de manquer de respect à un voisin comme le premier prési- 
dent, quand il convoite vraisemblablement vos terres. Brunel donna un alibi 

1. Arch. Nat., X* 55, 2 août 1468. 

2. Arch. Nat., X-' 45, aux dates citées. 

5. Il fut emprisonné et on lui fit son procès (Bibl. Nat., Dupuyîjo, 16 mars 1479, n. st.). 
4. Arch. Nat., X'' 9318. 



302 FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 

montrant qu'il était à Paris le soir où l'on cambriola l'éylisc de Grigny, 
assura qu'il y avait soupe et couché en son hôtel. Mais il eut aussi l'impru- 
dence de dire qu'il se défiait de Jean le Boulenger, qui le connaissait mieux 
que personne; de calomnier, de récuser le premier président, chef de toute 
la cour, de s'emporter contre lui, de dire qu'il subornait des témoins, etc. : 
injures atroces qui retombaient sur la cour entière ! 11 était bien temps main- 
tenant pour Philippe Brunel d'invoquer, pour son excuse, l'historiette de 
ceux qui avaient bu et injuriaient l'empereur! Le 4 février 1480, Boulenger 
vient à la rescousse des habitants de Grigny : il déclare que Philippe Brunel a 
semé contre Guillaume de Longueil, Chasteaupers et plusieurs notables de 
Paris, les plus sinistres calomnies ; qu'à son sujet, Philippe avait osé dire qu'il 
était « ung faulx traistre chevalier et président ; qu'il ne mourroit que de sa 
main » ! Patelinement, pour ces injures affreuses, le premier président deman- 
dait que la cour fixât une bonne amende, à sa discrétion, applicable aux 
pauvres prisonniers de la Conciergerie ou du Châtelet (le seigneur de Grigny 
venait de faire quatorze mois de prison !) ; et Jean le Boulenger requérait 
aussi que les biens que Philippe possédait à Grigny fussent soustraits à sa 
justice et mis en la main du roi '. 

Le 14 juillet 1481 , ^ Pierre Emery, avocat au Châtelet, poursuivait les criées 
de ses héritages. En 1491, on retrouvera cependant Philippe Brunel fermier 
du péage de Charenton, deMaumoulin et delà prévôté de Tournan en Brie 3. 

QjLioi qu'il en soit, Philippe Brunel était mort avant le 18 lévrier 1504 
(n. st.), date à laquelle la seigneurie de Grigny était passée aux mains de sa 
veuve de M*^ Jean le Boulenger, dame Marie Chevalier 4. 



V. — CATHERINE DE VAUSSELLES 



Toutes les recherches faites à la suite de M. A. Longnon >, pour retrou- 
ver la personnalité de Catherine de Vausselles, sont demeurées vaincs. 
Toutefois, il y a lieu de remarquer que ce nom de Vausselles n'a rien à voir 
avec celui de Pierre du Vaucel, chanoine de Saint-Benoît le Bétourné. 

On constate bien qu'un certain Jacques de Vausselles, écu3'er, seigneur 
de Noe, héritier par sa mère de Guillaume le Bouteiller, avait des intérêts à 
Paris 6; l'on trouve en ce temps-là deux jeunes écuyers de Touraine, 



1. Arch. Nat., X-" 43, 4 février 1480 (n. st.). 

2. Bibl. Nat., Clair., 764. 
5. Sauvai, III, p. 502, 

4. Arch. Nat., S. 3683. 

5. Etude biographique, p. 41 et s. 

6. Bibl. Nat., Clair., 765, 24 janvier 1463,11. st. ; 2 décembre 1463 ; Arch. Nat., X'" 4807, 
fol. 66, 16 février 1461, n. st. ; X-' 35, 18 novembre 1462 ; 26 mai 1463. 



APPENDICE 303 

François et Jean de \'aucelles ' ; et l'on voit encore un Simon de Vaucelles, 
appelant du bailli de Touraine en 1476 2. H n'y a pas lieu de s'arrêtera ces 
noms. 

Voici par contre une indication topographique et chronologique qui 
doit attirer notre attention. On la lit dans une description des rentes appar- 
tenant à l'Aumône de Sainte-Geneviève, entre 1440 et 1450 ' : 

« L'ostel, comme il se comporte et extant de toutes pars, qui dernièrement 
fut à feue Jehanne la Rabigoyse, tenant audit hostel dessus dit et à l'ostel de 
la Rose, d'autre part, qui fut maistre Guillaume de Neauville et fut à Perrin 
François, et d'autre à Gilles de Vaucelles, assis devant ledit puis... pour ledit 
terme, xviii d. » On y a ajouté une note, au xviii^ siècle : « La rue n'est pas 
désignée, mais cet hôtel était voisin de celui situé dans la ruelle qui va à 
Navarre » : or, il s'agit du Puits de la Boucherie. On voit donc qu'au temps 
de la jeunesse de Villon, il y avait une famille de Vaucelles qui habitait non 
loin de Saint-Benoit, dans un quartier que hanta beaucoup le jeune étudiant. 



VI. — NOËL JOLIS 



Noël Jolis et « Noël le tiers » ne peuvent être qu'un seul personnage. 

Il assistait, en qualité de confident, à la correction que Catherine de 
Vausselles fit administrer à son ami, et il s'en est réjoui, comme ces gens 
qui se tapent amicalement le jour des noces (T., v. 662-663) : 

Nocl le tiers, ot, qui fut la. 
Mitaines a ces nopces telles. 

C'est pourquoi, en retour, M^ Henry Cousin, le bourreau, lui allongera 
deux cent vingt coups d'osiers fraîchement cueillis dans le jardin de Villon 
(h. 142). 

Item, et a Noël Jolis, 
Autre chose je ne luy donne 
Fors plain poing d'osiers frez cueillis 
En mon jardin. Je l'abandonne. 
Cliastoy est une belle aulmosne, 
Ame n'en doit estre marry + : 
Unze vings coups luy en ordonne 
Livrez par la main de Henry. 



1. Arch. Nat., JJ. 205, p. 22; X*' 4819. fol. 68 v", 1477. 

2. Arch. Nat., X'" 4817, fol. 196. 

}. Bibl. S.iintc-Geneviève, nis. 1685, fol. 7 v", 16 v", 26. 

4. Il y a là sans doute une allusion à. la littérature pieuse du temps de Villon, où est si sin- 
gulièrement exaltée la salutaire influence du châtiment. 



304 FRANÇOIS VILLON, SA VIE HT SON TEMPS 

Oi' on rencontre un Noël Jolis, à Paris, qui est très vraisemblablement le 
légataire de Villon. Le 29 avril 1461, Colette la Cherette, demeurant rue des 
Gravillicrs, paroisse de Saint-Nicolas des Champs, comparaissait devant 
rOfficialité et payait l'amende pour avoir commis plusieurs fois l'adultère 
avec lui depuis deux ans '. Le 7 janvier 1465 (n. st.), Noël Jolis et sa 
femme vendaient leurs droits sur leur maison de la rue au Maire -. 



VIL — LA FAMILLE RAGUIER 



Les deux Raguier, Jacques et Jean, sont nommés à la fois dans les Lais 
et le Testament. Jacques est présenté comme un ivrogne, que l'abreuvoir 
Popin est seul capable de désaltérer, le pilier des célèbres tavernes de la 
Pomme de Plu et du Grand Godet en Grève; un homme de mauvaise réputa- 
tion, au demeurant, puisque Villon le désignera aux côtés de Philippe Brunel 
et de Jacques James (^trois hommes de bien et d'Iwiineiir), parmi ses exécuteurs 5. 
Quant à Jean Raguier, c'était un homme riche (Villon lui lègue 200 francs 
pris sur ses biens, sans compter ce qui pourra lui échoir à l'avenir), mais qui 
ne l'avait pas obligé : Villon le dit attaché au service personnel de Robert 
d'Estouteville, le prévôt de Paris, l'un des sergents de la douzaine. Mais tout 
comme Jacques, Jean n'était qu'un goinfre et se tenait fort mal à la table de 
Jean de Bailly : qu'il aille, lui aussi, arroser sa gorge à la fontaine Maubué, 
toute proche 4 ! 

Qui étaient ces deux Raguier ? A coup sûr des membres de la fiimille d'un 
émigré allemand qui suivit Isabeau de Bavière en France et qui fut son tré- 
sorier ; car ce nom germain était inconnu en notre pays. Et, pour dîner chez 
Bailly, il faut bien que notre Jean ait quelque attache avec ce monde de la 
finance, dans lequel nous avons rencontré tous les amis d'enfixnce de François 
Villon. 

L'émigré allemand se nommait Hémon > et avait amené avec lui deux fils 
et une fille : Hémon II Raguier, qui sera comme son père trésorier des 
guerres et argentier de la reine ; Raymond, que l'on trouvera maître de la 
Chambre aux deniers du roi, seigneur d'Orsay près Palaiseau ; Isabeau, qui 
épousera Guillaume Toreau, maître des Requêtes. 

Hémon, anobli avant 1408, mourut à Tours, où il avait suivi le roi, au 
mois de novembre 1433. De Gillette de la Fontaine, son épouse (-|- en 1404), 
et de Guillemette de Vitry, sa seconde femme, il ne laissait pas moins de 
seize enfants qui eurent pour parrains les personnages les plus en vue de la 
cour de Charles VI, et furent tous mariés avantageusement dans le milieu des 

I. Arch. Nat., Z lo/i, foL m. — 2. Arch. Nat., S. i448\ foL 25 v°. 

?. L., V. 145 ; T., V. 1058-9, 1943. — 4. L., V. 151 ; T., v. 1070. 

5. BibL Nat., fr. 18661, fol. 224, Généalogie de la maison des Raguier. 



APPENDICE 305 

officiers exerçant des charges de finance. C'était un homme d'ordre : avant 
de se remarier, Hémon tint registre de ses enfants '. Aussi nous savons qu'il eut 
de sa première épouse : 1° Jacques, né en 1393 ; 2" Chariot, né en 1400 ; 
3° Louis, né en 1401 ; 4° Jean, né en 1403 ; 5" Nicolas, né en 1404 ; 6° Jean- 
nette, née en 1394; 7° Isabelle, née en 1396; 8° Girardc, née en 1397; 
90 Charlotte, née en 1399. De Guillemette de Vitry, la veuve de Pierre 
Blanchet, qu'il épousa le 5 mai 1405, Hémon eut encore : 

10° Antoine, trésorier des guerres en 1436 ; ii'° Louis, conseiller au Par- 
lement de Paris en 1438, président de la Cour des Aides, évéque de Troyes 
en 1459, qui fit son testament en 1485 et mourut en 1488 ; 12° Michel qui 
épousa, en 1439, Alix de Biencourt, veuve de Denis de Paillart; 13° Denise, 
femme de Jean Didier, dit Canat, secrétaire du duc de Bourbon; 14° Mar- 
guerite qui épousa le sieur de Champgirault ; 1 5° Jeannette qui épousa Phi- 
lippe de Marie, fils du chancelier de France ; 16° Isabeau, femme de Jean de 
Rochechouart, chevalier. 

Antoine fut un personnage considérable, que l'on trouve trésorier des 
guerres, en 1436 ; en 1 441, commis à la recette générale des finances du roi. 
Il demeurait rue des Blancs-Manteaux, dans une maison tenant à l'église, où 
son père avait son tombeau ^. 11 mourut, en 1479, laissant plusieurs enfants 
qui remplirent des charges importantes : 

Jean, né en 1445, qui fut trésorier des guerres au duché de Normandie en 
1468, et épousa Marie Beauvarlet, la dame d'Esternay ; Dreux, qui épousa 
Hélène de Marie ; Louis, conseiller clerc en Parlement, qui fut élu évêque 
de Lisieux en 1455 ; Jacques, abbé de Provins, licencié en 1480, qui succéda 
à son oncle Louis, comme évêque de Troyes, et mourut en 15 18. 

Jusqu'à présent on a identifié les deux légataires de Villon, l'un avec Jean, 
le fils d'Antoine, l'autre avec Jacques, l'évêque de Troyes 3. Or ce Jean 
aurait eu dix ans au moment où François Villon le donne comme un rude 
buveur 4, et Jacques, qui devint évéque, était plus jeune encore. 

Il faut donc chercher les légataires du poète parmi d'autres membres, et 
moins riches et plus âgés, de cette immense famille des Raguier. 

Il semble que l'on puisse reconnaître Jacques Raguier dans un fils de Lubin 
Raguier, un membre de la famille des trésoriers des guerres, peut-être le 
frère de Hémon où son cousin. On voit que, dès 1405, lui et sa femme jouis- 
saient de rentes constituées par Philippe des Essarts >. En 14 17, Lubin exer- 
çait l'office de gruyer des forêts d'Eruye et de Fresnes^. En 1423,1! est dit 

1. « Sensuyt les jours que feurent nez les enfans de inoy, Hemoii Raguier, trésorier des 
guerres du roy notre sire et argentier de la royne... » Bibl. Nat., fr. 2023} (copié sur l'origi- 
nal autographe). 

2. Epitaphier du vieux Paris, éd. Raunié, II. 

3. A. Longnon, £/«</« biographique, p. 1 18-1 19. 

4. Arch. Nat., Y. 5252, 28 décembre 1454; Bibl. Nat., Clair. « Honorable homme et sage 
M* Anthoine Raguier, trésorier des guerres, a émancipé Jehan... aagé de 9 ans... » 

5. Bibl. Nat., Clair. 763, 5 juin 1451. 

6. Bibl. Nat., fr. 20684, fol. 75. 

FRANÇOIS VILLON. — II. 20 



30é FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 

queux ou gentilhomme de cuisine, et recevait 200 1. du roi Charles VII « en 
considération de ce que le dit Lubin avoit preste par l'ordonnance des chan- 
celier et conseillers du roi à l'évêque de Laon (intendant général des 
finances) la somme de 1000 1. pour remettre à Louis Boyaux, chevalier, 
chambellan, tant pour lui que pour certains gens d'armes à Baugency '. » En 
1436, on trouve qu'il possédait des terres à Gonesse en iirie -^ ; en 1447, il 
est dit premier queux du roi i, et, en 1452, premier queux de bouche 4. Lubin 
figure régulièrement dans' les comptes royaux, préparant par exemple le 
dîner traditionnel des treize pauvres du Jeudi-Saint ; et on le voit remboursé, 
pendant le Carême, de ses avances pour l'achat d'huile, d'amandes, d'épices, 
etc. s. En 1452, il bénéficia de diverses gratifications ^ ; on le dit, en 1455, 
« ancien homme? », et il recevait 80 1. tournois, au mois d'août, « pour s'en 
aller à Paris ou autre part qu'il luy plaira retraire de tous poins, parce qu'il 
ne peut plus servir, obstant sa vieillesse. » En fait il acquit cette année-là le 
fief de Montigny, non loin du moulin de Bures, que lui vendit le malheureux 
ami de Villon. Ainsi Lubin Raguier dut s'installer près du château d'Orsay lez 
Palaiseau qu'avait fait construire Raymond Raguier, le maître de la Chambre 
aux deniers du -roi, le frère du trésorier des guerres Hémon**. Un Guille- 
min Raguier, qui est dit enfant de cuisine en 1453, lui succéda, sinon dans 
son office de queux, du moins dans celui de « hasteur » des cuisines royales : 
il surveillait donc la cuisson des viandes et au besoin tournait la broche 9. 

Quant à son fils Jacques, il requérait, le 21 mars 1452 (n. st.), l'entérinement 
des lettres du don de l'office de garde des fours de Champagne et de Brie, à 
la place de son père 'o. C'est vraisemblablement là le personnage visé par 
François Villon, et non pas Jacques, fils d'Antoine le trésorier des guerres, 
qui n'aurait guère eu qu'une dizaine d'années au temps du Testament, et qui 
est dit licencié en 1480 ". Le légataire de Villon ne peut pas être cet abbé de 
St-Jacques de Provins, qui succéda dans l'évêché de Troyes à son oncle Louis, 
en 1483, et mourut en 15 18 '^. Ce grand personnage aima les livres, et il 
achetait ces nouveautés que l'imprimerie commençait à répandre '5. S'il lut 

1. Vallet de Viriville, Hii/o/re de Charles VII, I, p. 574(rautcur dit dans une note que Lubin 
Raguier appartenait à la famille d'Hémon). 

2. Bibl. Nat., Clair. 763, 10 oct. 1436. 

3. Bibl. Nat., fr. 325 11 (6' compte d'Et. de Bonney). 

4. Bibl. Nat., fr. 20771. fol. 453. 

5. Bibl. Nat., fr. 32511 (6° compte d'Et. de Bonney; 9° et 10'' compte de Jean de Xaincoins). 

6. Ibid. 

7. Bibl. Nat., fr. 32511 (6° comte de Mathieu Beauvarlet). 

8. Jules haïr, La seigneurie de Bures daus les Méiii. de la Soc. de l'histoire de Paris, II, p. 202. 

9. Bibl. Nat., fr. 32511, 8° compte de Mathieu Beauvarlet; Godefroy, Dictionnaire... ad. v. 
hasteur. 

10. Arch. Nat., X'' 4803, fol. 189 v». 

11. Bibl. Nat., Clair. 764, 6 mai. 

12. Gallia Christ iaiia, XII, 516. 

13. Il achète un pourpoint et des chausses pour un nommé Martial, prisonnier de l'évêché, qui 
lui copie un : de Lyra ; des imprimeurs de la ville, il acquit, entre i486 et 1487, les Dccrétales, 
Sixieswe, Clémentines, un Perse, un Térence, un Juvénal, un Catltolicon : le livre de « Ratio et 
modus » (Arch. de l'Aube, G. 247, 317). 



APPENDICE 307 

les attaques contenues dans le Testament de ce mauvais garçon, François 
Villon, qu'un libraire parisien édita en 1489, il n'eut pas à se formaliser au 
sujet de critiques qui atteignaient ses parents éloignés, grands buveurs et 
mangeurs '. 

Les traits de la satire de Villon conviennent assez au fils altéré d'un 
maître queux, comme l'était Jacques Raguier, et que le poète assure «voisin 
de Philippe Brunel. 

duant à Jean Raguier, il est également impossible de le reconnaître dans 
la personne de Jean, fils d'Antoine Raguier, trésorier des guerres, et de 
Jacquette Budé, né en 1445 ^. D'ailleurs, François Villon nous le dit : c'est 
l'un des douze sergents du prévôt. Certes, Villon n'entend pas confondre cet 
office avec celui du vulgaire sergent au Châtelet 5 : mais ses fonctions ne sont 
pas à comparer en importance avec celles de Jean, fils d'Antoine, que l'on 
trouvera, en 1468, prenant part aux joutes de la Tournelle-t. Ce Jean Raguier 
grenetier de Soissons, trésorier des guerres du duché de Normandie, remplira, 
en 1476, l'office de receveur général des finances, au même pays, et sera qua- 
lifié de conseiller du roi et de maître des Comptes, en 1485 et en 1495 5. Le 
légataire de Villon ne peut pas être non plus Jean Raguier, le fils du tréso- 
rier des guerres Hénion et de Gillette de la Fontaine, qui naquit en 1403, 
personnage également considérable, que tinrent sur les fonts du baptême la 
duchesse de Bretagne, fille de Charles VI, et le grand maître d'hôtel, Jean de 
Montaigu *. Celui-là on le trouve, en 1449, receveur des barrages de la ville 
de Paris ' ; en 1461, grenetier à Laon^; propriétaire^ en 1463, d'une maison 
à Paris, rue de la Vieille-Tixeranderie, contiguë au Pet au Diable 9 ; il est 
dit, en 1 481, procureur en Parlement et procureur du roi au bailliage du 
Palais '0. 

Le Jean Raguier visé par Villon doit être un jeune homme. C'est sans 
doute le sergent à verge de 1472, contre qui appelait un prisonnier de la 
Conciergerie, Yvon Geoffroy " : mais à coup sûr il appartenait à cette puis- 
sante et riche famille des Raguier. Sans doute, il faisait valoir que de grands 
biens pourraient lui revenir un jour, puisque Villon, qui n'a rien, lui lègue 
ironiquement la somme de 100 francs, sans compter ce qui pourra lui échoir 
à l'avenir : mais, conclut-il sentencieusement, il ne faut pas trop prendre 
des siens, ni son ami « surquérir. » 



1. Cf. Longnon, Etude biographique, p. 120. 

2. Bibl. Nat., Clair. 763, 28 déc. 1454. 

5. Q.ui est sergent, voiri- des Douze (T., v. 1071). 

4. Chronique Scandaleuse, 1, p. 202. 

5. A. Longnon, Etude biographique, p. 119, 

6. Bibl. Nat., fr. 20233. 

7. Bibl. Nat., lat. 18347, fol. 35 v°. 

8. Bibl. Nat., fr. 20684, fol. 655 ; fr. 52511 (i" compte de P. Jobert). 

9. Sauvai, III, p, 367. 

10. Bibl. Nat., Clair. 764, 16 octobre. 

11. .\rch. Nat., X*" 39, 17 décembre 1472. 



308 FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 

Ce qui donne encore à entendre que ce Raguier appartenait bien à cette 
famille exerçant des charges de finance, c'est le legs que Villon fait à Jean, 
d'une talinoiiie prise sur la table de Bailly. La talniouze était une sorte de 
gâteau au fromage, où entraient des œufs et du beurre, dont la fabrication 
était célèbre, entre autres à Lagny ; et ce mot désignait encore une gifle ou 
un coup de poing '. Or ce Bailly, c'est Jean Bailly, notaire et secrétaire du 
roi, et greftier du Trésor. Et puisque nous avons vu que Bailly demeurait 
tout près de la fontaine Maubué, on comprend que Villon ait légué à Jean 
Raguier cette fontaine pour « arroser sa gorge » alors qu'il venait de manger 
à la table du grefiier comme un goinfre. 



VIII. — LES DEUX BAILLY 



Jean de Bailly, procureur en Parlement et grefiier de la Justice du Trésor, 
était fils de Nicaise de Bailly, lui même greftier du Trésor ^. 

Nicaisé, qui demeurair rue de la Colombe en la Cité, en 145 1 3, exerça la 
charge d'échevin de Paris en 1450 4, et mourut avant le 17 mai 1454. Il était 
allié aux familles parlementaires des Tueleu, des Luillier, des Capel >. 

Jean de Bailly, qui est dit en 1452, procureur en Parlement, et exerçant 
l'oftice de greffier du Trésor sous son père 6, s'opposa le 11 juillet 1454 à 
l'institution de tout autre greffier du Trésor; et il élut domicile en son hôtel, 
rue de la Colombe 7. On le trouve, en 1466, notaire et secrétaire du roi* : 
en 1472, comme procureur de la Communauté du collège des notaires du 
roi, il signa plusieurs fois les comptes des dîners que cette association 
donnait aux Célestins 9. 

C'était un personnage considérable que cet « honorable homme et sage 
M^ Jehan dt Bailly », et fort actif. Il transcrivit de sa main les registres de la 
Justice du Trésor depuis 1454 ^°. Sa position le mettait en rapport avec 
tous les gens d'aff"aires et d'argent de son temps. 

1. Godefroy, Dictionnaire... ad. v. Taliuou:^e. 

2. Arch. Nat., Z'f 17. 

3. Arch. Nat., Z'f 15, 5 février 145 1 11. st. — Cette maison fut mise en criées le 
12 octobre 1454 à la requête de Jean du Four, examinateur au Chatelet, qui voulait être payé 
de son salaire (Arch. Nat., Y. 5252). 

4. Arch. Nat., KK. 1009, fol. 6 \". Il vérifia cette année là le compte de la ville (Arch. Nat., 
KK. 406, fol. 112). 

5. Arch. Nat., Y. 5232. Jean de Bailly et Denis Capel furent élus procureur de sa veuve, 
Jacquelote Nicaise. 

6. Arch. Nat., Z'k 17, 19 mai 1452 — le 28 février 1455 (n. st.), il fut reçu par les tréso- 
riers de France à l'office de greffier (Ihid.). 

7. Ibid. 

8. Arch. Nat., ZIf 27, fol. 97 v». 

9. Arch. Nat., V^ 76. — On voit que son père, en 1427, .ivait exercé le même office (Ihid.). 

10. Arch. Nat., série Z'f . 



VIE DE FRANÇOIS VILLON l'I- XL VI 










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L Lettre autographe de Michel Joiivenel (Bibi. Nat., Dupuy 673) 

11. Lettre autographe de Jean le Cornu (Bibi. Nat., tr. 20488) 



APPENDICE 309 

Sans doute il recevait à dîner dans sa maison, qu'occupera encore sa veuve 
en 1488, rue de la Baudroirie, à côté de la fontaine Maubué dont les tuyaux 
longeaient sa demeure '. 



IX. — NOTE SUR ROBINET TRASCAILLE 



Ce Robinet Trascaille était clerc de Jean le Picart, conseiller du roi au 
Trésor. En 1450, avec Pierre Jouvelin et Nicolas Martineau, il partage 
la somme de 75 1. t. pour « avoir grossoyé plusieurs commissions » ^ ; en 
1452, il est dit clerc 3 et, l'année suivante, il recevait en don, ainsi que Tho- 
mas Tudert, la somme de 100 1. t. 4. En 1454, Robinet était locataire de 
YOmnie Armé, rue Pernelle-Saint-Pol, et plaidait contre ses propriétaires, 
Guillaume Cousinot, chevalier, bailli de Rouen, et l'évéque de Troyes >. En 
1457, on le trouve receveur de l'aide pour l'armée à Château-Thierry ; de 
même en 1458 ^. En 1462, Robinet Trascaille est dit secrétaire du roi et 
recevait 20 1. pour un voyage fait à Lyon « devers les gens de l'ambaxade 
de Milan 7. » En 1464, on voit qu'il est remplacé à Château-Thierry par 
Franco de Castillio ^. 



X. — NOTICE SUR JEAN LE CORNU 



Jean le Cornu appartenait à une famille financière. 

On le trouve receveur des Aides pour la guerre à Senlis en 1446 9, puis à 
Paris, de 1449 à 1452 '°. Le 12 décembre 1454, il est dit secrétaire du roi " 
et, le 5 octobre 1463, clerc civil de la prévôté '^ : Jean avait donc acquis en ce 
temps l'office de greffier que vendait alors le prévôt, et qui formait l'un de ses 



1. « La place ou est la fontaine Maubué assise en lad. rue S. Martin au coing de la rue 
Baudroyrie. [Il s'agit d'un payement fait à Jean Coffry, paveur, demeurant à Paris]. Item, plus 
en la rue des Bauldrayeurs, près et contre la maison de la veufve de feu maistre Jehan de 
Bailly, sur et au long des tuyaux de la fontaine Maubué, une autre pièce de pavement avalluée 
à IIJ toises ». Bibl. Nat., fr. 11686 (compte de Denis Hesselin, 1489). — Cette rue, dite plus 
tard de la Corroierie, était située entre les rues Saint-Martin et Btaubourg. 

2. Bibl. Nat., fr. 52 5 11, 9* compte d'Etienne de Bonney. 

3. Ibid. — 4. Ihid., 12" compte d'Etienne de Bonney. 

<y. Arch. Nat., Y. 5252, 27 juin 1454; Bibl. Nat., Clair., 763. 

6. Bibl. Nat., fr. 52521, i" et 2' compte de Robert de Molins. 

7. Ibid., 1" compte de Pierre Jobert. 

8. Ibid., }• compte de Mathieu Beauvarlet. 

9. Bibl. Nat., fr. 32 5 11. — 10. Ibtd. 

II. Bibl. Nat., Clair., 763. — 12. Bibl. Nat., Clair., 764. 



310 FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 

bons revenus I. Le 29 octobre 1467^, par lettres datées du 26, il joint au greffe 
l'office du notaire Jean de Calais, chargé de la vérification des testaments ; 
en 1467, Jean le Cornu est dit également clerc criminel du greffe 5, c'est-à- 
dire greffier criminel. 

Toutes ces charges cumulées, qui rapportaient de beaux émoluments, ne 
furent pas obtenues sans de grandes protections, sans l'aide aussi d'une 
fortune assez considérable. On voit d'ailleurs que Jean le Prévost écrivait 
pour le recommander à Jean Bourré, général des finances, et qui fut un 
véritable ministre de Louis XI 4 : Ermenonville, cousin de Bourré, le solli- 
citait de son côté : « C'est un homme de bien et de qui la chose publique est 
bien servie 5. » Mais les bénéfices, attachés à ces offices, devaient exciter 
encore l'envie de « plusieurs compétiteurs haultains et oultraigeux » : ils 
travaillèrent auprès du roi afin qu'il mît en vente les greffes du Châtelet. Le 
26 février 1474 (n. st.), Hugues Regnault était mis en possession du greffe 
du Châtelet et le Cornu fut nommé conseiller et prévôt de l'hôtel du Roi 6. 
Jean le Cornu mourut de la peste, en 1476, et nul n'osa entrer chez lui ". Il 
laissait comme exécutrices de son testament sa veuve Jeanne de Thumery, 
d'une famille de financiers, et la veuve de Culant ^. 

Les affaires de Jean le Cornu étaient alors embarassées. Sa veuve dut 
renoncer à la succession des Thumery, ne pouvant rembourser ses frères et 
sœurs de la somme de 500 1. p. qui avait formé sa dot 9. Et, d'autre part, 
Olivier le Daim poursuivait Jean le Cornu au moment de son décès pour la 
somme de 100 francs. Les sergents s'emparèrent de ses biens, d'une valeur 
de 200 1. ; et Jean le Cornu devait encore 80 1. au receveur de Paris pour 
l'acquisition des greffes. Le roi remit à sa veuve ce qu'elle pouvait devoir, 
soit 40.000 francs '". Elle vivait encore en 1485 ". 

1. Bibl. N.it., Fontanieu, portefeuille 152 (lettre de Robert d'Estouteville du 19 m.irs 1465.) 
Cf. l'ordonnance du 4 décembre 1454, déclarant que dorénavant le receveur du roi donnerait à 
ferme le grcfie civil (Bibl. Nat., n. acq. fr. 3651, fol. 210. Livre noir du Châtelet). 

2. Bibl. Nat., Clair., 764. 

3. Sauvai, III, p. 396. 

4. « Pour le fait des greffes de Chastellet pour maistre Jehan le Cornu, vous le congnoissez : 
il est bon homme et croy que on fauldra bien à y pourveoir mieulx. Sy vous plaist, lui 
aiderez à faire son fait, autrement il est taillé que aucuns ses envieulx lui donnent beaucoup 
d'empescher ; et il le congnoistra envers vous. Et, de ma part, je vous le recommande tant que 
je puis » (Bibl. Nat., fr. 20487, fol. 25) 

5. Bibl. Nat., fr. 6603, fol. 30. Cf. la lettre qu'écrivit personnellement Jean le Cornu à Jean 
Bourré (Bibl. Nat., fr, 20488, p. é), dans laquelle il annonce que les échevins viennent de 
le recommander au roi : il lui fait part de sa reconnaissance et de son dévouement. C'est 
Bourré qui lui avait déjà obtenu <f la clergie de la prévosté de Paris » ; la lettre de recomman- 
dation de Nicolas Malingre (Bibl. Nat., fr. 6603, fol. 159); celle des échevins de Paris (Bibl. 
Nat., fr. 6602, p. lor). 

6. Bibl. Nat., Clair. 764. 

7. Arch. Nat., X'* 4818, fol. 75 v" ; X'-" 4819, fol. 192 v°. 

8. Le 8 mars 1474 (n, st.) Jacqueline de Thumery est dite veuve de Jacques, l'élu de Paris, 
et Marguerite de Culant, veuve de Guillaume de Culant, examinateur (Bibl. Nat., Clair., 763). 

9. Bibl. Nat., Clair. 764, 9 janvier 1479, '^- ^^• 

10. Arch. Nat., Xi^ 4818, fol. 75 v» et 4819, fol. 192 v". 

11. Sauvai, III, p. 474. 



APPENDICE 311 

Gilles le Cornu, qui fut changeur au Trésor à la place de Guillaume 
Ripaut en 1457 ', et que l'on voit, en 146 1, retenu comme notaire et secré- 
taire du roi ^ était vraisemblablement son frère. Il mourut en 1482, laissant 
pour veuve Alips Ripaut, sans doute la fille du changeur. 11 eut un fils, Jean 
le Cornu, qui est dit, le 19 novembre 1477, écolier à Paris, âgé de 14 ans 3, et 
qui reçut pour curateur Jean Guyon, clerc du Trésor. On le retrouve en 
1482 notaire et secrétaire du roi 4. 

Un autre parent de Jean était Denis le Cornu, marchand bourgeois de Paris, 
demeurant en 1457 à l'enseigne du Barillet, rue Saint-Martin hors les murs s, 
qui mourut le 31 janvier 1463 ^ : il avait épousé 1° Julienne de Rueil, d'une 
famille du Châtelet ; 2° Raouline Herbelot, famille alliée à Olivier le Daim, 
et qui poursuivit Jean le Cornu pour un prêt d'argent non remboursé. 

Enfin Marie la Cornue épousa Pierre Parent, secrétaire du roi et clerc des 
Comptes 7, 



XI. — NOTES SUR LA FAMILLE DE THUMERY 



C'était une famille de financiers, alliée à la famille de Bruyères, aux le 
Cornu, aux Hesselin ^. 

Un Regnaud de Thumery fut changeur à Paris en 1428 9 : il avait épousé 
Isabeau de Bruyères, qui était veuve en 1445 '"et se remaria avec Thomas 
Corneille, le changeur. Enguerrand de Thumer}'fut curateur de Denis Hesse- 
lin " : on le trouve élu de Paris en 1452, puis, en 1459, collègue de Denis 
Hesselin et de Guillaume Colombel dans ce même office ". Jeanne de Thu- 
mery avait épousé Jean le Cornu, d'abord receveur des Aides, puis greffier 
de la prévôté de Paris 's. On rencontre encore, en 1474 "4, Jacqueline 
de Thumery, veuve de l'élu de Paris ; Jacques de Thumery, élu de Paris ; 
Marguerite de Thumery, veuve de Guillaume de Culant, examinateur au 
Châtelet. 

1. Bibl. Nat., fr. 52511. 

2. Bibl. Nat., P. orig. 860; fr. 6754, fol. r. — En 1465, il signait avec Jean de Bailly la 
dépense du dîner de la confrérie des notoires du roi ; de même en 1474 (Arch. Nat., V^ 76). 

3. Bibl. Nat., Clair., 764. — 4. IhiiL, 14 novembre. 

5. Arch. Nat., S. 1461"^. 

6. Bibl. Nat., Clair., 764. 

7. Bibl. Nat., Clair., 764, 9 juillet 1479. 

8. Bibl. Nat., P. orig. 2840 — 9. Ihid. 

10. Bibl. Nat., Clair., 765, 8 août. — Il laissa pour enfants Jacquet de Thumery et Denis, 
marchand bourgeois de Paris. 

11. Bibl. Nat., Clair., 763, 12 juillet 1445. 

12. Bibl. Nat., P. orig., 2840. 

13. Bibl. Nat., Clair., 764, 20 juillet 1478 et 9 janvier 1479, n. st. — Elle vivait encore en 
1485 (Sauvai, III, 474). 

14. Bibl. Nat., Clair., 764, 8 mars, 8 mai. 



312 FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 

Le 24 février 1501 (n. st.), on voit que Jean de Thumery, écuyer, 
demeurait à Paris, rue du Temple, près de Sainte-Avoye, dans une maison qui 
tenait d'une part à M^ Bertrand Ripaut, de la famille du changeur, d'autre à 
Jacques de Thumery, son trère, et aboutissait par derrière aux Dormans '. 



XII. — NOTE SUR ANDRY COURAUD 



Nous rencontrons ce personnage comme procureur en Parlement de René 
d'Anjou, roi de Sicile, dès 1441 ^ ; il touchait de ce fait 50 1. t. 

Andry Couraud demeurait à Paris et exerçait donc une charge d'avoué, 
comme nous dirions aujourd'hui : on élisait chez lui domicile pour ester en 
droit. Et Andry avait des clercs qui faisaient les écritures nécessaires pour ses 
procès 3. C'était bien vraisemblablement un angevin 4, en relations avec tout 
ce que cette province comptait d'illustre. Ainsi, en 1445, on le voit procureur 
de Jean de Beauvau, reçu chanoine de Paris î ; le 23 janvier 146 1, il représente 
à la justice du Trésor James Louet, trésorier d'Anjou ^ ; il est procureur, en 
1462, de Thibaud d'Auxigny, l'évéque si dur à Villon, un angevin d'origine 7 ; 
cette année là, on le trouve encore procureur du comte du Maine ^. Enfin Andry 
Couraud demeurait en relations constantes avec le conseil d'Anjou, qui lui 
recommandait les affaires de René, roi de Sicile, et parfois de faire diligence 
dans son office : mais Couraud se plaignait, de son côté, de n'être pas régu- 
lièrement payé. On lui répondait alors, selon la formule de ce temps, celle-là 
dont usera Villon quand il se déclara prêt à rembourser les écus qu'il dut à la 
générosité du duc de Bourbon : « Nous savons que vous, et les autres con- 
seillers de nostre dit maistre, avez aucunement cause de vous plaindre de voz 
pensions ; mais, venu ung messaige que avons envoyé devers nostre dit 
maistre, espérons y donner provision par manière que tout sera content, et 
n'y perdre chacun autre chose que l'attente 9. » 

1. BibL Nat., P. orig. 2840. 

2. Bibl. Nat., fr. 52511. 

3. Arch. Nat., KK. 262. 

4. En 1435 on voit que Jeanne Couraude est dite femme d'Etienne Moreau, trésorier 
d'Angers (Bibl. Nat., fr. 22450). 

5. Bibl. Nat., lat. 17740, fol. 223. 

6. Arch. Nat., Z'" 25, fol. 171 v°. 

7. Arch. Nat., X*" 5, i" sept. 1462. 

8. Arch. Nat., KK. 262 (Compte !"■ de Guillaume du Bec) ; le 24 janvier 1469, procureur 
du comte du Maine, Couraud plaidait contre la duchesse d'Orléans (Arch. Nat.. X'» 481 1). 

9. Mai 1454 (Arch. Nat.. P. 13343, fol. 104). — On voit encore qu'Andry Couraud fut 
curateur de François de Montlaur, le 7 février 1453 (Arch. Nat., X'" 1483, fol. 68); procureur 
des enfants de feu Jean de Langhac, le 17 août 1456 (Arch. Nat., XI" 4805, fol. 157); du 
couvent de Bourg de Déols, le 9 janvier 1461, n. st. (Arch. Nat., X*' 4807, fol. 59); de Pons 
de Langhac, le 3 mars 1468 (Arch. Nat., X^" 4810); de Jeanne de Mannonville, le 5 mars 1471 
(Arch. Nat., X'" 4813, fol. 84). 



APPENDICE 3 I 3 

Or Andry Couraud exerçait aussi une charge dans ce monde de la finance 
que Villon connut particulièrement. Ainsi on voit que, dès le 20 février 1455 
(n. st.), il était conseiller du roi au Trésor". Andry Couraud demeurait non 
loin de Saint-Benoît, dans la rue Saint-Jacques, à l'enseigne du Lyon d'Or - : 
un peu plus tard, on le retrouve, toujours dans le même quartier, rue du 
Bon Puits, derrière le collège de Navarre '. 

Ce procureur en Parlement, qui sera bientôt conseiller, fut un homme 
influent 4, ayant du bien à Paris et aux environs. 

On le voit ensaisiné d'une rente par les frère Cardon (l'un d'eux est le 
légataire de Villon), en 1442 > ; le 3 juillet 1454, il était en procès contre 
Jean le Coq, marchand et bourgeois de Paris, qui lui avait acheté des héri- 
tages à Noisy-le-Grand : Couraud se contentera de 120 écus d'or et de 
7 1.4 s. pour les réparations ^. Il a des vignes à Moncivry (Villejuit) en 
1455 7 ; le 6 octobre 1459, ^^^ Prieurs de la Sorbonne lui accordent de payer 
en tournois au lieu de parisis (on gagnait le change ainsi) la maison de 
défunt M^ Jean Collas, qu'il avait achetée^; et, chaque année, Andry 
Couraud prenait 4 écus d'or de rente sur les terres de Jouv-en-Brie9. 

11 était mort au mois juillet 1479 '°> laissant pour veuve Benoîte des Roches 
qui lui avait donné pour enfants Bertrand ", Jean l'aîné et Jean le jeune '2. 



XIII. — LE JARDIN DE PIERRE BAUBIGNON 



Pierre Baubignon était le frère et l'héritier de M^ Jean Baubignon, con- 
seiller et maître des Requêtes, mort en 1450 '3. Quant à M« Pierre Baubignon, 

1. Arch. .Vat., Y. 5232. — On le trouve mentionné dans cet office, le 50 octobre 1459 (Arch. 
Nat., Z* H 15); en 1460 (Bibl. Nat., P. orig. 882, dossier Couraud); 1467,1e 7 novembre 
(Bibl. Nat., Clair., 764). 

2. Arch. Nat., Z 'B/4, 4 mai 1465. 

3. Arch. Nat., JJ. 195, p. 507. 

4. Richard Oudry, hôtelier du Cheval Blanc, rue de la Harpe, avait été accusé d'injures contre 
la Cour : le procureur du roi requit qu'il fût mis à l'amende de 2000 1. et pilorisè. Or Oudry 
aurait seulement dit « qu'il ne bailleroit point à maistre André Couraud le vin qu'il vouloit 
avoir, car c'estoit son gaige pour argent que lui dévoient Jacques de la Barre et sa femme, et 
ne fut oncques parlé de la court... » (Arch. Nat., X*" 25, 9 mars 1450). 

5. Arch. Nat., S. 1648, fol. 155. 

6. Arch. Nat., Y. 5232. 

7. Arch. Nat., S. 1648, fol. 149 v*. 

8. Bibl. Nat., ms. lat. 5494, fol. 48 v". 

9. Arch. Nat., Z'' 23, fol. 164, 28 avril 1461. 

10. Bibl. Nat., Clair. 764. 

11. On le voit, en 1473, parmi les domestiques du comte du Maine (Bibl. Sainte-Geneviève, ms. 
848, fol. 27). 

12. Un Jean Couraud succéda à son père dans la charge de procureur du comte du Maine 
(Arch. Nat., 7Jr 27, 20 mars 1467, n. st.). 

13. Arch. Nat., X*-" 8304, fol. 493, 18 juin 1451. — On voit que ce personnage recevait 7$ 1., 
en 1422, pour des services reudus comme ambassadeur (Bibl. Nat., fr. 32511). Envoyé eu Lan- 



314 FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 

il était procureur au Châtclet ', et semble s'être conduit comme un person- 
nage procéduiier et très avare ^. Il eut de grands démêlés au sujet de l'héri- 
tage de son frère : car il se refusait à payer certaines dettes, alléguant que les 
exécuteurs du testament, Jean du Drac et Martin de Fresnes, ne lui ren- 
daient pas leur compte. Il encourut de ce fait plusieurs condamnations 3. Le 
3 janvier 1456, on voit que les religieux de Saint-Martin lui réclamaient « le 
fons de terre de trois petiz jardins, assis en la censive dudit Saint-Martin des 
Champs, et pour estre payé de neuf années d'arréraiges Anthoine de Vau- 
belon 4, pour raison de certaines réparacions qu'il se dit avoir fait faire en 
deux desdits jardins cloz de murs, assis à Paris en la censive dudit saint 
Martin » : le procureur du roi demandait le payment des éo 1. d'amende, 
auxquelles Pierre Baubignon avait été condamné, et qu'il ne voulait pas 
paydr. La cour le condamna en outre aux dépens, aux réparations, et mit en 
criées les jardins et maisons pour prendre les 60 livres sur leur vente 5. 



XIV. — LA FAMILLE PERDRIER 

ET LA CHARGE d'ÉCUYER DE CUISINE 



Jean et François Perdrier (ou Perdriel) appartenaient à une famille qui a 
donné beaucoup de ses membres à l'administration des finances du roi. 

guedoc, il y tomba malade et le roi lui faisait payer 400 1. t. (6 septembre) : le 
18 décembre 1430, il donnait quittance de 600 1. pour ce voyage (Bibl. Nat., P. orig. 214) ; 
le 27 août 1451, il était payé pour avoir rempli une mission auprès du comte de Foix 
(Ibid). Entre 1437 et 1438, il fait un voyage à Lille , reçoit 200 1. en 1445 (Bibl. Nat., 
fr. 32511). En 1446, on lui paye 300 1. sur 975 qui lui étaient dues, dès 1435, pour certains 
diamants qu'il avait engagés à la Couronne : il reçoit encore 200 1. en 1448, et 600 1. en 1449. 
Il mourut en 1450 et M" Jean de Paris, licencié en droit et en décret, le remplaçait dans 
l'office considérable de rapporteur des lettres de la Chancellerie, charge qu'il exerçait depuis 
1440 et qui lui rapportait 240 1. par an (Bibl. Nat., fr. 2836; lat, 18347). Le 24 juillet, Martin 
de Fresnes le remplaça dans son canonicat de Notre-Dame (Arch. Nat., LL. 241). 

1. Arch. Nat., Y. 5232, 17 septembre 1454. 

2. Le 5 janvier i4'52, il supplie le chapitre de Notre-Dame de modérer la somme .à laquelle 
il avait été condamné (50 écus) : le 12 janvier, on lui répond que le chapitre n'a pas 
l'intention de payer la dépense de ses chevaux. Baubignon déclare alors qu'il aime mieux payer 
50 écus que 50 livres et racheter ses chevaux (Arch. Nat., LL. 117, p. 147-150). Le 20 jan- 
vier, Jean Dulac et Etienne de Vignon disent avoir servi longtemps Jean Baubignon et plai- 
dent contre Pierre, .lu sujet de l'exécution de certains legs et des sommes que le défunt leur 
devait, comme salaire (Arch. Nat., X^' 1483, fol. 10). Puis Pierre entre en procès avec Laurens 
Rasle (Arch. Nat., Z^ F 16, 1$ décembre 1452, 19 janvier et 6 juin 1453); avec M' Pinçon 
(Arch. Nat., Y. 5232, 20 février 145s, n. st.: X'" 8854, 5 juillet 1455). 

3. Arch. Nat., X*» 8854, 23 décembre 1451 (.amendes de 60 livres au profit de Jacques de 
Hacqueville ; au profit de Pierre du Tremblay, marchand et bourgeois de Paris). 

4. L'échevin de Paris dont la famille était alliée .i celle de Régnier de Montigny. 

5. Arch. Nat., Xi» 1483, 3 janvier 1456. — Le i" février 1467, (n. st.), on voit que Denjs 
Pinel, fripier, achetait un jardin dans la couture Saint-Martin et dans celle du Temple, tenant 
aux héritiers M' Jean Baubignon et, d'autre part, à un nommé Badonvilliers, secrétaire du roi 
(Arch. Nat., S. 14485, fol. 50 V). 



APPENDICE 315 

Un Hugues Perdrier fut sergent d'armes du roi Philippe de Valois en 
1328: c'était probablement le père de Guillaume Perdrier, clerc de la 
Chambre aux deniers, en 1365, qui reçoit 80 francs d'or pour sa livrée de 
Pâques. On le trouve maître de la Chambre aux deniers, en 1380, aux gages 
da 200 francs en 1383. Le 11 mars 1390,1! était remplacé, sans doute à 
cause de son grand âge, par Hémon Raguier; mais il demeura secrétaire du 
roi et on le retrouvera trésorier de France : il mourut entre 1408 et 1420. Un 
Jean Perdrier, clerc de la Chambre aux deniers en 1365, fut secrétaire du roi 
en 1383, maître de la Chambre aux deniers de la reine, entre 1386 et 1420 ■. 

Quant à Guillaume Perdrier, qui avait tout son bien à Paris, il y demeura 
pendant la domination anglaise et exerça la profession de changeur. On voit 
qu'en 1435 il était exécuteur du testament de Henry Roussel, avocat au 
Parlement ^, avec le maître de l'Hôtel-Dieu, Guillaume Cotin, conseiller 
au Parlement, et Miles de Bray, clerc des Comptes. Il était locataire du 
17^ change sur le Pont ?. Il mourut le 8 septembre 1475 et fut enterré sous 
le charnier, aux Innocents. On voyait sur sa tombe une épitaphe et un grand 
tableau avec ses armes parlantes, formées de perdrix 4. 

Guillaume Perdrier laissa de nombreux enfants : Jean Perdrier, né en 1432, 
l'ami de François Villon ; François, son « second frère », dont il sera parlé 
plus loin ; Henri Perdrier qui épousa Etiennette Gaillard, de Blois, d'une 
famille financière que l'on trouve autour des ducs d'Orléans ; Nicolas Per- 
drier, marchand et bourgeois de Paris, épicier et apothicaire, mort en 1487 > ; 
Guillaume, qui était clerc de M^ Antoine Raguier en 14566, exerça comme son 
père la profession de changeur, et qui mourut avant 1464, laissant comme 
exécuteur Jean, son frère " ; Jacques, maître de la Chambre aux deniers de 
la reine, mort avant 1484^. Guillaume laissait aussi trois filles: Marguerite, 
morte en 1466 ; Catherine, femme de M^ Jean Basanier, procureur au Châ- 



1. Bibl. Nat., P. orig. 2233 (Mémoire généalogique de la maison des Perdrier). 

2. Arch. Nat., X'» 9807, 14 mars 1448 n. st. — La famille Roussel était alliée aux d'Orge- 
mont, aux Boucher. 

3. Bibl. Nat., fr. 22592; Arch. Nat., Z''" 4, 21 juillet 1459. 

4. « Cy gist Guillaume Perdrier en son vivant marchand et bourgeois de Paris qui trépassa 
le 8 octobre 1475. Ht Margueritte Roussel sa femme qui trépassa le... Margueritte leur fille 
qui trépassa en septembre 1466. » (Epitaphier des Innocents, LL, 4340 , xviii* s.). 

5. On le voit fournir le luminaire de Saint-Pierre-aux-Bœufs, de 1470 à 1474 (Arch Nat., 
H. 4614, fol. 21, 68). 

6. C'est dans l'exercice de cette fonction qu'il fut dérobé, entre Pons et Bordeaux, d'une par- 
tie de l'argent qu'il portait aux archers pendant l'occupation de la Guyenne. On consulta 
le devin, comme c'était l'usage, pour retrouver les objets perdus. L'épreuve du Psautier désigna 
l'hôtelier de Pons ; mais celle de la fou.ice lui fut favorable. Or Pothon de Saintrailles le 
fit brutalement arrêter. Ce fut l'occasion d'un long procès, où le ministère public protesta 
contre les pratiques divinatoires si en faveur parmi les gens de guerre (Arch. Nat., X'^ 28, 
9 fév. 1456; 8 avril, 26 avril, 4 et 10 mai; Registre des Grands Jours de Bordeaux, p. p. 
H. Barckhausen, t. IX (1869), p. 282, dans les Archives de la Gironde). 

7. Arch. Nat., X'" 25, fol. 40. 

8. Il demeurait en 1458 rue Barbette, en face de chez Thibaud de Vitry (Arch. Nat., 
MM. 135, fol. 4, 34 v"). 



3l6 FRANÇOIS VILLON. SA VIE ET SON TEMPS 

telet ; Françoise, qui épousa Jacques de Haudecot, huissier en la cour de 
Parlement '. 

Telle était la famille des deux amis de François Villon. 

Jean Perdrier, né en 1432 2, était émancipé en 1454. En 1464, il est qua- 
lifié d'écuyer et de concierge de l'hôtel des Loges dans la Forêt de Laye 
(ainsi Antoine Raguier était gruycr de la forêt de la Garenne de Rouvroy 
lez Saint-Cloud), et il recevait 250 1. du roi pour réparer cet hôtel ; argentier 
du comte du Maine, en 1477, on le dit valet de chambre du roi, en 1482; en 
1485, il rendit hommage du fief de Marcilly à Médan, en la châtellenie de 
Poissy 3, 

Quant à François, il dut remplir des charges dans l'administration des 
finances, puisque plus tard on le trouvera commis du grenier à sel établi à 
Caudebec : mais il était « bourgeois de Paris ». La première mention que nous 
rencontrons de ce personnage remonte seulement au 14 mars 1468 : François 
Perdrier plaidait contre le procureur de la marchandise du poisson de mer à 
Paris 4. 

La vente du poisson de mer formait alors un commerce très important dans 
la capitale. On y mangeait beaucoup de poisson, à cause des jeûnes et du 
carême, et aussi parce que la viande devait être un assez grand luxe. Les 
églises, les collèges, l'Université, avaient besoin de grandes quantités de 
poisson. Ce commerce avait donc été réglementé par des ordonnances et 
on le disait privilégié. Il n'y avait que dix vendeurs de poisson de mer à 
Paris. Ils devaient être choisis parmi de riches et puissants personnages, 
possédant toujours les capitaux nécessaires pour régler ceux qui leur appor- 
taient le poisson, les chasse-marées. Quand un office venait à vaquer, on 
procédait à une élection. François Perdrier avait obtenu du roi Charles VII, 
un peu avant sa mort, des lettres pour être reçu vendeur ; il avait même offert 
le dîner qui lui coûta bien 30 livres, et on lui avait délivré la pierre pour 
vendre son poisson. Mais le procureur de la marchandise fit opposition 
devant le prévôt de Paris, et l'affaire fut renvoyée aux Requêtes. Alors 
Perdrier attendit qu'un autre vendeur vînt à mourir, et il présenta de 
nouvelles lettres au prévôt qui ordonna au procureur de la marchandise 
d'entériner ses lettres, comme suffisant et bien cautionné ; ce dernier 
délayant encore, le prévôt institua Perdrier en son office. Le procureur 
prétendit alors qu'il fallait être expert dans le métier, et que le vendeur 
devait vendre son poisson en personne : à quoi l'avocat de Perdrier ré- 



1. J'ai tiré ces renseignements du mémoire de la Bibl. Nat., P. Orig. 2235, et de l'Epitaphier 
des Innocents, Arch. Nat., LL. 454B . 

2. « Vendredy 10 mai 1454. Aujourd'huy Guillaume Perdriel, changeur et bourgeois de 
Paris, pour la bonne et vraie amour paternelle qu'il a à Jehan Perdriel, son filz, aagié de 
xxij ans ou environ, considérant son aage et discrecion, a émancipé et mis hors de sa puis- 
sance paternelle et lui a donné licence, etc. Laquelle émancipation icellui Jehan Perdriel a eue 
agréable » (Arch. Nat., Y. 5252). 

3. Bibl. Nat., Clair. 764. 28 fév. 1482, n. st. — P. Orig., mémoire cité. 

4. Arch. Nat., X*» 4810, fol. 192. 



APPENDICE 317 

pondait : « que l'intimé est souffisant et ydoine, et a l'en acoustumé mettre 
ung ancien et ung jeune pour vendre ensemble. » Toutefois le procureur 
des poissonniers lui refusa ce titre d'expert, déclarant qu'il ne s'était jamais 
mêlé de la vente des poissons, qu'on l'élisait communément parmi les clercs 
des vendeurs qui, parfois, avaient servi 20 ou 30 ans et plus. « Et supposé 
qu'il soit expert en autres choses, si ne l'est-il pas au fait de vendre 
poisson. Dit que les ordonnances qui sont faictes pro botio rei ptiblice se 
doivent garder et ne se doivent rompre pour le prouffit d'un particulier. » 
A quoi Perdrier répliquait qu'il se connaissait en marchandise de poisson, 
et qu'il « a demouré huit ans sur la mer. » II déclarait aussi que, malgré les 
affirmations du procureur, les vendeurs échangeaient leurs offices, en pre- 
naient profit, faisaient vendre par leurs clercs ; au surplus ils devaient être 
riches : et Perdrier l'était. On le retrouve commis du grenier à sel établi par 
le roi à Caudebec, dès novembre 1467, où le grenier, joignant l'hôtel du 
Chapeau Rouge, fut envahi par les eaux de Seine '. II est dit, le 3 juin 1482, 
bourgeois de Paris. François mourut, le 29 août 1487, receveur pour le roi 
à Caudebec ^. 

C'est le peu que nous savons sur les deux frères Perdrier : ils appartenaient 
à une famille riche, exerçaient toutes sortes d'offices, pourvu qu'ils rappor- 
tassent des bénéfices ; et François fut, entre autres, vendeur de poisson. 

Mais on voudrait savoir qu'ils aient été écuyers de cuisine : car cette 
fonction donnerait l'explication de la plaisanterie du legs de la ballade des 
Langues envieuses. Mais il n'est pas téméraire de l'induire. 

Car l'office d'écuyer de cuisine était recherché, surtout par les jeunes gens 
nobles et les familles de bourgeois riches. Ainsi on voit que Philippe Bru- 
nel, lui aussi un ami de la jeunesse de Villon, exerça cet office auprès de 
Marguerite d'Ecosse et de ses soeurs >. 

Cet écuyer agissait alors comme une façon de souverain dont le royaume 
était l'une de ces grandes cuisines éclairées par des flambées joyeuses. Il 
régentait tout : officiers de la paneterie, cuisiniers, galopins, sans oublier 
les chiens. Il avait pour office de dresser les mets, suivant une étiquette qui 
variait avec le rang et la qualité de chacun. La viande surtout était de sa 
charge, et il la montait sur des plats d'argent. Puis il dînait à la cuisine, 
avec les officiers de la maison : mais, chez un pauvre et saint homme, 
comme Jean d'Angoulême, le frère de Charles d'Orléans, l'écuyer de cuisine 
se faisait servir dans des plats d'argent •*. 



1. Bibl. Nat., P. orig. 2253 Pefdrier : rapport des lieutenants des élus de Caudebec, le 
28 avril 1469. — Il est dit, le 3 juin 1482, bourgeois de Paris (Arch. Nat., X'-^ 4823, 
fol. 213 v°). 

2. Arch. Nat., LL. 434 b, Epitaphier des Innocents. 

3. Voir la Vie de Philippe Brunel. 

4. Arch. Nat., JJ. 199. Lettre de rémission pour Guillaume Faucon, écuyer de cuisine du 
comte d'Angoulême. qui se prend de querelle avec un saucier et le tue. — Leur réputation 
n'était pas très bonne. Cf. Arch. Nat., JJ. 165, fol. 29 v", 49, 54. 



3l8 FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 

Ce n'est là qu'une hypothèse : mais il faut avouer qu'elle est hien 
suggérée par le sens satirique à donner aux h. 130 et 131 du Testament. 

Et l'on comprendrait alors que François Perdrier ait tant bataillé pour son 
office de vendeur de poisson de mer, et qu'il l'ait estimé de sa compétence '. 



XV. — NICOLAS DE LOUVIERS, PIERRE MERBEUF 

ET LE COMMERCE DU DRAP ' 



Merbeuf et Nicolas de Louviers (Louvieulx pour la rime) sont à la fois des 
légataires des Lais ^ et du Testament ?, donc des connaissances de la jeunesse 
de Villon. 

Dans ce premier poème Villon leur lègue « l'écaillé d'un œuf» remplie de 
francs et de vieux écus ; en somme de la vieille monnaie de quoi remplir 
une coquille d'œuf: plaisanterie assez simple. Les allusions du Testament 
sont plus complexes : 

Item, quant est de Mcrcbeuf 
Et de Nicolas de Louviers, 
Vache ne leur donne ne beuf, 
Car vachiers ne sont ne bouviers, 
Mais gens a porter esperviers : 
(Ne cuidez pas que je me joue !) 
Et pour prendre perdris, plouviers, 
Sans faillir, sur la Machecoue. 

Nicolas de Louviers 4, qui avait bien mérité du roi en travaillant en 1436 
à faire rentrer Paris en son obéissance >, fut échevin en 1444, en 1449 ^5 
receveur des Aides de 1454 à 1491 ', puis retenu maître lay des Comptes au 
lieu de Henri Cœur, par lettres du 2 août 1461 ; il fit serment, le 20, et 
demeura dans cette charge jusqu'au 29 janvier 1470, date à laquelle son fils 
Nicolas lui succéda ^. Il fut également remplacé cette année-là, comme pré- 

1. On voit d'ailleurs que le Conseil le lo octobre 1484, accordait à deux écuyers de cuisine 
le droit que feu Richard Macé avait sur la Boucherie de Paris (Bibl. Nat.. fr. 5265). 

2. H. 34. 

3. H. 92. 

4. Sur ce personnage, cf. A. Rey, Un légataire de Villon. Nicolas de Louviers, Paris, 
1905, in-8. 

5. Félibien, ap. A. Rey, p. 10. 

6. Arch. Nat., KK. 1009, fol. 6'° et 6 v° ; Z'b 286 ; KK. 406, fol. 112 V. 

7. Le 14 août 1455 il est condamné .à l'amende avec Nicolas le Bastier et Raoul le Muet 
comme ayant mal appelé d'une sentence au profit de Spifame (Arch. Nat., X^' 8854. Cf. Arch. 
Nat., Z*F 23, 30 juin 1460). 

8. Bibl. Maz., ms. 3035, notes de Du Fourny. 



APpeîJdicé ^19 

vôt des marchands, par Denis Hesselin ' ; Nicolas mourut conseiller à la 
cour, le 15 novembre 1483 ^, et fut inhumé aux Innocents. 

C'était un personnage considérable, ayant su partager la faveur de deux 
rois, et qui avait rempli des missions très honorables. C'est ainsi que, le 
10 décembre 1460, on le voit partir en ambassade à Bourges 3 ; puis, à la 
nouvelle de la mort de Charles, le 22 juillet 146 1, il était élu par l'échevinage 
pour se rendre vers Louis XI et lui faire part du dévouement de la ville de' 
Paris 4. Par ses deux mariages, Nicolas touchait au monde de la finance et 
du Parlement. Sa première femme, morte en 145 1, était Michelle Brice, fille 
de l'épicier Martin Brice ; la seconde, Jeanne Petit. 

Nicolas de Louviers était fort riche, possédait plusieurs maisons à Paris : 
l'une, rue du Temple, où il demeurait ; une autre, rue Saint-Martin, à 
l'enseigne des Trois Degrés ; une autre, à l'enseigne du Croissant, rue Guérin- 
Boisseau î. Il avait en outre des terres et des vignes aux environs de Paris : 
dans la vallée de Montmorency, au Plessis-Bouchard, à Franconville, à 
Ermont, à Margency, à Saint-Leu-Taverny, à Saint-Prix ^. 

Que lui manquait-il? La noblesse. Le roi Louis XI la lui accorda, en 1464, 
en considération de ses services éminents, de sa vie louable et de l'honnêteté 
de ses mœurs 7. Ainsi Nicolas de Louviers devint « noble homme et sire », 
seigneur de Cannes en la châtellenie de Montereau-Fault- Yonne *. 

Et cependant cette noblesse-là sentait bien sa roture, peut-être même 
l'usure? Le 20 décembre 1461, notre maître des Comptes était en effet en 
procès avec Mathieu Laigneau, fermier du pont de Charenton. Louviers 
avait fait passer 200 moutons, se prétendant exempt de péage à cause de son 
office. Le 1 1 décembre, Culdoe plaidait pour Laigneau : voici comment 
il s'exprimait au sujet de notre échevin : « Combien que le demandeur 
[Louviers] feust marchant publique, et par ce tenu de paier ledit péage, 
neantmois le demandeur a persévéré d'avoir despens 9... » Ce « sire » faisait 
donc publiquement commerce de moutons et entendait jouir de ses préro- 
gatives pour frustrer le fisc ! 

Par sa famille, Nicolas appartenait d'ailleurs à un milieu de financiers et de 
drapiers parisiens, ayant fait depuis longtemps des placements en terres 
autour de Paris. 

Ainsi Jean de Louviers l'ainé, père de Nicolas, marchand et bour- 
geois de Paris, jouissait en 1402 d'une rente de 20 1. sur le fief de Clerbourg, 
à Hérouville, dont Jacques Péronne était le débiteur. Et ce Jean de Louviers 



I. Arch. Nat., KK. 1009, fol. 9. 

a, Arch. Nat., LL. 434', p. 29. Epitaphier des Innocents. 

3. Arch. Nat., Z' H 15. 

4. Arch. Nat., Z' H 14. 

5. Arch. Nat., S. 14612. Cf. S. 1448^, fol. 57. 

6. Bibl. Nat., P. orig. 1764. Cf. Arch. Nat., LL. 1560, fol. 6 v° ; A. Rey, op. cit. 

7. Arch. Nat., JJ. 202, n° 19, fol. 11 v", ap. A. Rey, op. cit., p. 12. 

8. Arch. Nat., X*' 4819, fol. 142 v°. 

9. .^rch. Nat , Z'f 24. 



320 FRANÇOIS VILLON, SA VIE HT SON TEMPS 

avait épousé Margot Buignet, fille d'Aublet Buignet, comme lui marchand 
drapier : il possédait une vigne à Saint-Prix '. Jean fut créé échevin, le 
17 avril 141 5 ^, dépossédé le 10 octobre de la même année, et rétabli en 
1418, après la rentrée à Paris des Bourguignons, dont il était partisan 3. Cet 
opulent drapier prêta serment à Jean-sans-Peur : il avait épousé, en secondes 
noces, Jeanne Clutin, fille de Henri Clutin, changeur du Trésor, et petite-fille 
de Hugues Clutin, un drapier; et sa veuve épousera, en 1443, Pierre des 
Landes qui devint maître général des monnaies du royaume 4. Jean de 
Louviers, le jeune, frère aîné de Nicolas, exerça la profession de drapier 
à Paris, entre 1434 et 1467; une de ses sœurs, Marguerite, épousa en pre- 
mières noces Raoul le Muet, marchand drapier, puis Jean Clerbourg, le 
maître des monnaies. Et Nicolas le Jeune, fils du légataire de Villon, fut 
pendant trois ans apprenti d'Arnaud Luillier, changeur sur le Pont, à Paris, 
puis reçut l'autorisation, le 26 août 1 461, de tenir un change comme « expert 
et souftisant oudit fait» ». On le retrouve notaire au Châtelet, puis exami- 
nateur ^^ enfin maître des Comptes, en 1468, au lieu de Nicolas son père, et 
enfin confirmé en 14707. 

Quant à Merbeuf, il faut l'identifier avec Pierre Merbeuf, drapier à Paris, 
rue des Lombards ^. 

Ce n'est pas par hasard, d'ailleurs, que Villon a associé dans sa satire 
Nicolas de Louviers et Merbeuf : ils étaient alliés. Ainsi on voit que le 
6 août 1462, au témoignage de Raoul le Muet, père et tuteur, drapier, sire 
Nicolas de Louviers, maître des Comptes, Jean Clerbourg, général des 
monnaies, Pierre Merbeuf sont dits « tous parens et amis de Jehan Muet, âgé 
de 24 ans, fils de Raoul et de feue Marguerite de Louviers », qui était placé 
hors de tutelle 9. 

Pierre Merbeuf était fils de Jean de Merbeuf, mort avant le 29 février 
1440 'o. On voit que, le 23 février 1440, il soutenait un procès au Châtelet 
contre Nicole de Sailly, clerc des Comptes". Le 5 septembre 1454, il est dit 
drapier et plaidait contre Lorens Laignelet. Le sujet de cette affaire pourrait 
servir à illustrer une scène de Pathelin. Lorens alléguait que le drapier lui 
avait promis une bonne houppelande neuve, en drap, de 12 écus : car Lai- 
gnelet avait sollicité pour Merbeuf dans un procès pendant au Châtelet entre 

1 . Cf. A. Rey, op. cit. 

2. Arch. Nat., KK. 1009, foL i V. 

3. Journal d'un bourgeois de Paris, p. 61. 

4. Cf. Arch. Nat.. X^" 4805, fol. 90 v". 

5. Arch. Nat.. Z'b 286. — Le 3 décembre 1461 il pa3-a l'amende à l'official pour avoir giflé 
J. Girault (Arch. Nat., Z 10/,). 

6. Arch. Nat.. Xi» 4807, fol. 212. 

7. Bibl. Maz., ms. 3055, notes de Du Fourny. — Il mourut au mois de juin 1472. 

8. Le nom de Merbeuf, localité située au diocèse d'Evreux, indique une origine normande. 

9. Ihid. 

10. Bibl. Nat., Clair., 765. 
ii.Iiid. 



APPENDICE 321 

les mégissiers et les drapiers, et il avait tant fait que ces derniers avaient 
obtenu gain de cause. Mais Merbeuf ne reconnaissait pas avoir promis la 
houppelande : sur quoi la Prévôté condamnait Lorens Laignelet à de raison- 
nables dépens '. Le 26 avril 1462, Pierre Merbeuf émancipait son fils Etienne, 
écolier à Paris, âgé de vingt ans^. Le 4 juin 1464, avec Simon de Rueil, 
avocat au Châtelet, il était exécuteur du testament de feu Renaud Mouchet, 
curé de Saint-Landry >. On le voit mentionné, le 4 mars 1471 (n. st.), avec 
Etienne Merbeuf dans un procès soutenu contre Pierre Bouquet 4. H était 
mort le 12 janvier 1475 > : car l'on voit sa veuve Michelle, et ses enfants 
Etienne, Andry, Pierre, Perrette et Jeanne, poursuivre un prêtre, Jean le 
Rouge, pour raison de 28 s. p. de rente qu'ils avaient droit de prendre sur 
une pièce de vigne dont le prêtre était détenteur. On voit que Merbeuf 
possédait, en 1457, des vignes au lieu dit la Fontaine, dans la censive du 
Temple ^. 

Le sens de la plaisanterie du huitain 92 du Gratit Testament est mainte- 
nant simple à comprendre. Villon entend se moquer de ces bourgeois qui 
veulent vivre comme des nobles. L'apanage de la noblesse était la chasse, en 
particulier la chasse où l'on fait voler l'oiseau, le faucon ou l'épervier. C'est 
pourquoi il dira de Merbeuf et de Louviers qu'ils sont « gens à porter esper- 
viers 7 » . 

Mais il ne suffit pas d'être homme à « porter épervier » pour s'entendre à 
faire voler l'oiseau : il y a la manière, qu'ignorent sans doute ces trafiquants. 
Aussi, comme les mauvais chasseurs, ils iront acheter leur gibier chez la 
Machecoue, qui était une rôtisseuse célèbre, la veuve d'Arnoulet Machecou, 
poulailler au Lion d'Or, en la Saunerie, proche le Châtelet ^. 

Un texte de l'Abusé en cour 9, poème datant du règne de Louis XI, ne laisse 
aucun doute sur le sens de cette plaisanterie traditionnelle, qui peut encore 
avoir quelque sel au village : 

« Ne passa plus gueres de jours, que mes conduicteurs me menèrent aux champs 
pour faire volter nostre oyseau. Et au partir de mon logis, vint Abuz à moy et me 



1. Arch. N.it., Y. 5252, fol. 118, 5 septembre 1454. 

2. Bibl. N;it., Clair., 765. 
5. Ihid. 

4. Arch. Nat., X'" 4815, fol 81 v°. 

5. Bibl. Nat.,Cl.iir., 764. 

6. Arch. N.it., MM. 155, fol. 16 v". 

7. Se j'ay, en bragardant tout beau, 
Dessus le poing aucun oiseau, 
Soit un terselet ou lasnier. 

Je suis gentilhomme nouveau : 

Oncques on ne veit tel faulconnier. 
(Monologue fort jiyeulx sur les femmes, dans Montaiglon, Anciennes poésies françaises, XI, 
p. 180). 

8. Voir la notice XVII. 

9. Œuvres conipUtes du Roi René. éd. Quatrebarbes, IV, p. m, 115. 

FRANÇOIS VILLON. — H. 21 



^21 FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 

dist : mon enfant, avant que tu montes à cheval, tu doies prendre aulcune quantité 
d'argent, soyent quatre, cinq ou six blancs, et la cause pourquoy te feray sçavoir avant 
que nous retournerons icy... 

Et en nous retraient se bouta Abuz en l'ostel d'une pouvre femme, en laquelle le 
Temps, mon gouverneur, prinst une poulaille, dont nous repeusmes nostre oyseau. 
Et voyant la poulie ja morte, me pensay que l'argent que me avoit fait prendre Abuz, 
fust pour celle poulie paier. Si le cuiday faire en ce point, dont me garda Abuz, et 
dit : Venez vous en, vous verrez à quoy l'argent nous servira. Or nous fist adressier 
nostre voye au loing de la poullaillerie, et illec me fist acheter une perdrix quinze 
deniers et la me fist mectre en ma gibecière, disant que c'estoit la coustume de plu- 
sieurs, lesquels assez souvent failloient à aulcune chose prendre. Et ce faisoicnt pour 
deux pointz : l'ung est afin que ceulx fussent tenus pour maistres, tans en la façon de 
l'oyseau comme au gouvernement et suite des chiens ; et l'autre estoit pour tousjours 
soy entretenir en grâce de la court ou d'aulcuns dont ils pensent estre portez et 

soustenus... » 

« 

Pourquoi Villon dit-il maintenant que Louviers et Merbeuf ne sont « nj 
vachers ni bouviers » ? C'était là d'abord une façon d'insinuer qu'ils n'étaient 
pas des gens de rien (ils sont fort riches), et par conséquent une ironie 
visant leurs prétentions à vivre comme des nobles : 

Et sont venus de povre gent 

Les plusieurs de bon lieu. 

On les congnoist trop, de par Dieu : 

L'ung est sailly de vacherie. 

L'autre sorty de porcherie, 

L'autre fut filz d'un charretier 

a dit Eloi d'Amerval '. 

Mais il y a lieu de croire, puisque malgré ses fonctions financières, 
Nicolas de Louviers faisait un commerce public de moutons, qu'il était issu 
d'une race de drapiers, que Merbeuf était drapier lui-môme, et que la plaisan- 
terie sur le titre de vacher est bien plus amère. 

Car on voit que ces gros drapiers devenaient facilement des usuriers : 
et Nicolas de Louviers a cherché à frustrer le fisc. Le 27 octobre 1456^, 
l'un de ceux-là, riche bourgeois de Paris, Casin du Ploich, était pour- 
suivi devant le Parlement pour un contrat usuraire et frauduleux. Quand 
ce marchand drapier vendait du drap à des gens de village, il le faisait à 
terme : ainsi les pauvres gens payaient 20 ou 22 sous ce qui en valait 10. 
Puis, quand le terme était passé, il les faisait exécuter par un sergent, 
nommé Haquinct, qui était son cousin. Pour éviter d'être exécutés, les gens 
du village lui cédaient alors leur vache : « Et acheté le défendeur lesd. vaches 
à Paris, sans les veoir ne scavoir se les vendeurs en ont, les aucunes ij escuz, 

1. Grant DeaUerie. 1. II, cli. 37. — Vacher s'opposait naturellement à gentilhomme (Farce 
de Pernet dans Y Ancien théâtre français, p. 199 : Je suis fils de vache (Ihid., p. 400). 

2. Z'f 20, fol. 105. 



APPENDICE 323 

les autres xl s. et les autres xxxij s. seulement ; et si fait paier aux ven- 
deurs le brevet et le vin au marché ; et le seurplus paie partie en drap, qu'il 
vend la moitié plus qu'il ne vault, et le surplus en argent... ». Alors l'usurier 
laissait la vache en louage au vendeur, avec faculté de la lui racheter en 
payant le principal, le louage et le drap par dessus le marché ! 

Par ce moyen Casin du Ploich, drapier, pouvait avoir en même temps 
de trente à quarante vaches : c'était donc là une usure couverte. 

Quand Villon dit de Louviers et de Merbcuf, tous de famille de drapiers, 
ou drapiers eux-mêmes, qu'ils ne sont ni « vachers ni bouviers », on peut 
se demander s'ils ne pratiquaient pas cette façon d'usure ? 



XVI. — PIERRE DE ROUSSEVILLE, Concierge de Gouvieux, 
ET LE PRINCE DES SOTS 

La seconde partie du huitain 34 des Lais est difficile à entendre : 

Quant au concierge de Gouvieulx, 
Pierre de Rousseville, ordonne, 
Pour le donner entendre mieulx, 
Escus telz que le Prince donne. 

Quel est ce « Gouvieulx » ? Qui est Pierre de Rousscvillc ? Quels sont 
ces écus que le prince délivre ? 

Gouvieux ' est un village du Valois, proche de Chantilly, sur le chemin 
de Paris allant en Picardie, assis sur le bord d'un étang qu'une chaussée 
traversait. Le droit de « travers » avait été acquis par Charles V, ainsi que 
l'étang. Et dès lors il y avait eu un concierge à Gouvieux. Mais le Valois 
demeura ravagé et ruiné, après 141 5 et pendant la guerre anglaise. En 1441 
toutefois se présenta un locataire de la chaussée et de l'étang pour douze 
ans : Jean Houel, écuyer. Ce fut au cours de ce bail que l'on voit Pierre de 
Rousseville commis comme concierge. Or, pendant ce temps, Pierre Houel 
fut enlevé dans le Perche par les ennemis. Gouvieux n'était plus qu'une 
ruine, en 1450 ; et l'on voit les religieux de Chaalis déclarer que « le conduit 
de la chaussée de Gouvieux leur avait donné de beaux revenus, tant que le 
commerce avait été libre et prospère; mais que, depuis le sacre du roi, il ne 
rapportait plus rien, parce que les marchands n'osaient plus s'aventurer sur 
les routes ». Le bail de Houel expira en 1453 : une commission des maîtres 
des Eaux et Forêts visita le vivier et ses dépendances en présence de Pierre 
de Rousseville, concierge et garde de l'étang. Le domaine était alors « en 



I. Ce point a été parfaitement établi par M. A. Rey : Pierre de Roussei'ille et le concierge de 
Gouvieulx dans le Moyen Age, mai-juin 1906. 



324 FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 

bien grant ruyne et décadence », l'étang rempli de joncs, de terre et d'or- 
dures : il fallait faire des réparations urgentes « esdits hostel royal et 
conciergerie ou autrement décherront et viendront en totale ruyne et démo- 
licion »'; il convenait surtout de rétablir les couvertures des bâtiments. 

Qiie pouvait valoir la « conciergerie » de cette masure au temps où Villon 
écrivait ses Lais} Quel pauvre homme que ce concierge d'une maison sans 
toit ! Ainsi Gouvieux devint motif d'une plaisanterie de M<= François, au 
même titre que Nigeon, Bicêtre, la tour ruinée Billy. 

Pierre de Rousseville était-il le notaire parisien du Châtelet en 1452 ^P 
Quoi qu'il en soit, il avait des attaches à Paris. Le 18 juillet 1455 un Pierre 
de Rousseville était en procès au Parlement, où il appelait d'une sentence du 
prévôt de Paris contre Germain Levesque et Jacqueline sa femme 5 : il fut 
condamné le 21 février 1461 (n. st.) 4. 

A ce pauvre concierge, dont l'office devait être considérée à Paris comme 
misérable proverbialement, Villon fait donc ce legs désastreux : il lui laisse 
des écus, comme le Prince en donne ! Mais ce prince-là n'est pas le roi 
Charles VII : c'est un autre prince, qui figure au h. <)G du Testament : le 
Prince des Sots. 

C'était, en 145 1, Guillaume Gueroust, chargé d'organiser les représenta- 
tions théâtrales. Ainsi, à la nouvelle de la prise de Bordeaux, le roi 
Charles VII avait demandé des processions à ses bonnes villes, des actions 
de grâce. Le prévôt des marchands, les échevins, les bourgeois, les sergents 
de la ville assistèrent à la procession de Sainte-Geneviève, le 6 juillet : on 
alluma des feux de bois devant l'Hôtel de Ville. Quant à Guillaume Gueroust, 
Prince des Sots, il reçut sur le compte de M^ Jean Luillier, receveur des 
Aides de la ville, la somme de 22 s. p. « pour supporter les frais, pour faire 
l'histoire des neuf preux et du roi notre sire sur un échafaux, à Petit-Pont, 
durant que la procession generalle passoit pour aller à Sainte-Geneviève >. » 
Ce prince des Sots, à Paris, était donc un personnage officiel chargé d'orga- 
niser les réjouissances publiques. C'était, au demeurant, un clerc de la muni- 
cipalité : le 20 mai 1437, il recevait par exemple 6 s. p. pour « avoir 
grossoyé en papier et mis au net les visitations des chaussées pour bailler 
à M= Guillaume, commissaire <>. » 

Mais ce n'était pas son seul office ; en fait, le prince exerçait une royauté 
burlesque. Ainsi on voit que les compagnons de Coulommiers élisaient un 
personnage propre à tenir cet office de Prince des Sots et lui déléguaient le 

1. D'après Afforty, XXI, 448, ap. Rey, p. 128. — L'étang, qui est dit plein de carpes et de 
brochets, appartenait à l'abhaye de Saint-Denis en 1469 (Arch. Nat., X'" 8311, fol. 94 v" ; 
Bibl. Nat., fr. 5265, 19 août 1484, Reg. du Conseil : l'étang appartiendra désormais à l'abbé, 
comme avant sa réunion au domaine). 

2. A. Longnon, Etude biographique, p. 106; Sauvai, III, p. 351. 

3. Arch. Nat.. X'' 8305, fol. 341 v°. — Le 26 juin 1459, l'^ff^^r^ était reçue à juger (Arch. 
Nat., XI' 8306, fol. 143 v°). 

4. Arch. Nat., X*' 8854. 

5. Bibl. Nat., n. acq. fr. 3243. fol. lo-ii. 

6. Arch. Nat., KK. 408, fol. 218 v° (7' compte de la ville de Jean Luillier). 



APPENDICE ^25 

pouvoir de convoquer, entre autres la veille des Rois, les jeunes gens, ses 
sujets, qui promettaient de garder ses ordonnances. Ceux-ci se déguisaient, 
se noircissant la figure, se coiffaient de vieux bonnets garnis de plumes, ayant 
en écharpe une bride de cheval, portant un cpieu ou une trompe de chasse, 
un bras couvert et l'autre nu, une estrille au derrière '. Les délinquants, le 
Prince les condamnait à être jetés dans la fosse du Prince, qui était au Saut 
du Moulin, sur le Grand-Morin ; à d'autres, on faisait le simulacre de leur 
couper la tête, en figurant sans doute le billot avec un seau d'eau : les 
défaillants, le prince les faisait requérir au son d'une trompe de bois -. On 
retrouve là une copie burlesque de l'office de la royauté. 

Or, on sait qu'à leur joyeuse entrée dans les villes, les rois avaient coutume 
de faire jeter dans la foule des pièces d'argent qui provoquaient des acclama- 
tions. Il est vraisemblable de penser que le Prince des Sots agissait de même. 
Mais les écus qu'il distribuait devaient être des pièces de carton par 
exemple, ou des rondelles de bois. Ce sont ces écus-là que Villon lègue à 
un pauvre concierge royal, logé dans un hôtel sans toit, et dont la misère 
devait être légendaire à Paris. 

Cest encore au Prince des Sots que Villon fera le legs d'un bon fou : 
Michault du Four?, ce sergent à verge du Châtelet, en 1457, qui participa à 
l'enquête sur le vol du collège de Navarre. Or, selon notre charitable auteur, 
c'était là un personnage stupide, disant de bons mots et chantant, sans doute 
de façon ridicule, la chanson « Ma douce amour » : 

Il aura, o ce, le bonjour 4 ; 

Brief, mais qu'il fust ung peu en point 5, 

Il est ung droit sot de séjour f' 

Et est plaisant ou il n'est point. 

\'illon n'appréciait pas la gaîté officielle du clerc de la Municipalité. 



XVII. — LA MACHECOUE, Poulaillère 



Ce fut une riche rôtisseuse, veuve d'Arnoulet Machecou, en 1438. Elle 
se nommait Jacqueline et vendait ses poulailles, non loin du Châtelet, en la 
Sauner ie, au Lyon d'ori. 

Cette maison était fort connue, sans doute, dans son genre, la première du 
Paris d'alors. On y trouvait à foison chevreaux, poussins, pigeons et oisons. 

I. Arch. de l'Aube, G. 4183. fol. 178-198. — 2. Arch. Nat., JJ. 195, p. 775. 
}. T., V. 1079. — 4- ^'sn. On disait un donneur de bonjour. 
5. C'était donc quelque maigre personnage. — 6. Un singe. 

7. A. Longnon, Paris pendant la domination anglaise, p. 262. — On trouve les variantes 
Machico, Macheco, Macheclou, Machecoul. 



32é FRANÇOIS VILLON. SA VIE ET SON TEMPS 

C'est ainsi qu'en 1427 on voit Arnoulet Machecou donner quittance de 5 che- 
vreaux, à 12 s. p., pour le repas du 6 mai que le collège des notaires du roi 
donnait à ses membres au couvent des Célestins ; l'année suivante, il fournit 
quatre chevreaux, trente-deux poussins et même nombre de pigeons '. Sa 
veuve, Jacqueline, reprit sa maison après 1438. Elle était riche d'ailleurs et 
possédait à Paris plusieurs maisons et des granges ^ ; des vignes à Mont- 
martre 5. Elle exerçait encore en 14574. 



XVIII. — NOTE SUR GUILLAUME CHARRUAU 



On n'a que des notions très confuses sur ce personnage. Peut-être qu'il a 
existé deux homonymes ; peut-être Guillaume Charruau a-t-il exercé deux 
fonctions distinctes ? Quoi qu'il en soit, on trouve qu'un certain Guillaume 
Charruau fut grenetier du grenier à sel, à Etampes, en 1447: il semble 
avoir exercé cette fonction jusqu'en 1464, oij Philippe le Père figure à sa 
place 5. 

Ce ne doit pas être là le personnage visé par Villon, puisqu'il est qualifié 
de maître. On trouve un Guillaume Charruau, parisien, qui fit ses études 
en même temps que Villon, avec une bourse élevée, puisqu'elle se montait à 
7 s. 2 d. quand il passa le baccalauréat es arts, en I4;!i8 6; il était reçu licencié 
en 1449 7. On voit encore que le i^'' janvier 1463 (n. st.), le conservateur 
de l'Université d'Orléans appelait d'une sentence rendue au profit de Guil- 
laume Charruau, licencié en lois**. Voilà sans doute le personnage qui put 
être l'avocat de Villon. Suivant une lettre de rémission, il est question d'un 

1. Arch. N.it., V2 76. 

2. En 1441, la Sainte-Chapelle prend 155. p. sur l'hôtel de la Grant Bannière de Bretagne, 
rue Saint-Denis, en face du chœur de Sainte-Opfortune, qui lui appartenait (Bibl. Nat., 
fr. 22392, p. 32); le II février 1445 (n. st.), Jean Vaillant, orfèvre, demandait 12 1. p. de rente, 
pour les arrérages de deux maisons en la Saunerie dont la veuve Machecoue était propriétaire 
(Bibl. Nat., Clair., 765); en 1457, elle occupait une grange rue Neuve-Saint-Laurent, du côté 
des égouts, ainsi qu'une maison et un jardin (Arch. Nat., S. 1461'-*, cens, de Saint-Martin-des- 
Champs); en 1458, une maison lui était louée à la Porte de Paris, censive du Temple (.\rch. 
Nat., MM. 135, fol. 73 v°) : elle tenait d'une part à Ylmage 5" Catherine et de l'autre à 
l'épicier, devers le Ch.âtelet. En 1459, <^^tte maison est dite échue à Monseigneur le comman- 
deur du Temple, et fut louée à son profit (Arch. Nat.. MM. 137, fol. 58). 

3. Arch. Nat., H. 4002. 

4. Le 20 août 1457, elle est mise à l'amende de 4 s. p. pour avoir eu un pigeon « mezel », 
c'est-à-dire avarié, contre les ordonnances (Arch. Nat., Y. 5232). — Le 3 juillet 1462, on 
trouve un Mathieu Machecou, huissier au Parlement, qui fut destitué le 18 février 1464 
(n. st.) et remplacé par Jean du Corps (Bibl. Nat., Dupuy 250). 

5. Bibl. Nat., fr. 325 n, 9° compte de Xaincoins; i"' compte de P. Jobert. — On trouve 
un Guillaume Charruel, vicomte de Valognes et receveur des Aides pour la guerre à Cau- 
debec, entre 1381 et 1408 (Bibl. Nat., P. orig. 694). 

6. Bibl. de l'Université ms. n" i, f. 8. 

7. Ibid., fol. 102. — C'était peut-être le fils du grenetier d'Etampes ? 

8. Arch. Nat., X'^" 93, fol. 13. 



APPENDICE 327 

certain Perrinnet Charruau, jeune homme qui fut tué sous les fenêtres de 
son père, dans une rixe, par un nommé Olivier Bertin, homme de guerre 
« de la charge » de Tristan l'Hermite. L'homme de guerre, ainsi que ses com- 
pagnons, s'était mis à l'abri des poursuites en obtenant une lettre de pardon 
de la Chancellerie, et il offrait à Charruau de le satisfaire : « Mais icellui Char- 
ruau, qui est vindicatif, n'y a voulu, ne veult entendre, ains s'est venté et 
vente que, s'il devoit despendre tout ce qu'il a vaillant, il les fera pendre et 
mourir en prison » ; et il demandait aux soldats de Tristan une satisfaction 
excessive : on donne l'ordre de la modérer -. 

Il se peut que ce trait concerne encore le légataire de Villon. 



XIX. — NOTE SUR PERRINET MARCHAND, Sergent de la 

DOUZAINE AU ChATELET 



Il s'appelait en réalité Pierre Marchand, dit de la Barre, et était sergent à 
verge de la douzaine du roi au Châtelet. Pierre de la Barre (son père sans 
doute) demeurait, en 1431, dans une maison de la rue au Maire, dans le 
quartier Saint-Martin, et qu'acquit plus tard Pierre Marchand 5. 

En 1471, Pierre Marchand fait emprisonner par un sien ami, Renaume, le 
sergent à cheval au Châtelet, Guillaume du Vivier, sergent au bailliage de 
Touraine, à propos de 50 écus que la Barre devait à son hôte 4. En 1487, il 
donne à rente à Marie la Facière une maison rue au Maire ; une masure 
ou place vide, rue des Gravilliers, à Pierre Fumée, conseiller au Parlement 5. 
D'après un compte de Saint-Martin-des-Champs, en 1485 il possédait sa 
propre maison rue au Maire, qu'il avait achetée en 1475 ^^ Guillaume 
Godefroy, curé de Mesnil-Madame ; rue Chapon, un jardin qui avait 
appartenu à Mathurin Lalement; rue des Gravilliers, des rentes sur une 
maison, de Jean Bleau ; sur une autre encore qui appartint à Gaultier Hubert ''. 

En 1488 Pierre Marchand est toujours dit sergent à verge 7. 

En 1491, il transportait une rente, sur sa maison de la rue au Maire, à 
Guillaume Guillebert, curé de Saint-Benoît, « pour la grant et bonne amitié 
que ledit Marchant a audit M^ Guillaume, et aussi pour et en recongnois- 
sance de plusieurs grans plaisirs et curialitez qu'il luy a f;xiz le temps passé, 
en maintes manières, espérant que encore face le temps advenir » /. 

Il était mort en 1493 **. 



1. Arch. Nat., JJ. 188, p. 158, ad a. 1459 ' 

2. Arch. Nat., S. 1^97 a, 1598, cote 75, 1448'% fol. 11 v", 40 v°. 

}. Arch. Nat., X^» 39, 16 décembre 1471. — 4. Arch. Nat., S. 898, 1388, cote 75. 
5. Arch. Nat., LL. 1386. — 6. Arch. Nat., Y. 5266, fol. 7. 
7. Arch. Nat., S. 898. — 8. Ibid. 



328 FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 



XX. ~ PIERRE BASANIER, Examinateur au Chatelet 



Honorable homme M^ Pierre Basanier, examinateur au Chatelet, notaire 
du roi, puis greffier civil et criminel de la Prévôté de Paris, était né en 
1430 '. On le trouve notaire au Chatelet, dès 1454 ^. Le 8 avril 1462 
(n. st.), il achète une maison à François Wit, verrier, rue de la Verrerie, à 
l'enseigne du Cygne Navré, pour le prix de 110 1.; maisi elle fut mise en 
criées pour 1,800 1. t., et Pierre Basanier, qui y fit opposition, élut domicile 
en son hôtel, près de la Pierre-à-Poisson, proche le Chatelet 3. 

Il paraît avoir rencontré quelques traverses dans sa carrière. En 1462, 
on le représente comme l'ennemi du prévôt de Corbeil, et on l'accuse de 
favoriser certains criminels au Chatelet 4. Le 26 août 1463, il était condamné 
par défaut dans un procès qu'il avait avec Jean Poupon, le receveur des 
amendes >. 

Pierre Basanier avait épousé Jeanne Balay, qui mourut avant le 1 3 dé- 
cembre 1463^. On voit qu'il était parent de Guillaume Boucher, l'exami- 
nateur, qui sera tuteur de ses enfants, avec son frère, Simon Basanier, pro- 
cureur au Chatelet, Un Jean Basanier, également procureur au Chatelet, 
avait épousé Catherine Perdrier (-}- 146e), fille de Guillaume Perdrier, cî 
sœur de Jean et François, que Villon nomma ses « compères » 1. 

Quant à Pierre Basanier, il mourut aux environs de 1467 **. Son fils 
Blanchet, qui lui succéda au Chatelet comme notaire, tourna mal et fut 
destitué le 16 février 1478 (n, st.) 9 : le 2 mars 1482 (n. st.) il était accusé 
d'avoir fabriqué de la fausse monnaie 'o. 



XXL — NOTE SUR JEAN MAUTAINT, Examinateur 
AU Chatelet 

« Honorable et sage homme maistre Jehan Mautaint » était notaire du roi 
au Chatelet dès 1440 ".En 1452, on le trouve voyageant à Harfleur, en 

1. Bibl. Nat., Clair., 763, 5 juin 1445. 

2. Arch. Nat., Y. 5232, fol. 45 (signature autographe). 

3. Arch. Nat., S. 3401. — 4. Arch. Nat., X*' 32, 13 août 1462. 

5. Arch. Nat., Z' f 25. 

6. Bibl. Nat., Clair., 763. 

7. Arch. Nat., LL. 458B (Epitaphier des Innocents). 

8. Bibl. Nat., Clair., 764, 6 octobre 1467. — 9. Bibl. Nat., Clair., 764. 

10. Arch. Nat., Z<b 30. 

11. Arch. du duc de la Trémoïlle. 



APPENDICE 329 

compagnie de Gaucourt ■. Le 5 mars 1454, il est dit examinateur au Châ- 
telet ^ : c'est en cette qualité qu'il fut chargé d'informer sur le vol du 
collège de Navarre. Le 17 juin 1467, il était mis en procès par Jacques 
Fournicr, conseiller au Parlement 3. 

Jean Mautaint mourut le 19 avril 1479, à 4 heures du matin : le 27, 
M^ Jean PouUet était institué examinateur à sa place4. Le 20 décembre, sa 
femme, Jeanne Asselin, était morte également >. 

Jean Mautaint avait du bien ; mais il n'aimait pas à payer ses dettes, 
suivant une coutume qui semble répandue parmi les fonctionnaires du 
Châtelet. C'est ainsi que le 18 janvier 1461 (n. st.), le chapitre de Sainte- 
Opportune protestait à l'occasion de quelques arrérages dus par lui sur une 
certaine maison 6. A Paris, il demeurait rue Simon-le-Franc, à l'enseigne de 
la Cognée, en 1471 t : c'est déjà dans cette maison qu'il avait élu domicile, 
le 9 avril 1470, tandis qu'il s'opposait à la criée des biens de Charles de 
Melun^. Ainsi que sa femme, Jean Mautaint laissa à Saint-Merry une 
fondation de deux messes basses, d'un cierge et d'un De profiiiidis, un 
calice d'argent, un missel, une chasuble avec aube, amict, étole, nappe et 
corporaux : il avait légué aux marguilliers, pour assurer cette donation, ses 
maison et jardin du faubourg Saint-Denis 9. 

L'exécuteur de son testament fut Guillaume de Ganay, avocat au Parle- 
ment, que l'on voit condamné, le 19 août 1480, à payer aux notaires les 
inventaires faits chez Jean Asselin, beau-père de Mautaint. 



XX. — NOTE SUR NICOLAS ROSNEL, Examinateur 
AU Chatfxet 



On le trouve examinateur au Châtelet dès l'année 145 1 '°, où, avec 
Guillaume de Culant, il s'occupait d'acheter du bétail en Brie ; car on en 
manquait alors à Paris ". Le 9 mars 1462, on voit qu'il plaidait contre Jean 
Mahé (TOrfèvre de bois de Villon) '^ 

Le 27 novembre 1454, Nicolas Rosnel avait épousé Marguerite, veuve 
d'Etienne Andoze, qui avait du bien à Moret ■'. H vivait encore le 23 avril 
1467, et s'était remarié avec Marguerite Tardive "4. 

1. Bibl. Nat., fr. 32511 (10' compte d'Etienne de Bonney). 

2. Arch. Nat., X*' 8854 ; Y. 5232, 20 août 1454. 

3. Bibl. Nat.. Clair., 764. — 4. Ibiti. — 5. Ibid. 

6. Arcli. Nat., LL. 587, fol. 70 v°. — 7. Arch. Nat., H. 3462. 

8. Arch. Nat., X'' 4811, fol. 344. — 9. Arch. N.it., X'" 4822, fol. 200. 

10. Arch. Nat., S. 51148 (signature autographe). 

11. Sauvai, III, p. 350. 

12. Arch. Nat., X'° 4807, fol. 221. 

15. Arch. Nat., Y. 5252. — Bibl. Nat., Clair., 763. 
14. Bibl. Nat., Clair., 764. 



330 FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 



XXIII. — JEAN DE RUEIL 



Le vers 1365 du Testament donne ainsi le nom de ce personnage, suivant 
les leçons AGI ; suivant F, on devrait lire Reynel, plus heureux pour la 
rime. M. A. Longnon, qui dans l'édition de 1892 avait publié ce vers : 

Prins sur maistre Jehan de Rueil 

a cru devoir le corriger dans l'édition de 191 1 : 

Prins sur maistre Jehan de Reynel, 

Evidemment Villon a un grand souci des rimes : mais Jehan de Reynel 
est un personnage inconnu ', tandis que le nom de Jehan de Rueil nous 
désigne un légataire parfaitement identifiable, et nous fournit même une 
excellente plaisanterie pour le sens du huitain. Enfin, c'est une règle presque 
absolue de la critique du texte de Villon, qu'il convient de grouper dans nos 
identifications les personnages d'un môme milieu, comme ils le furent dans 
la pensée du poète : Jean de Rueil doit donc appartenir au milieu du Châtelet, 
comme Basanier, comme Mautaint, comme Rosnel, comme Robert d'Estou- 
teville, nommés également dans le huitain 128. On ajoutera que la correction 
Reynel va contre la leçon commune et s'appuie sur l'autorité d'un seul 
manuscrit. 

Les Rueil appartenaient à une riche famille parisienne, qui sera anoblie ; 
mais elle a ses attaches au Châtelet, ses relations et ses alliances parmi le 
haut commerce parisien, les Riou, les Merbeuf : Villon ne l'ignora pas. 

Jean de Rueil l'aîné, sans doute le fils d'un autre Jean de Rueil, décédé 
avant 1437^, était licencié en lois et auditeur au Châtelet en 1461 3. Il fut 
tour à tour conseiller du roi, secrétaire, échevin de Paris 4, lieutenant de la 
^Prévôté, seigneur de Vaux près Argenteuil, puis anobli. Il mourut en 1491 s. 

Jean avait épousé Jeanne Piedefer, fille de Jacques, qui fut avocat au Par- 
lement et au Châtelet 6. 

1. Un Jean de Rinel est dit conseiller de Henry VI en 1432 (Denifle et Châtelain, Chartula- 
rium Universitatis Parisiensis, IV, p. ^37.) Mais on ne voit guère ce personnage dans la géné- 
ration des légataires de Villon. 

2. Arch. N.it., S. 1461'''. — Il est question d'une maison, rue du Cimetière Saint-Nicolas, 
censive de Saint-Martin -des-Champs, qui fut aux hoirs Jean de Rueil. — Jeanne de Rueil eut 
une maison rue des Gravilliers, au Soleil (Jlnd.) ; une Denise de Rueil demeurait rue Quin- 
campoix, aux Trois saulcières {Ihid.). 

3. Arch. Nat., X'" 1484, janvier 1461 (n. st.); Bibl. Nat., fr. 23328. 

4. En 1485 (Arch. Nat.. KK. 1009, fol. 11 v°). 

5. Epitaphe des Innocents (Bibl. Nat., P. orig. 2591, notes de Du Fourny). 

6. Bibl. Nat., fr. 4752 (généalogie du xvi' siècle). 



APPENDICE 331 

Son fils, Jean de Rueil le jeune, le remplaçait comme auditeur dès 1489. 

Les Rueil étaient riches, puisqu'en 1490, le père et le fils se constituaient 
acheteurs de biens pour 200 écus envers Jean le Lièvre'. Jean de Rueil eut 
pour frère Thibaud de Rueil, l'orfèvre, qui émancipait son fils, âgé de 25 ans, 
en 1467 ^; il eut pour sœur Jeanne, qui épousa Guillaume Rabâche, égale- 
ment orfèvre, d'une famille alliée avec celle de Jean Riou 3 : elle demeurait rue 
des Gravilliers, au 50/^/74. Simon de Rueil, qui fut avocat au Châtelet, audi- 
teur en 1442, et que Jean remplaça en 1462 5, était son frère ou son oncle : 
il mourut en 1478 et on le voit, avec Pierre Merbeuf, une autre victime de 
Villon, exécuteur du testament de Renaud Mouchet, curé de Saint-Landry, 
mort en 1464^. Pierre, l'épicier, décédé en 1473, était frère de Jean de Rueil : 
il avait épousé Catherine Ravisse dont il eut trois enfants : 1° Isabeau qui 
épousa Guillaume de Laillier, puis Guillaume le Maçon ; 2° Pierre, dit cousin 
de Jean de Rueil, qui fut comme lui échevin de Paris en 1494; 3° Jean". 

Voici comment un avocat au Parlement de Paris s'exprimait au sujet de 
ce personnage, le 15 mars 1473 ("• st) ^ : 

« Breban, pour les appellans... dit que feu Pierre de Rueil, en son vivant 
estoit notable marchant, bien renommé, et que ou fait de sa marchandise ne 
autrement ne fut oncques reprins ; et avoit accoustumé de baillier à pluseurs 
gens, marchans et autres, de ses marchandises à créance, et faisoit tout escripre 
en son papier... Et mesmement feu (jilles Bachelier, espicier, prenoit leans 
plusieurs denrées d'espicerie et par longtemps ; et estoit escript ce qu'il 
prenoit, et le pris, oud. papier... ». 

Nous possédons maintenant les éléments nécessaires pour comprendre la 
plaisanterie de Villon. 

S'il lègue à Mautaint, à Basanier et à Rosnel, 

De girofle plain un panier 

Prins sur maistre Jehan de Rueil, 

c'est que Mautaint, Basanier et Rosnel, tous officiers du Châtelet, avaient 
quelque chose à voir avec Jean de Rueil, auditeur des causes de cette juri- 
diction ; c'est aussi p^rce qu'on payait à monsieur l'auditeur des épices9, 
d'où le don du panier de girofle ; c'est enfin parce que Jean de Rueil était riche, 
que son frère exerçait un gros commerce d'épicerie. 
Et cette plaisanterie-là vaut bien une rime imparfaite. 

1. Bibl. Nat., P. orig. 2591. 

2. Ihid. 

3. Jean Riou est subrogé tuteur de Claude Rabâche, sa fille, le 23 février 1480 (Bibl. Nat., 
P. orig. 2591). 

4. Arch. Nat., S. 14612. 

5. Bibl. Nat., fr. 25328. 

6. Bibl. Nat., P. orig. 2591. 

7. Bibl. Nat., Clair., 764, 26 juin 1479, 21 novembre 1482, 16 octobre 1488. 

8. Arch. Nat., X'" 4814, fol. iio. 

9. 11 y avait à la Chambre des Comptes un « trésorier payeur des épices » (Bibl. .Maz., ms. 
3035, fol. XI, Notes de Du Fourny). 



332 FRANÇOIS VILLON. SA VIE ET SON TEMPS 



XXIV. — VIE DE MARTIN DE BELLEFAYE 
Lieutenant criminel du Prévôt 



Martin de Bellefiaye appartenait à une famille parisienne ayant donné plu- 
sieurs de ses membres au Châtelet et au Parlement. Il était fils de Pierre de 
Bellef^iye, conseiller au Châtelet, et de Guillemette de Fleury, qui mourut 
avant le 24 avril 1437 (n. st.), laissant trois enfants mineurs : Michelle, 
Martin et Guillemin '. Ils reçurent pour tuteurs Pierre de Bellefaye, Jean 
de Fleury, leur aïeul maternel, Guillaume de Cossert et Gilles de Fleury,. 
leur oncle, avocat au Châtelet : Evrard de Chantcprime était leur oncle 
maternel. Le 22 avril 1439, Martin renonçait à la succession de son père^; 
il est dit enfant mineur, le 23 octobre 14473. Le 6 mai 1454, on le trouve 
avocat au Châtelet et requérant le gouvernement de sa personne 4 : au 
témoignage de Jean de Vaudetar et de Simon de Coffret, cousin paternel, 
il fut mis hors de tutelle. 

Martin de Bellefaye était donc de l'âge de Villon ; par sa famille, il tou- 
chait aux Vaudetar et aux Chanteprime. Il devait faire au Châtelet une 
rapide carrière puisque, le 16 juin 1458, on le trouve commis par l'ordre du 
prévôt à l'office de lieutenant criminel 5 : il suppléait le prévôt dans cet 
office, si considérable, déjuger les malfaiteurs de France '^\ 

Ce n'était pas un homme inhumain : il entendait la plaisanterie puisqu'on 
voit que, le 8 juillet 1460, le Parlement fiiisait une information « contre des 
excès commis par M'= M. de Bellefaye... et ses sergents qui ont voulu jouer 
une farce devant le Châtelet, malgré les huissiers de la cour du Parlement » 7. 
Mais Martin de Bellefaye devra abandonner son office dans le grand change- 
ment d'administration qui se fit au début du règne de Louis XI : le 
16 février 1462, il sera remplacé par Pierre de la Dehors, comme Villiers 
de risle-Adam remplacera Robert d'Estouteville ^. Alors il passa au Parle- 
ment, où il fut reçu conseiller laïc à la place de M^ Nanterre, nommé premier 
président : Martin de Bellefaye est dit à cette occasion bachelier en lois et 
licencié en décret 9. Il faisait partie également de l'échevinage, en même 
temps que Denis et Jacques Hesselin '°. Le 19 janvier 1463, Martin de 

I. Bibl. Nat., Clair., 763. — 2. Ibid. — 3. Ibid. 

4. Ibid. Arch. Nat., Y. 5232. 

5. Bibl. Nat., fr. 21388, 25328. 

6. Desmaze, Le Chàtciet de Paris, p. 97 et s. 

7. Bibl. Nat., Dupuy, 250. 

8. Voir page 385. 

9. Arch. Nat., X^" 1484, fol. 227, 26 février 1462, n. st. 

10. Le II août 1461, on voit qu'il prend part à l'élection de deux nouveaux échevins (Arch. 
Nat., Z'h 15). 




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APPENDICE 333 

Bellefaye était commis par le roi pour siéger dans le procès de Dammartin ' ; 
le 4 septembre 1464, avec Jean Bezon, pour juger le débat entre les greffiers 
du haut et du bas au Châtelet^ Le 7 février 1465 (n. st.), on voit qu'il 
adressait une requête pour être payé de ses vacations ; il était allé « ajourner » 
le duc d'Alençon, traître pour la seconde fois, à comparaître, et mettre ses 
terres en la main du roi 3. En 1466, le roi Louis XI le charge d'une mission 
assez importante auprès des gouverneurs d'Epinal 4. Mais Martin devait pâtir 
de tous les changements de règnes : il était destitué et emprisonné en même 
temps qu'Olivier le Daim, et après l'arrestation de l'âme damnée de ce 
dernier, Daniel Bart >'. 

Le 17 juin 1495, on voit toutefois Martin de Bellefiiye résigner son office 
à cause de son grand âge et prier le Parlement de recommander au roi 
son fils Robert, afin qu'il lui succédât 6. 

Il mourut seigneur de Ferrières en Brie, en 1502, et fut enseveli à Saint- 
Germain-l'Auxerrois ". Martin de Bellefiiye a donc pu lire, comme nous, 
dans les imprimés qui se succédèrent après 1489, que Villon l'avait établi 
exécuteur de son Testament. Et, autant que nous le connaissons, Martin, 
l'ancien protecteur des basochiens, dut en rire. 

Outre la seigneurie de Ferrières, Martin avait des terres à Crétcil **. Le 
29 juillet 1466, il était ensaisiné de la maison de la Belle Image, rue des 
Poulies (entre la grand'rue Saint-Honoré et la place du Louvre), non loin 
de Saint-Germain-l'Auxerrois : cette vente lui fut modérée de 60 1. à 40, 
par grâce spéciale 9. 



XXV. — JEAN DR CALAIS, Notaire au Chatelf.t 



Une règle de la méthode à appliquer à Villon, c'est l'obligation de 
tenir compte de la place où il nous a nommé ses personnages : voilà un 
point de vue que Marcel Schwob a admirablement illustré, entre autres en 
découvrant la personnalité véritable de Jean de Calais '«. 

Ainsi, dans le Testament, Villon parle d'un Jean de Calais, à qui il confie le 
soin de gloser et de commenter ses legs. On avait de suite trouvé un Jean de 

1. Conimiiies, éd. Leiiglct Dufrcsnoy, II. p. 529. 

2. Bibl. Nat., Dupuy, 250. — 5. Ibid. Bibl. Nat., uis. Lcgrand, 6975. 
4. Lettres de Louis XI, III, p. ii, 15. 

$. G. Picot, Le Parlement de Paris sous Charles VIIÎ. Le procès rriniiiiel d'Olivier le Daim. 

6. F. Aubert, Le Parlement de Paris, p. 65. 

7. Lebeuf, éd. Cocheris, I, 151. 

8. Le i*"" juin 1462, le chapitre de Saint-Cîerniain-rAuxerrois quitte à Martin de Bellefaye 
les arréMf^es sur ses terres de Créteil (Arcli. Nat., LL. 596, fol. 152). 

9. Arch. N"at., LL. 596, fol. 174 v°. 

10. François Villon, rédactions et notes, \i. 142. 



534 FRANÇOIS VILLON. SA VIE ET SON TEMPS 

Calais, mentionné dans le Jardin de Plaisance, où il est l'auteur d'une « lamen- 
tation» placée de telle façon qu'on lui attribua la rédaction de cette compila- 
tion poétique éditée par Vérard. Puis M. Longnon, publiant des pièces rela- 
tives â Paris pendant la domination anglaise^, trouva un Jean de Calais, riche 
bourgeois compromis dans une conspiration en mars 1430, et qui se réfugia 
dans une église ! Il y écrit donc sa « lamentation ». Des documents viennent 
alors prouver qu'il fut échevin de Paris en 1440, puis marguillier de Saint- 
Jean-en-Grève en 1453. Voici donc la biographie complète de Jean de 
Calais 2. Elle est fausse. Il ne s'ensuit pas des textes qu'il soit l'éditeur du 
Jardin de Plaisance, pas plus que du Testament de notre poète. 

Mais que l'on se rapporte à un vrai testament du temps de Villon : on y 
retrouvera la même formule dont usa le poète à l'égard de Jean de Calais. 

Il faut donc que ce soit un notaire. Or, si l'on ouvre les registres des 
audiences du Châtelet, on trouve précisément que Jean de Calais est celui 
des notaires qui était chargé de vérifier les testaments. Il est donc naturel de 
le voir figurer à la fin du Testament de Villon. 

Voici par exemple une lettre que lui adressait Henry de la Cloche, procu- 
reur au Châtelet, le 10 juin 1454 ' : 

« Calais, il m'apart par ce testament cy que le deffunct dedens nommé a 
disposé du résidu de tous ses biens et n'y voy aucune chose pour le roy ; et 
pour ce, que je conscens que l'arrest qui avoit esté faict pour le roy nostre 
sire soit levé. Fait ce lundi X^ jour de juing iiij^ Liiij. La Cloche. » 

Notaire au Châtelet en 1457, et chargé de la connaissance des testaments, 
on voit que cette année-là Jean de Popaincourt, avocat au Parlement, deman- 
dait à Jean de Calais de faire enregistrer sa renonciation à un procès 4. En 
1464 5, en 1465 6, en 1467 /, il est toujours dit notaire au Châtelet. Le 
17 janvier 1475 (">• st.), on le retrouve clerc de la prévôté s, c'est-à-dire 
greffier du Châtelet. 

Le 6 septembre 1485, Jean de Calais se rencontre parmi les tuteurs des 
enfants d'Adam Donjon, greffier de la prévôté, avec Martin de Bellefaye, 
l'ancien lieutenant criminel, lui aussi un exécuteur du Testament de Villon?. 

En 1457, Jean de Calais possédait une maison louée aux marguilliers de 
Saint-Jacques-la-Boucherie, une autre à Colin Aumont'°; le 11 février 1452, 
il devait habiter la paroisse de Saint-Jacques, puisque son fils était admis 
parmi les enfants de chœur". En 1470, on le trouve rue Saint-Jacques, 
occupant la maison dite anciennement de la Chaussée de France, à présent 
de l'Ecu de France '2. 



1. A. Longnon, 0/). cit., p. 501-308. 

2. A. Longnon, Œuvres complètes de François Villon, p. 289-290. 

3. Arch. Nat., Y. 5232, foL 49 bis. — 4. Ibid., foL 126 bis. 
'). BibL Nat., CLnir., 764, 27 mars 1464, n. st. 

6. Arch. Nat., S. 891A (signature autographe). 

7. Sauvai, III, p. 389. 

8. Arch. Nat., X'» 4816, foL 80. — 9. BibL Nat., Clair., 764. — 10. Arch. Nat., S. 1461-^. 
II. Arch. Nat., LL. 117, p. 162. — 12. Arch. Nat., KK. 410, fol. 18. 



APPENDICE ^35 



XXVI. — PIERRE FOURNIER, Procureur de François Villon 



C'est encore en raison de la place où il est nommé dans les Lais, après 
Mautaint et Basanier, que nous devons identifier le Fournier, nommé au 
h. 20, avec Pierre Fournier, procureur au Châtelet, et non pas avec Jacques 
Fournier ', plus tard procureur au Parlement. D'ailleurs François Villon ne le 
nommera « son procureur » que parce qu'il était en réalité celui de la com- 
munauté de Saint-Benoît devant la prévôté de Paris ^. 

Dès 1447, on voit Pierre Fournier procureur au Châtelet 5 ; le 17 dé- 
cembre 1454, il était celui de Jean de Montigny, conseiller au Parlement, 
maître du collège de Cambrai et des écoliers de cette maison 4. 

Pierre Fournier demeurait en 145 1 rue de la Licorne, dans la Cité, et, le 
51 mars, il était même exécuté pour 14 sous 9 d. qu'il devait au roi à cause 
de cette maison > ; en 1454, on trouve aussi qu'il avait acheté une maison 
et un jardin à Gentilly, tenant à Jean le Boulenger et à Guillaume Benoise, 
pour 129 écus : mais il refusait de payer le cens à l'évêque et était, de ce fait, 
condamné ^. 

Pierre Fournier appartenait à une fiuuille de robe puisque, le 29 janvier 
1446 (n. st.), il avait été donné comme tuteur à son filleul et cousin Colin 
Poart, fils de Gilles, procureur au Châtelet/; en 1447, le 14 octobre, il 
remplit le même office auprès des enfants mineurs de Poncet Fournier, 
marchand mercier, bourgeois de Paris, et de feue Denise : et parmi les 
témoins de cet acte figurent Pierre Huet, un parent sans doute de Guil- 
laume Huet, procureur au Châtelet entre 1454 et 1463, et Jean Danes, pro- 
cureur au Châtelet en 1465 8. Etienne Fournier, frère de Pierre, lui succéda 
comme notaire au Châtelet, le 10 mars 1474 (n. st.) 9. 

Je ne sais s'il était parent de Jacques Fournier, conseiller au Parlement, 
fils de Jacques et de Marie Vivien, de la riche famille du maître des Comptes, 
des Marie et des du Tremblay, également changeurs et très riches ; Jacques 
épousa Denise de Corbie, fille de Guillaume, le président à mortier, et fut 
seigneur de Créteil '°. 

1. A. Longnon, Etude biographique, p. 108. 

2. Arch. Nat., Y. 5232, 3 juin 1454; en 1456 (Arch. Nat., S. 894); en 1458 (Arch. Nat., 
S. 892); en 1460 (Arch. Nat., S. 893A). Signature autographe au revers de la pièce. 

3. Bibl. Nat., Clair., 763 ; mentionné en 1454, en 1465 (Ibid.). 

4. Arch. Nat., Y. 5232. 

5. Arch. Nat., Z'f 1$. 

6. Arch. Nat., Y. 5232, 25 juin 1454. 

7. Bibl. Nat., Clair., 763. — 8. Ibid. 

9. Bibl. Nat., Clair., 764. 

10. Bibl. Nat., fr. 18660, fol. 330 (Généalogie des Fournier); fr. 4752 (Généalogie et 
alliances des le Picart). 



33^ FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 



XXVII. — NOTE SUR GENEVOYS 



Puisqu'il est question d'un Genevoys ■ « plus ancien » (T., v. 1360), il 
semble qu'il faille donner la préférence à Pierre Genevoys que l'on trouve 
procureur au Chàtelet dès 1434 s à côté de Pierre Fournier. D'ailleurs, ce 
personnage fut dans la suite procureur de la communauté de Saint-Benoît 3, 
et procureur de la Nation de France au temps où Villon étudia^. Il se peut 
toutefois qu'on lui ait gardé rancune, dans la petite communauté de Saint- 
Benoît, d'avoir soutenu au Châtelet les procès de Notre-Dame >'. 

Pierre Genevoys mourut le 30 avril 1460'' : Regnault Pohier lui succéda 
dans l'office de franche sergenterie 7 ; Henri d'Autissem, qui était déjà tabel- 
lion de la barre, fut élu procureur à sa place, le 12 mai**. Le 20 août 1462, 
Jeanne, sa veuve, héritait du défunt de vignes dont la possession lui fut 
contestée par d'autres héritiers''. 

Un Etienne Genevoys fut également procureur au Châtelet pendant la 
même époque. On le voit mentionné à la date du 10 septembre 1454'°, 
en 1458 ". 



XXVIII. — MICHAULT DU FOUR, Sergent a verge, 
Tavernier et Boucher 



Michault Du Four était sergent à verge au Châtelet dès 1457, comme le 
montre l'enquête relative au vol du collège de Navarre ■^. Mais comme beau- 
coup de sergents, il exerçait toutes sortes de métiers à côté de son office. 

1. I^'édition de P. Levet donne la variante ; Angcnoiilx, sans doute parce qu'en ce temps-là 
Jean Angenoust, institué conseiller au Parlement au lieu de son pore, le 23 février 1479, était 
plus connu (Bibl. Nat., fr. 23328, fol. 147 v°). 

2. Arch. Nat., LL. 114, p. 63. — En 1420, il est dit procureur de la veuve Nicaisc Raoul 
(Arch. Nat., L. 714); en 1421, de la chapelle Saint-Yves (Ibid.). Le 11 avril 1454, il fait ser- 
ment de bien exercer l'office de procureur au Châtelet pour le Chapitre de Notre-Dame. 

3. En 1446 (Arch. Nat., S. 897B ; en décembre 1457 (Arch. Nat., S. 894B). 

4. Bibl. de la Sorbonne, ms. n" i. 

5. Le 4 février 1437, ^^ Chapitre de Notre-Dame demande à Pierre Genevoys où eu est le 
procès commencé au Châtelet contre Saint-Benoît (Arch. Nat., LL. 114, p. 276). 

6. Arch. Nat., LL. 119, p. 1133. — 7. Ibid., p. 11 37. — 8. Ibid., p. 1144. 

9. Arch. Nat., Xi» 8307. 

10. A. Longnon, Œuvres complètes de François Villon, p. 30. 

ji. Arch. Nat., Z- 3267, 18 mai 1458. — Un Genevoys fut procureur de Jean de Montigny 
en 1444 (Bibl. Nat., fr. 22392). 

12. A. Longnon, Elude biographique, p. 107. 



APPENDICE 337 

C'est ainsi qu'on le voit, en 1450, fermier de la pêche des « gueulles » des 
fossés des tours de Billy, de Saint-Bernard, de Nesles, pour 60 1. par an '. Il 
était condamné, le 10 juin 1458, à payer au procureur de l'abbaye de Saint- 
Germain-des-Prés 15 s. pour la pêcherie de la rivière de Seine ^. Le 19 août, 
il promettait de payer à Jean le Maistre, boucher du bourg, la somme de 
23 écus d'or pour la vente de sept muids de vin 5 : il est dit alors tavernier 
demeurant à Saint-Germain-des-Prés+. Il habitait en ce temps-là, comme on 
disait, la ville de Saint-Germain, c'est-à-dire le bourg : le 10 février 1459, 
on le voit assigné pour la location de son hôtel de VEscu de France, qu'il 
avait pris pour quatre ans et à raison de 20 écus d'or par an, mais qu'il 
délayait de payer. Ce locataire n'était agréable ni à son propriétaire, ni 
à ses voisins, comme l'éprouva Pierre Coignet, barbier de Saint-Germain, 
qui fut arrêté par Jean du Four, examinateur au Châtelet, sans doute 
parent de Michault, pour avoir soi-disant injurié la veuve d'un barbier, 
Guillaume Carbonnier. Or Pierre le niait et récusait le témoignage de 
Michault du Four et de sa femme, « ses haineux > ». Le 30 mai 1461, on voit 
Michault du Four associé avec les bouchers du bourg, Jean le Maistre l'aîné, 
Jean Bisart, Perrot Cousin, Pierre de la Bretèche, Olivier de la Court, qui 
faisaient le serment d'observer les statuts du métier 6. Le 26 mars 1463 
(n. st.), il était emprisonné par Jean le Maistre, sergent, fils de Jean le 
Maistre l'aîné, le boucher : le sergent l'avait trouvé, ainsi que Jean Carlier, 
chez son frère, très échautfés, l'un soutenant l'autre. Carlier tenait à la main 
une rouelle de quatre pieds de long, du Four une dague nue, et ils voulaient 
se battre. Ils furent élargis le 30 avril/. Le 19 mai 1464, Michault était tou- 
jours boucher ^. 

Le Jean du Four, que l'on rencontre examinateur au Châtelet le 1 2 oc- 
tobre 14549, et qui conduisit l'enquête sur le vol du collège de Navarre avec 
Jean Mautaint '«, était parent de Michault, très vraisemblablement. On a vu 
qu'il intervint en 1460 dans une querelle de ce dernier. 



1. Arch. Nat., KK. 40e, fol. 158; KK. 407, fol. 41 v° (1451), fol. 174 (1455). 

2. Arch. N.nt., Z'^ 5267. 

5. L.1 cédule insérée dans le registre delà justice de Saint-Germain des Prés (l? 3267) ne 
laisse aucun doute sur l'identification de ce personnage : « Je Michault du Four, sergent à verge 
du roy nostre sire, confesse devoir .i Jehan le Maistre, le vielz, boucher, la somme de 
XXIII escus d'or pour la vente de sept muys de vin dont je lui promes paier bien et loyaument. 
Fait le XXVI« avril mil CCCC cinquante huit. Ainsy signé : M. du Four). 

4. Arch. Nat., Z'h 15, 8 juillet 1458. 

5. Arch. Nat., Z^ $267. 

6. Arch. Nat., Z'^ 3267, 30 mai 1461, 3 juillet 1462. 

7. Ihid. 

8. Arch. Nat., Z"'' 3268. 

9. Arch. Nat., Y. 5232. 

10. A. Longnon, Elude biographique, p. 140. 

FR.\NÇOIS VILLON. — II. 22 



338 FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 



XXIX. — NOTE SUR L'ORFÈVRE DE BOIS, Questionneur 



L' « Orfèvre de Bois », en raison de la place 011 Villon lui fait un legs ', ne 
peut appartenir qu'au milieu du Châtelet. Villon en parle en effet entre le 
legs relatif aux sergents et celui qui concerne le capitaine des archers. Or, 
dans le procès du duc de Nemours, de l'année 1476 2, il fut question de mettre 
à la torture plusieurs personnages pour obtenir d'eux des dépositions. Le 
22 octobre, on devait géhenner Pierre Rainade, dit Cabanes : comme on ne 
pouvait appliquer la question de l'eau, à cause des gelées, les juges pen- 
sèrent alors qu'on pourrait appliquer celle « des brayes du mareschal au 
talion, celle du cinge et des flustes » ; et ils firent venir le questionneur et 
ses compagnons. C'étaient : 

« Jean Loyset, questionneur 
Jehan Mahé, dit l'Orfèvre de Bois 
Jacotin Bourdon 
Huguct Chantereau 
Jehan Doublet 
tous sergens à verge du roy nostre seigneur au dit Chastellet de Paris ». 

Jean Mahé, mentionné comme sergent à verge dès le 11 mars 1462 
(n. st.) 3, était encore dans cet office en 14(81 4. C'est lui, sans nul doute, le 
personnage visé par Villon, et qui appliquait la question sur les tréteaux, 
avec l'eau et les cordes. Elle était alors assez rigoureuse >. 

On tenait celle de la courte-pointe pour la plus douloureuse ; celle des 
« brayes » était peu de chose et donnée communément aune femme ou à un 
enfant : elle consistait à serrer le talon ; celle du « cinge » était « bien forte, 
mais peu grevant au corps ». Le prisonnier était dépouillé, mis en chemise 
et déchaussé, pour être tiré ou boire l'eau 6. 

Tel était l'office de Jean Mahé. Son surnom (l'orfèvre de bois) paraît 
bien être un quolibet populaire ; un sergent à verge du même temps était dit 
« l'empereur du houx » 7. 

1. T., V. 1118. 

2. Bibl. Sainte-Geneviève, L. f. 7, ms. 2CX)o. — Document découvert pur Marcel Schwob. 
?. Arch. Nat., X*^ 4807, fol. 221. 

4. Arch. N.it., XI' 4822, fol. 312. 

5. Cf. une ordonnance du Parlement contre ceux qui boivent leur urine pour mieux endu- 
rer la question (Bibl. Nat., Dupuy 250, 15 janvier 1424, n. st.). 

6. Bibl. Sainte-Geneviève, L. f. 7, ms. 2000. Procès du duc de Nemours, interrog.atoire de 
Henry de Pompignac. 

7. Chronique scandaleuse, éd. Bernard de Mandrot, II, p. 59. — Cf. bijoutier en cuir : cor- 
donnier, argot moderne (Lorèdan Larchey), leather jeiueller : cordonnier — slang américain 
moderne (Mitchell, The Aulobiography of a Quack, p. 20, Londres, 1900). 



APPENDICE 339 

Quant au legs que lui fait Villon 'de loo clous de gingembre sarrasinois, 
queues et têtes (une plante aromatique qui venait de la Perse et servait de 
condiment), afin de « conjoindre culz et coetes, et couldre jambons et 
andouilles », c'est une plaisanterie erotique d'un genre assez bas. Or on a 
vu plus haut que le questionneur faisait déshabiller ses victimes. 



XXX. — M'= HENRY, bourreau de Paris 



Henry Cousin, exécuteur de la justice parisienne dès 1460^, que l'on 
trouve encore dans cette charge en 1479 '. Petit Jehan, son fils, qui le secon- 
dait dans cet office et avait tranché le cou du connétable Louis de Luxem- 
bourg, fut assassiné en 1475 par quatre misérables que Henry Cousin pendit 
quelques jours après; un autre de ses fils, Denis, que l'on surnommait 
Me Antitus, comme le bourreau des Mystères, fut exécuteur à Arras4. 

Mais, dès 1457, il est question de M« Henry Cousin pour fustiger les 
mauvais garçons, comme on le voit par un compte de Jacques Séguin, prieur 
de Saint-Martin-des-Champs > : 

(( Item pour faire batre par troys jours de feste un garçon pour certains 
maléfices par lui perpétrez et condempné par la justice de Monseigneur par 
maistre Henry, pour son salaire XII s. p. » 

C'est précisément remplissant cet office de fouetteur, que nous le montre 
Villon 6. 

Henr}' Cousin était très connu des Parisiens, qui le voyaient si souvent 
accompagner les criminels au gibet. Aussi tout le monde l'appelait de son 
prénom d'Henry, comme l'a fait Villon : c'est ce que nous prouve une affaire 
qui vint devant la Tournelle criminelle, le 19 décembre 1486/. 

Un certain Henry Croix avait envoyé son page à l'hôtel de Jacques Cau- 
choys, sergent du prévôt. Le page fut trouvé près de l'église Saint-Honoré, 
tout en larmes, parce que Cauchoys l'avait battu et lui avait enlevé son épée : 
Henry Croix et son frère vont alors trouver Cauchoys, qui passait pour « mal 
renommé » et « avoit des mauvais garçons avec luy ». Or Cauchoys de 
demander : « Qui esse là ? » Croix répond : « C'est Henry » . Cauchoys 
réplique : « Lequel Henry? Je ne congnois point ». Croix de répondre : « Je 
te le feré bien congnoistre ». L'autre dit : « Je ne congnois sinon celluy qui 
se tient au pillory ». Et ce disant, il lui bailla cinq ou six coups d'épée. 

Henry Cousin demeurait, en 1477, rue du Vert-Bois 8. 

1. T., h. loi. 

2. Chronùjue scandaleuse, I, p. 5. — 3. Ibid., II, p. 83. — 4. Ibid., II, p. 58, 565. 

5. Arch. Nat., S. 1461'^, i457» 51 mars. 

6. T., V. 1643. — 7. Arch. Nat., X** 57. 

8. E. Coyecque, L'hôtel-Dieu de Paris, p. 261. 



340 FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 



XXXI. — JEAN RIOU, Capitaine des archers et Pelletier 



Le 23 août 1454, Jean Riou était créé garde du métier des pelletiers four- 
reurs, au témoignage de la plus grande partie des membres de cette corpora- 
tion parisienne '.Le 16 septembre, on le voit agir comme procureur de la 
veuve de Jean de Choix, également pelletier juré ^. En 1458, il possédait une 
maison rue de la Huchette, à l'enseigne de la Bannière de France''. Il mourut 
en 1467, comme en témoigne son épitaphe au cimetière des Innocents, sous 
le charnier : 

« Cy gist honnorablc homme Jean Rioiih, en son vivant marchand pelletier et 
bourgeois de Paris, et capitaine de six vingtz archers de lad. ville. 

Lequel trespassa le samedi 24 jour d'avril 1467. 

Cy gist honnorable femme Jacqueline de Chouars, en son vivant femme dud. Jean 
Rioult, laquelle trespassa le samedi X^ jour de décembre, l'an 1475. Priez Dieu pour 
eux 4 ». 

Jean Riou appartenait à une fiimille de pelletiers, puisqu'on voit Thomas 
Riou, l'aîné, devenir tuteur de ses enfants, le 21 juillet 1481 >. Or, Thomas 
Riou était, lui aussi, un pelletier possédant, en 1444, une maison rue de la 
Ferronnerie^; une autre rue de la Tabletterie, en 1470". 

Le capitaine des archers paraît toujours avoir été choisi dans le grand 
commerce parisien : c'était, en 14 16, un marchand de laiton et épinglier, 
Jean Perquin, qui fut décapité comme Bourguignon*^. 



XXXIL — FRANÇOIS DE LA VACQUERIE, Promoteur 

DE l'ofFICIALITÉ 



François de la Vacquerie était un Picard. En 1436, il est dit maître es arts, 
bachelier en décret. Le 3 décembre 1442, licencié en décret', il loue à 
à l'Hôtel-Dieu une maison avec jardin, à l'enseigne de YEcu de France, rue 

X. Arch, Nat., Y. 5252. — 2. Ibid. 

3. Arch. Nat., KK. 409. 

4. BibL Nat., fr. 22590, p. 106. 

5. Bibl. Nat., Clair., 764. 

6. Arch. Nat., S. 4287 (Censier de la Chapelle Braque). 

7. Arch. N«t., H. 3462 (Censier de Sainte-Opportune). 

8. Journal d'un bourgeois de Paris, p. 72. 

9. M. Fournier et L. Dorez, La Faculté de Décret, II, op. cit. 



APPENDICE 341 

des Lavandières, proche la place Maubert'. Il jouissait en outre de la cure 
d'Argenteuil, en 1459, date à laquelle il sollicitait de l'abbé de Sainte-Gene- 
viève d'être ensaisiné d'une maison à l'enseigne de la Corne de Daim, rue 
Saint-Nicolas du Chardonnet, aboutissant par derrière à M''^ de Bruyères, et 
dont le jardin faisait le coin de la rue Saint-Nicolas et de la rue Saint-Victor^. 
Il était mort en 147 1 3. 

Autant que nous le connaissons, François de la Vacquerie ne paraît pas 
avoir joui d'un caractère facile. Le 15 octobre 1464, M^ Jean Belin dira au 
promoteur : « Vous êtes beaux citeux ! » et il sera pour cela condamné à 
l'amende 4. 

Un certain M'= Rasse de la Vacquerie, maître es arts, licencié en décret, 
curé de Saint-Nicolas de Do;iai, possédait un hôtel place Maubert, faisant le 
coin de la rue des Trois-Portes, le 23 juillet 1473. Le 23 octobre de la 
même année, Regnault de la Vacquerie, prêtre avocat, était mis en posses- 
sion de cet hôtel > : ce Regnault était officiai en 1477^. Un noble homme 
et très sage M^ Jean de la Vacquerie, chevalier, conseiller au Parlement, 
fut institué président au lieu de Jean le Boulenger en 1481 : il mourut Ife 
19 juillet 1497 '. 



XXXIII. — M-^ JEAN LAURENS, Promoteur de l'officialité 



Il est dit prêtre, originaire du diocèse de Langres, et bachelier en décret 
en 1428 ^. On le voit, en 1434, promoteur de la cour de l'archidiacre de 
Paris et licencié en décret 9 ; l'un des promoteurs de l'évêché en 1441 , 145 1 , 
1453 '°. Le 7 juillet 1451, Jean Laurens permute la chapellenie de Sainte- 
Catherine, en l'église Saint-Nicolas du Louvre, et prend l'autel de Tous 
les Saints, à Saint-Merry ; le 9 juillet, il échange celui-ci pour l'autel de 
Saint-Michel à Notre-Dame ". Le 2 août, il est dit procureur de Cajart qui 
a résigné sa chapelle de Sainte-Catherine. Le 9 novembre 1458, Simon 
Cousin, docteur en décret, chanoine de Paris, naguères commis officiai du 
chancelier, office vacant par la mort de Ro.Cibole, se présentait pour tenir 

1. Bibl. Nat., ms. lat. 17740, fol. 147 v" ; Arch. Nat.. S. 1648, fol. 158. — Procureur de 
M. P. de Cajart, malade, il résigne sa chapelle, le }i juillet 1452 (Arch. Nat., LL. 117, p. 231). 

2. Arch. Nat., S. 1648, fol. 61. — Le jo janvier 1458 (n. st.), il était en procès avec le 
prieur d'Argenteuil (Arch. Nat., X*" '). 

}. Arch. Nat., S. 1648, fol. 14? v°. 

4. Arch. Nai., Z lo/'*. — 1;. Arch. Nat., S. 1649. 

6. Arch. Nat., Z 10/*, 15 juin. Cf. Bibl. Nat., Clair., 764, 4 octobre 1477. 

7. Bibl. Nat., fr. 25528; Arch. Nat., K. 72, n. é^'^. Cf. Bibl. Nat., Clair., 764, 18 décem- 
bre 1485. 

8. M. Fournier, la Faculté de Décret, I, p. 542. 

9. Arch. Nat., Z 10/". — 10. Arch. Nat., L. 431, n"' 4, 5, 7. 
II. Arch. Nat., LL. 116, p. 70. 



542 FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 

les plaids à Saint-Mathurin : Jean Laurens, alors promoteur de l'évôché, se 
prétendit en possession de cet office'. Il fut commis, en 1458, pour 
interroger Guy Tabary au sujet du vol du collège de Navarre ^ Le 7 août 
1458, on voit qu'il demandait aux prieurs de Sorbonne de prendre dans 
leurs mains une maison située rue de la Sorbonne, devant la chapelle, et 
qu'il louait 3. Le i^"" octobre 1460, Jean Laurens demeurait rue des Mar- 
mousets, en la Cité, devant la maison de Colombel, sur la paroisse de la 
Madeleine 4. On le retrouve encore promoteur le 18 avril 1461 5. 



XXXIV. — JEAN COTARD, Procureur de François Villon 



Jean Cotard était chapelain de la chapelle Saint-Pierre et Saint-Etienne à 
Notre-Dame avant le 12 mars 1443 <'. Le 3 avril 145 1, il était arrêté et pri- 
sonnier au Châtelet ; le 4 septembre, le chapitre désignait les juges de son 
procès?. En décembre 1451,11 témoigne de la tonsure prise par Guillaume 
Fusée, fils de Pierre Fusée ^. Le i^"" juillet 1455, Robert le Sergent, au nom 
du Commandeur de Saint-Jean de Jérusalem, assiste aux noces de la nièce de 
M^ Jean Cotard : celui-ci est dit alors procureur en cour d'église ; et le dîner 
se fit au Saumon, en la rue Saint-Jacques 9. Le 21 novembre 1455, o" ^^^~ 
contre la première mention d'une longue affaire qu'il eut avec Charles Dyonis. 
Dyonis était le fils d'Alain, élu de Paris 'o, et lui avait remis en gage deux 
bijoux " : cette affaire ne semble pas trop claire, et Cotard y usa de procédés 
dilatoires ^^. Le 21 juillet 1458,11 était condamné par le chapitre à rendre 
dans les quinze jours à Dyonis 16 écus d'or : il en appelait au siège aposto- 
lique, le 24 juillet, et le chapitre lui accordait encore un répit de quatre 
mois '3. L'affaire revint dans le courant de l'année 1459 : le 17 mars, Cotard 
fut condamné comme contumace, et aux frais au profit de Dyonis. Il jura alors 
qu'il n'avait pas de quoi payer et fit la promesse de s'acquitter à l'avenir h. 
Il eut aussi une autre histoire avec G. Pommier, qu'il avait fait citer à raison 
de l'administration de la cure de Saint-Jacques la Boucherie '5. 



1. Arch. Nat., LL. 119, p. 648. 

2. A. Longnon, Etude biographique, p. 164. 

3. BibL Nat., lat. 5494A, fol. 38 v». 

4. Arch. Nat., Z lo/i. — 5. Arch. Nat., Z^ 3267. 

6. Arch. Nat., LL. 115, p. 546. 

7. Arch. Nat., LL. 116, p. 23. 

8. Arch. Nat., LL. 16, fol. 51. 

9. Arch. Nat., S. 5118. 

10. Arch, Nat., Z^f 21, 29 décembre 1458. 

11. Arch. Nat., LL. 118, p. 623. 

12. Arch. Nat., LL. 119, p. 542 ; 7 juillet 1458. 

15. Arch. Nat., LL. 119, p. 576. — 14. Ibid., 22 décembre 1458, 19 et 22 mars 1459. 
15. Arch. Nat., LL. 119, p. 605. 



APPENDICE 343 

Nous possédons encore une information autographe de Jean Cotard, 
comme promoteur de l'archidiacre, au sujet de la séparation de Jean Saillart 
et de Perrenette, sa femme '. Elle date du 27 avril 1460. On y voit la vieille 
écriture tremblée de l'ivrogne cher au cœur de François Villon. Ce précieux 
buveur mourut le 9 janvier 1461 (n. st)^. Il avait possédé une maison rue du 
Cimetière-Saint-Nicolas, censive de Saint-Martin des Champs, qui avait 
appartenu jadis à Regnaud de Thumery ; en 1457, cette maison était passée 
aux mains de Thomas Corneille?. 

Il ne faut pas confondre Jean Cotard avec un orfèvre et horloger de ce 
nom, son contemporain. 



XXXV. — LES MARLE, changeurs parisiens 



L'identification du « jeune Marie », à qui Villon demande de gouverner 
désormais son change, présente une difficulté : deux personnages, le père et 
le fils, ont exercé en effet, en ce temps, la profession de changeur. Et 
quand on a pénétré l'esprit de la plaisanterie de Villon, on est tout d'abord 
porté à penser que le jeune Marie doit être le vieux, le père. Cependant je 
crois qu'il faut faire ici une exception et tenir compte de la variante donnée 
par le manuscrit A : Germain de Mark. A tout prendre, comme il est 
question d'amourettes dans les opérations facétieuses que le jeune Marie 
devra accomplir au nom du poète, c'est bien vraisemblable qu'il s'agit ici de 
Germain, fils de Jean de Marie. Quoi qu'il en soit, voici quelques données 
biographiques sur ces deux personnages. 

Ces Marie appartenaient à la famille des Marie qui donnait un président à 
la Chambre des Comptes, le 17 novembre 14004. 

Jean de Marie, bourgeois de Paris, résignait l'échevinage, en 1444 5. On 
voit qu'en 145 1, il était autorisé à payer en tournois, au lieu de parisis, les 
rentes pour ses maisons de Paris ^. Le 12 décembre 1452, avec Thomas Cor- 
neille, marchand et bourgeois de Paris, il confesse avoir reçu des procureurs 
du duc de Bretagne 12.175 écus d'or, faisant le quart de la somme consignée 
par la cour de Parlement au sujet du procès de la terre de Champtocé, contre 
les héritiers de Prigent de Coëtivy '. Comme tous les gens riches de ce temps- 
là, il trafiquait aussi sur les gabelles : le 21 mars 1453, sire Jean de Marie 

1. Arch. Nat., L. 421, n" 115.' 

2. Veneris post festum Epiphanie Domini IX' viensis Januavii qua die obiit ma. Jo. Cotart 
promotor curie (Arch. Nat., Z lo/S fol. 86 v°). 

3. Arch. Nat., LL. 1384; S. 1461'. 

4. Bibl. Nat., Dupuy, 250. 

5. Arch. Nat., KK. 1009, fol. 6 ; il sera de nouveau élu échevin, en 1449 (Ihid., fol. 6 v"), 

6. Arch. Nat., LL. 396, fol. 9, 28. 

7. Arch. Nat., X*» 1483, fol. 50 v». 



344 FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 

soutenait contre Hugues Ferret qu'il avait acheté de Robin Duval loo muids 
de sel amenés de Rouen à Paris '. Et, sans doute, il n'était pas aimé, puisque 
la cour dut interdire à Robin Crepel, prisonnier au Cliâtelet, qui menaçait 
de le battre et l'injuriait, d'aller dans la rue où Jean de Marie demeurait 2. 
En 1456, dans un compte des recettes des Compagnies françaises, on le voit 
associé avec Jean Martin, de Caen, pour la vente du vin 3. Puis, entre les 
années 1457 et 1460, il exerçait les fonctions de contrôleur général des 
finances, à 300 livres de gages 4, Jean de Marie était mort le 12 janvier 1462 
(n. st.) 5, laissant comme procureur de sa veuve, Marguerite Vivien, et de 
son fils, Denis de Marie, Germain de Marie, son fils aîné, et Jean de la 
Poterne, changeur et bourgeois de Paris, son gendre. Sa veuve épousa en 
secondes noces Jean Vivien, de la famille du général des monnaies, son 
cousin ^. Sire Jean de Marie possédait des maisons à Paris et des terres aux 
environs : au terroir du gibet de Saint-Martin des Champs 7, des vignes au 
pont de Chatou*^. 

Quant à Germain de Marie, son fils, on voit qu'il était déjà changeur sur 
le Pont, le 31 octobre 14579. Ce fut un puissant changeur, allié aux [,a 
Poterne, aux Thumery 'o. Il devint, en 1476, avec Nicolas Potier et Simon 
Angorrant, conseiller du roi et général des monnaies ". 



XXXVI. — Trois pauvres orphelins, selon Françols Villon: 
JEAN MARCEAU, COLIN LAURENS ET GIRART GOSSOUYN 



Le véritable nom de « Jehan Marceau » paraît avoir été Marcel. C'est 
ainsi que cette famille est désignée dans la plupart des documents; mais 
le nom de Marceau se présente aussi fréquemment, et les deux formes 
alternent, comme pour Philippe Brunel et Philippe Bruneau. Jean Marcel, 
âgé de soixante-sept ans le 23 juin 1461 '^, était donc né en 1394 ; il appar- 
tenait à une importante famille, sans doute établie dès cette époque dans la 



1. Arch. Nat., Z'h h, foL 74. 

2. BibL Nat., Dupuy, 250, 8 juin 1454. 

3. Arch. Nat., KK. 408, foL 46. 

4. BibL Nat., fr. 32511 ; Arch. Nat., Z'f 23, 20 octobre 1460. 
■;. Arch. Nat., X'' A 3. 

6. Bibl. N.it., CL-iir., 763, 20 décembre 1462, 7 décembre 1463, 14 mai 1467, 17 dé- 
cembre 1477. 

7. Arch. Nat., LL. 1385. 

8. Arch. Nat., S. 1648, foL 33. 

9. Arch. Nat., Z*b 286 ; Z'b 4, 6 septembre 1459. 

10. Arch. Nat., X<" 1484, 15 juillet 1461. 

11. Bibl. Nat., fr. 23264. 

12. Arch. Nat., X^^ 28- 



APPENDICE 345 

paroisse de Saint-Jacques la Boucherie. Dès le 24 août 1412, M* Jean Marcel 
avocat au Chàtelet, fut, avec Jean Cornu, tuteur d'un certain Jean Marcel 
qui pourrait être le nôtre : car on trouve la famille en relation avec Noël 
Marchand et Jean Trotet '. L'établissement de la famille Marcel dans les 
environs de Saint-Jacques la Boucherie fliit penser que l'un de ses membres 
était Jean Marceau, boucher, qui plaide en 143 1 contre Jean d'Auvergne, 
d'une puissante famille de bouchers, et contre Nicolas Marceau également 
boucher. Par son mariage, Jean Marceau dut contracter une alliance avec la 
famille Boucher : le 22 novembre 145 1, Hugues Boucher, examinateur au 
Chàtelet, agit comme procureur de son oncle sire Jean Marcel ^. Il eut de sa 
femme, qui dut mourir de bonne heure, au moins trois enfants : un certain 
Etienne Marcel, mentionné le 22 novembre 1461 ; Jean Marcel qui devint 
avocat au Chàtelet ; Denise Marcel qui épousa maître Guillaume Courtois, 
avocat au Parlement, et un fils naturel, Jean Marcel qoii était âgé de quinze 
ans le 30 octobre 1457 et qui, âgé de vingt-quatre ans, le 17 juillet 1474, fut 
mis hors de tutelle. 

Cette famille des Marcel se perpétua au moins jusqu'au milieu du 
xviF siècle ; on y trouve principalement des orfèvres, des maîtres généraux 
des monnaies, des contrôleurs généraux des finances. Leur tombe se voyait 
au cimetière de Saint-Jacques de la Boucherie et au cimetière des Innocents : 
leurs armes étaient d'argent à la croix de sable, à double traversée, cantonnées 
au premier d'une coquille de même 5. 

Pendant la plus grande partie de sa vie, Jean Marceau ne fut pas bourgeois 
de Paris, mais marchand à Rouen. Il dut quitter Paris dès les vingt premières 
années du xv^ siècle, sans doute pour avoir tenu le parti bourguignon ; dès 
le 18 mars 1422, il était bourgeois de Rouen et changeur au baillage de 
Rouen et de Caen. C'est à cette date qu'il fut institué à ses fonctions par 
lettres du roi Henry VI d'Angleterre. 11 est certain qu'il tenait le parti des 
Anglais 4, avec son ami Girart Gossouyn : tous deux ne quittèrent Rouen 
qu'après la conquête de la Normandie par Charles \'II >. De 1422 à 1436, 
Jean Marceau devait payer au roi chaque année, pour son droit de change, 
trois marcs d'or fin et trente marcs d'argent. Mais, le 18 mars 1436, le contrat 
tut renouvelé pour dix ans et « pour certaines causes à ce mouvans les gene- 



1. Bibl. Nat., Clair., 763. 

2. Ihid. 

5. Bibl. Nat., fr. 52554. 

4. Le 24 juillet 1424, il recevait Je la couronne des maisons à Rouen (Arch. Nat., JJ. 172, 
p. 645). 

5. Le 14 octobre 1452, il obtenait ce qu'on appelait un « congé pour ménage », c'est-à-dire 
le droit de pouvoir faire venir de Rouen .i Paris « plusieurs ustensilles d'ostel, bagues et autres 
biens à luy appartenans et qu'il fait venir à Paris où il vient demeurer » (Arch. Nat., Z'n 11, 
fol. 49 V"); mais dés 1448, il avait un procès avec la ville de Paris au Chàtelet, au sujet d'une 
enclave de sa maison du Cygne, en la rue S. Jacques de la Boucherie, et qui devait 70 s. p. dont 
il ne voulait rien payer (Arch. Nat., KK. 409, fol. 195 v°). En 1456, il est encore associé à 
Rouen avec Jeanne, femme de Robin Morel, dans une affaire de peaux d'agneaux noirs, de 
toiles, de draps, etc. (Bibl. Nat., Moreau 1062, fol. 51 v"). 



34^ FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 

raux maîtres des monnaies », Jean Marceau n'était plus tenu à livrer chaque 
année qu'un marc d'or et dix marcs d'argent. La concordance de cette date 
avec la rentrée à Paris du roi Charles VII, donne à penser que cette faveur 
fut le prix de certains services financiers tels que Jean Marceau, comme 
nous le verrons, était en mesure de les rendre. Ainsi que pour la plupart des 
marchands au xv<= siècle, le titre de changeur, donné à Jean Marceau, n'im- 
plique nullement l'exclusion d'un ou de plusieurs autres commerces : c'est 
ainsi que Jean Marceau possédait à Vernon, en l'hôtel de VEcu de France, un 
grenier à sel dès octobre 1430' ; en 1432, il plaidait contre Jean Guedon, 
grenetier du grenier à sel de Rouen lequel, l'année suivante, se faisait repré- 
senter dans ce procès par Girart Gossouyn « maistre des garnisons de mon- 
seigneur le Régent », qui, peu d'années plus tard, de 1439 à 1441, devait 
lui-même remplacer Jean Guedon comme grenetier du grenier à sel de 
Rouen ^. 

Le grand procès de Jean Marceau, de 146 1 à 1463, nous instruit sur le rôle 
qu'il joua à Rouen ; mais nous sommes renseignés aussi à cet égard par 
diverses autres affaires et par de curieuses pièces originales. Popaincourt plai- 
dant pour lui, en 1461, admet qu'il avait fait certaines opérations de monnaie 
illicites, mais au coin et aux armes du roi d'Angleterre et par son ordre : ces 
malversations paraissent avoir consisté dans un affaiblissement du taux des 
métaux précieux employés ; de l'aveu de son avocat, il avait rendu le même 
service au duc d'Orléans, et un procès, à cette cause, avait été intenté contre 
lui à Rouen, où il aurait été emprisonné quatre fois. Ces procédures furent 
apportées au Parlement ; mais elles ne sont pas détaillées dans les plaidoiries, 
et aujourd'hui elles ont disparu : en tout cas, à une occasion, Jean Marceau 
fut condamné à 200 écus d'amende. Luillier, qui réclamait Jean Marceau au 
nom de l'évéque de Paris, admet la vérité de cette condamnation, mais la 
traite de rançon : toutefois il reconnaît que Jean Marceau avait été pri- 
sonnier pour fait d'usure publique. Le procureur du roi affirme que, suivant 
ses informations, Jean Marceau avait détruit à Rouen soixante ou quatre- 
vingts marchands par ses usures, qu'il y avait opéré des transports de billon, 
opération sur laquelle nous reviendrons tout à l'heure, et qu'il avait fait des 
fournitures d'armes et d'armures aux ennemis, c'est-à-dire aux Anglais. Il est 
certain que Jean Marceau, à Rouen même, était un puissant et redouté person- 
nage : il y devint, ainsi que nous le verrons, l'inexorable créancier du futur 
prévôt de Paris, Robert d'Estouteville ; mais une pièce, conservée dans le 
dossier Marbury, est très instructive à cet égard?. Au mois d'août 1437, mes- 
sire Richard de Marbury et dame Catherine de Fontenay, sa femme, baillairent 
à Jean Marceau, changeur et bourgeois de Rouen, « cinquante livres tournois 
de rente aux vies desd. mariés et du survivant » et, le mois suivant, ils ven- 
daient à Jean Marceau, cette fois en compagnie de leur fils aîné, Jean de 

1. BibL Nat., Pièces orig. 1835. 

2. BibL Nat., Pièces orig. 1363. 

3. BibL Nat., Pièces orig. 1834. 



APPENDICE 347 

Marbur}', i8o livres tournois de rente dans les mêmes conditions. En 
d'autres termes, moyennant le prêt d'une somme dont le chiffre reste inconnu, 
Richard de Marbury, sa femme et son fils étaient tenus de payer à Jean 
Marceau, leur vie durant et sa vie durant, 230 livres tournois de rente. Ces 
paiements s'effectuaient généralement au moyen d'une procuration, grâce à 
laquelle le préteur touchait tout ou partie des pensions officielles ou rentes 
privées dues à son débiteur. Le rachat, dans un tel contrat, n'était point 
facultatif : pour obtenir le droit de rembourser le prêt, il fallait un jugement 
rendu par le prévôt de Paris, jugement qu'on n'obtenait pas toujours. Cepen- 
dant Richard de Marbury obtint, le 5 juin 145 1, de recouvrer ses rentes. Mais 
ce fut grâce à un subterfuge : d'où il résulte que les conditions du rachat, 
posées par Jean Marceau, avaient dû être léonines. En effet, c'est Pierre 
de Brézé, grand sénéchal de Normandie, qui racheta les rentes de messire 
Richard de Marbury, moyennant i .200 écus d'or ; et par acte privé, passé avec 
Richard de Marbury, Pierre de Brézé déclare qu'il a opéré ce rachat « pour 
eux et à leur proufit et ne leur ai que prêté mon nom, tant seulement ». 
Ainsi, pour échapper aux griffes du terrible usurier, il avait fallu recourir 
non seulement à un moyen détourné, mais encore au grand nom et à l'im- 
posante situation du grand sénéchal de Normandie ; et cela ne suffisait pas 
toujours à Jean Marceau, ainsi que nous le verrons dans l'affaire qu'il eut 
avec le prévôt de Paris. 

Le 28 mai 1460, il était en procès contre R. d'Estouteville qui lui devait 
100 1. t. de rente, monnaie de Normandie. Au sujet des arrérages, on avait 
déjà établi plusieurs comptes : celui du 19 novembre 1458 se montait à 
197 fr., sur lesquels Marcel avait reçu, par les mains du receveur de la ville 
1 1 5 fr. ; mais comme le prévôt craignait que Marcel ne le fasse exécuter pour 
cette somme, au mois de février 1459, il envoya Jean Sergent, sergent de la 
douzaine, lui remontrer qu'il lui devait arrérages à cause de sa rente, et qu'il 
avait ordonné au receveur de la ville de lui bailler 100 écus ; il lui offrait aussi 
de lui payer le reste : sur quoi Marcel déclarait qu'il n'avait rien reçu des 
100 écus. Alors le prévôt, craignant toujours d'être exécuté, adressait une 
requête à la Chambre des Comptes, mandant que, sur ses gages de la Toussaint 
et de la Chandeleur passées, il avait donné acquit au receveur de la ville de 
100 écus pour les bailler à Marcel. Il comparut devant la Chambre des 
Comptes, où l'on interrogea le receveur et Marcel qui nia toujours avoir reçu 
les 100 écus: sur quoi on demanda au prévôt de présenter ses quittances '. 
Mais Marcel le fit exécuter, tandis que le prévôt prétendait toujours l'avoir 
fait payer par le receveur de la ville ^. 

Il savait recouvrer son argent aux moindres frais. Ainsi Marcel avait fait 
emprisonner au Châtelet Jean Le Maréchal, pauvre compagnon pâtissier, 
pour la somme de 3 écus ; trois ou quatre jours avant le terme de son 



1. Arch. Nat., Z<f 25, fol. 53 (28 mai 1460). Cf. X* 2, i" octobre 1460. 

2. Arch. Nat., Z<f 23, fol. 196 (10 décembre 1460). 



34^ FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 

élargissement, Le Maréchal alla vers Marcel, lui promettant de payer ses 
3 écus, à raison d'un demi écu par semaine ; sur quoi Marcel consentit à sa 
délivrance : mais Basanier, le clerc du greffe, n'obtint du pauvre com- 
pagnon que deux paires de patins pour ses frais. 

Ce Marcel était en somme universellement détesté. En 1461, il était 
prisonnier à la Conciergerie du Palais et on lui faisait son procès'. Voici 
comment Charles de Melun en écrivait au roi Louis XI : « Touchant Jehan 
Marcel, nous le tenons encore au Petit Chastelet, et n'est jour que les com- 
missaires n'y besognent ; et touchant ses biens meubles, sans les heritaiges 
et maisons, j'ay entendu que l'inventaire se monte à dix ou douze mille livres 
parisis: et, se Dieu veut qu'il soit condamné. Sire, on en trouvera beaucoup 
plus ; mais plust à Dieu que le Pape eust translaté l'Evesque de Paris en 
l'Evesché de Jérusalem ! A mon souverain Seigneur. Le bailly de Sens 2. » 

Sitôt dans cette mauvaise passe, en effet, Jean Marcel s'était déclaré clerc 
solu, et avait réclamé le tribunal de l'évêque de Paris. 

Cette grave affaire n'était pas sans relation avec celle de la rente du prévôt, 
qui fut de très mauvaise foi et semble bien s'être vengé ici de Marcel qui 
l'avait fait saisir pour ses 150 1, de rente. Car l'avocat de Marcel, Popaincourt, 
laisse entendre que de « lui procède le mal qu'il a de présent », que le prévôt 
avait juré de le détruire, et qu'il lui en coûterait bien 40.000 écus. Quant à 
son receveur, bureau, il déclara qu'avant un an il mangerait dans l'hôtel de 
Marcel ! 

Le prévôt n'était d'ailleurs pas son seul ennemi. La famille des Marburv, 
pauvres et intrigants, s'acharna contre lui. Jean de Marbury l'accusa d'avoir 
vendu sur le Pont un collier d'or où était entré du plomb. Mais on peut 
croire aussi que bien des gens eurent à se venger de cet usurier. 

Voici comment il fut arrêté. Marcel avait acheté d'un orfèvre, le Fourbeur, 
une pierre dite « jacinthe ». Il la montra à certains qui lui dirent que c'était 
un simple grenat. L'orfèvre lui apporta d'autres pierres. Marcel les retint, sous 
prétexte qu'il avait été trompé une première fois, et demanda qu'il lui rendit 
son argent contre ses pierres. Mal lui en prit : Marcel fut mandé devant Belle - 
faye, le lieutenant criminel au Châtelet, où il avait tant d'ennemis. Le lieute- 
nant le fit prisonnier, bien qu'il se déclarât clerc non marié. On le conduisit 
en prison, où nul ne put lui parler ; dans la suite, seulement, on le rendit à 
l'évêque. Marcel alléguait que les « ajjineinents de monnaie nétaieni de grave 
malorum » ; il en avait usé en tiout cas à Rouen, au coin et aux armes du roi 
d'Angleterre. Mais Marcel se défendait d'avoir transporté du billon ; d'ailleurs 
il jouissait sur ce cas d'une lettre de rémission ; s'il avait affaibli l'aloi de la 
monnaie, ce fut sur l'ordre du duc d'Orléans. Il prétendait ne pas avoir fait de 
contrats usuraires. Il expliquait en outre que « grenaille n'est or, ne argent, 
ne billon, ne chose préparée à mettre en monnaie 3 ». 

1. Arch. Nat., X^-^ 28, 13 juin 1461. 

2. Comniines II, éd. Lenglet-Dufresnoy, p. 335. 

3. Arch. Nat. X'^" 32, 5 mars 1462. 



APPENDICE 349 

A Arcueil, à Issy, àVanves, partout où Marcel avait des marchandises, on 
fit des informations. On mit les scellés dans son hôtel, et on y logea des 
« mangeurs », sous forme de gardiens. On mettait toutes sortes d'empêche- 
ments à ses appels. On le menaçait de le conduire à la Bastille. 

Ces inventaires étaient le plus souvent l'occasion de piller ses ennemis : 
Charles de Melun en écrivait plaisamment au roi Louis XI ' : « Sire, le jaiidre 
de J. Marsel, nommé maistre Guillaume Corte:^, m'a dit que on l'a anhlé à son père 
en fe:iant l'inventaire de ses biens ij halès qui valest bien vij ou viif escus ; et je ly 
demandé que \ panse t qui les avet pris : m' a dit que l'esvesques de Biauvoies. Et 
outre me dit que on l'avet bien anblé d'autres chouses ; ne scay qui l'an n'est : niés 
c'est bien invantorié et bien prins, et pour ce, Syre, panse:^ y : je suis tenu vous 
avertir de vostre proufit et de vostre dommage. 

Syre, dimanche, une porte bien lorde de vostre baies de Vinsaiiws tumba sur 
mes lardes et grasses espaulles, tellement que l'on me tenet mort. Paurquay, Syre, 
je vous suplie que se auquuns vous demandât mes bouffisses, vaquant par may, 
ne les croies pas : car je parle au conse:^, et me tarde fort vaier les be:ioines fès 
de Marsel et Dammartin, ajfin que je parle à vous de bouche. Je dessire, Syre, 
de voies l'eure venue. Escrit de la myn de vostre très unble et très oubaissant 
serviteur et suget, 

C. DE Mellun ^. 

Le procureur du roi chargea Marcel avec vigueur : il ne pouvait jouir du 
privilège de clerc, puisqu'il s'était adonné à tous négoces séculiers ; il a pra- 
tiqué usure et transport de billon ; il a vécu avec des jeunes filles à la vue de 
tout le monde ; par trois fois il a été fait prisonnier et fut toujours rendu à 
l'évêque. Il a laissé son habit de clerc et en a pris d'autres, dissolus: chapeau 
à cordons d'amour, robes à grands bords doublées de martres, collet de 
couleur, chausses rouges, comme il les porte à présent, ce qui ne convient pas 
à un clerc, etc. Il ne sera pas rendu : le roi est prévenu. L'affinage et le 
transport de billon requièrent confiscation de corps et de biens. On alléguait 
enfin l'ordonnance de Philippe le Bel (1274) qui porte que les clercs qui 
se immiscunt negociis turpibus non dcbent reddi. 

Marcel fut toutefois délivré contre une caution de 10.000 livres. Mais il 
devait bientôt être repris par Jean de Bar, maître des Requêtes de l'Hôtel du 
roi, son créancier '. On le mena à la Bastille, cette fois. 



:. Bihl. Nat., t"r. 20855, loi. 95. 

2. Ce Charles de Melun, écuyer, bailli de Sens, grand maître de l'Hôtel du Roi, cumulait 
toutes les charges (Bibl. Nat., P. orig. 1917 ; fr. 2921, fol. 108 v°). C'était un intrigant qui 
se faisait donner des commissions sur tous les offices, faisait casser qui il voulait, et dénon>;ait 
les gens comme Bourguignons (Arch. Nat., X'' 8}ii, fol. 70;. Il disait qu'il avait « la couronne 
de France en sa main » (A. Sangan). Au physique, c'était un homme commun, « camus comme 
un rabot, et tout rond » (Bibl. Nat., fr. 12490, ballade du Recueil Robertet pour Dammartin). 

5. Arch. Nat., X*' 32, 5 mars 1462. — D'après le procès de Charles de Melun, il fut con- 
damné à 6.000 écus d'amende sur lesquels le roi donna 2.000 fr. à Melun (Bibl. Nat., fr. 2921, 
fol. 89.) 



350 FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 

Charles de Melun s'était acharne après Marcel : il l'avait fait arrêter ', et 
c'est lui qui renseignait le roi sur cette affaire. Aussi, quand on fit à son tour 
son procès, en 1468, des questions furent posées à ce sujet par les commis- 
saires au roi Louis XI. « Item se le roy commanda audit messire Charles de 
prendre la bague Jehan Marceau, que ledit Marceau avoit en gage de Mon- 
seigneur d'Alenson pour xiiijc livres. » Le notaire du roi répondit qu'il n'avait 
pas charge de les éclairer sur ce point. 

Or le roi Louis XI, à Nogent-le-Roi, avait dit à Charles de Melun qu'il 
fallait qu'il trouvât moyen d'avoir ladite bague, « qu'il voulait avoir et voir ». 
Charles se rendit immédiatement à Paris, en compagnie de Jean Dauvet et 
de Mgr de Béziers, qui allaient au mariage de la dame de Montglat. Dans 
l'hôtel de Dauvet, un rendez-vous fut donné à Marcel qui apporta la bague. On 
la retint, en lui disant de ne pas s'en soucier. Charles de Melun l'apporta 
immédiatement à Nogent et la montra au roi, attachée à son chapeau. Louis 
demanda qu'on la lui gardât ; plus tard, il la donna au seigneur du Lau 2. 

Marcel fut très malade. Et Louis XI se montra fort prévenu contre lui, 
déclarant connaître les grandes charges nouvelles « qui sont, comme on dit, 
crimina piihlica et capitalia. » C'est pourquoi il l'avait fait emprisonner à la 
Bastille : ce que de Bar a été chargé de faire. Sur quoi Marcel mourut, le 
25 septembre 1468, et fut enterré aux Innocents 3. H laissait des neveux et 
des nièces, et certains enfants naturels : Laurens Marcel, frère de Catherine 
Marcel, veuve de feu Simon Clément, eut les héritages de Normandie, 
ainsi que son autre frère Etienne Marcel ; ses biens de France restèrent à 
ses enfants naturels 4. 

Ce fut une curée. Le 4 janvier 1470, on voit encore Guillaume Courtois, 
son gendre, et Denise Marcel, sa fille, s'opposer à ce que 6.000 1., dues au 
défunt par Etienne Marcel, bourgeois de Rouen, fussent délivrées à 
personne, hors de leur présence î. 



1. « Item quel prouffit il eut de faire mettre en prison feu Jehan Marceau et depuis de le 
faire mettre hors, et quelx biens il print en l'oustel dudit Merceau en faisant l'inventoire des 
biens d'icelluy; et de lui parler de la boite (bague en forme de hotte d'or). Chez Dammartin, il 
avoit fait transporter linge, livres, tapisserie et autres ; somme d'argent ou d'or chez les San- 
guins pour la délivrance de leurs biens. Ce qu'il a eu de la confiscation d'Otto Castellani et 
qui le fit arrêter les procès. Ce qu'il a eu de Jehan Barbin ; pourquoi il a fait battre le cardinal. » 
(Bibl. Nat., fr. 2921, Procès de Charles de Melun). 

2. Bibl. Nat., fr. 2921, fol. 116. 

3. Lebeuf, éd. Cocheris, I, p. 197. — Le 18 novembre 1466, le chapitre de Saint-Germain 
l'Auxerrois avait accordé à Jean Marcel de pouvoir faire élever une tombe, pour lui et ses deux 
enfants, au cimetière des Innocents, entre les deux piliers situés devant le commencement de 
la Danse Macabre (Arch. Nat., LL. 396, fol. 179 v°). 

4. Arch. Nat., X'" 4819, fol. 242 v", 27 avril 1478. « Jacqueline Marcel, veuve de M' Jean 
de Sous le Four, Loys Goupil, procureur d'Estienne Marcel [bourgeois de Rouen], M° Guil- 
laume Courtois [avocat en la cour] d' Cloitre S'-Merry à la Hure de Sanglier, pour Denise 
Marcel, fille de Jean, sa femme. M* Jean Marcel, curateur du petit Jean Marcel son frère, 
héritiers pour 1/4, font subroger à l'exécution testamentaire de feu sire Jehan Marcel, bourgeois 
de Paris, M* Jehan Turquant, examinateur. » (Bibl. Nat., Clair., 764, 29 janvier 1468, n. st.). 

5. Arch, Nat., X»» 4811, foL 248. 



APPENDICE 35 î 

Telle fut l'existence, âpre et dure, d'un grand financier que Villon nous 
a donné pour un pauvre orphelin. Tel fut l'ennemi de son protecteur, 
Robert d'Estouteville. 



Girart Gossouyn l'aîné était également un vieil usurier et un spéculateur 
sur le sel. 

En 1433, il est dit maître des garnisons de Monseigneur le Régenta II 
tenait, comme Jean Marcel, le parti anglais. Il demeurait, depuis 1431, à 
Rouen oià il exerçait l'office degrenetier^ : à Paris, un notaire du Châtclet, 
Jean Bouté, gérait ses intérêts. Il est dit notaire au Châtelet, le 3 juillet 1454 3 ; 
mais il faisait aussi des spéculations sur le sel, qu'il conservait dans la cave de 
sa maison, rue Thibaud-aux-Dés. Il était mort à la date du 12 janvier 1468 : 
ses héritiers furent Gautier Gossouyn, Simon de Plains et Jean Grogente4. 

Voici deux affaires qui nous instruisent sur les opérations de Girart Gos- 
souyn, 

En 1422, au mois de décembre, Girart Gossouyn avait acquis de feu 
Erart et de Jean du Pré, demeurant à Bagnolet, 4 1. p. de rente sur des 
vignes, pour le prix de 35 1. 12 s. C'était un prix beaucoup moindre que 
celui du roi, et néanmoins les vendeurs payèrent les arrérages de la rente 
jusqu'à l'an 143 1 inclus, soit neuf années montant à 36 1. p., somme qui 
dépassait de beaucoup le principal. 

En 143 1 , Gossouyn était allé demeurer à Rouen, 011 il resta jusqu'au recou- 
vrement de la Normandie par Charles VII. Comme il était très lié avec 
Jean Bouté, notaire au Châtelet de Paris, qui conservait ses biens dans sa 
maison, Bouté lui fit savoir qu'Erart et Jean Dupré avaient fort besoin 
d'argent, et qu'il leur fallait vendre des rentes : il lui conseillait d'en 
acheter, « et mieulx que ung autre ». A quoi Gossouyn répondit qu'il avait 
beaucoup de charges, qu'il ne connaissait pas les dits du Pré, mais qu'il s'en 
remettait à ce que Bouté ferait. Pendant ce temps les vignes de Bagnolet 
étaient demeurées en friche et les vendeurs moururent. Après la réduction 
de Rouen, Gossouyn se rendit chez les héritiers d'Erart du Pré, leur récla- 
mant tous les arrérages de la rente depuis sa constitution, somme qu'il 
disait monter à 112 1. C'étaient de simples gens qui lui répondirent qu'il 
avait déjà reçu le paiement de ses arrérages ; à quoi Gossouyn répliqua qu'il 
leur montrerait des quittances prouvant que ces sommes n'avaient pas été 
payées ; et il insinua qu'il ferait « bon marché des arrérages » : ce qu'accor- 
dèrent les héritiers d'Erart du Pré, pour éviter un procès ; et ils firent une 

1. Arch. Nat., Z<» 9, fol. 24. 

2. Cf. encore une quittance de 120 k t. de P. Baille, le receveur de Normandie, à Gossouyn, 
du 4 novembre 1459. 

5. Arch. Nat., Y. 5232. 

4. Arch. Nat., X>' 4810, fol. 135. 



352 FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 

transaction. Par cet accord, Gossouyn affirma qu'on lui devait tous les arré- 
rages de la rente, lesquels il modéra à 40 1. p., et la rente de 4 1. à 50 s. ; mais 
aussi il obligea la veuve à renoncer à son douaire. Or tout cela était faux. 
On retrouva les quittances des arrérages : et pour 40 1., Gossouyn avait eu un 
arpent de vigne assis à Bagnolet qui en valait bien 50. Ainsi Gossouyn, pour 
25 1. en avait obtenu 36, plus un arpent de vigne valant 50 1., les arrérages 
échus depuis le dit accord, plus 50 1. C'était là, au premier chef, un contrat 
usuraire, illicite, trompeur, et fait contre les ordonnances. Aussi les héritiers 
d'Erart du Pré portèrent plainte et plaidèrent devant la justice du Trésor', 
bien que Gossouyn eût menacé Jeanne, veuve de Jean du Pré, de la ruiner et 
de la faire battre par les carrefours de Paris, ainsi que Huguct, son héritier. 

Le 29 juillet 1456, un jugement fut rendu contre Gossouyn : les lettres 
d'acquisition des 4 1. p. de rente étaient déclarées usuraircs, illicites, et faites 
au mépris des ordonnances du roi ; de même le second contrat de modé- 
ration de 4 1. à 50 s. au regard de la veuve du Pré, indûment fait et annulé. 
« Ht pour les fixultes commises par icellui Gossouyn, en lad. matière, qu'il 
soit condemné en XL. p. d'amende envers le roy etc. ^. » 

Le 14 février 1461, Gossouyn était en procès devant la Cour des Aides 
contre Pierre de Refuge, général des finances, et Nicolas Candillon, greneticr 
de Paris >. 

C'était le général des finances qui fixait le prix auquel on devait vendre 
le sel aux marchands, après une enquête sur les frais de sa conserva- 
tion dans le grenier et son prix d'achat. Il devait avoir égard pour cela à 
l'intérêt de la chose publique, sans toutefois établir un prix excessif pour le 
marchand. 

Cette affaire remontait à 1452, où Gossouyn, que l'on dit « bon 
marchand et ayant bon crédit », avait présenté au grenier à sel de Paris 
135 muids de sel : il succédait là à Volant, qui venait de vendre son sel 4. 
Gossouyn pouvait fiiire la vente à 32 l. (le muid) ; mais le général aurait 
ordonné de retenir sur chaque muid 4I. 5. Depuis Gossouyn avait fait observer 
que le sel lui avait beaucoup coûté, que la vente ne lui rapportait guère ; 
sur quoi le général lui adjugea 2 francs. Il protesta contre cette retenue qui 
survenait trois mois après une vente : procéder ainsi serait la destruction de 
la gabelle, car aucun marchand ne voudrait se mêler de fournir les greniers 
dans ces conditions. 

Cette affaire parut tour à tour devant la Chambre des Comptes, le Chà- 
telet, le Parlement, qui la renvoya à la Cour des Aides 6. 

1. Arch. Nat., Z'k 19, fol. 181 v°, 6 février 1456 n. st. ; fol. 189, 13 février. 

2. Arch. Nat., Z'f 20. fol. 44. 
5. Arch. Nat., Z'^ 25, fol. 85 v°. 

4. Arch. Nat., XI" 8306, fol. 133. 

5. En 1458, après la vente du sel, le o;énéral des finances écrivit au grenetier qu'il ne savait 
à quel prix Gossouyn l'avait eu, mais qu'on lui retînt 4 1. par muid. (Arch. Nat., Z'" 22, 
fol. 48 V, 4 octobre 1460). 

6. Arch. Nat., Z'" 23, fol. 269; X'-^ 8506, fol. 333. 



APPENDICE 353 



Quoi qu'il en soit du fond de cette affaire, la vente du sel au détail pro- 
curait des bénéfices considérables à ceux qui s'y livraient : ainsi, selon 
l'avocat Viole, qui plaidait pour le grenetier de Paris, le muid de sel 
pouvait se vendre au port de Paris pour lo écus. Or Gossouyn en avait 
pris à 30 francs par muid '. 



Colin ou Nicolas Laurens était également un financier : on le dit tantôt 
marchand et bourgeois de Paris, tantôt épicier. On le trouve par exemple 
désigné comme exerçant cette profession parmi les maîtres jurés épiciers 
de Paris, en 1450 2. En réalité il faisait tous les métiers où ses capitaux 
pouvaient lui être utiles ; et surtout il avançait de l'argent, et en recevait 
chez lui en dépôt. 

Ainsi, en 1444, on lui payait 200 livres « pour poudre à canon du temps du 
siège de Monstreau 5 ». En 1452, il est désigné par la Cour comme caution 
dans le procès au sujet de la terre de Champtocé entre le duc de Bretagne et 
le roi de Sicile +. On le voit associé à Robert le Cornu dans une affaire de trans- 
port de meules à moulins importées de la Ferté-sous-Jouarre >' ; associé avec 
Robert le Margotel, à Coutances, pour la vente du vin ^ ; il figure dans un 
procès soutenu contre le receveur pour le roi du péage de Villeneuve, avec 
d'autres marchands parisiens qui déclaraient avoir toujours eu libre cours pour 
leurs marchandises sur la Seine et l'Yonne ". Le 12 avril 1454, avec sa femme, 
Nicolas Laurens demandait compte de leur administration à Jean de Megrigny, 
receveur des Aides du roi, à Troyes ^. En 1455, il est associé avec Antoine 
Huet, de Rouen, pour la vente du sel, du hareng, du vin 9. En 1456, on voit qu'il 
cautionne Jean Robiquel qui va exercer le métier de changeur dans le Maine '" ; 
il vend en ce temps-là des « tables d'alebastre », du drap " ; il est compagnon 
de Simon Roze,à Compiègne, pour la vente du vin '2. En 1458, il s'associe avec 
un marchand de Caen pour la vente du vin de Paris et de Suresnes '3 ; en 
1459, ^^cc Charles Desmaretz, capitaine de Dieppe, pour deux meules de 
moulin m, et il amenait du vin d'Auxerre à Paris 'î. Le 13 septembre 1460, 
Laurens est toujours dit marchand épicier et était autorisé à faire fondre 

1. Arch. N.it., Z'-^ 25, fol. 269. 

2. Arcli. Nat., Y. 4, fol. 96 ; Z't i^, 22 avril 14,0. 
j. Bibl. Nat., fr. 32511, 6* compte de Xaiiicoins. 

4. Arch. du duc de la Trènioïlle. 

5. Bibl. Nat., Moreau 1062, fol. 5, 90. — 6. Ihid., fol. 9. 

7. .\rch. Nat., Z'' 20, 17 nov. 1452. — 8. Ihid., X'" 1483, fol. 158. 

9. Bibl. Nat., Moreau 1062, fol. 26; Arch. Nat., KK. 408, fol. 49. 

10. Arch. Nat., Z'b 286, 14 août 1456. 

11. Bibl. Nat., Moreau 1062, fol. 51. 

12. Arch. Nat., KK. 408, fol. 46. — 15. Ihid., fol. 42 v". — La recette des Compagnies fran- 
çaises (Arch. Nat.. KK. 409, compte de 1457-1458) le montre associé de Jean le Bon pour le 
commerce du foin ; de le Villain, à Caen ; de Jean du Bue pour le vin. On le trouve parmi les 
acheteurs du vieux bois provenant du pont Notre-Dame (Ihid., fol. 289.) 

14. .\rch. Nat., fol. 59. — 15. Ibid., fol. 67. 

FRANÇOIS VILLON. — 11. 23 



354 FîlA>fÇOIS VILLOÎ^, SA VIE ET SON TEMPS 

dans sa <( granche », séant en la rue Montorgucil, 19 tacques de lavure de 
plomb par le fondeur Jean Monnant '. 

Des honneurs officiels avaient été la récompense de ses services, et de sa 
fortune : le 22 juillet 1461, on le trouve parmi les échcvins de Paris, élu 
pour faire partie de l'ambassade qui allait vers Louis XI lui porter l'hom- 
mage de la ville ^. 

Jean Laurens était mort le 19 novembre 1478, date à laquelle on voit Jean 
François et Jeanne, sa femme, réclamer à ses héritiers les i.ooo écus d'or 
qu'ils avaient laissés chez lui en garde > : sa fille unique et son héritière avait 
épousé Pierre Chouart. Sa femme, Catherine Aubrée, était morte avant le 
26 avril 1462, laissant des héritages à Meaux et des maisons à Paris 4 : elle 
était paroissienne de Saint-Jacques la Boucherie 5. 

Comment Villon a-t-il pu attaquer un si puissant personnage ? Sans doute 
parce qu'il était marchand de sel et que les gabcleurs étaient fort décriés. 

Ainsi on voit que Nicolas Laurens plaidait contre Jean Etienne Gontier, 
et Jean d'Appoigny^. Son avocat le disait « bien notable marchant », 
fournissant de sel plusieurs greniers de ce royaume. Depuis longtemps déjà 
il avait déposé au grenier d'Auxerrc une grande quantité de sel pour être 
vendu « à tour de papier 7 ^;, et selon les ordonnances royaux. 11 y avait 
employé une grande part de son argent qui dormait là. Jadis on vendait à ce 
grenier, chaque année, de 100 à 120 muids de sel : à présent, on n'en vendait 
pas 30 muids. C'est pourquoi Laurens se plaignait de Gontier et d'Appoigny 
qui, en vertu d'un ban de l'évéque d'Auxerre, avaient vendu le sel qu'ils 
avaient acheté d'autres marchands, au lieu de vendre celui du grenier : et il 
réclamait 500 1. de dommages et intérêts. Mais l'avocat de la partie adverse 
laisse entendre que ce n'est pas par désintéressement, ni par la connaissance 
de son droit, que Laurens agissait ainsi. Certes, il le reconnaissait : Nicolas 
Laurens était un notable marchand, et contre sa personne il ne voulait rien 
dire : mais, riche et puissant comme il était, il ne devrait pas rompre le ban. 
« Ad ce que partie a dit que son sel dort oudit grenier, dit s'il dort, hnpidetur 
vohîs... » 

D'ailleurs Laurens était d'accord avec le grenetier d'Auxerre : pendant le 
ban, quand les gens voulaient avoir du sel ,on ne pouvait le trouver ; et il 
venait au grenier le plus tard qu'il pouvait. Il le mesurait avec de fausses 

1. Arch. Nat., Z'b/^; le 30 ni;ii 1468, il était .lutorisc de morne à faire foudre 12 taqucs de 
plomb et à « afHner en VOstel de Clisson » (Ibid.). 

2. Arch. Nat., Z^h 14. 
5. Arch. Nat., Z 10/4. 

4. Bibl. Nat., Clair., 763, 26 avril, ;, mai 1462. 

5. Arch. Nat., LL. 784, fol. 218. 

6. Arch. Nat., X^" 20, fol. 217 v" (22 juin 1453). 

7. Les gabelles des greniers à sel de France appartenaient au roi et demeuraient à sa dispo- 
sition. Cependant il y avait des usages pour- la fourniture du sel : ainsi le marchand qui le 
premier avait présenté son sel dans un grenier devait le vendre « à tour de papier », à moins 
qu'il n'y eût un autre marchand qui voulût vendre sou sel au rabais ; auquel cas il en vendait 
jusqu'à 10 muids. (Arch. Nat., Z'" 20, fol. 217 v°). 



APPENDICE 355 

mesures, disant au peuple que le sel du ban n'était pas bon, que le sel du 
marchand valait mieux. Il fallait le payer en monnaie, et il conservait le 
change sur l'or. Comme on ne pouvait trouver le grenetier, les gens délé- 
guaient un acquéreur pour tous ; ainsi Gontier acquit et transporta 9 minots 
dans son hôtel. 

Nicolas Laurens vendait également du sel au comté de Clermont où on le 
voit louer une chambre en la halle ; là il demeura quatre ans sans rien payer '. 



XXXVII. — PIERRE RICHER, Pédagogien a Paris 

Pierre Richer était bien un directeur d'école pour les jeunes enfants. Dans 
un acte fragmentaire, donné en 1455 à Saint-Mathurin, siège de la Faculté 
des Arts, il est dit maître en théologie, tenant à Paris une école notable 
(notahile pedagogium) où lui et ses associés instruisaient les enfants en science 
et en mœurs Cet eos per se et siios submagistros instruxcrunt in Utterarum et 
arciiim sciencia... ^) En 1452, on voit qu'il était déjà professeur en Théologie 
et curé de Saint-Eustache. Il avait alors des difficultés avec le chapitre de 
Saint-Germain-l'Auxerrois qui devait assurer l'entretien de cette église contre 
la ferme des cierges, des offrandes, etc. 3. Le chapitre accusait le curé de 
retenir une partie des recettes faites le Vendredi-Saint sur les offrandes et les 
confessions. Le 5 juin 1455, ^^ chantre de Saint-Germain présentait au curé 
de Saint-Eustache son nouveau clerc et le revêtait du surplis : M^ Pierre 
Richer refusait de le recevoir, alléguant que c'était là l'office du curé lui- 
même 4. Le ler août 1460, le chapitre finissait par délivrer à Pierre Richer 
la ferme de la paroisse, comme à une personne étrangère, pour trois ans 5, 
Le 4 janvier 1463 (n. st.), Pierre Richer est dit mort depuis peu : Philippe 
Richer et Jean Gimyer prenaient alors à ferme la cure de Saint-Eustache ^. 



XXXVIII. — Un pauvre clergeot de Parlement : 
M^ ROBERT VALLÉE 

Robert Vallée était du même âge que Villon et fut son compagnon d'études, 
puisqu'il est dit bachelier es arts, en 1448, et fut reçu à la licence en 1449 ". 
Il est dit originaire du diocèse de Poitiers et sa bourse fut de 2 s. p. 

1. Arch. Nat., KK. 282. Recettes et dépenses du comté de Clermont de 1456 à 1458. 

2. Bibl., Nat., n. acq. lat. 1787, p. 9. 

5. Arch. Nat., LL. 396, fol. lo. — 4. Ibid., fol. 46. — 5. Ibid., fol. 106 V. Cf. ce contrat, 
sous la date du 4 mai 1460 (Arch. Nat., LL. 396, fol. 109). 

6. Arch. Nat., LL. 396, fol. 138. Le nom de Pierre Richer, donné comme professeur ordi- 
naire dans le registre de la Faculté de Théologie, se rencontre dés 1456 : il disparaît sur le 
compte de 1463-1464 (Bibl. Nat., lat. 5657*-). — 7. Bibl. de l'Université, ms. n° 1, fol. 80, 102. 



356 FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 

Robert appartenait à une bonne famille de l'administration des finances et 
du Parlement, puisqu'on le voit figurer, le 23 juillet 1463, parmi les témoins 
et cousins du côté maternel de Marie de Tuillières, fille de feu Pierre de 
Tuillières, conseiller au Parlement, et de Jeanne Braque, lorsqu'elle reçut 
pour curatrice sa mère '. Robert était donc allié de Germain Braque, le 
maître général des monnaies, de Guillaume Gentien, de Jean Calipel, de 
Jean Sevestre ^, familles bien connues à Paris dans le milieu du Châtelet. 

Le 16 mars 1455 (n. st.), on rencontre Robert Vallée au Châtelet : il est 
procureur de Jeanne, sa femme, de Jacquelin Remon et d'Olive, sa femme, de 
Jehannin le Roy. 11 s'agit de l'héritage de Robert le Roy, en son vivant tisse- 
rand de drapa Paris, dont Jeanne Vallée était la nièce et l'héritière : les époux 
échangent et renoncent à des terres de l'héritage dans la vicomte de Monti- 
villiers). Dans la suite, on rencontredes mentions assez fréquentes de Robert 
Vallée, comme procureur, dans différentes affaires qu'il représenta soit au 
Parlement 4, soit surtout devant la justice du Trésor 5. 

Le 6 août 1463, Robert Vallée était condamné à payer 6 livres de rente 
envers la Grande Confrérie aux Bourgeois de Paris, comme détenteur d'une 
maison rue Saint-Martin, en fiice de la barre de Saint-Merry, et qui avait 
appartenu à Colin le Prestre, déchargeur de vins''. Le 24 février 1468 (n. st.), 
Nicolas Vallée, héritier de Guillaume Vallée, seigneur d'Orcheux, plaidait 
contre Robert Vallée, Guillaume Cailletezet sa femme, auparavant femme de 
Guillaume Vallée 7. 

Robert était donc parent de Guillaume, que l'on trouve huissier d'armes le 
8 janvier 1448 **,' et qui possédait, en 1464, un hôtel rue Saint-Denis, à 
Vlmage Saint-Nicolas, près de l'église des Saints-Innocents 9. 

Il était certainement parent de Jean Vallée que l'on trouve en 1459 procu- 
reur au Châtelet avec Pierre Genevoys, qui sera curateur de son parent, 
Jean Sevestre '°. 



1. Bibl. Nat., Clair., 763 ; Cf. aussi ce registre à la date du 23 janvier 1455, n. st. 

2. Pierre Genevoys, le procureur au Châtelet, fut curateur de Jean Sevestre (Bibl. Nat., 
Clair., 763, 4 février 1455, n. st.). 

5. Arch. Nat., Y. 5252. 

4. Le 8 mai 1461, Robert Vallée, procureur de Gaultier Lot, était condamné pour les 
« subterfuges par lui exquis en caste partie » à 20 s. d'amende qui seront distribués aux pri- 
sonniers de la Conciergerie au cours d'un procès contre le couvent de Saint-Maur (Arch. Nat., 
X'' 8307, fol. 70) ; mentionné le 29 mars 1463, n. st. (Arch. Nat., X'-' 4808, fol. 74 v"). 

5. II janvier 1460, 16 et 30 janvier, Robert Vallée est procureur de Guillaume Bellemére 
dans son procès contre Jean Langloiz, prêtre (Arch. Nat., Z'h 22). Le 15 octobre et le 
19 novembre, il est procureur de Pierre de la Barre, prêtre, écolier à Paris, en procès contre 
Pierre Boucher (Z^y 23). Le 26 juin 1461 et le i" juillet, procureur de Jean Guérart (Z'f 24). 
Le 6 juillet 1465, on le trouve procureur de Jacquet Paulmier (Z'f 25). 

6. Bibl. Nat., Clair., 763. 

7. Ihid., Clair., 764. — Ce personnage reçut en 1461 la seigneurie de la Roche Tesson en 
Normandie (Arch. Nat., X'" 8307, fol. 144 v° ; JJ. 199, p. 523). 

8. Ihid., Clair., 763. 

9. Ibid., Clair., 764. 

10. Il'id., Clair., 763. ^ 



APPENDICE 357 

Tout cela nous donne à penser que le « pauvre cleijot » de Parlement 
était fort à son aise, qu'il était allié à des familles de financiers et d'adminis- 
trateurs dans la haute bourgeoisie parisienne. 

De là l'ironie des dons que lui a fait Villon dans ses Lais'. Ce camarade 
d'études aura refusé d'aider le pauvre Villon, sans doute à l'instigation de 
son amie, Jeanne de Milières : car, dans leur association, c'est la femme qui 
porte la culotte et mène cet entant par le bout du nez. Je lui laisserai donc, 
pense Villon, mes braies ^, mais celles-là que je viens d'abandonner en gage 
à la taverne des Trumelières, non loin des Halles. II pourra en coiffer son 
amie. 

A un fou de cette sorte, comment ne pas laisser aussi le plus ridicule des 
livres, VArt de Mémoire, ce bel ouvrage révélé par Dieu au roi Salomon par 
le moyen d'un ange? Son explicit suffira à nous faire entendre l'ironie de 
Villon à l'égard de ce benêt qu'est Robert \'allée : 

Explicitint oraiioiics spéciales et générales Memorative artis per quas potest 
haheri memoria in omnibus auditis retinendis, facundia in omnibus retentis profe- 
rendis facunde, ingenium et intellectus in omnibus scientiis adiscendis, et stabilitas 
in scientiis adquisitis, si, suis horis et suis teniporibus, sicut superius terminatum 
est, proferantur 3 . 

Mais, pour assurer la vie de ce pauvre propriétaire, qui ne possède « ne 
mont... ne vallée », François \'illon, ce jeune et riche gentilhomme, ordon- 
nera à ses parents de vendre son armure de tête, son haubert, et d'employer 
cette somme à son intention. 

Relisons maintenant les trois allègres huitains du poète, et estimons qu'il 
est imprudent de ne pas obliger François \'illon ! 

Et a maistre Robert Valee, 
Povre clerjot au Parlement, 
Qui ne tient ne mont... ne vallée 4, 
J'ordonne principalement 



r. L., h. I}, 14, 15. 

2. Sorte de petit c.ileçon de bain, pièce essentielle du costume masculin, comme le prouve 
entre autres cet exemple emprunté au Miroir du Momie (Bibl. Nat., tV. 9686, fol. 7 r", xv* siècle) : 
« Kt Semiramis fut tant jalouse de son filz que, pour ce qu'il ne se couplast .i aucunes de ses 
damoiselles, elle fist faire brayes à ses femmes qui fermoient moult fort : et ne trouve l'on pas 
qu'oncques niez eussent portées braies. « 

5. Bibl. Nat., n. acq. lat. 1565, fol. 12 v". Cf. Ai Farce de i'arhalestre a ij personnages : Le 
mary : 

Elle me vouldra faire a croire 
Que je suis fol de droicte ligne : 
Jamais Noue, qui fit la vigne, 
N'eust une si belle entendoire, 
Car je say bien l'Art de Mémoire. 

4. Equivoque sur le nom du légataire. Le sens est qui ne possède rien, ni montagne, ni plaine, 
ni vallée. (Cf. Montaiglon, Ane. poésies françaises, III, p. 13 5). 



358 FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 

Qu'on luy baille legieremeni 
Mes braves », estans aux Trumellieres ^, 
Pour coeffcr 5 plus honnestement 
S'amye Jehanne de Millieres 4. 

Pour ce qu'il est de lieu honneste, 

Fault qu'il soit mieulx recompensé, 

Car Saint Esperit l'admoneste, 

Obstant ce qu'il est insensé ; 

Pour ce, je me suis pourpensé, 

Qu'on lui baille l'Art de Mémoire 

A recouvrer sur Maupensé 5 

Puis qu'il n'a sens ne qu'une aulmoire '. 

1. On laissait en gage ses habits à la taverne : mais c'est peu probable qu'on y abandonnait ses 
braies. Cf. t. I, p. 75. C'était là une façon de parler: Cf. la ballade du ms.fr. LUI de Stockholm, 
fol. 18 V : 

Rembourreux d'enfTumez cabas 

Laissez vous fault vostre mestier, 

Sans plus fourbir les vielz harnoys , 

Trop de gens s'en veulent mesler 

Car il n'est homme, à brief parler, 

Qui n'en veuille tenir escolle ; 

Et, deut il ses brayes engagier, 

Chascun veult fourbit la virolle. 

2. « Item confsssa que avant Noël derrenierement passé en la taverne des Trumelteres es 
Haies... lui et ledit Perrin prindrent et emblerent vj vieilles escuelles d'estain... » (Registre 
criminel du Châtelet de Paris, II, p. 503, ad a. 1392). Villon a choisi cette taverne à cause de son 
nom équivoque : les trunielières dans l'ancienne langue désignaient une sorte de bottes 
(Godefroy, ad v. Trumelières). 

3. Cf. La Farce nouvelle de deux jeunes femmes qui coiffèrent leurs maris par le conseil de 
M' Antitus (Picot, Recueil de Farces, p. 98, 113): 

Ça, ça voici que vous ferez : 

Femmes, vos maris coifferez 

Et leur baillez pour chose honneste 

Une coiffe dessus leur teste... 
La Farce de l'arbalestre a ij personnages : Le mary : 

Vous m'avez faict grandes destresses 

Car, quant les femmes sont metresses, 

Elles y doibvent les braies porter... 
Cette plaisanterie dura des siècles, et persiste encore. Il y a une gravure populaire du temps 
de Louis XIV représentant une femme corrigeant son mari qui lui présente sa culotte : la 
légende est : Ambition de la femme pour parvenir à la maîtrise par la culotte. 

4. M. A. Longnon a trouvé le nom de Jeanneton de Milières à la date du 18 février 1455, 
n. st. {Etude biographique, p. 109. Arch. Nat., X^ 25). 

5. Je n'ai jamais rencontré ce nom, qui me paraît forgé, et amené par l'idée de déraison. 
Maupensé est ailleurs une abbaye burlesque (Petit de Julleville, Catalogue des Farces, p. 227 ; 
Picot, Sottie en France, p. 69). 

6. Il semble bien qu'il y ait encore ici une équivoque qui a son correspondant dans le bas 
langage moderne. Cf. la Farce de Frère Guillebert (Viollet le Duc, Ancien théâtre français, I, 
p. 309). C'est la femme qui parle : 

Vienne, fust il moyne ou convers, 
Je luy prestcray mon aumoyre... 

Mais il y a peut-être une allusion au fabliau de la Pleine bourse de sens. Cf. Recueil général, 
III, p. 89 et sq. 



APPENDICE 359 



Item, pour assigner la vie 

Du dessusdit maistre Robert, 

(Pour Dieu, n'y ayez point d'envie !) 

Mes parens, vendez mon haubert ', 

Et que l'argent, ou la plus part. 

Soit emploie, dedans ces Pasques, 

A acheter a ce poupart 

Une fenestre emprès Saint Jaques '. 



XXXIX. — MICHEL CULDOE, Échevin de Paris 
ET CHARIOT TARANNE, Changeur 



Michel Culdoe appartenait à la meilleure et à la plus riche bourgeoisie 
parisienne. 

Son père, Charles Culdoe, avait été fait prisonnier au Louvre, lors de l'in- 
surrection de 1418 : mais il avait pu sauver sa vie, en payant une grosse 
rançon, et s'était empressé de quitter Paris 3. C'était un clerc des comptes 4, 
un riche prêteur à intérêt, qui savait de 100 1. de rentes en faire i.ooo. Le 
gouvernement anglo-bourguignon s'empara pendant son absence de ses 
biens : de son grand hôtel, rue de la Tonnellerie, de sa maison de la rue 
des Prouvaires, de ses héritages sis à Châtillon et à Arcueil 5. 

Sire Michel ou Michault Culdoe était beaucoup plus âgé que Villon, puis- 
qu'il naquit en 1408 ^ : il suivit le parti français et ne rentra à Paris qu'après 
la réduction de la ville au roi ". Il était élu échevin, en 1440, résignait cette 
fonction en 1442 ; on le retrouve de nouveau échevin, en 1447 et en 1461 s. 
Le 19 novembre 1444, Michel Culdoe plaidait contre les héritiers de feu 
Guillaume Sanguin au sujet de 120 écus d'or et 10 1. 8 s. 9; le 22 septembre 
1445, il était tuteur des enfants de l'examinateur Guillaume Widerue 'o. En 
1448, on le voit prévôt de la Grande Confrérie aux Bourgeois ", où il fondera 

1. Il y a vraisemblablement ici une équivoque, du moins une association d'idée, aubert 
désignant de l'argent en jargon. 

2. Voir ce qui a été dit, t. I, p. 271. 
5. Arch. Nat., X^' 8504, fol. 141. 

4. Bibl. M.1Z., Notes de du Fourny, ms. 3035 (Retenu clerc laïc au lieu de Jean de Vau- 
detar, par lettres du 15 décembre 141 5). 

5. Sauvai, III, p. 289, 310, 327, 328. 

6. Bibl. Nat., Clair., 763, 9 janvier 1427, n. st. 

7. Arch. Nat., X<* 8504, fol. 141. — Le 9 juin 1456, sa femme héritait de feu Pierre de 
Lesclat (Bibl. Nat., Clair., 763), qui avait prêté au duc de Bourgogne 200 fr. d'or. Lesclat 
était mort, laissant comme héritiers Michel Culdoe et sa femme : d'où procès (Arch. Nat., 
X*' 8304, fol. 141, 26 juillet 1449). 

8. Arch. Nat., KK. 1009, fol. 6, 7; Z'h 14, 22 juillet 1461. 

9. Bibl. Nat., Clair., 763. — 10. Ihid. 

II. A. Longnon, Etude biographique, p. 13. 



$60 FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 

plus tard son obit et à qui il léguera sa maison de la rue de Champfleury '. 
11 figure, comme témoin juré à la requête du prévôt de Paris, contre le 
chapitre de Saint-Pierre-des-Arcis, le 30 juin 1460* : il vivait encore en 
14785, mais mourut avant le 3 juin 1479 ■♦. ^1 laissait Jeanne Culdoe qui 
épousa Marc de Janeillegac >. 

Sire Chariot Taranne appartenait à l'une des familles les plus riches de 
Paris, et royaliste : son histoire ressemble beaucoup à celle des Culdoe; car 
les Taranne aussi avaient été victimes de la révolution de 141 8. 

Chariot était l'aîné des frères Taranne, très connus à Paris 6, fils de Jean 
Taranne, le changeur, qui avait été massacré en 141 8 avec son fils JehanninT. 
Taranne le père avait également exercé la charge de maître des Comptes**. 
C'était un homme fort riche qui, en 1408, avait pu acquérir la portion 
d'amont du Pont-Neuf (Pont-au-Change), qui venait d'être emportée par les 
glaces, moyennant 600 1. t. et 16 1. p. de rente payables à la recette de la 
ville de Paris : de même le Pont Saint-Michel, pour 500 1. et 16 1. p. de rente 
par an, sa vie durant 9. Il vendait au prodigue Charles VI hanaps, aiguières 
d'argent doré, perles et pierreries 'O; il avançait de l'argent à Charles d'Or- 
léans pour la rançon du comte d'Angoulême, contre des joyaux estimés 
41.000 francs ". Son hôtel à Paris était situé rue Saint-Jacques la Boucherie, 
en 1414 ■^. 

Les biens des Taranne furent confisqués pendant la domination anglaise : 
Garnier de Saint-Yon occupa leur hôtel de la rue Saint-Jacques la Bou- 
cherie '5 : l'hôtel et jardin de Saint-Germain des Prés, les terres à Vanves 
et à Saint-Cloud eurent le même sort '4. 

Chariot dut rentrer à Paris avec la domination française. On voit qu'il 
occupait le seizième change du Pont, l'an 1441 ■>. Il dut alors travailler beau- 
coup à refaire sa fortune : il est dit en procès avec le Trésor « dont ne 
peut avoir le bout "^ » ; une des maisons de sa famille, à Saint-Germain des 
Prés, était mise en criées, en 1443 "7; et le change, clos en 1446, fut payé 
seulement en partie en 1449 "**. Chariot soutenait alors de grands procès. Le 

I. Arch. Nat., LL. 437, 29 avril. — 2. Arch. Nat., Z'f 25. 

3. Sauvai, III, p. 425. 

4. Bibl. N.at., Clair., 764. 

5. Sauvai, III, p. 412. 

6. Christophe, Guillaume, Louis, Pierre, le notaire (Clair., 763, 15 juin 1459). 

7. Arch. Nat., Z'f 24, 19 février 1462, n. st. 

8. Institué au lieu de Thomas d'Aunoy, par lettres du 9 janvier 1416 (Bibl. Maz., ms. 5035). 
Cf. Arch. Nat., X*" 17, 5 mars 1416, n. st. 

9. Bibl. Nat., fr. 10988, fol. 132 v° (Manuel de Pierre Amer, clerc de la Chambre des 
Comptes). 

10. Bibl. Nat., fr, 20884, 12* compte de Charles Poupart. 

II. Arch. Nat., X'" 8304, fol. 514 v». 

12. Arch. de la Seine V. D. D-^ ; Sauv.al, III, p. 265. 
15. Sauvai, III, p. 308. — 14. Ibid., p. 319-328. 

15. Bibl. Nat., fr. 22392, p. 22 (Comptes de la Sainte-Chapelle). 

16. Bibl. Nat., fr. 22392; le 14 décembre 1441, on voit que son frère Pierre plaidait par 
exemple contre Raymond de Saint-Yon devant la Justice des bouchers de Paris : les Saint-Yon 
s'étaient emparés de leurs biens (Bibl. Nat., fr. 32586, p. 30). — 17. Ibid. — 18. Ibid. 



APPENDICE 361 

15 février 1446 (n. st.), on voit qu'au nom de ses frères, il faisait opposition 
sur l'héritage de Guillemette de Vitry, échu à Louis Raguier pour 480 1. '. 

Le 20 juillet, Chariot et son frère Pierre, le notaire et secrétaire du roi, 
étaient en contestation avec Charles d'Orléans au sujet des avances relatives 
à la délivrance de Jean d'Angoulême^. Cette même année, Pierre Taranne 
réclamait à Philippe le Bon le remboursement du tiers d'une somme de 
i.ooo fr., que son père avait jadis avancée aux Bourguignons, qui refusaient 
alors de la payer '. On trouve encore Chariot plaidant contre Pierre Taranne 
le 21 mars 1459 (n. st.) 4, puis, le 19 février 1462, contre le procureur du roi, 
au sujet de la location du change paternel 5. Mais Chariot était mort en 1464 ; 
car un compte de Saint-Jacques la Boucherie, qui se termine à cette date, 
porte que, pour ses funérailles, il avait été payé 42 1. 15 s. 9 d. par les 
mains de Guillaume Boucher, l'examinateur au Châtelet^. 

L'ironie des legs de Villon consiste donc simplement à attribuer à ces 
riches personnages 100 s. « pris de manne » (nous dirions tombés du ciel), 
et une « house de basane » (des vieux souliers que l'on criait dans la rue), 
un objet de rebut. ' 



XL. — COLIN GALERNE, Barbier, et BAUGIS, 
Herboriste ex la Cite 



Le barbier s'appelait Nicolas, et plus familièrement Colin Galerne. Sans 
doute il était fils de Michel Galerne que l'on voit, en 1441, barbier des 
enfants de chœur de Notre-Dame '. Or on trouve Colin Galerne dans le même 
office, où il recevait, le 26 novembre 1459, la somme de 54 s. p. pour 
avoir tondu les dits enfants de chœur î^. Vraisemblablement \'illon le con- 
naissait depuis longtemps. Car on rencontre un Jean Galerne, procureur 
du collège de Tréguier, en 14319; et Guillemette, la femme de Colin Galerne, 
était fille d'Etienne le Camus, le propriétaire de la Hélice, rue Saint-Jacques '». 

Quant à Colin, il demeura toujours dans la Cité. Il est question de 
Galerne, comme marguillier, dans les comptes de Saint-Germain-le-Vieux 
que tint Martial d'Auvergne, procureur en Parlement et confrère en poésie 
de François \'illon, entre 1454 et 1458. Colin rédigera ces mêmes comptes, 



1. Bibl. Nat., Clair., 76}. 

2. Arch. Nat., X'' 8504, fol. 5i4v°;ce procès durait encore le 10 décembre 1455 (Arch. 
Nat., X'' 1485, fol. 237 V). 

î. Arch. N.it., X»' 8504, fol. 557. - 4. Arch. Nat., X<^ 8854. 

5. Arch. Nat., Z'f 24. 

6. Arch. Nat., LL. 784, fol. 252. 

7. Arch. Nat., LL. 115, p. i}2. — 8. Arch. Nat., LL. 119, p. 1030. 
9. .\rch. Nat., S. 5114B. — 10. Arch. Nat., S. 889B. 



3^2 FRANÇOIS VILLON. SA VIE ET SON TEMPS 

entre 1458 et 1463. On voit qu'il demeurait, en 1463, au coin de la rue de la 
Juiverie, à l'enseigne de la Nasse, au lieu dit Marché-Palu. Colin Galerne 
signera encore le compte de sa paroisse de 1470 à 1474'. 

Le métier de barbier comportait, comme on sait, l'exercice de la chi- 
rurgie. Cette corporation était donc sévèrement organisée ^. Un maître 
barbier régentait tous les autres : dans les bonnes villes, il avait un lieu- 
tenant ; et nul ne pouvait exercer l'office de barbier sans être passé maître. 

Pour devenir maître à Paris, il fallait subir un examen devant les quatre 
barbiers jurés, qui adressaient un rapport au barbier du roi, et les avoir 
servis pendant quatre mois. Forts de leurs privilèges, ces barbiers jurés 
empêchaient les petits compagnons de recevoir la maîtrise. Ces examens 
étaient l'occasion de scènes burleqsues, où les maîtres traînaient en longueur 
les épreuves du chef-d'œuvre, afin de se faire régaler de bons vins et de- 
viandes délicates, aux dépens du candidat : ils appréciaient fort les perdrix, le 
faisan et le chevreau. Chaque maître pouvait prendre à cette occasion 5 sols; 
en réalité, ils prenaient 2 ou 3 écus ; à leur femme, il fallait présenter le 
chaperon, et 10 écus à la confrérie. Les maîtres faussaient de temps à 
autre les lancettes; et plusieurs fois les chirurgiens, qui se plaignaient de ces 
pratiques, durent intervenir?. 

On allait aussi chercher de misérables mendiants, dont l'office était de se 
faire saigner à ces examens, moyennant une petite rétribution. Or quand les 
jurés étaient défavorables au candidat, ils subornaient les gens soumis à 
l'épreuve, afin de créer des difficultés de plus au novice opérateur. Le 
métier restait donc fermé ; et pour devenir barbier, le mieux était encore 
d'épouser la fille d'un barbier ou de servir sa veuve. Ainsi, après être demeuré 
quinze ans avec les barbiers de Paris, un nommé Gilbert le Roux fut seule- 
ment autorisé à produire son chef-d'œuvre 4. Il fallait enfin être de bonne 
vie et mœurs, tenir un ouvroir à Paris, ne jamais saigner hors de sa boutique, 
ni conserver du sang après midi, ou dans les bains de pied plus de deux 
heures 5. Cependant tous les barbiers ne se montraient pas adroits : 

Tel pent à son huis le bassin 
Qui ne sauroit traire une chievre 

dira-t-on bientôt dans les Faintises du Monde. 

Galerne, vraisemblablement fils de barbier, ne connut aucune de ces diffi- 
cultés. On l'a vu déjà barbier des enfants de chœur de Notre-Dame, en 1459. 
Le 26 juin 1460, il était cité devant l'official et affirmait avoir connu jadis 

1. Arch. Nat., H. 3376. 

2. Ordonnances, XV, 243. Confirmation par Louis XI (novembre 1461) du règlement de 
Charles VII (juin 1444). — Les chirurgiens prétendaient qu'ils ne devaient point l'exercer 
(Denifle et Châtelain, Chartularium Universitatis Parisiensis, IV, p. 675, ad a. 1447). 

3. Arch. Nat., X*^ 4811, fol. 98 v°. 

4. Bibl. Nat., fr. 5300, fol. 39 (13 septembre 1460). 

5. Arch. Nat., X'' 4811, fol. 98 v" ; Bibl. Nat., Dupuy, 250, 24 décembre 1466; Ordon- 
nances, XV, p. 243. 




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APPENDICE 363 

certaine licence de l'évêque de Paris autorisant les barbiers à travailler le 
mercredi de la Saint Barnabe, discrètement, et sans ouvrir leur ouvroir'. On 
peut croire aussi que Galerne ne se montrait pas fort généreux : car, le 1 6 mars 

1461, Jacob le Fauqueur, clerc de l'église Saint-Germain-le-Vieux, compa- 
raissait devant l'official. On lui demanda pourquoi il ne portait pas l'eau bénite 
chez Colin Galerne, comme il devait le faire chez les paroissiens : il répondit 
qu'on ne lui donnait rien dans cette maison. Mais par contre, Galerne savait 
bien réclamer le paiement de soins donnés à des clercs blessés^. Le 21 octobre 

1462, il était procureur du métier et déclarait, à ce titre, devant l'official que 
depuis quatre ans plusieurs barbiers de Paris avaient été cités pour avoir tra- 
vaillé certains jours fériés, en particulier le jour de la Sainte Madeleine. 
Alors Galerne avait été trouver l'évêque, à qui il rapporta comment M^ Jean 
Laurens leur faisait un procès à ce sujet. Sur quoi l'évêque avait demandé à 
Jean Laurens de les laisser en paix : et il imposa seulement aux barbiers 
d'observer les fêtes des saintes Catherine, Madeleine, de saint Denis et 
des saints Apôtres. Car le peuple se rendait à Paris surtout le samedi et aux 
fêtes, et il fallait bien raser les faces de tous ces artisans 3. 

En 1469, Colin Galerne était lieutenant de Jean Monnoiel, procureur du 
barbier du roi 4. Le 22 décembre 1477, comme lieutenant du maître, il plaidait 
contre un certain Hostelin. Ce dernier était venu habiter Paris pour exercer 
la profession de barbier, dans l'espérance d'obtenir la maîtrise; ainsi, depuis 
1465, il avait demeuré dans la maison de plusieurs maîtres, apprenant le 
métier. En 1476, il se présentait devant Colin Galerne et les quatre jurés afin 
de subir son examen. On ne lui donnait pas de réponse. Or, pendant quatre 
semaines, on lui avait fait saigner vingt ou vingt-deux personnes, « voire gens 
morfondus, galeux et rongneux, qu'ilz amenoient de Saint Innocent, et les 
prenoient entre ung tas de cocquins qui communément s'i tiennent ». Il avait 
en outre saigné au pied une jeune fille « du pyé en l'eaue, qui ne sert que 
d'estre seignée » : c'était son métier, et elle recevait de l'argent pour cela ; à 
ce point, assure le candidat, « qu'elle a la vene dure comme une corne ». 
Pareillement il saigna un « coquin » sur le front, qui avait bien reçu déjà 
quarante ou cinquante coups de lancettes. Pendant ce temps, Hostelin avait 
dû nourrir les maîtres jurés, à tel jour de viande, etc., vers Pâques, de che- 
vreaux, de bons morceaux, de bons vins de Beaune et du Rhin et d'autres : 
car « ou rcgart des vins françoys, ce n'estoient ce qu'ils demandoient ». Ainsi 
Hostelin dépensa 30 à 40 francs ! 

Voyant qu'il se ruinait sans résultat, Hostelin s'adressa à Galerne, afin 
qu'il fît son rapport : mais les jurés lui déclarèrent que son chef-d'œuvre 
n'était pas suffisant. Hostelin demanda en quoi il avait falli. On ne lui 
répondit toujours pas. Sur quoi il appela devant la Cour et demanda l'exper- 

1. Arch. Nat., Z lo/l. 

2. Ibid., 16 mars 1461. 
}. Arch. Nat., Z 10/*. 

4. Arch. Nat., X«' 481 1, fol. 98 v°. 



3^4 FRANÇOIS VILLON. SA VIE ET SON TEMPS 

tise des chirurgiens et des médecins. Ceux-ci sont à leur tour subornés par 
les jurés. Des scènes comiques se déroulent alors. On présente à l'aspirant 
barbier un homme dont la « veine est caduque », une jeune fille à saigner 
qui retire vivement son pied de l'eau et qu'il opère néanmoins très bien ■ ! 

On retrouve encore Colin Galerne, le 29 mai 1479, pli^idant contre Antoine 
Durand : il lui offrait un écu seulement d'un livre de Galien que Durand 
devait écrire de bonne écriture, à lignes espacées, afin d'y intercaler une glose 
en réservant de grandes marges 2. Ce barbier avait d'ailleurs des lettres : il 
transcrivit de sa main les Vigiles des Morts de Pierre de Nesson 5. 

Galerne vivait encore en i486 : il est toujours dit lieutenant du maître 
barbier du roi 4. 



Le métier d'herboriste, comme celui de barbier, n'était pas sans rapport 
avec la médecine. Jadis on avait vu les herboristes, les « herbiers », débiter 
leurs plantes dans les foires, avec de merveilleux boniments : 

Je sui uns mires 

a dit précisément celui-là que Rutebeuf mit en scène, au temps de saint 
Louis 5. Les statuts de la Faculté de médecine s'étaient élevés peu à peu 
contre l'ingérence des herboristes à qui il était interdit de visiter les malades. 
Au temps de François Villon, ils avaient le droit de préparer emplâtres et 
clystères, de les administrer « bien et lovaument», de tenir dans leur officine 
du sucre « bon et convenable^' ». Ils prêtaient serment entre les mains du 
doyen de la Faculté. 

« Angelot l'herbier » se nommait en réalité Angelot Baugis. On le trouve, 
dès 1453, comme herbier et paroissien de Saint-Gcrmain-le-Vieux ". Sans 
doute il était fils de Pierre Baugis, herbier, qui possédait, en 1416, la maison 
du Heaume Couronné, rue de la Calandre 8. Le 13 avril 1453, Angelot Baugis 
plaidait contre Etienne Garnier, fermier du chantelage, qui avait droit à 3 d. 
sur chaque queue de vin mise en chantier : Baugis déclara qu'il avait bien 
mis en chantier 6 muids de vin, mais il était de son cru ; et Baugis invoquait 
à son profit le privilège des bourgeois de Paris et celui des écoliers en méde- 
cine 9. Baugis avait en outre du bien à Paris. En 1453, il vendait à Guillaume 
Pommier, docteur en Théologie et curé de Saint-Germain-le-Vieux, sa 
maison de la Heu\e. En 1456, avec sa femme, il vendait à Jean Gilette, 

1. Arch. Nat., X'' 4819, fol. 66 v". 

2. Arch. Nat., Z 10/*, 29 mai 1479. 

3. Bibl. Nat., fr. 1889, fol. 105 v". 

4. F. Aubert, Histoire du Parlement de Paris, p. 316. 

5. Ed. Jubinal, I, p. 251. 

6. A. Franklin, Dictionnaire historique des arts, métiers... p. 384 ; Denifle et Châtelain, Char- 
titlarium Universitatis Parisiensis, IV, p. 406-407. 

7. Arch. Nat., LL. 464. 

8. E. Coyecque, L'Hùtel-Dieii de Paris, p. 20). 

9. Arch. Nat., Z'f 17. 



APPENDICE 36$ 

hôtelier de Paris, une autre maison en la rue de l'Abreuvoir-Màcon, à 
l'enseigne de la Hélice, devant le Beiif Couronné '. En 1457, on voit qu'il avait 
encore une maison rue Guérin-Boisseau, à l'enseigne de la Caige ^. Le 
4 octobre 1458, un chanoine de Notre-Dame, Charles Boullard, prenait à vie 
une maison et jardin, rue des Murs, à l'Image de rAiifioiiciation, contre la 
muraille : elle tenait d'un côté à un certain jardin, appartenant jadis à Pierre 
Baugis, et qui est dit maintenant appartenir à Jean Angelot, herbier'. 



XLI. — MAITRE LOMER 



Me Lomer doit sans doute être identifié avec M^ Pierre Lomer d'Airaines, 
appartenant au clergé de Notre-Dame. Lomer ne semble pas un prénom, 
comme on l'a dit : le plus souvent ce personnage est nommé Lomer, ou 
Me Pierre Lomer, et parfois Lannomanis de Aranîs, M^ Lomer Darennes. 

On voit que le 21 janvier 1452 (n. st.) le chapitre de Notre-Dame le dési- 
gnait à l'archidiacre de Jouy-en-Josas comme candidat à la cure de 
Bagneux4. Le 29 octobre 1456, une délibération capitulaire était prise dans 
le but de chasser les filles qui vivaient dans la Cité : « Placet dominis quod 
Lomer faciat evacuare meretrices existantes versus domum Leonis et Ursi in 
Civitate et cum ipso conférât camerarius clericus » >. Ce document mérite 
oute notre attention quand on entend Villon, en vertu du pouvoir qu'il 
tient des fées, et qui est celui de métamorphoser les hommes, léguer à 
Lomer de faire cent fois la « fafée » en dépit d'Ogicr le Danois, de bien 
aimer les femmes (T., h. 154). 

On trouve que le 10 décembre 1456, ce Lomer montrait au chapitre des 
lettres du légat sur la provision d'une prébende à Saint-Etienne-des-Grès^ ; 
le I 3 décembre, le chapitre la lui refusait, alléguant qu'elle avait été accordée 
déjà à Roger le Roy, clerc de J. de Vailly, chanoine de Notre-Dame /. Le 
5 octobre 1457, il est dit curé de Bagncux et sollicitait d'être pavé de son 
gros, c'est-à-dire du revenu annuel de ce bénéfice **. 

Au mois de décembre 1459, on voit encore que M^ Lomer d'Airaines sou- 
tenait un procès contre Jeanne \"ivicn, femme séparée d'Etienne du Trem- 



1. Arch. N'.-it., KK. 408, fol. 46. 

2. Arch. Nat., S. 1461-. 

}. Arch. Nat., LL. 119, p. 627. 

4. Arch. Nat., LL. 117, 21 janvier 1452, n. st. 

5. Arch. Nat., LL. 119, p. 59. 

6. Ibid., p. 94. 

7. Ihid., p. 99. 

8. Ibid., p. 568 ; le 4 février 14)8 (11. st.), messire Pierre Lomer est dit curé de B.igneux 
(Arch. Nat., Z'h 15). 



3^^ FRANÇOIS VILLOÎ^, SA VIE ET SON TEMPS 

blay ■ : cette dernière était condamnée à payer à Lomer la location d'une 
maison sise à Paris, rue de la Calandre, à l'enseigne de la Conte de Daim. 
Au mois de janvier 1460 (n. st.), Jacques Fournier, conseiller au Parlement, 
tuteur de ses enfants et de feu Marie Vivien, Jean de Marie et sa femme, 
Jacques Guérin et sa femme. Gaucher Vivien et Jeanne Vivien en appe- 
laient ^ : Etienne du Tremblay, M«= Lomer, Jean Turgis, M^ Jacques Fournier, 
Jean Asselin, Pierre L'homme, Jacqueline Dourdine, veuve de Pierre du 
Tremblay s'opposaient aux criées de trois maisons litigieuses : 1° rue de la 
Vieille-Draperie, à l'enseigne de la Siraine armée;' 2° une petite maison 
voisine ; 3° la maison de la Corne de Daim, rue de la Calandre. La cour dit 
que les Turgis et d'Airaines sont bien propriétaires de ces maisons : d'Airaines 
a celle de la Calandre 3. Ces procédures nous montrent Lomer dans un milieu 
que François Villon connaissait bien. 

On trouve encore que M'= Lomer d'Airaines plaidait contre Roger le Roy, 
sans doute à cause du bénéfice de Saint-Etienne-des-Grès, le 29 janvier 1462 
(n. st.) 4. 

Villon suppose dans son legs que les fées ont le pouvoir de nous faire aimer 
des femmes. C'était une croyance générale alors que certaines recettes, 
analogues aux incantations antiques et aux préceptes de la magie orientale, 
nous procuraient cette faveur 5. Mais surtout les Fées étaient réputées avoir 
le don de transformer complètement les hommes. Ainsi celui qui chassait 
les courtisanes de la Cité aurait pu devenir leur ami. 



XLII. — LE SÉNÉCHAL (?) 



Suivant une opinion très séduisante de Marcel Schwob, que je ne fais 
guère que reproduire ici, le Sénéchal nommé au v. 1820 du Testament, ne 
serait autre que le célèbre Pierre de Brézé, grand sénéchal de Normandie ^. 

D'une ancienne famille noble d'Anjou, Pierre de Brézé fut grand sénéchal 
d'Anjou en 1437, sénéchal de Poitou en 144 1, puis grand sénéchal de Nor- 
mandie ; il prit part aux conquêtes de la Normandie et de la Guyenne, con- 
duisit dans les eaux anglaises, en 1457, cette extraordinaire expédition de 
Sandwich. Le grand sénéchal était au demeurant un lettré et fut le premier 
protecteur de Chastellain. Blosseville le fera juge d'un débat poétique ; et 
René d'Anjou le représentera, dans son Livre du Cuer d'amour espris, daté 
de 1457, comme un grand amoureux. Sans doute aussi Brézé rima en 
compagnie de Charles d'Orléans /. Mais ce bon serviteur de Charles VII 

I. Arch. Nat., X*- 2. - 2. Ibid. — 3. Ibid. — 4. X*' 3. 

5. Bibl. Nat., fr. 1919, fol. 19, 50 — Marcel Schwoh, Parnasse satyrique, p. 63-65. 

6. François Villon, Rédactions et notes, p. 144. 

7. Pierre Champion, Vie de Charles d'Orléans, p. 632. 



APPENDICE 3^7 

devait éprouver les rancunes de Louis XI qui le fit emprisonner à son avè- 
nement. 

Chastellain a fait un magnifique éloge de Brézé, lors de son emprisonne- 
ment à Loches, adjurant précisément Charles d'Orléans de le tirer de son 
cachot'. 

Pierre de Brézé a donc pu payer une première fois les dettes du poète ; il 
s'y est refusé une seconde, et Villon s'en est vengé laidement, tandis que le 
sénéchal était prisonnier. Et peut-être faisait-il là le courtisan, si l'on songe 
que Robert d'Estouteville, son protecteur, haïssait Brézé ^. Equivoquant sur 
son titre, Villon lui souhaitait de devenir « mareschal », mais un maréchal 
qui devra ferrer les oies et les canards, suivant une vieille plaisanterie attestée 
par certains noms propres, tel par exemple celui du notaire Ferrebouc. Et 
Villon lui envoyait ses « sornettes » pour le désennuyer : il avait éprouvé 
qu'on ne s'amusait guère en prison ; mais, comme un auteur s'adressant à un 
confrère, il lui laissait le loisir de les brûler. Villon concluait par un proverbe : 

« De bien chanter s'ennuye on bien ». 

Ce qui revient à dire: les plus belles chansons finissent par lasser. Or, adressé 
à un prisonnier, ce proverbe prend une ironie particulière : car le prisonnier 
était comme un oiseau en mue. Les étudiants de Paris, qui avaient chanté la 
complainte d'Hugues Aubriot, leur ennemi, prévôt de la ville au temps 
de Charles V, tandis qu'il se trouvait prisonnier de Charles VI, auraient 
certainement compris cette plaisanterie. Aubriot avait eu une belle volière, 
dans son hôtel de la rue de Jouy : maintenant il était comme l'un de ses 
oiseaux : 

Courrouciés est de tes oiseaux 

Qu'oïr ne pues chanter en caige 

Mais bien puis faire les appeaulx (appels) 

Pour chanter en ton geolaige. 

Tu as perdu ton poil vollaige 

Par trop estre à vent et à pluye 

Et dist l'eu : beau chanter ennuyé «. 

On ne peut faire que de faibles objections à la très ingénieuse hypothèse 
de Schwob. L'irrespect témoigné à ce grand personnage qu'était le sénéchal 

1. Œuvres, éd. Kervyn de Lettenhove, VII, p. 40. 

2. C'est ce que l'on apprend par un procès où Jacques de Brézé, fils de Pierre, déclare qu'en 
1477, il fut emprisonné par Robert d'Estouteville « qui estoit son ennemy mortel à l'occasion 
d'aucuns procès qui paravant avait été entre eulx ». (Arch. Nat., X^» 50, 5 mai 1484). 

j. Le Roux de Lincy. Recueil de chants historiques français, I, p. 260. Cf. ce que dit Pierre 
de Nesson, dans son Lai de Guerre (Bibl. Nat., fr. 1727, fol. 179) : 

L'Acteur : 
Et après que Guerre ot fait son cry, 
J'en retins ce que je peuz, et l'escry 
Pour l'envoier au bon duc de Bourbon, 
Chevalereux, affin qu'en sa prison. 
D'où je ne puis autrement luy aidier. 
Je le pense ung pou desanuycr... 



368 FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 

peut toutefois surprendre ; mais il peut s'expliquer aussi par le désir de 
plaire à Robert d'Estouteville. Dans tous les cas, on ne saurait douter que le 
legs nes'adresse bien à un prisonnier. 

Ce huitain manque dans le manuscrit F ; les manuscrits A et C, dont les 
variantes vont le plus généralement ensemble, donnent la leçon : 

Item le camus seneschal 
qui provient d'une mauvaise lecture '. 



XLIII. — JACQUES JAMES, Maître des œuvres 

DE LA ville de PaRIS 



On trouve que Jean James était maître des œuvres de maçonnerie et char- 
penterie de la ville de Paris, et garde des fontaines, le 15 juillet 143 1 ^. Peu 
après, le 21 mai 1434, on le rencontre travaillant pour le compte du chapitre 
de Notre-Dame : il est dit maçon et maître de l'œuvre, c'est-à-dire archi- 
tecte 5. Le 30 octobre 1437, le roi le recommande comme maître des œuvres 
pour la ville de Paris, et il se fait aussi appuyer par le chapitre +. En 1442, 
on le trouve maître d,es œuvres du roi et de la ville ; Jean Alant, prêtre de 
Saint-Merry, lui vendait sa maison rue Neuve-Saint-Merry, à l'enseigne de 
VEcii de France >. On voit qu'à ce titre il fait abattre un pignon de la chapelle 
Braque, très périlleux pour les passants ^^ ; et il visitait, en 1454, le monastère 
de Saint-Martin-des-Champs7. En 1445, le 3 mars, il avait soutenu un procès 
contre Philippe de Chantcprime, héritier d'Evrard de Chanteprime, à cause de 
16 s. p. de rente que le défunt lui avait transportés sur une maison rue 
Geoffroy-l'Asnier 8. Il était mort le 8 mars 1457 (n. st.), car à cette date le 
chapitre acceptait son legs testamentaire : 10 s. de rente sur ses deux maisons 
et jardins de la rue Geoffroy-l' Angevin, afin de descendre et de remonter la 

1. J'ajouterai cependant qu'il y a lieu de considérer avec attention la place où Villon a 
parle du sénéchal, entre Jacques James et le chevalier du guet, deux personnages qui tou- 
chaient au milieu du Chàtelet. Or je trouve qu'il y a un certain Jean le Seneschal, épicier, 
apothicaire, bourgeois de Paris, demeurant rue Saint-Jacques, au coin de la rue de la Parchcmi- 
nerie, entre 1454 et 1456. (Arch. Nat., S. 5118). Ce personnage avait épousé : i" une certaine 
Perrettc, qui comptait Nicolas Pcrdricr parmi ses connaissances (Bihl. Nat., Clair., 764, 25 sep- 
tembre 1473); 2" Jacqueline, veuve de Gratien Mériandeau, notaire au Chàtelet (Hibl. Nat., 
Clair., 764, 27 janvier 147))- 

2. Arch. Nat., KK. 1009, fol. 24. 
5. Arch. Nat., LL. 114, p. 96. 

4. Arch. Nat., LL. 114. 

5. Bibl. Nat., lat. 17740, fol. 144 v°. 

6. Arch. Nat., S. 4287, censier de la chapelle Braque, 1441-1444 ; il était toujours à cette 
date garde des fontaines (Arch. Nat., KK. 406). 

7. Arch. Nat., LL. 1584, fol. 91. 

8. Bibl. Nat., Clair., 765. 



APPEXDIΠ3(^9 

châsse de saint Marcel, le jour de l'Ascension ; lo s. aux enfants de chœur 
et à leur maître, ainsi qu'aux clercs des matines pour chanter l'antienne '. 

Il avait épousé Jeanne la Pagesse ^. Jean James possédait plusieurs maisons 
à Paris, entre autres sa maison de la rue aux Truies, que l'on appela plus tard 
rue Agnès-aux-Truies, autrement Grand-cul-de-sac de la rue Beaubourg, et 
encore Cul-de-sac Bertaut '. 

Jacques James était fils de Jean et de sa première femme Guillemettc +. On 
voit ce personnage succéder à son père dans les nombreuses maisons qu'il 
possédait à Paris, entre autres dans celle de la rue aux Truies ; et c'est aussi 
un fait qu'il possédait une maison à étuves, à V Image Saint-Martin, en 1457, 
rue Garnier-Saint-Ladre. 

Je ne sais si Jacques James est le même personnage qui est rendu comme 
clerc à l'évèque de Paris, le 4 juin 1457, et qui comparut souvent devant 
l'official ). 



XLIV. — LES TURGIS, Taverniers Parisiens 

Les Turgis étaient les propriétaires de la célèbre taverne de la Pomme de Pin, 
sise rue de la Juiverie : le « trou de la Pomme de Pin », comme dira Villon, 
cet endroit délicieux, « clos et couvert », qu'il a légué par deux fois au bon 
buveur, M^ Jacques Raguier^. C'est la première mention littéraire d'une 
taverne qui aura son histoire, puisqu'elle est nommée par Rabelais, par 
Mathurin Régnier, par Colletet et par Guy Patin. 

Les Turgis, propriétaires de cette maison, appartenaient à une bonne 
famille alliée aux Fournier et aux Marie. Ils exploitaient la meilleure taverne de 
Paris, car la ville y achetait le vin qu'elle fiiisait présenter aux joyeuses entrées. 

Le premier Turgis que nous rencontrons s'appelait Arnoulet : il était 
maître gouverneur de la confrérie des marchands de vins, qui se tenait à 
Paris dans l'église Saint-Gervais, sous le vocable de la Conception. On le voit 
dans cette charge, entre 1421 et 143 1 ; plus tard, nous y retrouverons un 
autre légataire de Villon, Guillaume du Ru '. 

1. Arch. Nat., LL. iiq, p. 172. — Dans le compte de 1455-1456 (Arcli. Nat., KK. 408) 
on voit que Jean Duchemin le remplace comme garde des fontaines. 

2. Arch. Nat., LL. 784, fol. 217 v". Jacques Boucher, examinateur au Chatelet, fut subroge 
à l'exécution de son testament à la place de Catherine, veuve de feu Henri Thibert (Bibl. Nat., 
Clair., 76}, i> septembre 1462). 

5. Arch. Nat., LL. 1585. 

4. Bibl. Nat., Clair., 765, 15 mars 1445 (n. st.). 

>. Jacques James, prisonnier au Chatelet, pour raisons d'excès, est rendu comme clerc à 
l'évcque de Paris (Bibl. Nat., Dupuy, 250, 4 juin 1457). Comparaît devant l'official contre 
Martin le Maire (Arch. Nat., Z 10/', 12 novembre 1460). Paye l'amende pour avoir donné 
deux coups de poing à Raymond le Danoys (Arch. Nat., Z 10/-, 16 septembre 1461). En 
procès avec Casin du Pré, le 17 septembre 1464 (Arch. Nat., X'' 4809, fol. 19 v°). 

6. L., h. 19 ; T., h. 95. 

-. Bibl. de l'.^rsenal, ms. 226}. 

FRANÇOIS VILLON'. — II. 24 



^yo FRANÇOIS VlLLONf, SA VIE ET SON TEMPS 

Arnoulct laissa pour veuve Colette Turgis, avant le 13 mai 1447 '. La 
veuve reprit sa maison, car nous la voyons plusieurs fois mise à l'amende pour 
avoir usé de pintes d'étain trop petites ^ : elle possédait encore la taverne de 
la Chasse à la Porte Baudoyer3. 

On rencontre Robert ou Robin Turgis, que Villon instituera en 1461 + 
son héritier, dès 1454. Il devait être du même âge que le poète, et, sans doute, 
de ses amis, puisque Villon pouvait boire chez lui à crédit 5 : 

Item, viengne Robin Turgis 
A moy, je lui paieray son vin... 

Il paraît avoir été fort à son aise puisque, le 18 décembre 1454, il était 
autorisé à racheter 40 s. p. de rente que le curé et les marguilliers de 
Samt-Pierre-des-Arcis avaient droit de prendre sur la Pomme de Pin^; et de 
plus, Robin Turgis, à côté de son commerce, exerçait l'office de messager à 
pied de la justice du Trésor 7. Il devait donc avoir de belles relations, les 
mêmes exactement que celles de Villon. Sa maison était bien- achalandée ; 
les échevins y achetaient, par exemple, le vin vermeil qui fut présenté au 
connétable Arthur de Richemont (celui-là que Villon a nommé dans la Ballade 
des Hommes du Temps jadis), le 18 décembre 1456 8. En 1458, Robin est 
dit marchand et bourgeois de Paris, et mettait en procès Guillaume le Valoiz, 
monnayer de la monnaie de Paris : ce dernier était condamné à payer à 
Turgis 58 écus d'or, à cause du privilège des marchands de vin parisiens 9. Le 
6 juin 146 1, on voit qu'il était exécuteur du testament de feu Pierre Turgis et 
de Pierre de Marie '°. En 1464, il fait arbitrer son différend avec Regnaud de 
Bonesgues, au sujet de l'administration qu'il avait obtenue de la ferme du 
quatrième denier sur le vin vendu au quartier de Grève, et du vingtième sur le 
vin vendu en gros ". Cette année-là, Robin émancipait Thibaut Turgis, âgé de 
sept ans, et écolier à Paris '2. En 1470, on trouve qu'il possédait trois maisons 
rue de la Tabletterie, au quartier Sainte-Opportune^ et faisant le coin de la 
rué Saint-Denis 13. Il mourut entre 1472 h et le 15 août 1473 'î ; le 11 juin, 
puisque Marguerite Joli, sa veuve, fonda son obit sous cet anniversaire, à la 
Grande Confrérie aux Bourgeois "6. Marguerite fut autorisée à reprendre son 
commerce. Le 16 mars 1475, o" "^'oit qu'elle réclamait à la succession de 



1. Bibl. Nat., Clair., 763. 

2. En 145 1 (Arch. Nat., KK. 407). 

3. Arch. Nat., Z'h 10, fol. 81, 4 décembre 1450. 

4. r., V. 774. — 5. T., h. 93. 

6. Arch. Nat., Y. 5232. , 

7. Dès septembre 1455 (Bibl. Nat., fr. 2836). 

8. Arch. Nat., KK. 408, fol. 215 v°. — 9. Arch. Nat., Z'b /^, 
10. Arch. N.-it., X'» 8854. — II. Arch. Nat., Z*" 25, fol. 73 v°. 

12. Bibl. Nat., Clair., 763. 

13. Arch. Nat., H. 3462, ceiisier de Sainte-Opportune. 

14. Il est mentionné à cette date dans les comptes de la Prévôté (Sauvai, III, p. 490). 

15. Arch. Nat., Z'h 16. 

16. Arch. Nat., LL. 437. 



APPENDICE 371 

Jacques Trotet, clerc des Comptes, 20 écus que son mari lui avait avancés le 
12 septembre 1458, ainsi que six tasses d'argent pesant dix marcs '. Margue- 
rite vivait encore en 1478 et réclamait aux abbesses de Longchamp l'autorisa- 
tion de racheter 4 livres de rentes sur la maison de VEchiquier, proche la 
Madeleine, et qui faisait le coin de la rue des Marmousets 2. 

Les Turgis se rencontrent vers ce temps-là à Nogent-sur-Marne où ils 
avaient des propriétés 3 : sans doute ils y furent attirés par les vignes qui y 
étaient très nombreuses. 



XLV. — JEAN DE LA GARDE, Épicier, et GUILLAUME 
VOLANT, Sonneurs du bourdon de Notre-Dame au service 
DE François Villon. 



Par suite de l'incurie des marguilliers de Notre-Dame, on a vu que de 
pauvres hères sonnaient les cloches de la cathédrale. 

Voici les misérables gens que Villon désignera pour cet office, au triste 
jour de son enterrement. 

Jean de la Garde était fils de Pierre de la Garde, notaire et secrétaire du 
roi, mort avant 1455, et qui avait épousé Jeanne Hemerye, fille de Pierre, un 
riche « marchand de denrées » et un gros propriétaire à Paris. 

On voit que Jean de la Garde faisait déjà le commerce à Paris en 1449, 
puisqu'il acquittait alors 20 s. p. pour la « havée4 » : sans doute il vendait du 
sel 5. En 1450, on le trouve nommé parmi les maîtres jurés épiciers de 
Paris 6. Le mot d'épicier ne doit pas être entendu comme aujourd'hui : il 
désignait en général tout commerce fait avec le Levant, la vente du coton 
comme celle du sucre par exemple ". Le 17 août 1453, J^an de la Garde est 
qualifié de « varlct de chambre et espicier de la royne » ; il s'opposait, avec 
ses confrères parisiens, au droit de hauban et de huche levé par Jean AUen- 
quin, sergent de la douzaine. Ce droit de huche était une redevance que les 
épiciers devaient payer pendant la foire Saint-Ladre : car jadis, durant cette 
toire, ils ne devaient pas faire étal chez eux, mais aux Halles où étaient leurs 
huches. Cet usage était tombé en désuétude pendant les guerres. A cette 
occasion on entendit l'avocat Luillier nier le titre d'officier que prenait Jean 
de la Garde ^. 

I. Bibl. Nat., Clair., 763. — 2. Ibid., Clair., 764, 11 mars 1478. 

3. B" Girard de Vezenobre, Environs de Paris, Nogent-sur-Marne, 1878, p. 75. 

4. Le 26 mai 1448, il est dit hanse à Paris (Arch. Nat., KK. 406, fol. 59 v"). 

5. La havce désignait le prélèvement d'une poignée des denrées mises en vente : mais au 
XV* siècle, il s'agit surtout du sel (Cf. Du Cange, ad v. Havata). 

6. Arch. Nat., Y*, fol. 96. 

7. Bibl. Nat., fr. 6964, fol. 72. 

8. Arch. Nat., Z'h 17, 8 août 1453, 23 novembre. 



372 FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 

Dans la suite on trouvera Jean de la Garde en rapports d'aifahes avec 
Jacob Bernardin de Rouen ■ ; impliqué dans le procès f;iit à Camerade et à 
Palme, marchands du Languedoc, qui avaient porté sur leurs comptes en 
avoir 591 1., alors qu'ils les avaient reçues ^. Il vendait des drogueries à Jean 
de Verrières, chirurgien de Montpellier, contre qui plaidaient les chirurgiens 
de Paris 3 ; de la cire, des cierges pour les défunts, des dragées perlées, des 
poudres et des sauces au collège des notaires royaux 4. Jean de la Garde 
était mort le 5 mai 1484, laissant pour héritiers des neveux et nièces : noble 
homme Guillaume le Picart, bailli de Rouen, qvii avait épousé Jeanne de la 
Garde ; Philippe de la Garde, chanoine de Bayeux, frère de Jeanne ; Guil- 
laume et Philippe Mauloue 5. 

Jean de la Garde était donc un homme riche, ayant du bien à Paris. Il 
demeurait rue Saint-Merry <^, dans un hôtel proche l'église 7 ; il assistait, 
comme paroissien important, à la cérémonie qui eut lieu dans cette église 
polluée par la rixe entre Thomas Fournier, clerc des matines, et Simon Cote- 
ron, vicaire, tous deux prêtres 8. Le 6 mars 1468, il laissait aux marguillicrs 
de Saint-Germain-l'Auxerrois 4 1. p. à prendre sur les 8 1. de rente qu'on lui 
devait sur la maison de la Hcu:^c, rueMontorgueil? : le i^^ mars 1474 (n. st.), 
on trouve qu'il sollicitait de racheter 1:8 s. 3 d. sur une maison rue de la 
Verrerie, en face des louages de Saint-Merry ■". 

On a vu que cet épicier était fils d'un notaire et secrétaire du roi qui avait 
épousé Jeanne Hemerye. En 1463, il héritait de sa mère et était déclaré 
tuteur des enfants de Jacques de la Garde, son frère sans doute. L'héritage 
de sa mère fut considérable " : car Pierre Hemerye avait été lui-même un 
grand marchand et bourgeois de Paris '^. Jacques de la Garde '3, notaire et 
secrétaire du roi, avait épousé Gillette Boudrac, fille de Bureau Boudrac, 
notaire et secrétaire du roi, et de Michelle de Vitry '+. 

Jean de la Garde était fournisseur du collège des notaires ; et l'on trouve 
encore qu'il était tuteur, le 10 mai 1477, avec Nicolas Ripaut, Gilles Cornu, 



1. Arch. Nat., Z'f 17, 4 décembre 1454. 

2. Arch. Nat., Z'f 25, 28 février 1464, n. st. — A cette occasion Jean de la Garde versa à 
Jean de Molins, notaire du Trésor, 109 livres de composition. 

3. Arch. Nat., X'' 4811, fol. 252, 8 janvier 1470, n. st. 

4. Arch. Nat., V^ 76, 1471, 1476. 

5. Bibl. Nat.. Clair., 764. 

6. Arch. N.at., Z'f 17, 4 décembre 1454. 

7. Arch. Nat., Z'f 26, 29 février 1464. 

8. Arch. Nat., LL. 119, p. 554. 

9. Arch. Nat., LL. 729, fol. 28 v°. 

10. Bibl. Nat., Clair., 764. 

11. Arch. Nat., X'" 4811, fol. 128 v», 18 mai 1469 (Jean de la Garde s'oppose à 1 adjudication 
de la terre et seigneurie de Cléry à Du Hamel, appelant de Jean de Laire). 

12. Arch. Nat., Y. 5228, 8 octobre 1414. 

13. Notaire du roi en 1437 (Bibl. N.it., P. orig. La Garde) ; il fait de nombreux voyages, entre 
1444 et 1450, pour imposer les aides (Bibl. Nat., fr. 52511). 

14. Arch. Nat., Ep. des Innocents, LL. 434B ; Lebeuf, éd. Cocheris, I, p. 202. 



APPENDICE 373 

Jean du Conseil, Jean Guyon, Nicolas Apollo, des enfants de feu Guil- 
laume Ripaut, clerc des Comptes, et de Jeanne Boucher '. C'est dans ce milieu 
des notaires et des secrétaires que Villon connut Jean de la Garde. Mais, sans 
doute aussi, Jean lui refusa un service d'argent, puisque Villon en parla avec 
haine, et à trois reprises. C'est pourquoi, tant que vivront les vers de Villon, 
ce richard sonnera les cloches de Notre-Dame au service du pauvre poète. 



Et voici l'autre sonneur de cloches, Guillaume Volant. Il fut, comme Jean 
de la Garde, un gros marchand. 

On le trouve, le 17 novembre 1452, en procès avec le receveur du péage 
de Villeneuve ; il prétendait, avec d'autres marchands parisiens, jouir du 
libre cours de la Seine et de l'Yonne 2. Le 15 juin 1453, Guillaume Volant 
était encore en procès avec les religieuses de la Pommeraye, au sujet du sel 
mesuré au grenier de Provins > ; en i45.:i, il est dit hanse et bourgeois de 
Paris, associé dans une affaire de vins avec Michel Mariage, de Lille ; en 1456, 
avec Jean Colas, d'Orléans 4 : il cautionnait Gérard Trousse, qui devait exer- 
cer l'office de changeur à Senlis >. 

Des honneurs vinrent également récompenser les services financiers qu'il 
avait pu rendre. Le 10 décembre 1460, Guillaume Volant se rendait, comme 
ambassadeur de la ville de Paris, vers le roi à Bourges "^ ; le 22 juillet 1461, 
il était élu par la municipalité pour aller porter l'hommage de la ville au roi 
Louis XI ~. 

Il mourut le 26 août 1482, comme nous l'apprend son épitaphe du cime- 
tière des Innocents '^ : 

Cy gisekt Guillaume Vollaxt, marchaxd demeurant a Paris qui tres- 

PASSA LE iG" JOUR d'aOUST I482. 

Priez Dieu pour lui. 

Ci devant gist Jeaxke, femme de Guillaume Vollan'T, fille de feu 
Jehan de Burv, en son vivant clerc du scel du roy nostre sire, laquelle 
trespassa le 7 JUIN 1456. Dieu ait l'ame d'elle. 

Pater noster, Ave Maria, Requiescant in pace. 

Guillaume Volant était paroissien de Saint-Jacques la Boucherie, église 
pour laquelle il tint les comptes, entre 1464 et 14679. C'est sur cette paroisse 
que mourut sa femme, en 1456 ■«. Toutefois, on voit que cette année-là, il 

1. BibL Nat., Clair., 764. Cf. également 24 juillet 1464. 

2. Arch. Nat., Z'" 20. — 5. Ihid. 

4. Bibl. Nat., Moreau, 1062, fol. 25 v". — Avec Jean Pétau, d'Orléans, pour la vente du 
hareng (Arch. Nat , KK. 409, fol. 9?, 1457-1458). 

5. Arch. Nat., Z'b 286, 8 octobre 1456. 

6. Arch. Nat., Z'h 13. — 7. Arch. Nat., Z'h 14. 

8. Arch. Nat., LL. 4548 ; Lebeuf, éd. Cochcris, 1, p. 212. 

9. Arch. Nat., LL. 784. — 10. Ihid. 



374 FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 

habitait rue Saint-Jacques, non loin du cimetière Saint-Benoît, dans la 
maison de son beau-père '. François Villon put donc le rencontrer dans son 
quartier. Mais c'est certainement comme richard, comme vendeur de sel ^ 
haï du populaire, qu'il figure parmi les pauvres diables sonneurs de cloches. 



XLVI. — MICHEL JOUVENEL, Exécuteur du Testament 

DE Villon 



Michel Jouvenel fut le sixième fils de Jean Jouvenel des Ursins 5, le 
riche avocat général, et de Michelle de Vitry, d'une famille de robe : il était 
donc parent de Thibaud de Vitry, une autre des victimes de Villon. 

Jean Jouvenel, tour à tour avocat général, prévôt des marchands, chan- 
celier du dauphin et conseiller de la couronne, était un opulent personnage 
dont l'hôtel, à Paris, était'estimé de 15 a 16.000 écus ; il pouvait bien jouir 
de 2.000 livres de rentes sur de belles terres en Brie et en Champagne. 
Il mourut en 143 1 à Poitiers. 

Tous ses enfants obtinrent des charges lucratives et considérables, en par- 
ticulier dans l'administration des finances : ils se rattachèrent dès lors, bien 
que Champenois d'origine et drapiers 4, à l'illustre famille italienne des 
Orsini. Onze enfants de Jean, le prévôt, vivaient encore à l'époque où 
Jean II fit exécuter le tableau représentant sa famille, et destiné à leur 
sépulture à Notre-Dame s : 

1° Jean Jouvenel, évéque de Beauvais en 1432, de Laon en 1445, arche- 
vêque de Reims en 1449, maître des Requêtes et avocat général au Parlement; 
2° Louis, bailli de Troyes ; 3° Denis, échanson de Louis XI ; 4° Guillaume, 
baron de Traynel, chancelier de France de 1445 à 1461 ; 5° Pierre ; 6° Michel, 
dont il sera reparlé ; 7° Jacques, archevêque de Reims, patriarche d'An- 
tioche, président de la Chambre des Comptes ; 8° Jeanne, qui épousa 
Nicolas Brulart ; 9° Jeanne, qui épousa Pierre de Chailly; 10° Eude, qui 
épousa Denis des Marais ; 1 1° Marie, qui fut religieuse à Poissy. 

Michel Jouvenel était donc un personnage riche et considérable. Il débuta 
dans l'administration des finances. En 1443, on le voit élu en Auvergne sur 
le fait de la guerre ^ ; en 1447, il était envoyé en Poitou pour recueillir les 



1. Arch. Nat.. KK. 408, fol. 97. 

2. Il est qualifié ainsi en 1461 (Arch. Nat., Z*^ 25, fol. 85 v°). 

3. Bibl. Nat., fr. 18662, p. 460. Généalogie de la famille des Ursins ; P. orig., 1595, dossier 
Jouvenel). 

4. L. BatifFol, Jean Jouvenel, prévôt des Marchands de la ville de Paris (1360-143 1), 1894, in-8°. 

5. Aujourd'hui au Louvre, salle des Primitifs français. 

6. Bibl. Nat., P. orig. 1593. 




0) :- — 






APPENDICE 375 

aides ' et, en 1450, il recevait un don de 200 livres ^. Le 10 novembre 1455, 
Michel obtenait l'office de bailli de Troyes, berceau de sa famille, sur la rési- 
gnation de Richard Marbury, et il dut résider une partie de l'année à Troyes 3 : 
mais il avait toujours des intérêts à Paris ; en 1459, entre autres, une mai- 
son en la Cité, rue des Marmousets, sur laquelle il touchait 6 1. p. de rente 4. 
On le voit plaider, en 1458, contre Louis Raguier, l'évêque de Troyes, et son 
officiai, qui s'efforçaient d'avoir juridiction sur tous les religieux et laïcs du 
diocèses. En 1460, il est dit échanson de Louis XI ^ qui, pour « ses bonnes 
vertus et ses bons et louables services », lui rend son office de bailli, avec 
toutes ses prérogatives, chevauchées, droits et émoluments, et en décharge 
Jean de Garguesalle ; puis grand panetier de France?. En 1462, Michel reçoit 
un don de 500 livres s. Il avait épousé Yolande de Montberon 9 : il mourut 
en 1470, le 13 avril, et fut enterré aux Cordeliers de Troyes. 

C'était au demeurant un homme très occupé de ses intérêts, de ses pro- 
priétés, de constructions. On avait le goût, dans cette famille, d'acheter des 
terres quand elles étaient bien « gentes » ; on estimait les « places bien 
assises » '». Mais on peut croire aussi que Michel Jouvenel était cultivé : 
on aimait dans sa famille les beaux livres et l'élégance du langage. Or on 
voit que, le 26 octobre 1459, le chapitre de la cathédrale de Troyes prêtait à 
Michel, contre un reçu, un très beau « Romant de la Rose avec le codicile de 
maistre Jean de Meun », fermant à deux fermoirs d'argent doré et émaillé 
aux armes du donateur, l'évêque de Troyes, Etienne de Givry : un beau 
manuscrit enluminé d'or et illustré de vignettes et d' « histoires » ". S'il lut 
le Testament du pauvre Villon, qui le désignait comme son exécuteur, ce riche 
homme ne dut pas être médiocrement étonné. Certes la société d'un Colombel 
ou d'un Martin de Bellefaye était bien la sienne : mais il n'est pas flatteur 
pour un Michel Jouvenel de se voir suppléer par Jacques Raguier, Philippe 
Brunel ou M^ Jacques James. 



1. Bibl. Nat., fr. 32511, 9' compte de Xaincoins. 

2. Ihid.^ 9' compte d'Etienne de Bonney. 

3. Bibl. Nat., fr. 2836. 

4. Arch. de la Seine, V. DD. 5. — L'évêque de Reims lui avait cédé pour « l'accroissement 
de son bien, honneur et chevance » la part de rhérit.ige qui lui revenait de son père sur des 
biens à Vanves (Arch. Nat., S., 1648, fol. 80). 

5. Bibl. Nat., Dupuy, 626, p. 25. 

6. Bibl. Nat., P. orig. 1593, 27 juillet 1460. 

7. Arch. de l'Aube, G. 2958. , 

8. Bibl. Nat., fr. 32511, i" compte de Pierre Jobert. 

9. Bibl. Nat., Clair., 764, 28 février 1478. — Il laissa d'Yolande trois fils : Eustache, Jean 
et Charles. 

10. Bibl. Nat., Dupuy, 673, fol. 50, 55 (lettre autographe .i son frère le chancelier). 

11. Arch. de l'Aube, G. 2645. 



37<^ FRANÇOIS Villon, sa vie et son temps 

XLVII. — VIE DE GUILLAUME COLOMBEL, Exécuteur 
DU Testament de Villon 



Ce fut un homme considérable, très riche, qui sera qualifié de « noble 
homme » et d'officier du roi ' ; mais en réalité, Guillaume Colombel n'était 
qu'immensément riche, ayant fait toute sa vie trafic de marchandises et 
d'offices : il jouissait de cette considération spéciale, provenant surtout de 
l'envie, qui s'attache souvent aux grosses fortunes -. On le tenait donc 
pour sage, et il parlait si bas qu'on l'entendait à peine, même lorsqu'il était 
en santé. 

La première affaire où nous rencontrons Guillaume Colombel n'est pas 
vraisemblablement à son honneur et le montre comme un usurier. C'était 
en 1437 : Guillaume de Flavy, le rude capitaine de Compiègne, venait 
d'épouser la petite Blanche d'Overbreuc, et tendait à obtenir la succession, 
aussi fabuleuse qu'obérée, qui était celle de ses parents. Guillaume Colombel 
se rendit à Compiègne pour prêter de l'argent au capitaine : mais Flavy s'en- 
tendait à recouvrer ensemble intérêt et capital. Il fit arrêter et rançonner le 
financier : Guillaume Colombel devait se rattraper un jour sur la veuve de 
Flavy, sur son second mari Pierre de Louvain, qui, ayant dû emprunter 
300 écus, s'obligea à en payer 3803. Car Colombel était habile à user de 
contre-lettres et de contrats fictifs 4. 

Le 4 novembre 1441, le roi lui accordait en indemnité la somme de 400 1. 
par an, son office de contrôleur général lui fiaisant négliger d'autres grandes 
charges et ses propres affaires >. En 1446, il est dit commis au payement 
des gages des gens du Parlement'' et, l'année suivante, secrétaire du roi" : 
on le trouve encore receveur de l'émolument des greniers à sel sur et deçà 
les rivières de Seine et d'Yonne**, grenetier d'Honfleur, de Caen, de Rouen?. 
Elu sur le fait des Aides, dès 1449 '°, il est, en 145 3, le collègue d'Enguerrand 
de Thumery " ; il plaidait, le i'-"' août 1454, contre Jean Gentien, le maître 
général des monnaies '2. Le 7 septembre 1454, Guillaume Colombel est dit 

1. Arch. N;it., X'" 4850, fol. 140 v" ; X'' 8305, fol. 262. 

2. « S'estoit entremis tant de ni.-irchandises, d'offices que autres... et avoit considération 
comme sa chevance avoit esté conduite » (Arch. Nat.^, X''48i7, fol. 51). 

3. Arch. Nat., X''830), fol. 262 V ; Pierre Champion, Guillaume de Flavy, p. 261-2. 

4. Arch. Nat., X'» 4817, fol. 54. 

5. Bibl. Nat., fr. 32511. 

6. Bibl. Nat., fr. 32511. — Il recevait pour cela 300 1. par an sur les revenus des greniers à 
sel ; lui-même touchait 160 1. (fr. 23328). 

7. Bibl. Nat., fr. 32511. 

8. Bibl. Nat., P. orig. 822 ; cf. P. orig., 1198, Forestier, 11. 

9. Ibid. 

10. Arch. Nat., S. 1648, fol. 34 v°. 

11. Arch. Nat., Z'' 20, fol. 325. 

12. Arch. Nat., X-" 25. 



APPENDICE 377 

conseiller du roi et président de la chambre des Enquêtes'. En 1455, il fait 
arrêter Nicolas Musart, grenetier de Reims, qui lui devait beaucoup d'argent ^, 
et il gagnait, le 17 janvier 1456 (n. st.), son procès contre Jean Gentien 3. 
Le 22 juillet 1461, Colombel était élu par l'échevinage pour aller avec d'autres, 
en ambassade, porter l'hommage de la ville de Paris au roi Louis XI 4 ; le 
7 août, il prenait part à l'élection de deux échevins >. En 1463, il lève l'impôt 
en Picardie'' et, en 1465, on le voit toujours présider au payement des gages 
de la Cour, comme au remboursement des emprunts faits par le roi pour le 
rachat des terres de Picardie engagées par le traité d'Arras au duc de Bour- 
gogne". Mais au mois de septembre 1466, Guillaume Colombel est dit ci- 
devant commis payeur des gages du Parlement, et on le remboursait de 
290 1. pour trois voyages faits à Chartres, Hesdin et Abbeville « et de la 
perte de la monnoye qu'il avoit eue » ^. 

Colombel venait en effet d'être destitué à la suite d'un grand procès scan- 
daleux qu'il avait intenté contre sa femme, Isabeau de Cambrai, la fille du 
premier président, Adam de Cambrai. Il soutenait 1° qu'elle l'avait trompé, 
2'^ qu'elle lui avait volé 10.000 francs, 3° qu'elle avait tenté de l'empoi- 
sonner 9 : mais il paraît aussi que ce richard ne lui laissait pas de quoi se 
nourrir "o. Le 15 juillet 1466, Guillaume Colombel obtint un arrêt contre 
Isabeau, « la Colombelle » : elle fut privée de son douaire pour adultère, et 
ses meubles, conquêts et immeubles demeurèrent à son avare époux ; au 
regard des larcins et empoisonnement, les parties furent déclarées contraires ' ' . 
Guillaume Colombel plaida trois ans encore contre sa femme '^ : les époux 
ennemis se réconcilièrent pendant les dernières années de leur vie. 

On voit Guillaume Colombel exercer de nouveau des offices à partir de 
1468, date à laquelle on le retrouve commis au payement des gages des gens 
du Parlement •> : il mourut le 4 avril 1475 '"^ et fut inhumé aux Célestins, sous 
une tombe de cuivre ; Isabeau, sa chère épouse, le rejoindra en 1482 •>. 

La conscience de Guillaume Colombel n'était pas tranquille ; dans son 
testament, il crut devoir la décharger relativement à ses nombreuses rentes '6. 
Mais, comme il détestait sa femme, il avait commencé de son vivant à 

1. Arch. Nat., Y. 5252. 

2. Arcli. Nat., X-' 27, 21 février 14)), n. st. 

3. Arch. Nat., X"' 8854. 

4. Arch. Nat., Z'n 14. 

5. Arch. Nat., Z'h i^. 

6. Bibl. Nat., ms. Legrand 6970. 

7. Bibl. Nat., fr. 6970, fol. 10 ; Arch. Nat., Z'" 2^, fol. 178. 

8. Bibl. Nat., fr. 52511. 

9. Chronique scandaleuse, I, p. 155-156. 

10. Arch. Nat., X'2" 35, 21 octobre 1469. 

11. Bibl. Nat., Dupuy, 250. 

12. Arch. Nat., X«' 831 1, fol. 152 v°. 

13. Bibl. Nat., fr. 20685. 

14. Arch. Nat., X'' 4830, fol. 140 v", 19 février 1489, n. st. 

15. Louys beurrier. Histoire des Célestins, 1634; Lebeuf, aJd. Cocheris, III, p. 461. 

16. Arch. Nat., X<" 4817, fol. 54. 



37^ FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 

distribuer ses biens aux Chartreux. Ainsi il leur donna une terre à Louvres- 
en-Parisis, héritage qu'il leur réclama ensuite pour faire une fondation à 
Notre-Dame '. Avant sa mort, il allait souvent visiter les Chartreux et il leur 
avait demandé « quel estoit le plus grant bien que on luy peust faire en 
l'ordre ». On lui répondit que c'était de fonder un triceniiium perpctuum , c'est- 
à-dire, dans chaque couvent de l'ordre, 30 messes annuelles à perpétuité, ce 
qui faisait 12.000 messes par an ! En les comptant à 2 sous, l'ordre obtenait 
de la sorte 12.000 livres. C'était là, lui dit-on, une faveur extraordinaire 
qui fut même refusée à Jean-sans-Peur quand il fonda les Chartreux à Dijon : 
encore ne pouvait-on le faire sans l'autorisation d'un chapitre général. 
Colombel donna alors une liste de ses rentes, et 800 livres^. Puis cet homme, 
qui parlait bas, déposa chez eux un coquemart rempli d'or, de joyaux, de 
pierreries, et 14.000 écus. 

Les exécuteurs du testament de Colombel, trop bon catholique à leurs 
yeux, attaquèrent les Chartreux 3. Les gens du roi visitèrent de leur côté ce 
beau coquemart, et Louis XI y fit prendre 500 écus : le sire de Montaigu en 
eut 400, par don du roi. 

Ainsi Colombel avait disposé des 2.000 livres de rentes qu'on lui connais- 
sait à sa mort 4. 

Guillaume Colombel possédait de nombreuses maisons à Paris et des 
terres aux environs. Il était ensaisiné, en 1447, de 7 arpents de vignes à Fon- 
tenay et à Bagneux > ; en 1448, il achetait de Jeanne, veuve de Gilles Poart, 
et depuis femme de Martin Guignon, notaire, un jardin derrière l'église de 
la Madeleine, en la Cité, rue des Oublayers dite de la Licorne, à condition de 
ne pas faire surélever le mur ^ : il demeurait, en 1449, rue des Marmousets, 
devant un grand hôtel qui lui appartenait aussi, tenant d'une part à Simon 
Charles et à Isabeau d'Orgemont, sa femme/. Il possédait une autre maison 
dans la Cité, devant Saint-Christophe^; une autre, rue de la Plastrière 9. 



XLVIIL — NOTE SUR DENIS HESSELIN ET SA FAMILLE 



Fils puîné de Jacques Hesselin, bourgeois de Paris, Denis naquit en 1425 '° : 
Jacques mourut avant le 12 juillet 1445 ", et l'enfant reçut comme curateur 
Martial d'Auvergne. On le rencontre de bonne heure dans l'administration 

I. Arch. Nat., X*" 4830, foL 140 v°. — 2. Arch. Nat., X*' 4817, fol. 51. 
3. Arch. Nat., X^^ 4816, foL 348 v". — 4. Arch. Nat., X'^ 4817, foL 40. 
5. Arch. Nat., S. 1648, fol. 13 v°. — 6. Arch. Nat., LL. 828. 

7. Arch. Nat., S, 1648, fol. 34 v" ; Z'f 15, 13 août 1451 ; Bibl. Nat., Clair., 763, 
29 mars 1449. 

8. Sauvai, III, p. 337. 

9. En 1457 (Arch. Nat., S. 1461% 

10. Bibl. Nat., Clair., 763, 5 déc. 1434. — 11. rbid. 



VIE DE FRANÇOIS VILLON 



PI. L 




Guillaume colombel camaiLa. du j^^ s^^k 

dcj Œam.pmaj^Ln Us la.anu Su^ l'ïlarncj ^ tnort lo Jf^Clur^ lan. i/^y^ . 

aprcô (Duaïtmodo . 

uteytqraucjtyLU^JcLtnmJffj danJ La Choeur acj t'CaUso des CcLesUnj duPartJ . 



iBibl. Nat . Dpp. df-> Estampes, Gaigmércs 0-' 15 fol. 32) 



APPENDICE 379 

des finances : en 1453, il était élu sur le fait des Aides, à Paris, avec Enguer- 
rand de Thumery, Guillaume Nicolas et Guillaume Colombel ', grâce à la 
recommandation de Jean Bureau, le trésorier de France, qui avait épousé 
Germaine Hesselin ^. Il est dit, le 24 mars 1464 (n. st.), « noble homme sire 
Denis Hesselin, escuyer pannetier du roy et esleu sur le fait des aides de 
Paris », et il émancipait ses fils, Jean (né en 1457) et Etienne (né en 1458). 
Denis fut prévôt des marchands à la place de Nicolas de Louviers 3, de 1470 
à 1474, etreceveur.de la ville, depuis 1474 jusqu'en 1500, en remplacement 
de Jean Luillier4, sur la demande du roi aux échevins de Paris. En 1477, il 
est dit maître d'hôtel du roi et il émancipait ses fils, Hélye, âgé de 15 ans et 
Paris, âgé de 7 ans, alors écoliers 5. Denis Hesselin vivait encore en 1506. 

Jacques Hesselin, frère aîné de Denis, fut subrogé à l'échevinage de Paris 
tandis que l'ambassade parisienne, conduite par son frère, devait se rendre 
au devant du roi Louis XI pour lui souhaiter la bienvenue^. Le 15 novem- 
bre 1463, on voit que Jacques était contrôleur du grenier à sel de Paris?. 

Germaine Hesselin, qui épousa Jean Bureau, trésorier de France et 
seigneur de Montglat, était veuve en 1464 ^ : elle mourut le 22 dé- 
cembre 1493 9. 



XLIX. — GUILLAUME DU RU, Marchand de vins en gros, 

COMMIS AU LUMINAIRE DU SERVICE DE ViLLON. 



Guillaume du Ru, marchand de vins en gros et bourgeois de Paris, fut 
maître de la confrérie des marchands de vins fondée sous le vocable de la 
Conception, dans l'église Saint-Gervais, de 145 1 à 1454 »o. C'était donc un 
homme considérable, le commerce du vin constituant l'un des trafics les plus 
importants d'alors : Guillaume était riche et pouvait certes assurer les frais 
du luminaire au service du pauvre Villon. 

On trouve qu'il fut élu sur le fait des Aides et qu'il recevait un payement pour 
SCS peines d'avoir mis sus la taille entre 1443 et 1446 ". En 1452, il fait 
compagnie avec Laurens Surreau, demeurant à Rouen, pour la vente du vin : 

1. Bibl. Nat., fr. 32511, 12° compte d'Etienne de Bonney; Arch. Nat., Z"' 20, fol. 291 v°. 

2. Bibl. Nat., Clair., 765, 28 avril 1464. 

3. Arch. Nat., KK. 1009, fol. 9 y°; Z'h 16, 18 août 1472. 

4. Sire Nicolas Potier fit opposition à cette requête : mais Denis Hesselin fut désigné fina- 
lement (Arch. Nat., Z'h 16, 21 juin 1474). 

5. Bibl. Nat., Clair., 765, 20 novembre. 

6. Arch. Nat., Z'h 14, 22 juillet 1461. 

7. Arch. Nat., Z'b 4, 15 novembre 1465. 

8. Arch. Nat., Z<b 4, 15 nov. 1463 ; Bibl. Nat., Clair., 763, 28 avril 1464, n. st. 

9. Arch. Nat., H. 3936 (Compte des Célestins). 

10. Bibl. de l'Arsenal, ms. 2263. 

11. Arch. mun. de Loches, Compte de Regn. Bizoton. 



380 FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 

de même en 1452, en 1459 et en 1461 ; à Arras, en 1458, avec Casin Le 
Brun, fiicteur de Jean Mauvergne'. 

Guillaume du Ru demeurait à Paris, au Cimetière Saint-Jean, à l'enseigne 
du Dieu d'Amours : il soutint un procès contre l'hôpital Saint-Jacques de la 
rue Saint-Denis et les marguillers de Saint-Gervais, au sujet d'une rente de 
6 1. qu'il désirait de racheter sur cette maison ^. 

11 était mort en 1470, laissant pour veuve Marguerite de la Barre, et pour 
fils Guillaume et Etienne du Ru, qui reçurent entre autres, pour tuteurs, 
Jean du Ru et Jeanne du Poncher, veuve de Pierre du Ru 3. Or on voit 
qu'un Jean du Ru, frère sans doute du légataire de Villon, avait été procu- 
reur des chanoines de Saint-Benoit, en 1457 ■*. Un Nicolas du Ru fut huissier 
au Parlement > en 1449. 

11 peut paraître singulier de voir un marchand de vins, même riche, 
chargé du luminaire d'un enterrement. C'est là une plaisanterie tradition- 
nelle, chez les buveurs, dont nous rend compte le Sermon de la Choppinerie : 

Emplissez bien ce giitur, 

Ne lampades extingaiitur. 

Car il est toujours nécessaire 

Que le saint ait beau luminaire : 

Prenez ex oleo bisso, 

Prenez de l'uille de bon saint'. 



L. - M"^ FRANÇOIS FERREBOUC, Notaire pontifical 



En 1441, on le dit clerc écolier, étudiant en l'Université de Paris, mis en 
possession d'un demi-arpent de vigne au terroir de Paris, outre les Chai'- 
treux, tenant d'une part à Jean Ferrebouc, son père, marchand épicier 7. Fran- 
çois était reçu bachelier en décret, le 27 février 1443 **. En 145 1, on le trouve 
avocat en cour d'église et au Parlement ; il achetait une maison à l'enseigne 
du Barillet, devant l'église des Mathurins, rue Saint-Jacques, tenant à la 
Mule : cette maison ruineuse était chargée de 7 livres de rente annuelle envers 
les religieuses de Saint-Antoine des Champs, et de 50 livres d'arrérages et de 



1. Bibl. Nat., Moreau, 1062, fol. 9 v", 64 \°, 75 v° ; Arch. Nat., KK. 409, fol. 257 v°. 

2. Arch. Nat., 7Ji' 19, 7 mai 1455, 16 et 21 mai; Z'f 20, 7 juillet 1456; Z lo/', 
15 avril 1460. 

3. Arch. Nat., X'-^ 4811, fol. 578, 22 mai 1470 (Procès des héritiers contre Jacques Godart, 
marchand de Bourges). 

4. Arch. Nat., S. 894 b. - Maître es arts, il s'était présenté au baccalauréat en décret, en 1443. 

5. Arch. Nat., KK. 408, fol. 145 v°. 

6. Bibl. Nat., n. acq. fr. 4518, fol. 13 v", 14. 

7. Arch. Nat., S. 1648, fol. iio. 

8. M. Fournier et L. Dorez, La Faculté de Décret, II, p. 93. 



APPENDICE 381 

cens envers hx ville '. En 1455, François Ferrebouc est dit licencié en décret, 
bachelier es arts, prêtre, notaire de la cour de la conservation des privilèges 
apostoliques, praticien en cour d'église ; le 4 octobre 1456, il résignait avec 
Jean Amyot la chapellenie qu'il avait en l'église du Saint-Sépulcre, à l'autel 
Sainte-Marguerite, pour la chapellenie des saints Pierre et Paul, à l'église des 
Mathurins -. En 1458, il figure parmi les notaires qui travaillèrent au procès 
de réhabilitation de Jeanne d'Arc > ; cette année-là, il assistait, comme scribe 
de l'official de Paris, à l'interrogatoire de Guy Tabary, l'un des voleurs du 
collège de Navarre 4. En 1460, il était ensaisiné d'une vigne au territoire de 
Rosny > ; il achetait une maison, rue Saint-Jacques, 011. avait demeuré Jean 
Roger, épicier et chandelier de suif ^ : Jean Le Loup, cet officieux employé 
de la ville, avait posé des carreaux sur une longueur de sept toises devant 
l'huisserie de l'hôtel de M^ Ferrebouc, en face des Mathurins 7. En 1468, 
François Ferrebouc était ensaisiné d'une rente sur la maison de l'Image Saint- 
Christophe, place Maubert, tenant à VJsne rayé et au Dauphin^. En 1482, il est 
dit trésorier de l'hôpital Saint-Jacques, rue Saint-Denis 9. 

François Ferrebouc disparut après 1502 "o. 

C'était un ami de Robert Gaguin, l'humaniste, qui lui adressait de Burgos, 
en 1468, un éloge de la France comparée à l'Espagne " ; et Gaguin inséra, 
dans une épitre adressée à Louis de Rochechouart, une anecdote que Ferre- 
bouc lui avait contée, après souper, sur la création d'un parlement à 
Mali nés '^. 

François Ferrebouc avait des amis au Châtelet de Paris. Un Nicolas Ferre- 
bouc y avait été notaire au début du siècle ■> : Jean Ferrebouc, son frère, était 
allié de Pierre Chouart, notaire au Châtelet '4. François était l'ami des Thibert, 
les bouchers, des Marcel, des Boucher, et il est nommé parmi les: tuteurs de 
la veuve de Jacques Boucher, l'examinateur ■>'. Ceci nous explique sans doute 
la rigueur que l'on tint à \'illon au sujet de la rixe qui se déroula devant son 
officine. 



1. Arch. Nat., KK. 407, fol. 115 et 155 V. 

2. Arch. Nat., LL. 119, p. 57 ; Ongiiiiii epistohv, éd. Thuasiie, I, p. 185. 

5. « Lesd. [Denis I le Comte et François I-errebourg ordonnez à escrire le procez et sentence 
en six volunies ou livres, iij c. 1. » (Bibl. Nat., fr. 325 11). 

4. A. Longnon, Etude biographique, p. 170. 

5. Arch. Nat., S. 1648, p. 91. 

6. .\rch. Nat., KK. 409, fol. 263. K l'enseigne du Mortier d'or. 

7. Ibid. 

8. Arch. Nat., S. 1648, fol. 92. 

9. Bibl. Nat., Clair., 764, 16 décembre 1482. 

10. Sauvai, III ; mentionné en 1469 (Arch. Nat., L. 421, n° 85), comme scribe de l'oHicial en 
1472 (Arch. Nat.. L. 421), le 7 juin 1483 (.\rch. Nat., Z'b 30). 

11. Gagiiini epistol.v, éd. Thuasne, I, p. 185-208. 

12. Ibid., p. 230. 

15. En 1414 (Arch. Nat., Y. 5228). 

14. Bibl. Nat., Clair., 763, 22 juin 1462. 

15. Ibid., (^lair., 764, 9 déc. 1475. 



3^2 FRANÇOIS VILLON. SA VIE ET SON TEMPS 



LI. — ETIENNE GARNIER, Clerc du Guichet 



La très joyeuse ballade, dite de l'appel, est adressée à un certain Garnier ; 
elle a pour titre, suivant F : La question que feist Villon au clerc du guichet. 

Qu'est-ce que le clerc du guichet ? Qui était ce Garnier ? 

Le clerc du guichet était au Châtelet le personnage qui, sous la responsa- 
bilité du geôlier ou garde des prisons, se tenait dans le guichet de la prison, 
à la porte. Il portait toujours un bâton ferré'. C'est à Inique le guet de 
nuit et les sergents amenaient les délinquants ^. Il devait d'abord leur 
demander s'ils étaient clercs ou non, car le clerc du guichet tenait un registre 
d'écrou. Les prisonniers signaient ou faisaient une croix : le clerc ajoutait 
l'indication de leur état, la description de leur habit et tonsure 3, Et il ne 
devait toucher que deux deniers au sujet de la délivrance d'un prisonnier : 
encore était-ce par simple courtoisie. Mais il arrivait aussi que le clerc du 
guichet, tout comme le geôlier, faisait chanter les détenus. On voit par 
exemple qu'Andriet Rousseau, garde du guichet du Châtelet, fut condamné, 
le 27 septembre 1422, pour avoir transporté un prisonnier d'une prison dans 
une autre, afin d'obtenir de lui de l'argent 4. Les prisons du Châtelet étaient 
plus ou moins dures. 

Sans aucun doute, le Garnier de François Villon doit être identifié avec un 
certain Etienne Garnier, qui eut des aventures. 

11 était parent, vraisemblablement, d'un Jean Garnier, geôlier de la 
Conciergerie, qui fut condamné, le 11 septembre 1421, pour avoir laissé 
deux prisonniers coucher en ville, et qui s'échappèrent >. 

Etienne Garnier paraît avoir été un homme ayant du bien, car il prenait à 
ferme, pour leurs profits, toutes sortes de petits offices. Ainsi, le 22 avril 1450 
(n. st.), il est dit fermier de l'arche du Grand-Pont de Paris <^. Le 13 avril 1453, 
on le trouve fermier du chantelage, et plaidant à ce sujet contre un légataire 
de Villon, Angelot Baugis7 (il s'agit d'une redevance de 3 d. prise sur chaque 
queue de vin mise en chantier). Le 16 octobre 1453, on voit qu'il était geôlier 
de la Conciergerie. 11 eut le tort d'y suivre une tradition dans la famille. Dans 
cet office, il avait sous lui un clerc, Gaultier Ferrebouc, et l'avait autorisé à 
conduire en ville Richard Mignot qui désirait de voir sa femme, nourrice de 
Me Jean le Picart, et de prendre de l'argent qu'il avait rue Saint-Martin. Il 

1. Arch, Nat., X*' 17, 2 mars 1416, n. st. 

2. Ihid. 

3. Desmaze, Le Châtelet de Paris, p. 334, 340. 

4. Bibl. Nat., Dupuy, 250. 

5. Ihid. 

6. Arch. Nat., ZIf 15. 

7. Arch. Nat., Z^f 17. — Dans le compte de 145)-I456 (Arch. Nat., KK. 408, fol. iio v°) il 
est dit fermier de la chaussée des Portes Saint- Victor et de Bordelles. 



APPENDICE S^S 

arriva que Ferrebouc rencontra une femme ; il fit la conversation : le pri- 
sonnier pendant ce temps s'était mis en franchise dans l'église Saint-Laurent'. 
Le geôlier et son clerc furent désappointés : la Cour les fit mettre à leur tour 
en prison et donna les clefs à Jean Papin ^, que l'on retrouvera geôlier de la 
Conciergerie du Palais jusqu'à sa destitution du 22 mai 1472 3, date à laquelle 
il venait lui aussi de laisser des prisonniers s'échapper. 

Le 28 novembre 1453, Garnier fut élargi en versant une caution de 
500 1. p., et on lui interdit d'aliéner ses immeubles : le 5 janvier 1454, Gaul- 
tier Ferrebouc demandait l'entérinement de ses lettres de pardon. La Cour les 
approuva mais lui imposa 20 1. d'amende ; quant à Garnier, il fut condamné 
à la prison, à 100 1. d'amende qui devaient être employées à réparer les tapis 
de la Conciergerie et à dire la messe du matin. Ferrebouc et Garnier furent 
déclarés en outre « inhabilez » à obtenir dorénavant aucune ferme de geôle. 
Le 1 1 janvier, Guillaume Amaur}' succédait à Garnier, et Papin demeurait 
son commis 4. Garnier dut alors vendre de ses biens 5. Le 10 septembre 
toutefois il était élargi, Michaud Berroyer, potier de terre demeurant près 
de Saint-Denis-de-la-Châtre, s'étant constitué son piège pour le gîte et le 
geôlage ^. 

On retrouve Etienne Garnier, comme prévôt de Montlhér}', mêlé à une 
affaire qui lui valut d'être mis au Châtelet, et au sujet de laquelle il obtint 
une lettre de rémission, au mois d'octobre 1458 7. 

Six semaines auparavant, en compagnie de Grégoire Dubat, Garnier avait 
rencontré sur le chemin de Paris un homme qui portait un sac : or ce sac, 
très lourd, renfermait des tasses, des aiguières d'argent, des couverts, un 
tableau d'or et d'argent, deux diamants, un saphir, trois verges d'or, de la 
menue monnaie, des anneaux rompus. C'était évidemment le produit d'un 
vol. Les deux compagnons menacent d'arrêter le porteur et le prient de l'ac- 
compagner. Mais Grégoire avait vu de suite le parti à prendre ; il avait dit à 
Garnier : « Vous êtes hors de tous vos maux : car de ceci vous payrez maître 
Simon le Bourelier, et si serez sergent à cheval ! » Les compères se parta- 
gèrent le produit du vol. L'affaire s'étant ébruitée à Paris, Garnier fut arrêté 
et restitua une partie de son escroquerie à la femme du volé. 

On voit qu'Etienne Garnier avait su faire oublier cette méchante histoire, 
et même sa mauvaise administration comme geôlier de la Conciergerie, 

1. Arch. Nat., X^* 25, 22 novembre 145^ 

2. Il était dans cet ofBce le 13 juin 145} (Arch. Nat.. Z^* 20). 

3. Bibl. Nat., Dupuy, 250. 

4. Bibl. Nat., Dupuy, 250; Arch. Nat., X*" 25, 22 novembre 1453. 

5. Jean Larcher, procureur du roi, s'oppose aux criées des héritages d'Etienne Garnier à 
Juvisy (Arch. Nat., Z'f 17, 26 avril 1454). 

6. Arch. Nat., Y. 5232. 

7. Arch. Nat., JJ. 189, pièce 277 ; Reprodiicl'wn fac-similé du manuscrit de Stockholm, p. 30-35. 
— Il était fermier de la prévôté de Montlhér^ à la Saint Jean-Baptiste de 1458 et touchait le 
profit de ses exploits : on voit par exemple qu'il eut une affaire avec un certain serviteur vaga- 
bond de Marolles dont il voulut faire chanter le maître (Arch. Nat., Z^f 27, 28 mars 1466^ 
n. st). 



384 FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 

puisque, au mois d'octobre 1459,011 le retrouve » clerc de la geolle du Chas- 
tellet ' ». C'est donc bien ce douteux personnage qui eut François Villon en 
garde, par deux fois, en 1462 et en 1463 : le 23 avril 1464, Jean Papin, 
geôlier de la Conciergerie du Palais, remplissait cette charge au Châtelet ^. 

Etienne Garnieret François Mllon pouvaient bien être des amis: l'histoire 
du voleur, volé sur le chemin de Paris, est digne de figurer dans le recueil 
des Replies Franches. 

Il n'est guère douteux, après cela, que Villon ne fût au courant des sub- 
tilités de son gardien. Un mot nous en donne la preuve : 

Vous entendez bien joiicherie 

dit Villon à Garnier. C'était là un mot de jargon signifiant tromperie 5. 
Garnier et François entendaient parfiiitement et le mot et la chose. 



LU. — PIERRE DE LA DEHORS, M^ boucher et lieutenant 

CRIMINEL DU ChATELET 



Pierre de la Dehors est dit, le 10 mai 1448, maître es arts, âgé de 24 ans, 
fils de feu Pierre de la Dehors et d'Agnès le Cousté 4, H avait donc six ans de 
plus que François Villon. 

En 1458, on le trouve comme maître juré de la Grande Boucherie de Paris, 
et Pierre de la Bretèche est désigné comme son valet boucher. On voit 
encore que cette année-là Jean Trouvé (celui qu'a nommé Villon dans ses 
Lais, V. 161), valet boucher de la Grande Boucherie et valet de Jacquet 
Haussecul, plaidait contre Pierre de la Dehors s. Le 8 novembre 1460, Pierre 
de la Bretèche occupait l'étal qui lui appartenait, à raison de 20 sous par 
semaine ^. 

Le fait d'être maître boucher n'impliquait pas l'exercice de cette profes- 
sion ; mais c'était un privilège demeurant l'apanage de quelques vieilles 
familles parisiennes qui, en raison de leur fortune et du voisinage du Châ- 
telet, donnèrent beaucoup de leurs membres, comme officiers, à cette juri- 
diction. Un avocat dira plus tard de Pierre de la Dehors qu'il était même 
« noble homme et bien gradué 7 ». II fallait aussi avoir des capitaux pour 
être boucher ; car les maîtres bouchers avançaient des fonds assez considé- 
rables pour l'achat des bêtes à cornes. 

1. Arcli. Nat., Z'i-' 25, fol. 201, 12 dccenibre 1460. 

2. Arch. Nat., X-' 33, 23 avril 1464. 

3. Marcel Schwob, Introduction à la Reproduction fac-similc du manuscrit de Stocttohn, p. 25. 

4. Bibl. Nat., Clair., 763. 

5. Bibl. Nat., fr. 32586 (registre de la Grande Boucherie de Paris). 

6. Arcb.Nat., Z'-i 3267. 

7. Arcli. Nat., X'' 4809, 17 mars 1466, n. st. 



APPENDICE 385 

On ne sait à quelle date, ni à quel titre, il commença d'exercer son office au 
Châtelet ; ce fut sans doute comme avocat : mais on voit qu'au commence- 
ment de l'année 1462, il avait remplacé Martin de Bellefaye, lieutenant 
criminel, quand celui-ci fut reçu conseiller laïc au Parlement'. C'était là 
une charge importante. Mais La Dehors n'abandonna pas pour cela ses privi- 
lèges de maître boucher. On trouve par exemple que, le 29 janvier 1462 
(n. st.), il plaidait contre Andr}' Paroisse, fermier de l'impôt de douze 
deniers sur le bétail à pieds fourchus vendu à Paris : le lieutenant criminel ne 
voulait pas acquitter cet impôt sur dix-sept bœufs et, comme Paroisse les 
avait saisis, La Dehors le fit emprisonner au Châtelet. Il alléguait ses privi- 
lèges de boucher de la Grande Boucherie de Paris, qui venaient d'être con- 
firmés par le nouveau roi ; et il déclarait encore devoir jouir de franchise, 
comme monnayer du Serment de France. Pierre de la Dehors avait donc 
quelque chose à voir également dans la fabrication des monnaies. Un jugement 
fut rendu en sa faveur ^. Pierre de la Dehors était allié enfin avec les familles 
des bouchers de la Grande Boucherie : il avait épousé Jeanne Haussecul, fille 
de Jean Haussecul, maître boucher; il était donc beau-frère de Jean Sevestre, 
procureur au Châtelet, qui avait épousé Geneviève Haussecul. 11 continua 
toute sa vie de porter un grand intérêt à cette corporation >. Sa faveur eut à 
subir une éclipse : il dut soutenir ses droits et s'opposer aux lettres du roi 
Louis XI qui venait de donner son office à Henri Mariette, le 6 mars 14644 ; 
il entendait ne pas être désappointé de son office sans avoir été ouï, et il 
alléguait que, pendant deux ans, il avait joui de sa charge sans avoir encouru 
aucun reproche. Le prévôt ne voulait pas l'écouter et La Dehors se disait 
spolié >. Quant à Mercier, avocat d'Henri Mariette, il répliquait « que le 
roy, pour certaines causes qui l'ont meu, a mis hors l'appelant de l'office, 
et depuis y a eu deux lieutenans, videlicet Fornier et La Chapelle, jusqu'à ce 
que le roy a donné l'office à l'intimé... » 

On voit Pierre de la Dehors, le 9 avril 1470, comme avocat au Châtelet, 
s'opposer, avec Jean Mautaint, aux criées des héritages de feu Charles de 
Melun^. On trouve, le 28 mars 1476, dans un procès entre l'évéque de 
Paris et le prévôt, une allusion à sa dureté envers les clercs parisiens : « Dit 
que La Dehors est coustumier de faire beaucoup de vexacions aux clercs que 
on lui requiert, et ne tient maintenant la forme ancienne. Car anciennement, 
quant ung clerc estoit amené, on lui faisoit son registre et mestoit en 
teste ung O. pour le rendre et ne paier que xii d. pour escroe. Et estoient les 
promoteurs presens chacun jour et estoient renduz sans question ; mais main- 
tenant, quant aucuns clercs sont prisonniers, La Dehors dist que il ne lesren- 

1. Arch. N;it., X'^ 1484, fol. 227. 

2. Arch. Nat., Z'f 24; Z'f 25, fol. %. 

5. Arch. Nat., X^' 41, 4 mars 1476, n. st. ; Marcel Schwob, Iiilrodiiclion à la Reproduction 
fac-siiiiilc du manuscrit de Stockholm, p. 59. 

4. Bibl. Nat., Clair., 764. 

5. .\rch. Nat., X'' 4809, 17 mars 1466, 11. st. 

6. .\rch. Nat., X'* 481 1, fol. ^44. 

FRANÇOIS VILLOX. — II. 2$ 



38e FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 

droit point; et fault bien souvent qu'ilz soient amenez céans, et font de grans 
despens, adco qu'il n'y a clerc qui ne ayme mieulx estre pugny par l'evesque 
que par le prevost... Et suposé que soient requis, le retient ung moys, 
XV jours ou trois scpmaines ; et si fait paier pour l'informacion ung escu, 
les interrogatoires ung escu, XX ou XXVI solz, et pour l'escroe ung escu, ou 
ce que on en peut avoir, et les despens du geôlier... ' » 

Or, s'il était dur aux clercs parisiens, en général, Pierre de la Dehors se 
montrait rigoureux aussi envers ceux de la Cour : ainsi, le 2 mai 1476, il 
fit arrêter les trompettes qui accompagnaient les suppôts de la Basoche : 
la Cour enjoignit à La Dehors de les délivrer sans délai ^. 

Le 20 juillet 1478, Pierre de la Dehors est dit conseiller du roi et lieutenant 
criminel ; il émancipait ses enfants : Joachim, âgé de 21 ans ; Guillaume, qui 
avait 17 ans; Jean, 15 ans; Jeanne, 12 ans; Agnès, 11 ans, et Colette, 
7 ans 3, Le 13 octobre 1481, il s'opposait à ce qu'un autre fût institué dans 
son office4. Cette aftaire dut susciter dans sa famille une colère très vive, 
puisque, le 18 mai 1482, on enjoignit à ses fils, Joachim et Jean, de ne pas 
faire de mal à Pierre de la Porte, qui venait d'être nommé lieutenant cri- 
minel, et de ne pas porter de bâtons >. Il était toujours lieutenant, le 15 mai 
1484 : Olivier le Daim lui écrivait qu'il ferait bien de dire la vérité à M'^ Jean 
Angenoust, conseiller du roi, et à Jean Chambellan 6. Pierre de la Dehors 
est encore mentionné à la date du 4 mars 1486/ (n. st.). 

Pierre de la Dehors avait vendu, le 26 juin 1461, la maison à l'enseigne des 
Champions, place Maubert, à Jacotin Cardon, un des légataires de Villon ^. Il 
demeurait, le 9 avril 1470, rue de la Verrerie 9. 

Tel se montra le lieutenant criminel qui mit X'illon à la question et pour- 
suivit si rigoureusement les clercs ; tel fut le boucher qui fit boire le pauvre 
poète dans « l'écorcherie » ; tel nous apparaît ce personnage obstiné qui 
survécut à la rancune du plus absolu des rois. 



LIIL — LA FAMILLE DE CANLERS 



Les Canlers étaient issus de Jacques, notaire et secrétaire du roi en 142 1 "o : 
cette année-là, sa maison à Paris, ainsi que celle de son frère Martin, contrô- 

1. Arch. Nat., X'" 4817, foL 163 V ; Marcel Sclnvob, Introduction ii la Rt'proilnrlion fac- 
similé du manuscrit de Stockholm, p. 41. 

2. BibL Nat., Dupiiy, 250. 

3. BibL Nat., Clair., 764. — 4. Ibid. — 5. Bibl. Nai., Diipuy, 2,0. 

6. Arch. Nat., X-" 48. 

7. Arch. Nat., X-' 51. 

8. Arch. Nat., S. 1648, p. 108. 

9. Arch. Nat., X'" 4811, fol. 344. 

10. Bibl. Nat., fr. 325 11. 



APPENDICE 3S7 

leur de l'Argenterie', fut saisie par le gouvernement anglais-. On trouve 
Jacques, en 1432, commis à lever l'aide établie sur les gens d'Auvergne 3 ; 
puis, en Champagne, il assied les aides pour la guerre, en 14364. Sa veuve, 
Catherine de Funiechon, d'une famille parlementaire, recevait du roi, en 
1450, la somme de 50 1. pour entretenir son état >. 

Son fils, Jacques de Canlers, était en 1450 clerc de M^ Pierre de Saint- 
Amand, le clerc du Trésor^ : on le retrouve, en 1458, comme contrôleur de 
l'Argenterie à 500 1. de gages par an 1. Receveur général du Languedoc, secré- 
taire du roi Louis XI, qui le nommera son « amé et féal conseiller », il rem- 
plira pour ce dernier une importante mission en Savoie en 1463 ; mais, en 
1465, il fut impliqué dans une affaire de trahison, et le roi donna l'ordre de 
lui faire son procès à Lyon, très rigoureusement^: il fut emprisonné dans la 
tour de Sainte-Colombe-lez-V^ienne 9. 

Charles de Canlers, son frère puîné, fut institué clerc des Comptes, le 
2 août 1430 ■" ; il fut élu échevin de Paris en 1446 ", puis en 1449 '^- Le 14 fé- 
vrier 1448 (n. st.), il acquit de Robert Chartrain et de demoiselle Jeanne de 
Montigny, sa nièce, deux hôtels situés à Ermenonville''. En 145 1, on le 
trouve commis au contrôle de la recette générale, et il voyage, entre Paris et 
Tours, pendant deux mois '4. En 1453, il était toujours clerc du roi en la 
Chambre des Comptes') ; mais on voit que, le 20 février 1455 (n. st.), 
Charles W\ signait une lettre par laquelle son « amé et féal clerc en la 
Chambre des Comptes, M^ Charles de Canlers » faisait connaître qu'ayant à 
pourvoir honorablement au mariage d'une nièce, qu'il avait nourrie dès son 
enfance, il avait dû résigner, il y avait un an environ, l'office de clerc ordi- 
naire des Comptes à M« Philippe le Bègue : attendu son « ancien eage et le 
long temps qu'il nous a servy, en plusieurs et maintes manières, oudit office 
de clerc de nosd. comptes et autrement », le roi lui accordait 100 1. par an 



1. Le 13 avril 141 1, Martin touche 200 francs pour ses bons services (Bibl. Nat., P. orig., 
587**); le 2 janvier 1420, il est dit contrôleur de l'Argenterie du Dauphin et déclarait avoir reçu 
de Hénion Raguier, trésorier des guerres, la somme de 116 1. pour avoir convoj'é de Bourges 
au siège de Tours, 1600 1. destinées au payement des gehs d'armes (//'/</., n° 7); en 1451, on le 
trouve notaire et secrétaire du roi (lbi<L, n° 8). 

2. Sauvai, III, p. 292. 

3. Bibl. Nat., P. orig., 5875. 

4. Bibl. Nat., (r. 32511. 

5. Ihid. 

6. Ihid. 

7. Arch. Nat., KK. 51. 

8. Lfllres de Louis XI, éd. Vaësen, II, p. 116, 138 et s., 364 et s. 

9. Bibl. Nat., Gaignières, 375, fol. 4 ; Dupuy, S96, fol. 5, 5. 

10. Bibl. Ma/.., ms. 3055, notes de Du Fourny; Charles figure comme clerc dans le compte 
royal de 1456 (Bibl. Nat., fr. 525 1 1) : le 21 février 1459(0. st.), les généraux des finances 
mandent de lui payer 23 1. (Bibl. Nat., P. orig., 587'-). 

11. Arch. Nat., KK. 1009, fol. 6 v". 

12. Arch. Nat., KK. 406. 

13. Bibl. Nat., Clair., 765. 

14. Bibl. Nat., fr. 325 11. 
I). Ihid. 



388 FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 

qui lui seraient payées par le changeur du Trésor'. En fait, Charles de 
Canlers fut confirmé comme clerc extraordinaire, le 7 septembre 146 1 ^. Sans 
doute, après le procès fait à son frère, il dut se retirer auprès de Charles, duc 
de Normandie (comme Ythier Marchand), car on trouve un Charles de 
Canlers président de la Chambre des Comptes du frère et de l'ennemi intime 
de Louis XI 3. 

Marguerite de Canlers avait épousé Philippe Braque, conseiller du roi au 
Parlement, mort avant le 14 avril 1461 4. 

On rencontre un Jean de Canlers conseiller au Parlement, le 27 juin 
14795. Un Mathieu de Canlers fut contrôleur des guerres en 1480^; un 
Geoffroy de Canlers, clerc de la Chambre des Comptes, le 4 octobre 1480/. 
Le 16 septembre, Louis XI déclarait que ce dernier l'avait servi assez 
longtemps, et il lui accordait 180 1., outre ses gages ordinaires ; mais 
Geoffroy devait résigner son office **. 



LIV. - LA FAMILLE BRAQUE 



C'était une ancienne famille parisienne? dont presque tous les membres 
exercèrent des charges importantes dans l'administration des finances. Elle 
avait été anoblie, en 1339, dans la personne d'Arnoul Braque, changeur et 
bourgeois de Paris, qui fonda la chapelle Braque au quartier Sainte-Avoye, 
en 1348, et la dota de 620 livres de rentes : il avait épousé Jacqueline 
d'Yprcs, fille d'un changeur du Trésor '°. Parmi sa descendance ou sa parenté, 
on rencontre Nicolas Braque, conseiller du roi et maître de la Chambre des 
Comptes en 1356 ", conseiller et maître d'hôtel en 1377 '^, et qui mourut en 
1 388 15. Etienne Braque, trésorier des guerres en 1 371 h et maître des Comptes 
en 1 385 ■>. Jean Braque, maître et enquêteur des Eaux et Forêts en la vicomte 
d'Arqués, maître d'hôtel du roi "^, conseiller de Louis d'Orléans en 1399 '", 
puis de la duchesse d'Orléans et son receveur à Chauny '^ : un vigoureux 



1. Bibl. Nat., P. orig., ^Sj'i. 

2. Arch. Nat., P. 2299, fol. 21 >. 
5. Bibl. Nat., P. orig., 587". 

4. Arch. Nat., X"-!' 28. 

5. Bibl. Nat., Clair., 764. 

6. Bibl. Nat., P. orig., 58710. 

7. Ibid., n° 12. 

8. Ibid., n° 15. 

9. Bibl. Nat., P. orig., 495. 

10. Ibid. Du Breul, Le Théâtre des Antiijuitex^ de Paris... p. 857 et s. 
IX. Bibl. Nat., P. orig., 493'''. 

12. //'/(/., 11° 21. 

13. Du Breul, op. cit., p. 858. — 14. Ibid., n" 24. — 15. Ibid., n" 51. 
16. Ibid., u" 56. — 17. Ibid., 11° 55. — 18. Ilùd., n" 64. 



APPENDICE 389 

dépuceleur de filles, au demeurant '. Quant à Philippe Braque, chevalier, 
qui épousa Marguerite de Canlers, il fut conseiller du roi au Châtelet 
dès 14382, puis conseiller au Parlement. Comme descendant d'Arnoul 
Braque, il avait droit d'assister au dîner de la dédicace de la chapelle, le 
19 février, que les chapelains et les vicaires donnaient en l'hôtel de la 
Pomme 3. 

Ce fut un homme de petite corpulence, que l'on tenait « de très bonne vie 
et de bonne recommandation », se conduisant en bon catholique. En reve- 
nant des vêpres, une faiblesse le prit un jour : il était devenu fou et menaçait 
de tuer sa femme et ses enfants. Vraisemblablement il se pendit. Le Châtelet 
fit mettre les scellés dans sa maison et l'on constata qu'il avait une blessure 
au cou. Philippe fut néanmoins enterré en terre sainte : « et mena le prevost 
de Paris le premier dueil-+ ». 

Dans ce temps, on rencontre encore un Germain Braque, qui résigna 
l'échevinage en 1449 >', et fut de nouveau élu en 145 1 ^ et en 1464 " : il était 
conseiller du roi et maître général des monnaies, le 22 juin 1444 ^. 

Marguerite de Canlers vivait encore en 1480?. Le 22 août 1467, elle avait 
fait mettre hors de tutelle son fils Jean, bachelier es lois : on trouve parmi 
ses amis et tuteurs noble homme Guillaume Gentien, Philippe le Bègue, 
Robert Piedefer, Jean du Drac, M^ Jean de Bailly '°. 



LV. — NOTE SUR LA FAMILLE DE SAINT-BENOIT 



On trouve un Jean de Saint-Benoît, grenetier du grenier à sel de Noyon 
en 1390". Isabeau de Saint-Benoît, veuve de Jean de Montignv, était 
morte le 8 février 1427 (n. st.) '2. Jean de Saint-Benoît, procureur en Par- 
lement, était cousin de Pierre de Breban, conseiller sur le fait de la justice 
des Aides'?. 



1. Registre du Châtelet, I, 44-45. 

2. Bibl. Nat., fr. 21588; on le retrouve dans cette charge en 1440 (Bibl. Nat., fr. 25528, 
fol. 55). 

5. Arcli. Nat., S. 4287, censier de la chapelle Braque de 1441-1444. 

4. Arch. Nat., X'^ 8506, fol. 219, 28 avril 1460. 

5. Arch. Nat., KK. 1009, fol. 6 v°. 

6. Ihid., fol. 7 V. 

7. Ibid., fol. 8 V". 

8. Bibl. Nat., Clair., 765. 

9. Ihid. 

10. Bibl. Nat., Clair., 764. 

11. Bibl. N.it., P. orig., 2744. 

12. Bibl. N.it., Clair., 765. 

15. Bibl. Nat., Clair., 765, 1451, 15 septembre. 



390 FRANÇOIS VILLON, SA VIE liT SON TEMPS 



LVI. — LA FAMILLE DE BREBAN 



Cette famille de gens de finance joua un rôle au xv^ siècle. 

Philippe de Breban, fils d'un « impositeur ' », était un riche changeur pari- 
sien qui exerça la charge de prévôt des marchands, du lo octobre 141 5 au 
12 septembre 14 17 : il était favorable au parti armagnac et loyaliste. 11 fut 
non pas « depposé^ », mais relevé de sa charge sur sa demande, à cause de 
son âge avancé et de « certaine maladie 3 ». On le voit, par la suite, s'associer 
en 1420 avec quinze de ses confrères pour l'exploitation des monnaies de 
Paris, de Tournai, de Châlons, de Troyes, de Mâcon, de Nevers et 
d'Auxerre : il dirigea aussi la monnaie de Saint-Quentin. Il était si riche 
qu'en 1421, lorsque Pierre des Landes, changeur, obtint la monnaie de 
Paris, Philippe de Breban et Germain Vivien se portèrent pour lui caution 
de 8.000 livres tournois 4. Il mourut avant le 6 juin 1447, date à laquelle on 
voit Jean de Breban, son fils, agir comme son héritier >. 

Un Pierre de Breban, qui est peut-être son frère, est dit clerc des Comptes 
en 1409 f% en 141 1 7 ; en 1436 8, auditeur. On le voit, en 1448, conseiller du 
roi en sa chambre des généraux des finances, doyen de la Grande Confrérie 
aux Bourgeois, dont Michel Culdoe était alors prévôt?. Le 4 juin 143 1, 
Catherine Boursière est dite sa veuve et Jean de Breban, avocat au Parle- 
ment, son fils 1°. Il est question, dans des comptes de 1457, de ses hoirs qui 
demeuraient rue du Temple ■'. 

En 1440, un Pierre de Breban, qui fut aussi clerc des Comptes, et que l'on 
trouve en 1407 chapelain de la chapelle fondée par Alphonse d'Espagne à 
Notre-Dame de Poissy ^^, est dit avocat, curé de Saint-Eustache, et plaidait 
au Parlement en présence du roi de Portugal '3. 



1. Journal d'un bourgeois de Farts, p. 62 et note. 

2. Ilnd., p. 79. 

3. Arch. Nat., KK. 1009, foL 2. 

4. Note de M. A. Tuetey au Journal d'un hour^ivis de Paris, p. 63. 

5. Bibl. Nat., Clair., 763. 

6. BibL Nat., P. orig., 496, 11° 24. 

7. Arch. Nat., X'' 9807, 11 juillet 1411. 

8. Bibl. Maz., 3035, notes de Du Fourny. 

9. Sauvai, III, p. 145. 

10. Bibl. Nat., Clair., 763. 

11. Bibl. Nat., MM. 135, fol. 22 v". 

12. Bibl. Nat., P. orig., 496, n" 5. 

13. Bibl. Nat., fr. 24075. 



APPENDICE 391 



LVII. — NOTE SUR HENRY DE DANES 



Henry de Danes, fils de Jean de Danes, renonça à la succession paternelle 
au mois d'octobre 1459 ■ : il était à cette date chauffe-cire de la Chancellerie 
royale, et exerçait encore cet office, en 1441 ^. Receveur des tailles à Paris, 
en 1441 3, institué notaire et secrétaire du roi au lieu de Pierre Hardouin, le 
6 décembre 1449 +, il fait une tournée dans l'Ile-de-France afin que les gens 
d'armes n'y causent pas de dommage 5. Confirmé comme clerc ordinaire 
des Comptes, le 7 septembre 146 1 ^, il est chargé, l'année suivante, de vérifier 
les comptes des grenetiers et officiers comptables du Languedoc et de la 
Guyenne T ; de même en 1463 et 1464 s. Henry de Danes mourut au mois 
d'octobre 14679. 



1. Bibl. Nat., Clair. 763. 

2. Bibl. Nat., ms. lat. 18547, fo^- 3 5 ^'°- 

3. Bibl. Nat., fr. 32511. 

4. Bibl. Maz., ms. 3035 (Notes de Du Fourny). 
). Bibl. Nat., fr. 32511 ; lat. 18347, fol. 28 \-". 

6. Arch. Nat., P. 2299, fol. 215 ; Ordonnances, XV, 11. 

7. Arch. Nat., PP. iio, fol. 59-60. 

8. Ibld., fol. 76, 298. 

9. Bibl. Maz., ms. 3035. 






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TABLEAU GÉNÉALOGIQUE DE LA FAMILLE DE BRUYÈRES 



Jacques de Béthisy. 



Jean 
(Luillicr héritier). 



Jean de Béthisy 

épouse 

Marie de Chanteprinic. 



Catherine de Béthisy 

(Mlle DE Bruyères) 

•j- avant le 7 septembre 1467, 

femme de Girard de Bruyères, 

trésorier des finances 

f avant 1444. 



Isabelle de Bruyères 
qui vivait encore en 147 1, 

épousa 

1° Regnault de Thuniery 

maître des monnaies 

-}- avant 1445 



. 2° Thomas Corneille 
changeur. 



Jacquet de Thumery. Denis de Thumery. 



Sources : Bibl. Nat., Clair., 763-764, 4 novembre 1444, 8 août 1445, 
26 juillet 145 1, 7 mars 1465, 7 septembre 1467. 



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INDEX ALPHABÉTIQUE- 



abbaye (V) ou il n'entre 

homme \ Montmartre] , 
p. ^15 et s. 
Abélard (Pierre), p. 34, 

325, II, p. 187. 
Abraham, II, p. 143-144. 
Absalon, p. 32, II, p. 129. 
accoler, p. •?20. 
Acy (Regnaud d^), p. 

89 n. 
Adam, p. 32, II, p. 143. 
Adam (Geneviève), p. 

132 n. 
— (Thévenin), épicier, 

p. 132 n. 
Ade (Thomas), cura de 

Saint-Benoît, p. 140. 
Adhémar (Guilaume), p. 

42 n. 
affinemcnts, II, p. ^48- 

349- 

Agrippin , gouverneur 
d'Orléans, II, p. 117. 

aides. II, p. 224-225. 

Aignan (saint), II, p. 117. 

Ailly (Pierre d"), le car- 
dinal, II, p. 36, 41, >)(•>, 
58 n., 60. 

Alain (Jean), II, p. 276. 

Alant (Jean), II, p. ^h8. 

Albéric.fils de Théophanie 
du Petit-Pont, chanoine 
de Saint-Benoit, p. 8. 

Albert le Grand, p. 209. 

Alcibiade, p. 46, II, p. 
187. VoiV Archipiada. 

Alecis (Guillaume), H, p. 
a7s n. 



Alençon (Catherine d'), 

p. 134. 
Alençon (Jean duc d"), II. 

p. 189-190, 236 n., 333, 

350. 
Alexandre le Grand, p. 

45, 46, 47, II, p. 129 et 

130 n., i3t, 188, 199, 

209, 217. 
Alexandre IV, pape, p. 

150. 
Alexandre V, pape, p. iS4,n. 
Alexandre de Villedieu, 

to/r Doctrinal. 
Alis, p. 146, II, p. 188. 
Alison, religieuse, II, p. 

14. 
Allemandes, p. 224. 
Alncquin ou Hallenquin 

(Jean), sergent, p. 188, 

II, p. 371. 
Alphasar, voir Arphaxad, 

p. 32, II, p 129. 
Alphonse V d'Aragon, II, 

p. 189, 191. 
a nu lit reiitys et regtivé. 

titre donné à Villon, II, 

p. 4 n., 141. 
amants infirmes (legs aux), 

II, p. 168. 
Amaury (Guillaume), p. 

255 1I> 383- 
ambesars, II, p. 3 et n. 
amboureux (1'), p. 320. II, 

p. 74, 76. 
Amer (Pierre), p. 193. 
Ammon, II, p. 141. 
Amour, allégorie, II, p. 



146, 175. 

Amyot (Jean), II, p. 381. 

Ancelot (Jean), p. 118. 

ances, oreilles en jargon, 
II, p. 78. 

andouilles (équivoques), 
II, p. 151. 

André (saint), p. 32. 

Andoze (Marguerite), II, 
p. 329. 

âne (question de I"), p. 
221. 

Ane Rayé (legs de 1"), II, 
p. 21. 

âae rouge, II, p. 147. 

Angelot l'herbier, p. 324 
n. Voir Baugis (Ange- 
lot). 

angelots, p. 200-201, II, 
p. is6, 224 n. 

Angenoust (Jean), con- 
seiller au Parlement 
p. 252, II, p. ^■?6 n. 
386. 

Angers, p. 160, 162, II, p 
34, 47, îi à 64, 88, 89 
228, 2S2, 276, 277, 278 
312 n. 

ange, mot de jargon, p 

188 n. 

Anglais, p. 22, 23, 24, 50 
145, 146, 199, 200 
303. 

Anglaises, p. 22=;, II, p. 
206. 

Angleterre. II, p. 250. 

Angoulème (Jean comte 
d'), II, p. 317, 360, 361. 



I. On a compris dans cet index les noms de personnes et les noms do lieux, les mots du texte 
lie Villon qui ont été commentes, les matières visées dans les développements de ce livre, 
ainsi que les noms ilcs auteurs i|ui ont éclaire ou discuté un point de notre sujet : ce qui 
concerne Paris a été groupé sous cette rubrique. 



400 



FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 



Angorrant (Simon), II, p. 

344- 
anima (de), p. 38. 
Anjou, p. 20, II, p. 61, 

277, 366. 
Anjou (Charles d"), p. 209. 
Anne de Bretagne, p. 

322 n. 
annonciation de la Sainte 

Vierge, p. 17. Voir 

Vierge. 
Antitus (M''), II, p. 339. 
Antoine, anachorète du 

Mont-Valérien, p. 31^ 
Antoine (feu saint), p. 

288. • 
Apollo (Nicolas), II, p. 

373' 
Apôtres (saints), p. 25. 
Appoigny (Jean d'), II, p. 

354. 
Arc (Jeanne d'), p. 144- 

146, 169, 249, II, p. 

118, 128 n., 187, 188, 

202, 240, 260, 381. 
archer (buveur), p. 244, II, 

p. 262, 271. 
Architriclin voir Archi- 

triclinus. 
Archipiada ou Archipia- 

des, p. 46, II, p. 187. 
Architriclinus, p. 32, 244. 
Arnieil, II, p. 349, 359. 
Arenibourg, II, p. 188 n. 

Voir Haremburgis. 
argent de coepcllo, II, p. 

4 et n. 
Argenteuil , II, p. 341. 
Aristote, p. 36, 38, 45, 48 

etn., 200, II, p. 134, 209. 
Arlod, II, p. 275. 
Armagnacs, p. 210, 322. 
armes (se rendre aux) 

p. 207. 
armes italiennes de fabri- 
cation allemande, p. 96- 

97- 
Armoises (Jeanne des), p. 

249. 
armuriers, p. 94 n. 
armuriers parisiens, p. 96. 
Arnoult (saint), I. p. 160. 
Ariiouville (diocèse de 

Rouen), II, p. 49. 



Arphaxad, p. 32. 
arques, dès à jouer en jar- 
gon, II, p. 78. 
Arras, II, p. 32, 339, 380. 
Arras (l'évéque d"), p. 

153 n. 
Ars memorativa, p. 43, II, 

p. 22, 357, 358. 
Art de bien vivre et de 

bien mourir, p. 153 n., 

II, p. 176. 
Arsy (Hugues d'), évêque 

de Laon, p. 140. 
Art de nicmoire, voir 

Ars memorativa. 
Arthur, p. 145, II, p. 188, 

189, 209. 
Artiens, p. 68-69, ^^^< ^^'^■ 
Artus (le duc de Bre- 

taigne), t'o«;- Richement. 
Asselin (Jean), II, p. 329. 
Assclin (Jeanne), II, p. 

329. 
assis (être), en prison, II, 

p. 175. 
Asti (Antonio d'), II, p. 

103 n. 
Astrebec (Pierre d"), ser- 
gent à verge, p. 187. 
astronomie p. 38. 
attente (perdre 1'), II, p. 

loi, 102 n., 312. 
aubert, mot de jargon, 

II, p. 339 n. 
Aubrée (Catherine), II, 

P- 3H- 
Aubriot (Hugues), p. 64 
n., 68, 179, 181, 223, 

H, 3(^1- 

Augustin (saint), II, p. 
136. 

Augustin (Saint-), fête des 
clercs des matines, p. 
234. 

Augustins, p. 78, 147, 149 
et s. Voir Paris. 

Aulnay (Philippe et Gau- 
tier d'), p. 218. 

aumoire, II, p. 22. 

Aumont (Colin), II, p. 

334- 
Au>iis. p. i7> II, p. 147. 
Aunoy (Thomas d'). II, p. 

360 n. 



Ausoir, II, p. 242 n. 
Auteuil , p. 316. 
Autisseni (H. d"), chanoine 

de S. Benoît, p. 139, II, 

p. 336. 
Autriche (duc d"), II, p. 

299. 
Auvars, II, p. 242 n. 
Auvergne (comte d'), p. 

221, II, p. 189. 
Auvergne (Jean d'), bou- 
cher, II, p. 34s. 
Auxerre, p. 195, II, p. 

180, 281-282, 353, 354. 
Auxerre (l'évéque d'), II, 

p. 281. 
Auxigny (Guy d'), II, p. 

116 n. 
Auxigny (Thibaud), II, p. 

110-121, 133-134, 142, 

278, 312. 
ave (équivoque sur), II, 

p. 148, 1^6. 
Averroès, p. 45, 48, II, p. 

134. 
aveugles, p. 313, 314. 
Avignon, p. loi n. 
avocats, p. 289, 290 n. 
Aymart (Jean), sergent au 

Châtelet, p. 58. 
Aymery (Pierre), maire de 

la justice de S. Martin- 

des-Champs, p. 133. 



baccalauréat, p. 36. 
Baccon (Loiret), II, p. iio. 
Bachelier (Gilles), II, p. 

331- 
Bacq (saint), p. i. 
Badonvilliers, II, p. 314 n. 
Bagncux, p. 208, II, p. 

365, 378. 
BagnoJet, II, p. 351, 352. 
Baille (Pierre), II, p. 

351 n. 
Baillet (Guillemin), II, p. 

256. 
Bailli (Je.ni), organiste de 

Notre-Dame, p. 235. 
Bailly (famille des), notice, 

II, p. 308-309. 
Bailly (Chariot), p. 292. 
Bailly (M^ Crépin), cha- 



INDEX ALPHABETIQUE 



401 



pelain de Saint-Benoit, 
p. 136. 
Bailly (Jean), procureur 
de Saint-Benoit, p. 136, 

II. p. 389- 
Baillv (Jean de), greffier 

du Trésor, p. 17;, 175, 

246, 261, 285, 296, II, 

149, 229, 504. 
Bailly (Nicaise de), éche- 

vin, p. 19^, 246, 285. 
baladeur, mot de jargon, 

II, p. 70. 
Bj/e, p. 28. 

Balay (Jeanne), II, p. 528. 
ballade des contre vérités, 

II, p. 221. 
ballade des hommes du 

temps jadis, p. ■525, II, 

p. 188-191. 
ballade des dames du 

temps jadis, p. 14Î et 

s., II, p. 186-188. 
ballade joyeuse contre les 

taverniers, p. 79. 
ballade des langues en- 
vieuses, p. 202-3, H, 

p. 185-6, 317. 
ballade de mcrcy H, p. 

184. 
bnllade pour le repos de 

rame de M"' Jean Co- 

tard, p. 78. 
ballade pour prier Nostre 

Dame, p. 16. 
Balue (le cardinal Jean), p. 

134, 161, II, p. 54. 
bannis-ements, II, p. 6, 62- 

63, 247-248, 250. 
Bar (J. de), p. 226 n.. II, 

p. 349, 3SO. 
Bar (Guillaume de), pro- 
cureur au Chàtelet et 

des bouchers, p. 268. 
Bar-sur-Aube, crocheteur, 

II, p. 68. 
Baratier, p. 257. 
Barbarie, prison du Chà- 
telet, p. 266. 
Barbe (Perrin), p. 12-?. 
barbier de Villon, H, p. 

29. 
barbiers (corporation des), 

II, p. 362. 



Barbin, procureur du roi, 
II. p. 7=- 

Barbin (Jean), II, p.3îon. 

Barillet (legs du), équi- 
voque II, p. 160. Voir 
enseignes et tavernes. 

Barré (Jacques), chanoine 
de Saint-Benoit, p. 136. 

Barrés, rojV Carmes, Paris. 

Bart (Daniel), II, p. 333. 

basane, voir house de 
basane. 

Basanier (famille). II, p. 
296. 

B sanier (M'' Jean), II, p. 

Basanier (Pierre), greffier 
civil de la Prévôté, p. 
178, 18% II, p. 25, 161, 
notice p. 328, 348. 

basoche (cris de), II, p. 
282. 

basochiens, p. 249, 2^1, 
II, p. 333. P- 38<>- 

battu (être) comme à ru 
toiles, p. 120 et n., 11, 
p. 6. 

battu tout nu (être), 11, 
p. 6. 

Baubignou (famille), no- 
tice, II, p. 315-314. 

Baubignon (Pierre), p. 122, 
294, II, 147, 229, 269, 
270. 

Baubignon (Jean), maître 
des Requêtes, chanoine 
de Notre-Dame, p. 232, 

2S2. 

Baude (frère), carme, p. 
IS=), 206-207, 211, II, 
p. 1S3. 

Baude (Henri), p. 154 n., 
296 n., II, p. 58 n., 59 
n., 199, 227 n., 231. 

Baudes le Maistre, procu- 
reur de Port-Royal, II, 
p. 14. 

Baudet Harenc, poète, II, 
p. 230 n. 

Raudin (Guillaume), p. 
85, II, p. 267. 

Range, II, p. 277. 

Baugis (famille), II, p. 
;64-3Cs. 



Baugis (Angelot), herbo- 
riste, p. 247, 299, notice 
p. 364-365, 382. 

baveur, p. 189. 

Bavière (Guillaume duc 
de), p. 182. 

Bavière (Mme de), II, p. 
43- 

Bayeux (évéque de), II, 
P- !'■>■ 

Bayonne, II, p. 103. 

bazisseur, mot de jargon, 
II. p. 70. 

Beauce, II, p. 98. 

Beaudouin (empereur 

d'Orient), p. 261. 

Bfangoicy, II, p. 120, 
306. 

beauté (description de la), 
II, p. 205-207. 

Beaiivais, II, p. 297. 

Beauvais (l'évèque de), 

II. P- 75. 349- 
Beauvais, prison du Chà- 
telet, p. 266. 

Beauvaisis, II, p. 86. 

Beauvarlet (Mathieu), tré- 
sorier des finances, 
p. 292 n., II, p. ICI n. 

Beauvarlet (Marie), II, 
p. 305. 

Beauvau (Bertrand de), 
seigneur de Précignv, 
président de la Chambre 
des Comptes, p. 260, II, 
p. 56 n. 

Beauvau (Bertrand de), 
capitaine du château 
d'Angers, II, p. 54. 

Beauvau (Jean de), évé- 
que d'Angers, II, p. 54 
et n., 312. 

Beauvau (Louis de), grand 
sénéchal d'Anjou et de 
Provence, p. 181, 183, 
192, II, p. 53, 36. 

Beauvoir, prison du Chà- 
telet, p. 266. 

bec (avoir bon), p. 202. 

bec de Paris, p. 224-225, 
279, 281. 

Bedford (Jenn duc de), 
p. 199, ;oo, 261 n., 288, 
II. p. 3M- 



FRANÇOIS VILrON. 



II. 



26 



402 



FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 



Bcdford (la diiclicsse de), 

p. i8, 162, 291. 
beflleur, mot de jargon, 

p. 320, II, p. 69, 78. 
Béguines, II, p. 1=^2. 
Behaigne (le roi de), II, 
p. 190 ; voir Ladislas. 
béj aunes, p. 68. 
Bclée (Pierre), p. 133 n. 
Belin (M'- Jean), II, p. 341. 
belle (la), p. 96, iro, 198. 
belle armurière (la) , p. 

94. 99- 
belle bouchière (la), p. 96, 

197 
belle cadranièrc (la), p. 1)3. 
belle charpenticre (la), p. 

96, 197. 
belle féronnière (la), p. 93. 
belle fripière (la), p. 94. 
belle gantière (la), p. 93. 
belle heaulmière (la), 

p. 93 et s., 198, 11, 

p. 140, 183, 192, 196. 
belle herbière (la), p. 96, 

197. 
belle héronnière (la), 

p. 93. 
belle saunièrc, (la), p. 96, 

197 
Belle histoire de Paix et 

de Guerre, p. 296. 
Bellefaye (famille de), II, 

P- J}'^-}}}- 
B.ilefaye (Martin de), 

lieutenant criminel au 

Chàtelet, p. 40, i3'5, 185, 

270, II, p. 171, 242, 

notice p. 332-333, 348, 

385. 
Bellefaye (Pierre de), 

p. 135. 
Bellemère (Guillaume), II, 

p. 356 n. 
Beloisel, chanoine de 

Notre-Dame, p. 160. 
bénéfices, p. 40 et s. 
Benoise (Guillaume), II, 

p. 33^^- 
Benoît (saint), p. 2. 
béquille (legs d'une), II, p. 

30. 
Bérart (Pierre), trésorier 

de France, p. 173. 



H, 



de), 
302, 



beri.;eronnette (legs d'une), 
II, p. 167. 

Bcrguet ( Catherine ), p. 
172. 

berlan, II, p. 82; ro/rjcu 
de brelan. 

Bernard (saint), II, p. 186. 

Bernard (Guillaume), p. 
80 n. 

Bernard (Jean-Marc), II, 
p. 33 n., 82 n., 98 n., 
104 n., 183 n. 

Bernardin (Jacob), 
p. 372. 

Bcrrover (Michaud) 
p. 383. 

Bcrry (Jean duc 
p. 182, 216, 271, 
322, II, p. 114, 208. 

Berseul, prison du Chàte- 
let, p. 266. 

Berthe au grand pied, 
p. 146, H, p. 188. 

Bertin ( Olivier ) , II, p. 
327. 

Berton (Jean), p. 133. 

Bervin (la veuve), p. 282 
n. 

Beson (Pierre), II, p. 295. 

bestorné (surnom de l'é- 
glise Saint - Benoit) , 
p. 2. 

Béthisy ( famille de ), p. 
127 n., 307. 

Béthisv (Jean de), père de 
Catherine de Bruyères, 
p. 276. 

Béthisy (Jean de), neveu 
de Catherine de 
Bruyères, p. 277. 

Beuf couronné (legs du), 
p. 273. Voir Paris, en- 
seignes. 

Beyne, voir Estouteville 
(Robert d'). 

Bi;[iers, II, p. 117. 

Bézicrs (Mgr de), II, 
p. 3SO. 

Bczon (Jean), lieutenant 
criminel du Chàtelet, 
p. ,4, î-i. Y), 11, ■\}}. 

bible, p. 50. — bible (sa- 
voir sa), p. 280. 



Bicctre, p. 287, 322, II, 

p. 34, 160. 
Bidault, p. 295 n. 
bien tourné, surnom de 

l'église Saint - Benoît , 

p. 2. Voit bestorné. 
Bietris, p. 146, II, p. 188. 
billard (legs du), p. 157, 

164, H, p. 28. Vb/r Jeux. 
Bisart (Jean), II, p. 357. 
Blainvillc, voir Estoute- 
ville (Jean d'). 
blanc (petite monnaie), II, 

p. 4 n. 
blanchir, échapper à la 

justice en jargon, II, 

p. 78. 
blancs (legs de quatre), II, 
p. 27 et n. 
Blanche de Castille, mère 

de saint Louis, p. 245, 

324. 
Blanche, épouse de Char- 
les IV le Bel, p. 317, 
Blanche (la reine), p. 146, 

II, p. 188. 
Blanche la savetière , 

p. 93. 
Blanchet (Pierre), M*^ des 

Requêtes, p. 159. 
Blanchet (Lucas), receveur 

des amendes des Aides, 

p. 172. 
blanc coulon, mot de 

jargon, II, p. 70. 
Blaru (Pierre de), auteur 

àc\zNani-éide,\\,\>. 298. 
Blarru (famille de), notice, 

II, p. 298. 
Blarru (Jean de), orfèvre, 

p. 263, 292, 293, II, 

p. 21, notice p. 298. 
blasphèmes, p. 73. 
Bleau (Jean), II, p. 327. 
Bloch (Camille), p. 220 n. 
Blois, p. 183, II, p. 93-98, 

128, 277. 
Blosseville ( Hu ues de 

Saiat-Mard), II, p. 366. 
Boccace (Jean), p. 183, II, 

p. ^3, 191. 
Bochart (avocat), p. 317. 
Boèce, p. 36, 38, 46. 
Bohémiens, II, p. 83. 



INDEX ALPHABETIQUE 



403 



Boileau, p. 282 n. 
Boisincourt, écolier, p. ST- 
Boisserie ( Gérard ), 11, 

p. 299 n. 
Boissy (Madame de), II, 

p. 2153. 
bond (avoir le), p. 84 n. 
Bonesle (Roger de), p. 168. 
Bonesgues (Regnaud de), 

11, p. 370. 
Bonhomme (Barthélémy), 

p. 108. 
Boniface VIII,pape,p. 150. 
Bonannéc (Jean), sergent 

au Chàtelet, p. 187. 
bonjour (legs d'un). Il, 

p. 149, 335. 
Bonneval (Antoine de), 

coquillard, II, p. 67. 
Bontemps (Roger) , II, 

p. 283. Voir Collerye 

(Roger de). 
Bordeaux, II, p. 324. 
botte de paille (legs de la), 

II, p. 26, 142. 
bottes (legs des), II, p. 1 59. 
Bouc/iuud (commune de), 

p. 14. 
bouchers, II, p. 37, 315 n., 

381. Voir Paris. 
Boucher (famille) , p. 268, 

269, H, p. 240, 373. 
Boucher (Guillaume), exa- 
minateur, II, p. 328, 361 
Boucher (Hugues), II, 

P- 34v 

Boucher (Jacques), exami- 
nateur, H, p. }ix) n. 

Boucher (Pierre), II, p. 3s(> 
n. 

boucherie, prison du Chà- 
telet, p. 266. Voir écor- 
cherie. 

Bouchier, voir Philippot 
Bouchier. 

Boudrac (Bureau) , 11, 
p. 373. 

Boudrac (Gillette), II, 
p. 372. 

bouges, p. 242 et n. 

Boulenger (Noël) , Il , 
p. 39V 

Boulenger, ou Le Bou- 
lenger, président du Par- 



lement criminel, p. 2=,}, 

II, p. 244, 300, 302, 341. 
BouUard (Charles), cha- 
noine, II, p. 36s. 
Boulogne - sur- Mer, II, 

p. 34. 
Boulogne (Jean et Jeanne 

de), p. 204. 
Bouquet (Pierre), II, 

p. 321. 
Bourbon (Charles duc de), 

II, p. 100, 104, 189, 191. 
Bourbon (Jean duc de), 

p. 15 n., 192, 300, 11, 

p. 98 à 104, 134. 
Bourbon (Jeanne de), 

femme de Charles V, 

p. 15. 17, 18. 
Bourbon (Louis bâtard), 

II, p. 104 n. 
Bourdigné (Charles), II, 

p. 276-8. 
Bourdon (Jacotin), II, 

p. 338. 
Bourg de De'ols, II, p. 312 

n. 
Bourg-la-Reine, p. 208, 

316, 324, II, p. 13. 
bourgeoisie, II, p. 230. 
Bourges, p. loi n., 168, 

319. 
Bourges (archevêque de), 

fo/V Cœur (Jean), p. 245. 
Bourgogne, II, p. 67 et 

suiv. — écoliers de, p. 

140. 
Bourgogne (Charles, duc 

de), II, p. 297, 298. 
Bourgogne ( Marguerite 

de), p. 205. 
Bourguignons (faction po- 
litique), p. 50, 52, I4Î, 

179, 230. 
Bournon (F.), p. 4 n., II, 

p. 256 n. 
Bourré (Jean), 11, p. 310. 
bourse, p. 38 et n., Il, 

p. 36. 
Boursière (Catherine), 11, 

p. 390. 
Boussac (Jean de Brosse, 

seigneur de), 133. 
Bouté (Jean), II, p. 3SI. 
Bouton (Toussaint), p. 108. 



Bouvines (sergents de), p. 

143, 288. 
Boyaux (Louis), II, p. 306. 
Boyvin (Pierre), p. 118. 
braies (legs des), p. 13, 

II, p. 22, 3S7. 358. 
Eranbesson (Hélion de), 

p. 258. 
branc (équivoque), p. 290, 
II, p. 20 et n., 146, 262. 
Brantôme, II, p. 275. 
Braque (famille), p. 293, 
307, II, p. 73, 356, 
notice p. 388-389. 
Braque (Germain), éche- 

vin, p. 195. 
Braque (Philippe, l'aïeul), 

p. 293. 
Braque (Philippe), con- 
seiller au Chàtelet et 
au Parlement, p. 169, 
177. =72. 
Bray (Miles de), II, p. 315. 
Breban (famille), p. 42. n., 

II, p. 73, 331, 390. 
Breban (Pierre de), audi- 
diteur des Comptes, 
p. 40, 169, 260, 392, II, 
p. 389. 
Breban (Regnaud de), 
chanoine de Saint-Be- 
noit, p. i3'>, 170. , 
brelare bigod, p. 106 et n. 
Bresquier (Andry), p. 56. 
Bretagne, II, p. 89 et s. 

277, 278-279. 
Bretagne (François II, duc 

de), II, p. 297, 298. 
Bretagne (duc de), II, 

F- 343. 3''3- 
Bretagne (duchesse de), 11, 

p. 307. 
breton, mot de jargon, II, 

p. 70. 
bretonnes, p. 22'). 
bretons (écoliers), p. 141, 

204. 
Btevitate (de) vitiV, p. 38. 
Brezé (Pierre de), p. 192, 

11, p. 100, 169, 299, 347, 

366-368. Voir Sénéchal 

(legs au). 
Brice ( Michellc ), II , 

p. 319. 



404 



FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 



Jltie, II, p. 329. 

Brie ( archidiacre de ), 

p. 233. 
Brie-Co.'ite-Rohert, p. 7. 
brigands, p. 23. 
Brion (le Commandeur de), 

p. 123. 
brouUart, p. 189. 
Brucelles (Jacquet de), 

p. 27V 
Bruel(A.), p. 48 n. 
bruit (legs du), II, p. 20. 
Brulart (Nicolas), II. 

P- 374. 
Brunel ('famille), notice, 

II, 299-302. 
Brunel (Etienne), trésorier 

d'Isabeau de Bavière, 

p. 175, 292. 
Brunel (Philippe), p. 17s, 

176, 216 n., 286-287, 

29s, 3"- If' P- =3. ^'■>9> 
172, 223, notice p. 299- 
302, 317. 

Brusquât, II, p. 27V 

Bruxelles, II, p. 251, 2^4. 

Bruyères (famille de), p. 
175, II, p. 311, tableau 
généalogique, p. 396. 

Bruyères ( Mademoiselle 
Catherine de),i p. 54 et 
s., 276-281, 292, 294, 
301, II, p. 162-163, 184, 

■ 341- 

Bruyères (Girard), tréso- 
rier des finances, mari 
de Catherine, p. 277 et 
n. 

Bruyères (Isabelle), fille 
de Catherine, veuve de 
Regnaud de Thumcry, 
p. 277, II, p. 311. 

Budé (Jean), II, p. 300. 

Budé (Jacquette), II, p. 
307. 

buffetiers, p. 76. 

Buignet (Aublct), II, p. 
320. 

Buignet (Margot), II, p. 
320. 

bulles (porteurs de), II, 
p. 81. 

Bureau, receveur de la 
Ville, p. 347-^48- 



Bureau (Gaspard), M'' de 

l'artillerie, p. 133, II, 

p. 116. 
Bureau (Isabelle), p. 135. 
Bureau (Jean), trésorier de 

France, p. 17^, II, p. 

116, 379. 
Bureau (Pierre), II, p. 

116, 117. 
Bines (Seinc-ct-Oise), II, 

p. 306. 
Buridan, p. 217, 218-220, 

II, p. 187, 291-293. 
Bur}^ (Jehan de) II, p. 

373- 

busche (legs de la), II, 
p. 26. 

Butellc (Jeanne), p. 120 
n. 

Byvanck (W. G. C), 
p. VII, p. 48 n., 289 n., 
II, p. 4 n., 18 n., 23 n., 
24 n., 3^ n., 97 n., 106 
n., 146 n., 178 n., 200 n.. 
201 n.. 220 n., 221 n., 
223 n., 235 n. 



Cadicr (Guillaume), II, p. 

loi, 223. 
Caen, p. 313, II, p. 49, 

^'yJ' 373- 
Caige vert (legs de la), 

p. 206-207. 
Caillau (Jean), II, p. 96, 

118 n. 
Caillau (Simonnet), II, p. 

96. 
Cailletez (Guillaume), II, 

p. 356. 
Caillette (Jean Carrelin, 

dit), II, p. 275, 276. 
caire, argent en jargon, II, 

p. 78. 
Caecilius Balbus, p. 47 n. 
Cajart (Pierre de), p. tj^i 

et n. 
Calabre, fils du roi René 

II, p. =J3, 297. 
Calais (Jean), p. 277 n. 
Calais (Jean de), notaire 

au Châtclet, p. 40, 43, 

184 n., 186, 297, II, p. 



170, 181-182, :5io, no- 
tice p. 333-334. 

Calaisiennes, p. 22'i. 

Calipel (Jean), II, p. 336. 

Calixte III, pape, p. 151, 
II, p. 189, 191. 

Galles (Guillaume de), 
serruri^er, II, p. 43. 

Galles (Thomassin de), 
serrurier, II, p. 4-!. 

Cambrai (Adam de), pre- 
mier président, II, p. 

377- 

Cambrai (Isabeau de), 
femme de Guillaume 
Colo;nbel, p. 212, 221 
n., II, 377 et s. 

Cambrai (Ambroise de), 
p. 236. 

Camerade, II, p. 372. 

Campane (Jean), organiste 
de Notre-Dame, p. 23 ij. 

Campanes (Guillaume de), 
custode de Navarre, II, 
p. 42. 

Campaux (A.), II, p. 27 
n., 130, 178 n., 190 n. 

can (grand) de la croche- 
terie. II, p. 52. 

Canat, secrétaire du duc 
de Bourbon, II, p. 305. 

canard (legs du). H, 26. 

Candillon (Nicolas), II, p. 
352. 

Canlers (famille de), p. 
174, II, p. 73, notice p. 
386-388, tableau généalo- 
gique, p. 393. 

Canlers (Charles de), con- 
trôleur de l'argenterie, 
auditeur des Comptes, 
p. 168, 195, 260. 

Canlers (Colette de), 
femme de Jean de Mon- 
tigny, p. 168. 

Canlers (Jacques de), clerc 
des Comptes, p. 168. 

Canlers (Jean de), p. 38 
n. ; — conseiller au Par- 
lement, p. 135, 273, 293 
n. 

Cannes (seigneurie de), II, 
p. 319. 

Cannes (le seigneur de), 



IXDEX ALPHABETIQUE 



405 



p. 274 II. Voir Louviers 

(Nicolas de). 
Cantcleu (famille de), II, 

p. 299. 
Cantcleu (Denise), II, p. 

=98. 
Canteleu (Pierre), II, p. 

398. 
Capel (Denis), II, p. 295, 

308 et n. 
Capet (Hugues), p. 323, 

II. p. 244-5. 
Carbonnier (Guillaume), 

barbier, II, p. 337. 
Cardon (famille), notice, 

II. p. 295-297, 313. 
Cardon (Jacques), p. 75, 

118, 176, 267, 294, 296, 

II, p. 22-23, ï^7' 38<>- 
Cardon (Jean), chapelain 

de Saint-Benoît, frère 

de Jacques, p. 136. 

296. 
Cardon (Pierre), chapelain 

de Saint-Benoit, p. i-^b. 
Carlier (Jean), II, p. 337. 
carméliste (bulle), p. 151. 
Carmes, p. 78, 147, 149 et 

s., 152, 153, II, p. 29. 

Voir Paris. 
Caros (Me Pierre), docteur 

de Navarre, II, p. 42. 
Carrery (Pierre), p. iio. 
Carthage, p. 47. ■524, II, 

p. 129. 
Cassandre, II, p. 109. 
Casse/, p. 230. 
Castel (Me Jean), p. 285. 
Castellani (Otto), II, p. 

350 n. 
Castillan, p. 200. 
Catault (la Grosse), p. 

109-110. 
Catalanes, p. 225. 
Catégories (les), p. 38. 
Caton (Pseudo), p. 45, II, 

p. 108. 
Cauchoys (Jacques), II, p. 

339- 
Caudebec, II, p. 316, 317. 
Cayeux ou de l'Ecaillé, 

voir Colin de Cayeux. 
caym, voir can. 
caymands, p. 138, II, 



p. 85, 105. Voir men- 
diants. 

Cayme (Rogére la), p. 67 
n. 

ceintures confisquées, p. 
92-93. 

ceinture, p. 259, II, 157. 

Célestin, pape, p. 17. 

Célestins, p. 213, II, p. 
163. Voir Paris. 

cendal, p. 243 et n., II, p. 

Cerberus (chien), p. 45, 

104. 
César (Jules), p. 47, II, 

p. 129, 188, 209. 
César, p. 47. Voir 

Orléans (Charles). 
Chaalis (l'abbé de), II, p. 

14. 333- 
Chaillot, p. 322. 
Cliailly (Pierre de), II, p. 

374- 
Chambellan (Jean), II. p. 

386. 
chambrières, p. 89. 100, 

II, p. 261, 268. 
chambrières (secrétaires 

des), p. 306. 
Champgirault (le sieur 

de). II, p. 305. 
Champront, avocat, p. 42 

n. 
Chaniprosay, II, p. 301. 
Champtocé, II. p. 343. 

3^3- 
chaudelière aux talons 

courts (la), p. 93. 
change (en), p. 290. 
changeur (titre de), II, p. 

346. 
changon, II, p. 24. 
chansons ironiques et dif- 
famatoires, p. ri6, 118- 

120, II, p. 6. 
chansons de taverne, p. 

78-79, 147, 149. 
chant Marionnette, p. 118, 

II, p. 167. 
Chanteprime (famille de), 

p. 127 n., 175, 185, 292, 

307, II. p. 298. 299. 3()8. 
Chanteprime (Evrard de), 

II, p. 332. 368. 



Chanteprime (Jean de), 
conseiller général des 
finances, p. 170. 
Chanteprime (Marguerite 
de), femme de Pierre de 
Vaudetar, p. 170. 
Chanteprime (Marie de), 

p. 277. 
chanter, p. 10. 
Chantereau (Huguet), II, 

p. 338. 
chantiers (être rempli sur 

les), p. 88 et n. 
Chantilly, p. 324. 
chapeau de feutre, II, p. 

3 et n. 
Chapelain (Bernard), II, 

p. 169 n. 
Chaperonniere (la), p. 93. 
Chapiteau (Simon), curé 

de Saint-Benoît, p. 135.. 
Chappelain (Jean), sergent 

de la douzaine, p. 42. 

184. II, p. 169. 
chapelle (legs de la), p. 42 

et s., II, p. 169. 
Chapperon (Jehan), II, p. 

7 n. 
Chardonnct (Pierre), p. 

287. 
Cliarentoii II, p. 300, 

102, 319. 
Charité, allégorie, II, p. 

28. 
Charlemagne, p. 34, 145, 

261, 323. II, p. 123 et n. 

188, 189, 209. 
Charles V, roi de France, 

p. 6, 7, 15, 17, 89 n., 

144, 173, 179, 181, 204, 

221, 223, 248, 274, 309, 

323- 

Charles VI, roi de France, 
p. 5. II. 96, loi. 113, 
144, 159, 197, 198, 221, 
230. 250, II, p. 360. 

Charles VII, roi de France, 
p. 23. 50. 144. 168. 179, 
180. 199. 216. 303, 323, 
11, p. 116, 121, 189, 
191, 226, 306, 316, 319. 
323. 324. 345. 346. 351, 
387. 



40 6 



FRANÇOIS VILLON, SA VIL ET SON TLMPS 



Charles, frère de Louis 
XI, 11, p. 297, 388. 

Charles (Simon), président 
de la Chambre des 
Comptes, p. 259, 293, 
II. p. 378. 

charbon (legs du), II, 26. 

Charnioluc (Jacques), p. 

Charpentier (Jean), ser- 
gent du Châtelet, p. ^8, 

W- 

Charpentier (Jean), p. 

133- 
chaperons enformés. II, 

p. 1^7. 
charretée. II, p. 81 et n., 

166. 
Charrier (Jean), p. 306. 
Charroy (Marcel) II, p. 

III n. 
Charruau (ramillc), II, 

notice, p. 326-527. 
Charruau (Guillaume), p. 

40, 175, 290, II, 147, 

229, notice p. 326-327. 
Chartier (Alain), p. 87, 

88, 183, II, p. 10, 18, 

92 n., 168 et n., 198, 

199, 200, 201, 220. 
Chartier (Guillaume), 

évèque de Paris, p. 

233. 317- 

Chartrain (famille des), 
II, p. 73. 

Chartrain (Robert). p. 
168. 169, II, 387. Voir 
Montign)^ (Jeanne de). 

Chartres, p. 313. 

Chartres (concile de), p. 
169. 

châssis (legs des), p. 130, 
131. 

Chasteaufort (M« Guil- 
laume de), principal de 
Navarre, II, p. 41. 

Chasteaupers, II, p. 302. 

Chastellain (Georges), II, 
p. 61, 190, 366, 367. 

Chastellet (Yde). II, p. 
56. 

chasto}', II, p. 303. 

Château-Thierry, II, p. 
309. 



Clidleau-Gaillard , p. 217. 
Châtelain (Emile), p. 74 n. 
Chat il Ion (Seine), II, p. 

359- 

Chatou (Seine-ct-Oise), II, 
p. 344. 

Chaucy (Hcrvy), seigneur 
de Malay-lc-Roy, p. 
1^2 n. 

Chaitiiy (Oise), II. p. 388. 

chausses courtes (legs de), 
II, p. 29. 

chausses semelécs, p. 130, 
II, p. 25. 

Chauveau, p. 82 n. 

Chauveau (Mathurin), p. 
273. 

Chauvin (Pierre), II, p. 
254 n. 

Chauvin (Robert), char- 
pentier-juré, p. 227. 

Chenart (Jean), échevin, 
p. 19s. 

Cheval hlaiic (legs du). H, 
p. 21, 147. Voir Paris, 
Enseignes, Tavernes. 

chevalerie, p. 126-127. 

chevalerie (recevoir), p. 
241. * 

Chevalier (Etienne), tré- 
sorier de France, p. 

173- 
Chevalier (Jacques), abbé 

de Saint-Maixent, II, p. 

254. 
Chevalier (Marie), p. 134, 

11, p. 302. 
chevalier du guet, p. 7s, 

124 et 8., 179 n., 184 n., 

269, II, p. 25, 169. 
Chc:[y, p. 126. 
chicaner, p. 240. 
Chicot, II, p. 275. 
chiens (legs de), II, p. 

18, 23. 
Chilpéric, p. 21V 
Chi/ion, p. 180. 
Choisel (Jean), huissier au 

Parlement, p. 173. 
Choix (Jean de), II, p. 340. 
Cholet (Casin), p. 189 et 

s., II, p. 26, 150. 
Chouars (Jacqueline de), 

II, p. 340. 



Chouart (Jean), p. i-i5. 
Chouart (Pierre), II, p. 

240, 354, 381. 
Christophe (saint), p. 178, 

229-231. 
Chroniques de Saint-De- 
nis (Grandes), p. 217. 
Chufïard (Jean), p. 270. 
Chypre (roi de), p. 18, II, 

p. 189-190. 
Cibole (Robert), II, p. 

341. 
Cicéron, p. 47 n. 
Cirot Rose, II, p. 120 et 

s. 
claique patins, 11. p. 174. 
Clamenges (Nicolas de), 

II, p. 36, 41, 58 n. 
Claquin, p. 145. Voir Du 

Guesclin. 
Claudin (A.), II, p. 214 n 
Claustre (famille des), II 

P- 73- 

Claustre (Barthélémy) 
conseiller au Parlement 
p. 172, 252. 

Claustre (Marie), p. 172 

Claustre (Marguerite) p 
170. 

Claustre (Michel), con- 
seiller au Parlement, 
chanoine de Saint- 
Benoît, p. 135, 170. 

Clément V, pape, p. iso. 

Clément VI, pape, p. 220. 

Clément (Simon), II, 
p. 350. 

Cléopâtre, p. 316 n. 

Clerboiirg (tief de), II, 
p. 319. 

Clerbourg (Jean), général 
des monnaies, p. 271, 
II, 320. 

clercs, p. 65 et s. — clercs 
d'avocats, p. 192. — 
clercs des matines, p. 
233-234. — clercs de ta- 
vernes p. 72 et n. 

Clerniont (comté de), II, 

P- 35'5- 
Cléry (seigneurie de), II, 

p. 372. 
Clèvcs (Marie de), II, 
p. 20 n., 105-110, 312 n. 



INDEX ALPHABETIQUE 



407 



Chchy, p. 7, 316. 

clos et couvert, II, p. 24. 

Clotaire, p. 215, II, p. 185, 

245. 
Clotilde, p. 209. 
Clouzot (Henri), II, p. 

25s n. 
Clovis, p. 209, II, p. 107. 
Cliiny (l'abbé de) p. i^i. 
Clutin (Henri), changeur, 

p. 297. II. p. 320. 
Clutin ( Hugues ), II, 

p. 320. 
Clutin (Jeanne), II, p. 320. 
Cocatrix (Seiue-et-Oise), 

II, p. 300. 
Cochereau ( Jeannette ), 

femme de Pierre de 

Saint-Amand, p. 174. 
Cochereau (Robert), pro- 
cureur en Parlement, 

p. 174. 
Cochon (Michaud), p. 42 

n. 
codicille, II, p. 179. 
Cœlo {de), p. 38. 
Coëtivy (Prigent), II, p. 

343. Voir Champtocé. 
Cœur (Jean), archevêque 

de Bourges, p. 38 n., 

211, 236, 243, II, p. IS5, 

162. 
Cœur (Geoffroy), p. 135. 
Cœur (Henri), maître des 

comptes, p. 260, II, 

p. 318. 
Cœur (Jacques), changeur 

sur le Pont, p. 263, II, 

p. 138, 15s. 211, 227. 
cœur (legs d'un), II, p. 20 

et n. 
Coffret (Simon de), II, 

p. 332. 
Coffry (Jean), II, p. 309 

n. 
Cohen (Gustave) II, p. 89 

n., 252 n. 
coiffer, II, p. 358. 
coiffes (filles ou femmes 

portant). II, p. 167. 
Coiffîer (Guillaume), au- 

gustin, II, p. 44 et s. 
Coignet ( Pierre ), II, 

F- 337- 



Colard de Laon, peintre, 
p. 251. 

Colas (Jean), II, p. 373. 

colée, p. 241. 

Colet (Jean), procureur de 
la Faculté de théologie, 
II, p. 289. 

Colet (Jean), sergent 
royal, p. 59. 

Colette, fille, II, p. 68. 

Colin ou Nicolas de 
Cayeux, p. 239, II, 
p. 39 et s. 71, 74 à 105, 
iio, 165. 

Collas (M« Jean), II, 
p. 313. 

collateur, p. 42, 158 et n. 

collation, p. 41. 

Collerye (Roger de), II, 
p. 7 n.. 230-231, 281-283. 

CoUetet, p. 146 n., II, 
p. 369. 

collets rebrassés, p. 92 et 
s. 

Cologne ( Henri de ), 
p. 222. 

Colombel ( Guillaume ), 
élu de Paris, p. 160, 
175, 211, 246, 253, 260, 
284, 292, II. p. 171, 229, 
311, 342. notice p. 376- 
378. Voir Cambrai (Isa- 
beau). 

Colombes, p. 170. 

Commynes (Philippe de), 
II, p. 125. 

Compaing ( Guillaume ), 
avocat fiscal à Orléans, 
II, p. 120 n. 

Compiègne, II, p. 353. 

confesser les chambrières, 
II, p. 169. 

confession, p. 150 et s. 

Co«//j«s (vignes de), p. 76 
n. 

Conflans (Jean de), p. 39. 

Confranc (Nicolas), cha- 
noine de Saint-Benoit, 
p. 135, 136, 159. 

Constantinobles (l'empe- 
rière de), p. 323-324. 

contrediz Franc Gontier, 
II, p. 56 et s., 64 «. 



contre vérités (ballade 
des), II, p. 221. 

copelle. Il, p. 4 n. Voir 
argent de coepelle. 

Coquerel, prévôt d'A- 
miens, p. 36. 

Coquillards, p. 108, 320, 
II, p. 63-82. 

coquilles, II, p. 105. 

coquins, II. p. 105. 

Corbeil, II, p. 300, 301, 
328. 

Corbie (Denise de), II, 

P-335- 

Corbie (Guillaume de), 
p. 293, II, p. 333. 

Cordeliers, p. 78, 147, 149, 
II, p. 261. Voir Paris. 

Cordelle (Robert), scelleur 
de l'Evèché, p. 242 n. 

cordier (ordre du), p. 241 
n. 

cordonnier de Villon, II, 
p. 29. 

cordouan, p. 301. 

cordouau (psautier de), II, 
p. 116. 

Cordoue, p. 215. 

Corneille (Thomas), chan- 
geur, 2*^ mari d'Isabelle 
de Bruyères, p. 271, 
277. II. p. 311. 343. 

cornette (legs d'une), II, 
p. 150. 

cornette, II, p. 173. 

cornette (corde de la po- 
tence), p. 300 n. 

corrections légales, p. 120, 
121. 

Cornu (Jean), voir Le 
Cornu. 

Cortebarbe, II, p. 263. 

costume des filles p. 90 et 
s. 

Cotard (Jean), procureur 
devant l'official. p. 78, 
80, 139, 243-245, 295, 
II. p. 115, 183, 185, 
notice p. 342-343 ; voir 
ballade pour le repos de 
son âme. 

Cotard (Jean), orfèvre, II, 

P- 343- 
Cotereau (Jean), promo- 



4o8 



l'RANÇOlS VILLON, SA VIE liT SON TEMPS 



teurà Orléans, H, p. 120 
II., i',^. 

Coteret (Marcelet), clerc, 
p. 230. 

Cotcron ( Simon ) , II, 
p. 372. 

Cotin (Andry), p. 161, 
162, 163, 2^2. 

Cotin (Guillaume), cha- 
noine de Notre-Dame, 
p. 52, 153 n., 156. 157, 
161 et s., 2^1, 11, p. 28, 
138.-159,315. 

cottes de deuil, II, p. 175. 

coucher un gage, II,. p. 81. 

Cotuy, p. 145, II, p. 260. 

Couellet (Pierre), H, 
p. 290. 

Coulombes (Adam de), 
p. 277 n. 

CouIoMuiiiers, II, p. 324- 
325- 

Coulon (Etienne), pro- 
cureur de la ville, p. 286. 

Coulon (Pierre), p. 1900. 

Couraud (famille), notice 
II, p. 312-313. 

Couraud (Andry), con- 
seiller au Trésor, et pro- 
cureur du roi de Sicile, 
p. 173, 261, II, p. 56, 
38, 60, loi n., 162, 184, 
296 n., notice p. 312-313. 

Couraud (Jacques), de 
Bourges, p. 40, 251. 

Couraud ( Pierre ), II, 
p. 118 n. 

Courcelles (Jean de), cha- 
noine de Saint-Benoît, 
p. 136. 

courges, p. 243 et n. 

Courtilz (Philippe de), 
général des finances, 
p. 172 n. 

Courtois (Guillaume), II, 

P- 345. 349. 350. 
Cousin (famille), II, 

P- 339- 

Cousin (Perrot), II, p. 337. 

Cousin (Henry), bourreau 
de Paris, p. 7, 121, 
191, 294, II, p. (), 6-î, 
164, 272 n., 303, notice 
P- 339- 



Cousin (Simon), II, p. 341. 

Cousinot (Guillaume) II, 
p. 300, 309. 

Cousinot (Perrin), serru- 
rier, II, p. 43. 

Continues, II, p. 353. 

credo (équivoque), II, 
p. 157. 

Creil, p. 200. 

Crepel (Robin), II, p. 344. 

Crète ( royaume de ), 
p. 104. 

Crêteil, II, p. 333, 335. 

Crétin, p. 194 n. H, p. 
102. 

crieurs de corps, II, 
p. 175. 

Crochetel (Raoul), II, 
p. 293. 

crocheteur, mot de jar- 
gon, 11, p. 69. 

Croix (Henry), II, p. 339. 

croix (équivoque), II, p. 
99, 103, 282. 

crosse (legs de la), p. 
164 et n. II, p. 28. 

Cruisy, notaire, II, p. 

47- 
cueur (par), p. 78. 
cuer (prier par), II, p- 113 

et n. 
Cuignières (Pierre de), 

p. 210, 231. 
Cuillerel (Hugues), abbé 

de Saint-Riquier, 11, 

p. 13. M- 
cuisine (écuyers de), II, 

p. 317-318. 
Culant (Guillaume de), 

p. 294, II. p. 293, 311, 

329. 
Culant (Marguerite de), II, 

p. 310. 
Culdoe(famille), II, p- 339- 

360. 
Culdoe (Charles), niaitre 

des Comptes, p. 260. 
Culdoe (Guillaume), clerc 

et notaire du roi, p. 211. 
Culdoe (Jean), changeur 

sur le Pont, p. 263. 
Culdoe (Michel), échevin 

de Paris, p. 133, 193, 

288, II, p. 159, 229, 



390, notice p. 339-3()0. 
cure (legs de la), p. 42, 
II, p. 169. 



Dambourg ( Regnault ) , 

II, p. 69, 70. 
dames de France, II, p. 

206. 
Dammartin (Chabannes), 

P- 333- 349. 350 n. 
Danes (famille de), p. 174, 

307, II, p. 73, 333, 

notice p. 391. 
Dancs (Henry de), clerc 

des Comptes, p. 168, 174, 

260, II, 391. 
Danse Macabre, p. 307- 

310, II, p. 207,208, 212, 

232. 
danse (équivoque), p. 88 

et n. 
Danthc (Pierre), p. 76 n., 

282 n. 
Darien (Mi-), pédagogue, 

p. 36. 
darioles, p. 212. 
Dauphin (Jean), p. 27-5. 
Dauvet (Jean), II, p. 330. 
Davant (Jean), p. loS. 
David, p. 32, 104, II, 

p. 141. 
david. mot de jargon, II, 

p. 78. Voir daviet. 
daviet ou daviot, II, 

p. 66. 112 n., 268. 
Davy (Jehannette), p. 133. 
Débat du cuer et du corps, 

II, p. 130-132. 
Décret, voir Paris, Ecoles, 

Faculté de Décret. 
Décret, p. 44, 103, 131 et 

s., 144-143, II, p. 141. 
Dedalus (tour), p. 43. 
Dclisle (Léopold), p. 220 

u., II, p. 249 n. 
Denis (saint), p. i, 209, 

247. 3i^>- 
Denise, qui mit Villon en 

procès, p. 240, 245, II, 

p. 6, 133, 231. 
de profundis (legs d'un), 

II, p. 146. 



INDEX ALPHABETIQUE 



409 



desbochilleur, mot de 
jargon, II, p. 70. 

Deschamps ( Eustache ) , 
p. 76 ;/., 277 «., 291, 
294, II, p. 12-13, 59 «., 
128 «., 130, 179-180, 
184, 185-186, 188. 192, 
199, 201, 222 «., 223 n., 
230, 232, 250. 

Des Essarts (Antoine), 
p. 230. 

Des Essarts (Philippe), II, 
p. 30V 

Des Friches (Jean), II, 
p. 299. 

Desjardins (Agnès), ab- 
besse de Montmartre, 
p. 317. 

Desjardins ( Thomasse ), 
religieuse de Montmar- 
tre, p. 317. 

Des Landes (Pierre), maître 
général des monnaies, 
p. 271, II, p. 320, 390. 

Des Loges (François), II, 

?• 15- 
Des Marais (Denis), II, 

P- 374- 
Desmaretz (Charles), II, 

P- 3S5- 

Des Ormes (Gilles), II, 
p. 96. 

Des Plans (Jehan), p. 42 
n. 

Des Roches (Benoite), II, 
p. 313. 

desrocheur, mot de jar- 
gon, II, p. 69. 

dessarqueur, mot de jar- 
gon, II, p. 70, 71. 

déterminance, voir bac- 
calauréat. 

Detusca, p. 155, 206 n. 

Detis laudem (Psaume), 
II, p. 113 et n. 

devin. II", p. 91, 277, 31S n. 

diamant (legs du), II, 
p. 21. 

Dic}' (Pierre de), notaire 
au Châtelct, p. 188. 

Didon, p. 47, 81, II, p. I, 
80, 109, 1O6, 200, 206, 
209. 

Dieppe, II, p. 353. 



diffamations, II, p. 231 n. 

Dijon, II, p. 67 et s. mai- 
son des filles, II, p. 68. 

Diomedes, p. 47, II, p 135- 
136. 

Dionides, p. 47 n. 

Dis des trois mors et des 
trois vifs, p. 302, 303. 

disputes universitaires, p. 
37 et s. 

Doctrinal d'Alexandre de 
Villedieu, p. 30. 

Doctrinal des simples 
gens. p. 332. 

Doctrine du père au fils, 

P- 33- 
Dogis (Robin), II, p. 239, 

241, 243 //. 
Dominique (saint), p. 32, 

312 et n., II, p. 167. 
Dominique, chapelain du 

sire d'Albret, p. 278 n. 
don (en pur), II, p. 22. 
don d'aimer (legs du), 

p. 20. 
Donat, p. 30, 36, 45, 270, 

II, p. 156. 
Donjon (Adam), II, p. 334. 
Dormans (famille des), II, 

p. 312. 
Douai, p, los, 153, II, 

p. 115, 341. 
Doublet (Jean), II, p. 338. 
doulx seigneur, (Charles 

d'Orléans), II, p. 107. 
Doulxsire (Jean), p. 133, 

294. 
Dourdine (Jacqueline), II, 

p. 366. 
drap (commerce du), II, 

p. 318 et s. 
Driete (l'abbesse), p. 190. 
droit de la Porte-Baudet, 

p. 282. 
Dubat (Grégoire), II, 

p. 383. 
Du Boys (Jeanne), p. 119, 

188.' 
Du Breul (Jean), avocat, 

p. 286, II, p. 269. 
Du Bue (Jean), II, p. 3153 

n. 
Du Chastel (Pierre), maître 

des Comptes, II, p. 29. 



Du Chastel (Tanneguy), 
prévôt de Paris, p. 179. 

Duchemin ( Jean ), II, 
p. 369. 

Du Conseil (Jean), p. 97 
«., II, p. 373. 

Du Corps (Jean), II, p. 326 
ti. 

Du Drac (Jean), II, p. 314, 
389. 

dudum de sepulturis (Clé- 
mentine), p. 152. 

Du Fail (Noël), p. 86, 128 
n. 

Du Fossé (Jean), procu- 
reur des bouchers , 
p. 268. 

Du Four (famille), II, 

P- 33^37- 

Du Four (Jean), examina- 
teur, II, p. 41 et s., 308 
n. 

Du Four (Michault). ser- 
gent, p. 190, 286, II, p. 42, 
149, 325, notice p. 336- 

337- 
Du Fourny, p. II. 
Du Guesclin, p. 145, 288, 

323, II, p. 186, 189, 

260. 
Du Hamel, II, p. 372 «. 
Du Hamel (Huguette), 

abbesse du Port-Royal, 

p. 324, II, p. 13-15, 

152. 
Dulac (Jean), II, p. 314 «. 
Du Lau (seigneur), II, 

p. 350. 
Du Moncel (Pierre), huis- 
sier des Requêtes, p. 216 

n. 
Du Moulin (Denis), évé- 

que de Paris, p. 160, 

243 «., 304 n. 
Du Moustier (Hutin), II, 

p. 239, 241. 
Du Ploich (Casin), II, 

p. 322, 323. 
Du Ponchcr (Jeanne), II, 

p. 380. 
Du Pré (Casin), II, p. 369 

n. 
Du Pré (Erart), II, p. 351, 

353- 



410 



FRANÇOIS VILLON, SA VIH liT SON TEMPS 



Du Vré (Jean), Tl, p. 31. 

diippc, mot de jargon, 
p. 320, I[, 78. 

Durand (Guillaume), p. 16 
». 

Durand, scribe, p. 248, II, 
p. 364. 

Durax (André de), cotjuil- 
lard, II, p. 70. 

Du Ru (famille), II, p.379- 
380. 

Du Ru (Guillaume), gou- 
verneur de la confrérie 
des marchands de vin, 
p. 281, 282, II, p. 173, 
229, notice p. 379-380. 

Du Ru (Jean), examinateur 
au Châtelet, II, p. 295. 

Du Ru (Jean), chapelain 
de Saint-Benoît, p. 136. 

Duval (Robin), II, p. 344. 

Du Vaucel (Pierre), cha- 
noine de Saint-Benoît, 
p. 136, 153 n., 163, 278. 

Du Vivier (Guillaume), 
sergent, II, p. 327. 

Dyonis (Alain), II. p. ^42. 

Dj'onis ( Charles ), II, 
p. 342. 



écaille d'un œuf (legs de 

1'). 11. p. 30. 
échevin (legs du droit d'), 

p. 195, II, p. 149. Voir 

Paris, échevinage. 
Ecclésiaste, p. 30, 31, 32, 

II, p. 58. 
Echo (nymphe), p. 45, 

II, p. 109. 
écoles, p. 36-37. 
écoles d'amour, p. m et 

n., II, p. 80, 165. 
écoliers, p. 35 et s., 67 et 

s., 226, 288, II, p. 37-39. 

— leurs fêtes, II, p. 39 
écorcherie, p. 269, II, 

p. 244-245, 386. 
écorcheurs, II, p. 65. 
Ecosse, II, p. 300. 
Ecosse (Eléonore d'), II, 

p. 299. 
Ecosse (Marguerite). II, 

p. 299. 



Ecossais, p. 241, II, p. 178 
n. 

écu (équivoque), II, p. 224 
n. Voir escu. 

ccus (legs d') du Prince, 
II, p. 30. 

Edouard d'Angleterre. II, 
p. 188. 

Edouard V, roi d'Angle- 
terre, II, p. 248, 249. 

Egyptienne (sainte Marie 
1'), p. 314 n. 

Egyptiennes, p. 225. 

Elie de Tourettes, II, 

P- 37- 
Eloi d'Amerval, p. 80, 94, 

II, p. 273, 321. 
élus sur le fait des Aides- 

II, p. 228. 
cmbéguiné, II, p. 24 ;/. 
Emery (Pierre). II, p. 302. 
empereur grec, p. 198. 
empereur de Rome, p. 47. 
emperieres (F) au poin 

dorez p. 323-324. 
empire (saint), II, p. 246. 
Enfant {/') gâté devenu 

criminel, p. 33 
enfant levé de maillon, 

p. 21 et ;/. 
enfants perdus, p. 2^0, II, 

p. 285. 
Enfant prodigue (T), p. 33, 

II, p. 285-287. 
enfants (leur instruction), 

p. 21 et s. 
Enfer, p. 16, 321, II, p. 143- 

144, 165, 171, 202. 
enné, juron des filles, II, 

p. 163. 
envoyeur, mot de jargon, 

II,'p. 69. 
Eolus (les serfs d'), p. 46. 
épiciers, II, p. 371. 
épidémies, p. 199. 
épidémie de petite vérole, 

p. 23. 
Epinal, II, p. 333. 
éresypèle, II, p. 30. 
Ermenonville, II, p. 310, 

387. 
Erniont, II, p. 319. 
Eriiye, II, p. 305. 
Esbaillart, voir Abélard. 



Escalier, surnom de Colin 

de Cayeux, II, p. 71. 
Escalier (T), II, p. 75 n. 
escondire, II, p. 246. 
escot, II, p. 173. 
escu, II, p. 7 et n. 
esme (faillir à son), II, 

p. 115 n. 
Espagne, II, p. 381. 
Espaigne (roy d'). II. p. 

191. 
esperviers (gens à porter), 

II, p. 321. 
Esternay, voir Beauvarlet 

(Marie), 
esteve, mot de jargon, II, 

P- !'->■ 
esleveur, mot de jargon, II, 

p. 69. 
Espagnoles, p. 225. 
Espérance (devise des ducs 

de Bourbon), II, p. 100. 
Estienne (H.), p. 201 ;/., 

207 n. 
estoile poulcinière, II. 

p. 129. 
Estouteville (famille d'). 

p. 179. 
Estouteville (le cardinal 

Guillaume d"), p. 52 et s. 
Estouteville (Jean), p. 178, 

179. 192- 
Estouteville (Louis d'), 

p. 179. 

Estouteville (Robert d'). 
prévôt de Paris, p. 56. 
58 et s., 177 et s., 230, 
265, 286, II, p. 25, 161, 
184. 242, 304, 310, 332, 
346 et s., 367, 368. Voir 
Loré (Ambroise de). 

estrennes, II, p. 140 n. 

étal à boucherie de la rue 
Saint-Jacques, p. 6. 

Etatnpes, II, p. 326. 

étaux, p. 115. 

Etienne (saint), 11. p. 171. 

Etienne (pierres de saint), 

p. 2^1. 

Etienne de Bourgueil, p. 

214. 
Etienne dit Aragonois. p. 

82 n. 



INDEX ALPH ABETI Q.UE 



411 



étrongs de mouche, p. 

242. 
étuves, p. 296. — àel'Ima- 

o-e Sainct-Jame, p. 296 n. 

— de Vlmane Saint- 
Martin, p. 29s- 
Eu (Alphonse comte d"), 

p. 324. 
Eugène IV, pape, p. isi. 
Evangile, p. 30. 
Evéché, p. 39, 226 n., 237, 

238. — geôle, p. 238. 

Voir Paris. 
Evrard (M» Guillaume), 

docteur de Navarre, II, 

p. 42. 
Evreux (Jeanne d'), p. 205. 
Exempla clericornm. II, 

p. 249. 
exil de François Villon, 

II, p. 62-63, 247 et s. 
externats de grammaire, p. 

36. 



Faculté des Arts, voir 

Paris, 
faffée, II, p. 167. 
Faifeu (Pierre), II, p. 276- 

278. 
Fainlises du monde, II. 

p. 362. 
Fantaisie, allégorie, p. 48. 
farces, p. 191 n., 234, 2S0. 

284, 301, II, 5a, 231 

236. 252-254, 273-274, 

312- 
Farmoiitiers (couvent de), 

II, p. 15 «. 
Fauchet, p. 242 n., 247. 
Faucon (Guillaume), II, 

p. 317 n. 
faultc d'argent, II, p. 103, 

201, 282. 
Fauquembergue (Cléirent 

de), greffier de la cour, 

p. 161. 236. 
fauves bottes, II, p. 159, 

174. 
faux monnayeurs, p. 518, 

II, p. 268. 328. 
Faverolles (Gilet de), II, 

p. 121. 



Fayne (Simon). II. p. 268- 

269. 
Fées (les), p. 20. 
femmes folles, p. 33. 
fenestre (legs d'une) em- 

près Saint-Jacques, p. 

271 «., 272. 
Fernand de Cordoue, II, 

P- 37- 

Ferrebouc (famille), II, 
p. 380-381. 

Ferrebouc (François), no- 
taire pontifical de la 
réhabilitation au Procès 
de Jeanne d'Arc, chape- 
lain de S. Benoît, p. 40, 
133, 145, 188, II, p. 240, 
notice p. 380-381. 

Ferrebouc (Gautier), clerc 
d'Etienne Garnier , 

p. 255, II, p. 49. 

Ferrebouc ( Jean ), II, 
p. 240. 

Ferret (Hugues), II, p. 344. 

Ferrières-en-Brie, P- 270 
;/., II, p. 333. 

fétart (être), p. 244. 

fêtes d'église, p. 25-27, 
234-235, II, p. 10. 

feu saint Antoine, p. 103, 
II, p. 30, 141. 

feu sacré, p. 333. 

feuilles, bourses en jargon, 
II, p. 78. 

feuillouses, voir feuilles. 

fiancer des femmes (legs 
de), p. 295. 296, II, p. 
168. 

Allante (belle), p. 301 n. 

filles, p. 37, 87 et s., 178, 
198, 221, 226, 246, 278- 
279, 282, 296 n., 399, 
306 n., II, p. 285, 286, 
— leur robe, p. 90 et s. 

filles mignotes, II, p. 174, 

Filles-Dieu, voir Paris. 

finances (M. le général 
des), p. 133. 

llagorneur, p. 189. 

Flamandes, II, p. 206. 

Flamel (Nicolas), p. 271. 
295, 307. 

Flament (Almet), serru- 
rier, II, p. 43. 



Flandre, II, p. 196. 
flans, II, p. 152, 157. 
Flastrier (Etienne), II, 

p. 257- 

Flastrier (Huguctte), II. 

p. 257- 

Flastrier (Jean), barbier, 
neveu de Guillaume de 
Villon, p. 136, 139, 170, 
II. p. =57- 

Flavy (Guillaume de). II, 
p. 376. 

Fleury (Jean de), II. 
p. 332. 

Fleury (Gilles de). II. 
p. 332. 

Fleury (Guillemette de), 

II. p. 332- 

Flora, p. 47 et n., II, 
p. 187. 

Florentines, p. 224. 

Foassier (Pierre), d'Au- 
xerre. chapelain de Saint- 
Benoît, p. 135. 

Foix (comte de), II. p. 
314 n. 

follastre (bon). II, p. 272, 
273, 275-276. 

Fontenay, près Paris, p. 

98. II. p. 378- 
Foret (Hugues), échevin, 

p. 19V 
Forntigny, II, p. 300. 
formulaires de chancelle- 
rie, p. 193. 
Portier (Jean), conseiller 

du duc de Bourgogne, 

p. 272. 
Fortune (la), allégorie, p. 

31, 46, 310, II, p. 128, 

202. 
fosse (la), prison du Chà- 

telet, p. 266. 
foucandeurs. II, p. <}0. 
Fouquet. barbier, II, p. 

II. 
fourbe, mot de jargon. II, 

p. 70, 78. 
fourbisseurs (équivoques). 

II. p. 224 H. 
Fournier (famille). II. p. 

335. 3<^9- 
Fournier (Jacques), p. 135. 

293, II, p. 329, 366. 



412 



FRANÇOIS VILLON, SA VIE ET SON TEMPS 



Fournicr (Jean) officiai, 
p. 238, 240 ;/., 241. 

Fouriiier (Jean), élu sur le 
fait des Aides, H, p. 298. 

Fournier (Pierre), procu- 
reur de Saint-Benoît au 
Châtelet, p. 136, 177, 

186, 246, II, p. 2S, 

147, notice p. )}y. 
Fournier (Thomas), II, p. 

372. 
fourreau (équivoque), p. 

290. 
Fradet, H, p. 98. 
Fraigne, II, p. loi. 
franc de quart et de dix, 

II, p. 112 n. 
Franc Gontier, p. 77, II, 
p. 56-61. 64, III /!., 162, 

184, 222, 283. 
franc et tendre (mouton), 

p. 274. 
François I''', roi de France, 

p. 277, 281. 
François 1*"", duc de Bre- 
tagne, p. 322. 
François(Pcrrin), 11, p. 305. 
Franco de Castillio, II, p. 

309. 
Fraiiconville, II, p. 319. 
frapper (équivoque), II, p. 

33- 
frappart, p. 151. Voir 

frère. 
Frédégonde, p. 215. 
Frémin l'estourdi, II, p. 

133, p. 143, 171. 
frère frappart. H, p. 34. 
frères aux ânes ou bourri- 

quets, p. 138. 
frères Mineurs, p. 147, 

149 et s. Voir Paris. 
frères Prêcheurs, p. 150. 

Voir Par s. 
Fresnes, II, p. 305. 
friche (être en), II, p. 114 

et M. 
Froissart (Jean), licencié 

en lois, p. 294. 
fromentée, p. 312 et/;. 
Froment (M'' Guillaume), 

II, p. 268. 
Fumechon (Catherine de), 

II, p. 387- 



Fumée (Pierre), conseiller 
au Parlement, II, p. 327. 

Fusée (Guillaume), II, p. 
342. 

Fusée (Pierre), H, p. 342. 

fy de l'enseigne, p. 112 
n. II, p. 164, 221. 



Gabrielle, cloche de 

Notre-Dame, p. 227. 
Gaguin (Robert), p. 47 //., 

217 ;/., II, p. 240, 281. 
Gaillard (Etiennette), II, 

p. 31Î. 
galant (vert), II, p. 285. 
Galerne (Colin), barbier. 

p. 247-248, II, p. 165, 

230, notice p. 36i--564. 
galerne (vent de), p. 248, 

II, p. 165. 
Galet (Colin), épicier, II. 

p. 43. 
Galien, p. 78, 248, II, p. 

364. 
Gallans sans soucv, II, p. 

265. 
galle (compaings de), p. 

321. 
Galterus, fondeur, p. 143 

n. Voir Gautier. 
Ganay (Guillaume de), II, 

p. 329. 
gants (legs des), II, p. 22. 
ganteliers, p. 97. 
gantière (la) devant le Pa- 
lais, p. 94 II. Voir belle 

gantière. 
Gargantua, H, p. 276. 
Garguesallc (Jean de), II, 

P- 375- 

Garnier (Etienne), p. 186, 
188 n., 255, 256, 263, 
II, p. 244-5, 364, notice 
p. 382-384. 

Garnier (Joseph) II, p. 65 
n. 

gascatre, mot de jargon. 
II, p. 70. 

Gasconnes, p. 225. 

Gaucourt, II. p. 329. 

gaudisseur, II, p. 278. 

Gauldry (Laurent), bou- 
cher, p. 164 ;/. 



Gaultier (Denis), menui- 
sier, p. III ;/. 

Gaultier (Jean), écolier, p. 
87. 

Gautier, fondeur, p. 143. 

Gautier (Théophile), II, 
p. 27 n. 

Gautier de Coincy, p. 67. 

Gay (Pierre), officiai de 
l'évêclié de Paris, p. 
133, 240. 

Geiteratioue {de), p. 38. 

Geneviève (cierge de 
Sainte), p. 231. 

Genevoises, p. 224. 

Genevoys (famille), II, p. 
336. ' 

Genevoys (Etienne), pro- 
cureur au Châtelet, II, 
p. 268. 

Genevoys (Pierre), procu- 
reur de la Nation de 
France au Châtelet, et 
de S. Benoît, p. 40, 136, 
177, 186, 269, II. p. 
160, notice p. 336, 356. 

Génois, p. 299. 

Gentien (Gilettc), p. 129 
n. 

Gentien (Guillaume), II, 
p. 299, 356, 388. 

Gentien (Jean), II, p. 24 
n., 299, 376. 

GentiUy, p. 11-12. II, p. 

Gentilz (Perrinet), p. no. 
Geoffroy, gardien des 

portes du cloître Notre- 
Dame, p. 235 n. 
Geoffrov (Yvon), II, p. 

307. 
geôlière (legs de la grâce 

de la), p. 256-257. 
George (saint), juron, p. 

241. 
Germain (Simon), custode 

de Navarre. II, p. 42. 
Gerson (Jean), p. 47 «., 

II. p. 36, 127. 
Gervaise, bedeau de la 

Nation de France, II, 

p. 268. 
Gervaise, p. 187. 
Giac (Pierre de), p. 182. 



INDEX ALPH ABETI aUE 



413 



Gigart (Lycnin), docteur 
en théologie, p, 191 ;/. 

Gilette (la brune), p. 118. 

Gilette (la grande), p. 91. 

Gilette (Jean), hôtelier, 
II, p. 364-65. 

Gillebert, cloche de Notre- 
Dame, p. 227. 

Gilles (Nicole), p. 215. 

Gilles, prêtre, II. p. 11. 

Gilles de Rome, p. 221. 

Gimyer (Jean), II, p. 355. 

Girart (Perrot), barbier à 
Bourg-la-Reine, p. 324, 

II, p. 13, 1,2. 

Givry (Etienne de), II, p. 

gland (legs du), II, p. 22- 

23, 102 «., 296 ;;. 
Glaucus, p. 45. 
Glaudc, prêtre de Lvon, 

II, p. 2S4 II. 

Glorictte, prison du Ch.î- 

telet, p. 266. 
glu (prendre comme), p. 

230, II, p. 80. 
gluant, II, p. 80 ;/. 
Gobin, fossoyeur, p. 7. 
Godart (Clément), p. iio. 
Godart (Jacques), II, p. 

380. 
Godefroy (Guillaume), II, 

p. 327. 
Godefroy de Bouillon, p. 

145, 250, 261, II, p. 209. 
Godet (Marcel), p. 44 n. 
gogo, p. 107 et //. 
Golein (Jean), p. 16 ;/., 

204. 
goliard. H, p. 72. 
Gombault (Jean), 11, p. 

301. 
Gonesse, p. 98, 187, II. p. 

306. 
Gontier (Jean Etienne), 

II. p. 354. 3'>5- 
gorgerin d'Ecossais (legs 

du), p. 241, II, p. 154. 
Gorre (Regnaud), chef de 

la Conimanderie de 

Saint-Jean, p. i-^t). 
Gosscmart (Nicolas), pro- 
cureur au Chàtelct. p. 

-77- 



Gossouyn (Girart), II, p. 
27, 136-158, 229, 345, 
notice p. 351-353. 

Gouda (Jean de), maître 
es arts, p. 51. 

Gouldry, bourreau d'Or- 
léans, II, p. 121. 

Goupil (Louis), II, p. 350/». 

Gourdaine, prison du 
Chàtelet, p. 266. 

goutteux, p. 324. 

Gou-vienix, p. 253, 324- 
325. II, p. 30, 323- 

gradués, p. 41. 
grammaire latine, p. 36. 
granche lambroissée (legs 

de la), p. 258. 
Grandrue, bibliothécaire 

de Saint - Victor, p. 

308 n. 
Graircilliers, p. 126. 
Gratien, p. 44. 144. 
Greban (les), II, p. 52. 
Greban (Arnoul), p. 235. 
Gréi-isme, p. 36. 
Grecques, p. 225. 
greffiz, p. 320. 
greniers à sel. 11, p. 225 

et s. 
Grczille, chanoine de 

Sainte-Croix à Orléans, 

p. 22. 
Griesche, prison du Chà- 
telet, p. 266. 
Griesche (tour du Ch.îte- 

let), p. 267. 
Grignon (Michel), p. 164 n. 
Griguy, p. 175 n., II, p. 

299-302. 
Grigny (seigneur de), voir 

Brunel (Philippe). 
Grogente (Jean), 11, p. 

Grognet (Pierre), II, p. 

279. 
grongnéc (legs d'une). 11, 

p. 29. 
Gros Pierre, p. iio. 
groseilles (mâcher des), 

p. 120 et n., H, p. 141. 
Guedon (Jean), 11, p. 346. 
(iucdonc la Pauthonière, 

p. 9V 



Guérart (Jean), II. p. 356 
n. 

Guérin (Jacques), II, p. 
366. 

Guérinot(A.), II. p. 113 n. 

Guerroust (Guillaume), II, 
p. 149, notice p. 324- 
325. 

Guerroys (Etienne), cus- 
tode de Navarre, II, p. 
42. 

guet, p. 114 et s. Voir 
chevalier du guet. — 
guet royal, p. 124. — 
guet des métiers, p. 124. 

Gueuldry Guillaume ou 
Guillot, p. 157, 158, 
164 et 165, n., II, p. 28, 
158-159. 

Guiffart (Thomas), p. 67 n. 

Guignon (Martin). II, p. 
378. 

Guillaume. évêque de 
Paris, p. 134. 

Guillaume (M<^^), commis- 
saire, II, p. 324. 

Guillaume (la), cloche de 
Notre-Dame, p. 227. 

Guillaume d'Auxonne, 
évêque de Cambrai, p. 
140. 

Guillaume de Bosco, p. 

133- 

Guillaume de Lorris, II, 
p. 199. 

Guillaume de Saint- 
Amour, p. 149, 150, 
154 n., 155 n. 

Guillebert de Metz, p. 
17. 69, 96, 197. 

Guillebert (Guillaume), 
curé de Saint-Benoit. II, 
p. 327. 

Guillemet (Pierre), p. 120 
«., II. p. 6. 

Guillemette. fille amou- 
reuse, p. 118 //. 

Guillemette la chande- 
lière, p. 94 ;/. 

Guillemette la servante, 
chantcresse à l'abbaye 
de Montmartre, p. 317. 

Guillemette la tapicière. 
p. 94. 



414 



FRANÇOIS VILLON, SA VIR ET SON TEMPS 



Guillcmctte (tant vous 

allez doulx), branle, p. 

ii8 u. ■ 
Guy (Jean), clerc, p. 132 

n. 
Guyenne, II, p. 366. 
Guyenne (duc de), p. 159. 
Guyenne (la duchesse de), 

p. 134. 
Guyenne la Frogière, p. 93- 
Guyon (Jean), II, p. 311, 

373- 



Hacquerille (Jacques de), 

II, p. 314 n. 
Hadvise (Sainte), p. 291. 

Voir Paris, Sainte- 

Avoye. 
Hallcbardièrc (la grande), 

p. 93. 
halle grup, p. 319, II. 

p. 74. 
Hamelin (Jean), p. 108. 
Hannibal, p. 47, 11, p. 129 

et n. 
Haquinet , sergent , II , 

p. 322. 
Hardouin (Jean), trésorier 

de France, p. 173. 
Hardouin (Pierre), secré- 
taire du roi, II, p. 391. 
Hardy (Jean), p. 274, II, 

p, 298. 
Haremburgis, p. 146, II, 

p. 188. 
Harenc (Regnaud), p. 273. 
harengières du Petit-Pont, 

p. 224-225. 
harengs (Journée des), 

p. 196 n. 
Harjleiir, II, p. 328. 
Harlay (Jean de), cheva- 
lier du guet, p. 126-127, 

II, p. 169. 
harnois, ( fourbir le ), 

p. 191. 
haro, 11, p. 9 et n. 
hart, II, p. 3 et n. 
haslc (niau), p. 321, II, 

p. 82. 
haubergiers, p. 96. 
Haudecot (Jacques de). II, 
p. 316. 



Haudry (Jean de), p. 139. 
Haussccul (famille des), 

p. 268, 11, 242, 298. 
Haussecul (Jacquet), M» 

boucher, p. 273, II, 

p. 384. 
Haussecul (Jean), p. 269. 

II, 385. 
havécs (équivoques), II, 

p. 148. 
havet, p. 122, II, p. 147, 

269, 270. 
heaulmière, voir belle 

heaulmière. 
heaume (legs du), II, 
heaumiers, p. 94 u. 

Il, p. 2^. 
Hector, p. 46, 183, II, 

p. i6i. 
Hélène, p. 46, II, p. 206. 
Hélène (dame), II, p. 56, 

Hélinant, II, p. 207. 
Héloïsc, II, p. 187. 
Hémart (Pierre), p. 109 

n. 
Hémerye ( Jeanne ), II, 

p. 371. 
Hémerye (Pierre) , 11, 

p. 371, 372- 
Hennequin, p. 67 ;/. 
Henri le, roi de France, 

p. 5. 
Henri de Kalkar, p. 220. 
Henrv V, roi d'Angleterre, 

p. 174. 
Henry VI, roi d'Angle- 
terre, p. 178, 199, 261 

n., 306, II, p. 345, 348. 
Henry le Barbu, p. 291. 
Henry (clerc), II, p. 267. 
Henry, neveu de Laurens 

Poutrel, 11, p. 49. 
Henry (M"^), voir Cousin 

(Henry). 
Hérault (Jean), H, p. 290. 
Herbelot (Raouline), II, 

p. 311. 
herboristes (corporation 

des). Il, p. 364-65. 
Hérode, p. 32, 103, 303. 
Hérouville, 11, p. 319. 
Hesselin (famille), II, p. 

311. 3?8 379. 



Hesselin (Denis), élu de 
Paris, p. 76, 175, 195, 
260, 274, 11, p. 147, 229, 
266, 311, 319, 332, 
notice p. 378-379. 

Hesselin (Jacques), con- 
seiller au grand Conseil, 
p. 270, 11, p. 332. 

Hesselin le jeune (Jacques), 
le contrôleur du gre- 
nier à sel, p. 270. 

Heures (livres d'), II, p. 
124, 208, 212, 232, 268. 

Heures de dame, p. 93. 

Hippocrate, p. 78. 

Histoire des Neuf Preux 
et du rot iwstre sire, 11, 
p. 324. 

Histoire des sept sages. 
p. 47. 

hober, p. 44 n. 

Holopherne, p. 32, II, 
p. 129. 

Honflenr, 11, p. 376. 

Hongroises, p. 225. 

honte (boire sa), II, p, 286. 

Hostelin, H, p. 363. 

Houel (Jean), II, p. 323. 

house de basane, II, 
p. 361. 

Houseau (Jehan), p. 61. 

houseaulx vieux, p. 200, 
II, p. 26 et 11. 

Hubé, p. 76 //. 

Hubert (Gaultier), 11, 
p. 327. 

Hue (Jean), maître en 
théologie, p. 37. 

Huet (Antoine), II, p. 353- 

Huet (Guillaume), II, 335. 

Huet (Pierre), II, p. 335- 

Hugo (Victor), p. 254 
11. 

Hugues le Noir, jongleur, 
11, p. 249. 

huile de bon saint, II, 
p. 173. 

huîtres, p. 213 et ;;. 

Huon le Roi, II, p. 8 
n. 

huquc de soie (legs d'une), 
11, p. 22. 

hures de loup (legs de), 
p. 76, 196. II, p. 151. 



INDEX ALPHABÉTIQUE 



415 



hutinet (équivoque), II, 

p. I70. 174- 
hvpocras, p. 76 n., 77 et n., 

11, p. 13- 



Imbcrt (Henry), drapier, 

p. 79 n. 
impôts, II, 223 et s. 
inceptio, p. 39. 
Innocent III, pape, p. 207. 
Innocents (les), p. 303 ; 

voir Paris. 
intendit, p. 157. 
Interprétation (!'), p. 38. 
Isabeau de Bavière, reine 

de France, p. 6, 144, 

198, 216, 2S5, II, p. 299, 

304. 31 V 
Isabeau (la femme). II, 

p. II, 12. 
Isabelle d'Orléans, p. 109 

n. 
Isle-Adam (1"), II, p. 243. 
Isis (idole d'), p. 215. 
Issoiiduu, p. 258. 
Issy, p. 141, II, p. 349. 
Italiens, p. 299. 
Italiennes, p, 225. 
Ivry (baron d'), voir Loré 

(Ambroise de). 



Jacob, p. 32, II, p. 123 et 

;/. 
Jacobins, p. 78, 147, 149, 

153, II, p. 261. Voir 

Paris. 
Jacopin (emmailloté en), 

p. 154, H, p. 34 et n. 
jacopins (crachats), p. 151, 

210. 
Jacopone da Todi, II. 186. 
Jacot de la Mer, sergent 

à Dijon, II, p. 68-70. 
Jacqueline, fille. H, p. 163. 
Jacqueline (cloche de 

Notre-Dame), p. 226- 

227. Voir La Grange 

(Jaccjueline). 
Jacques II, roi d'Ecosse, 

II, p. 189-191. 
Jacques de Cessolcs, 11, 

p. 136. 



jambons (équivoques). II. 

p. 131. 
James (famille), II, p. 

368-369. 
James (Jacques), p. 295, 

II, p. 168, 172, notice 

p. 368-369. 
James (Jean), maître des 

œuvres de la ville de 

Paris, p. 293. 
Janeillegac (Marc de). II, 

p. 360. 
jardins abandonnés, p. 

122. 
Jardin de Plaisance, II, 

P- 334- 
jargon des Coquillards, II, 

p. 76-78, 280. 
jargon de l'Ecole, II, p. 

31- 
jargonner, p. 82. 
jargonneurs, II, p. 280- 

281. 
jarte, la prison en jargon. 

II, p. 78. 
Jason, p. 45, II, p. 129. 
Jean (mari trompé), II, p. 

160. 
Jean XXII, pape, p. 148. 
Jean V. duc de Bretagne, 

p. 322. 
Jean, organiste du Palais 

et de Notre-Dame, p. 

-3v 
Jean de Conflans, II, p. 

37- 
Jean de Gravant, cheva- 
lier, p. 258. 
Jean de Haverelle, II, p. 

29 V 
Jean de Jandun, p. 34. 
Jean de Lucques, orfèvre. 

p. 265 «. 
Jean III de Lusignan, II, 

p. 183. Voir Ghypre. 
Jean de Meung, p. 45 « , 

150, 154 «., i;>8 n., 210, 

11, p. 18, 134, is8, 

179, 276. 
Jean de Paris, II, p. 24 «. 
Jean de PouUieu, p. 148, 

130, i'i4, II, p. 153. 
Jean de Salisbury. p. 4^, 

47 n., II. p. i3(). 



Jean de Tournai, sergent. 

II, p. 42. 
Jean de Venette, p. 204. 
Jean de Vignay, p. 47 n., 

Il, p. 136. 
Jean de Winchester, p. 

322. 
Jean-Baptiste (saint), p. 

32, 105, II, p. 109, 141. 
Jean-sans-Peur, duc de 

Bourgogne, p. 98, 144, 

161, 182. II, p. 320, 

378. 
Jeanne de Bourgogne, 

femme de Philippe le 

Long, p. 217, 218. 
Jeanne de Laval, II, p 

Jeanne de Milières, II, p. 
22, 357-9. 

Jeanne de Navarre, II, p. 
36-41. 

Jeanne la Bretonne